‹ Le Virgile travestiChapitre 64 sur 218 · LIVRE TROISIÈÎIE · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈÎIE

Le discours du triste arbrisseau M'avait fait frissonner la peau.

Quand sa harangue fut finie, Ma face, qu'elle avait ternie, Reprit aussitôt sa couleur.

Et mon corps glacé sa chaleur.

J'envoyai vite a la galère En avertir monsieur mon père, Par lequel il fut résolu Qu'on ferait au tombeau poilu Un sacrifice salutaire :

Il ne fut pas longtemps à faire.

Les demoiselles d' lion Firent longue ululation, Et, si longtemps qu'elles voulurenv Pleurèrent le mieux qu'elles pureiiL On couvrit le lieu de cyprès, On y répandit du lait frais Qu'on tira d'mie vache noire, Dont but quiconque en voulut boire.

Mon père fit un court sermon Qui ne fut ni mauvais ni bon.

Les branches que j'avais cassées Avec soin furent ramassées Et rejointes à l'arbrisseau.

Dont il parut deux fois plus beau, Avec rubans de couleur bleue.

Nous nous prîmes tous queue à queue.

Et, couronnés de branches d'if.

Chantant tout bas d'un air plaintif, Nous regagnâmes nos galères ; Puis, poussés par des vents prospères.

Eloignâmes, bien ébahis, Cet abominable pays.

Le roi des déités" humides, Et la mère des Néréides, Possèdent, moitié par moitié.

Sans en être en inimitié, ,XJne île dans la mer Egée, Au blond Phebus fort obligée:

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Car, de flottante qu'elle était, Et que le vent partout portait^ Cet illustre fils de Latone L'a jointe à Gyare et Mycone.

En ce lieu par le vent portés, « •'• sijus â.t cent civilités.

.-i-Aix^rf. roi de l'île, et prêtre, Ne tarda point à reconnaître Mon père, son ancien ami.

Quoique, par le sort ennemi, Sa i)ersonne fût devenue En état d'être méconnue.

Le bon seigneur nous hébergea, Offrit à manger; on mangea Tout ce qui fut mis sur la table, Et si, but-on au préalable.

Ayant tous largement repu.

A dire : Bouche, que veux-tu?

Nous nous rendîmes dans le templOf Afin de donner bon exemple; Sitôt que prosterné j'y fus, Je dis le plus haut que je pus :

ce Grand Apollon, Dieu débonnaire, Prends pitié de moi, pauvre hère, Et de ceux que tu vois ici.

Qui sont pauvres hères aussi.

Prends pitié de la gent troyenne; Fais en sorte qu'elle devienne, Nonobstant sa calamité, Tout ce qu'elle a jamais été.

Dieu dont la barbe est si bien faite, Procure-nous une retraite.

Mène-nous bien vite et bien droit, En quelque bienheureux endroit.

Où nos femelles vagabondes.

Autant que lapines fécondes, Puissent promptement remplacer Ceux que le fer a fait passer.

Nous sommes seuls de notre ville, Echappés de la main dAchille,

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