‹ Le Virgile travestiChapitre 91 sur 218 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Et que le feu fait en aller

Un pot à force de brûler.

Tant plus ses soupirs s'exhalèrent,

D'autant plus ses larmes coulèrent,

Si que jamais tant ne pleura

Lia Didon, ni ne soupira.

Sa sœur, l'ayant réconfortée, Lui dit, de sa"^bouche édentée :

« 0 chère sœur, que j'aime mieux Ni que mon cœm% ni que mes yeux, Sachez de moi, ma sœurmamie, Qu'un tantin de polyg-amie, Quoi que Ton dise, fait grand bien.

Vous vieillirez en moins de rien, Et, quand vous vous verrez vieillotte, Vous direz : Peste de la sotte, D'avoir passé vos jeunes ans.

Pour la crainte des médisants, Dans le fâcheux état de veuve!

Il n'est rien tel que chose neuve :

Choisissez un mari nouveau, Et vous rappliquez sur la peau; Il n'est point de telle fourrure.

Et, si vous voulez que j'en jure, Je m'en vais vous faire un serment Plus gros que maudit soit qui menti Puissé-je devenir Vestale, Avoir sur mes vieux ans la gale, Etre pauvre, mourir de faim, S'il est rien tel, après le pain, Que d'épouser un honnête homme, Qui soit bâti tout ainsi comme Ce bel ^neas le Troyen, Que l'on tient tant iTomme de bien 1 Gardez bien quil ne vous échappe :

Que Votre Majesté l'attrape.

Mariez-vous sans biaiser :

Faire autrement, c'est niaiser. Lorsque, maîtresse de famille, Vous aurez fait garçon et fille,

A l'un VOUS direz : « Mon fanfan; »

L'autre vous dira : « Ma maman ; -

Et, s'ils se mettent trop à braire,

Tout ce que vous avez à faire,

Mettez-les-moi sur vos grenoux

Et me les assommez de coups,

C'est le plus grand plaisir du monde.

Vous craig-nez qu'un défunt en gToade?

Laissez-le gronder s'il lui plaît,

En l'enfer, où je crois qu'il est.

Il est bien oiseux, le beau sire,

De trouver sur tout à redire.

Quant à moi, je me trompe fort,

Si, quand un homme est roide mort,

Il prend garde à son épousée :

Ce n'est qu'une billevesée,

Un vrai conte à dormir debout.

Ou de nourrice, et puis c'est tout.

Je veux bien que le prince Hiarbe,

Par son épaisse et sale barbe.

Vous ait quelque dégoût donné,

Et que maint autre forcené

De ces roitelets de Libye

Vous fait donné fort peu d'envie :

Je trouve en votre aversion

Votre justification.

Mais pour celui-ci, qui vous touche,

Vous fait venir l'eau à la bouche,

Que vous ne faites que guigner,

Prenez-le-moi sans barguigner.

Encore un coup, il le faut prendre.

En essayer, et puis le rendre.

Si ce qui reluit n'est pas or.

De plus, considérez encor

Parmi quels barbares vous êtes.

Et le demeure que vous faites

Parmi ces peuples Libyens,

La plupart visag'es de chiens.

Certes, Fentreprise est bien grande

Si vous n'avez qui vous défende.

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