LIVRE QUATRIÈME
Oh! qu'il est frais, oh! qu'il est grasl
Oh ! qu'il est beau, quand il est ras !
Qu'il est fort ! qu'il est beau g-endarme !
Que sa riche taille me charme!
Que son œil fendu, g-rand et bleu,
Décoche de matras de feu
Sur dame, ainsi que moi peu fine
A n'armer pas bien sa poitrine!
Quiconque le croirait issu
Des dieux ne serait point déçu.
Quand quelqu'un a Fàme poltronne,
A tout bruit il tremble et s'étonne,
A tout coup il saig-ne du nez;
Mais ce roi des déterminés,
Combien de places enlevées,
Combien de guerres achevées,
Le font, sans contradiction,
Passer chez toute nation
Pour vaillant comme son épée,
En sang- grec si souvent trempée,
Et qu'on m'a dit être un vieil loup
Qui tranchait, et du premier coup,
Un chenet comme une ciiandelle!
Dieu me veuille délivrer d'elle!
Oh! si je n'avais résolu
De vivre en un état solu,
Si je n'étais bien résolue,
Après avoir été solue.
D'un homme qui me fut si cher,
De ne jamais me rattacher;
Si je ne craignais mariage
Comme un mari fait cocuage,
Oui, si je ne l'avais juré,
Que ce nœud qui tient si serré
Ne me serrerait de ma vie,
Je te confesse mon envie
(Mais n'en dit mot, ma chère sœur).
Cet homme me revient au cœur.
Depuis la mort du cher Sichée,
Je ne m'étais point requinquée,
Et qui m'eût parlé d'un mari N'eût pas été mon favori ; Mais, depuis que j'ai vu mon hôte, Mon corps, percé de côte en côte (Je te le confesse, ma sœur), A fort mal conservé mon cœur.
Ma blessure n'est que trop vraie, Je saigne d'une même plaie, Je sens les mêmes accidens.
Qui m'inquiètent le dedans, Et reconnais bien que mon âme Brûle d'une pareille flamme; Mais certes je l'étoulferai.
Cette flamme, ou je ne pourrai.
Devant que ce malheur m'arrive, J'aime mieux brûler toute vive, Ou plutôt que mon chien de corps Soit mis bientôt au rang des morts, Et fasse en enfer pénitence De sa mauvaise résistance.
0 pudeur, je te garderai.
Autant de temps que je vivrai; On ne verra jamais qu'Elise Tombe en faute et qu'on en médisa Le premier qui reçut ma foi L'emporta, mourant, avec soi; Que le pauvre défunt la garde, Et qu'en pitié Dieu me regarde, Car mon esprit en vérité A quelque chose de gâté. »
Cela dit, une grosse pluie, Qu'en vain sa belle main essuie, Couvrit de pleurs tout son rabat.
Grand vent petite pluie abat :
Mais, au proverbe n'en déplaise, Les soupirs causés par sa braise, Par ses pleurs largement jetés Furent de plus belle irrités, Et ses soupirs à la pareille, Comme le vent le feu réveille,