LIVRE TROISIEME Z
J'en ai pris le noir hocqueton,
Et n'ai plus rasé mon menton.
Cher papa, qu'aviez-voiis à faire
Une action si téméraire,
Et qu'on ne peut faire deux fois?
En vous seul je me consolois
De ma fatale destinée
Puisque la vôtre est terminée.
Que pour moi vous êtes perdu
Et ne me serez point rendu,
Si quelqu'un me voulait apprendre
Comme il faut faire pour s î pendre,
Très-volontiers de sa leçon
Je lui payerais la façon ;
Au lieu que, pauvre 'exilé, j'erre
De mer en mer, de terre en terre^
Hélas! le prophète Hélénus,
Bans les discours qu'il m'a tenus,
Ne m'en dit pas une parole,
Ni même Celseno la folle ;
Et néanmoins cette guenon
Me dit au nez pis que mon nom,
Et me menaça de famine,
L'irrassasiable vermine !
Ayant mis mon père en repos, Et le vent soufflant à propos, J'abandonnai ce lieu funeste.
Madame, vous savez le reste ; Le vent, devenu furieux, M'a fait aborder en ces lieux, Où ma flotte bien hébergée Vous sera toujours obligée.»
Ainsi finit maître ^neas, De conter si longtemps si las, Et si pressé de faire un somme, Qu'ilbâillaittoujours, le pauvre homme !
Dame Didon bâillait aussi (Car qui voit bâiller fait ainsi).
Non moindre fut la bàillerie Qu'avait été l'ivrognerie :
Tyriens et Trojens bâillaient.
Quelques-uns debout sommeillaient, A tous moments tètes baissées, En sursaut étaient rehaussées ; Enfin chacun chercha son lit.
Je vais au mien, car j'ai tout dit.