LIVRE TROISIÈME
Et des Grecs, comme tu sais bien,
Qui ne valurent jamais rien.
Dis-nous notre JboDne aventure,
Mais dis-nous-Ia sans imposture,
Et sans en donner à garder.
Tu te plais souvent à bourder .
Si tu penses être ici le même,
Je pourrai bien, sans grand blasphème,
Te faire passer en cent lieux
Pour le plus grand menteur des Dieux.
Aurons-nous paix, aurons-nous guerre?
Sera-ce par mer, ou par terre?
Ceux avec qui nous la ferons
Sont-ils bonnes gens, ou larrons?
Ou si nous rebâtirons Troie,
En grand repos et grande joie?
Ou s'il faudra jouer des mains
Avec des peuples inhumains?
0 digne inventeur de la lyre,
Qu'a bon droit tout le monde admire,
Qui premier as fait des sonnets,
Et fait parler des sansonnets.
Par ta sœur madame la lune,
Cette agréable claire-brune,
Qui va de nuit comme un lutin,
Dis-nous quel est nutre destin,
Sans te faire tirer l'oreille.
Et je promets, à la pareille,
De t'oârir, à ce renouveau,
Une vache blanche et son veau.
Et même de doubler la dose,
Si l'offrande est trop peu de chose.
Enfin je te régalerai
Comme il faut, ou je ne pourrai. »
Les derniers mots de ma harangu Etaient encore sur ma langue.
Quand en l'air la foudre gronda, Et fit bien fort bredi breda, Eclairs luisants comme chandelles M' éblouirent les deux prunelles ;
LE VLKGILE TRAVESTI. — I. 6
162 LE VISGILI; TRAVESTI
Le saint trépied trois fois rota,
Et le laurier sacré frotta
Ses branches Tune contre l'autre.
J'eus recours à la patenôtre,
Sur le vi?^ag-e prosterné ;
Mais je fus bien plus étonné
Lorsque j'entendis le tonnerre
Qui grondait aussi dessous terre, à
Des loups qui tristement hurlaient, i
Et des our& qui «e. querellaient.
Mais, lorsque 'e temple fit mine
De. faire un ^aut comme une mine,
Je pensai bien être au tombeau.
J'eus beau crier : lout beau! tout beau!
Les murs du temple s'ébranlèrent,
Et jusqu'aux fondements tremblèrent.
Je souhaitai dètre dehors,
Cent coups de bâton sur le corps.
Mais cett3 mal plaisante aubade
Ne fut entm qu'une algarade;
Du trépied sacré s'exhala
Une voix qui cria : Paix là!
■Jn se tut, vous le pouvez croire.
Voici, Si j'ai bonne mémoire,
Ce que nous dit le sieur Phébus
En mots clairs, et non par rébus :
« Pauvres Troyens, qui sur la terre
Avez eu longue et rude guerre.
Et qui n'en aurez moins sur mer,
Bien vous prend de savoir ramer;
Ramez donc de si bonne sorte,
Que la mer à la fin vous porte
Vers la terre d'oiX sont sortis,
Tant légitimes c ue métis,
Vos aïeux, tant hommes que femmes
(Dieu veuille bien avoir leurs àmesl
Je ne puis parler de leur mort,
Que je ne m'afflige bien fort).
C'est là que la race d'Enée,
Après longs travaux couronnée.