LIVRE DEUXIÈME
A quelques-uns des ennemis.
— Au moins me sera-t-il permis De vous suivre,» me dit Creuse Mais tout à plat je la refuse.
J'en fis de môme à mon enfant, Dont il fut assez malcontent.
Je me faisais tenir à quatre, Comme quand on va pour se battre, Et n'étais pourtant pas fâché D'en être des miens empêché.
Ma femme et toutes ses servantes Faisaient à l'envi des dolentes ; Mon fils m'embrassait les genoux.
Au grand étonnement de tous, Une flamme du ciel issue Sur ce cher fils fut aperçue; Nous nous mîmes tous à souffler, Croyant qu'elle Fallait brûler; Nous soufflâmes et ressoufflàmes, Fort peu de choses nous gagnâmes :
Malgré nous ce feu vioUet Lui grilla tout le poil follet.
Mon père, voyant le prodige, Dit : d Que personne ne s'afflige.
Ce feu, qui m'a tout ébloui, Et dont je suis bien réjoui.
N'est ma foi pas un feu volage.
O grand dieu ! fais que ce présage Soit par quelque autre confirmé! »
Un coup de foudre à point nommé A main gauche se fit entendre, Sans autre témoignage attendre.
Mon père dit : « Ainsi soit-ill »
Puis ensuite, d'un saut gentil, Il fit deux lois la révérence, Ayant fait signe à l'assistance Qu'il fallait qu'on en fît autant :
Nous sautâmes tous à l'instant.
Ayant bien sauté comme pies, Ou bien plutôt comme gens pies,
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Nous reniflâmes à l'envi.
Car ce tonnerre fut suivi De certaine odeur sulfurée; Puis la maison fut éclairée D'un feu luisant comme un tison Qu'on vit sur la dite maison.
Ce phare, ou plutôt cette étoile, Alla tout droit perçant le voile De cette triste et noire nuit, Et Dieu sait si mon œil la suit, Dans la forêt d'Ida se rendre.
Il nous fut aisé de comprendre Que c'était un secours divin, Car par elle, dans son chemin, Comme bien sage et bien sensés, Trace luisante fut laissée.
Lors mon père, tout ébaudi, Cria : « Mon fils, je m'en dédi; Me voilà très- content de vivre, Et très-résolu de vous suivre En quelque part que vous irez, Et partirai quand vous voudrez, Afin que personne n'en doute.
Malgré mon incommode goutte. »
Puis il fit génuflexion Et dit avec dévotion :
«0 bon Dieu, qui nous prends en garde. Que ton œil toujours nous regarde, Et prends soin de notre maison ! »
Après cette courte oraison Je lui dis : « Homme qui refuse, Ordinairement après muse.
Vous faisiez tantôt bien le fou.
Çà, çà, mettez- vous sur mon cou, Comme on dit, à la chèvre morte.
Et que chacun de nous emporte Sur son dos tout ce qu'il pourra, Mon fils par la main me tiendra, Et ma femme par le derrière; Et que valet et chambrière