LIVRE TROISIÈME
Dont il lava son œil percé, Non sans avoir les dents grincé, Car du sel marin la morsure Irritait bien fort sa blessure.
Après avoir longtemps lavé Et relavé son œil crevé, Il nous montra sa fesse nue.
Et fit quelque allée et venue Dedans la mer, et même il vint Auprès de nous, le quinze-vingt!
La mer (telle était sa stature) Ne lui venait qu'à la ceinture.
Nous pensâmes devenir fous.
Quand nous vîmes auprès de nous Le plus puissant paillard du mond« Se promenant ainsi dans Tonde.
Quelques-uns, au lieu de tirer Leur ancre, afin de démarrer, Ne firent qu'en couper la corde, Criant bien fort : .Aiiséricorde !
Le vilain, qui les entendit, Et qui la cfiair fraîche sentit, Tourna vers eux son grand visage, Et, s'il eût cru lors son courage, L'animal s'en venait à nous, Et nous étions fricassés tous !
Mais nous eûmes pour gardienne La bonne mer Ionienne.
Il ne put aller plus avant.
Dont de rage presque crevant, Ce malin fit une huée, Dont la mer aussi secouée Qu'elle l'est par les Aquilons, Se boursoufla par gros bouillons L'Italie en fut étonnée, Et l'Etna, par sa cheminée.
Fit sortir des gémissements, Ou bien plutôt des hurlementf Horrible écho de la huée De cette personne endiablée.
20 LE YIRGILE TRAVESTI
J'oubliais que le pauvre Grec,
Très-pâle, très-maigre et très-sec,
Fut reçu de nous avec joie,
Quoiqu'un des destructeurs de Troie :
Aussi r avait-il mérité
Par sa grande calamité,
Lors l'on vit les Monoculistes
Venir par différentes pistes.
Aucun de ces enfants d'Etna
En son grand front plus d'un œil n'a.
Jugez de leur grandeur extrême
Par celle du grand Polyphème :
Peu différente était la leur
De celle de ce grand voleur.
One mortel n'a vu, ce me semble,
Moins d'yeux et plus d'hommes ensemble.
Ils venaient furieusement,
Et pourtant assez lourdement :
Quoique démesurés colosses.
Ils me parurent un peu rosses.
Des cyprès allants et venants.
Ou de'^s grands chênes cheminants,
Du bois, qu'aucun fer ne profane,
De Jupiter ou de Diane,
Sont la seule comparaison
Qu'on puisse faire avec raison
De ces messieurs antropophages.
Au reste tous vilains visages.
Quand ils eussent eu deux bons yeux
(Ils n'en avaient qu'un chassieux)
Jamais n'eussent été leurs faces
Que patrons à faire grimaces.
Quand ils approchèrent la mer,
Ce fut à nous à bien ramer.
Mais quelle fut notre imprudence I
Sans avoir non plus souvenance
De notre bon prince Hélénus,
Ni des discours par lui tenus,
Que si ce bon compatriote
N'eût jamais connu notre flotte.