LIVRE QUATRIEME l
Ne sait quasi ce qu'elle dit.
Et tout le monde en étourdit.
Elle veut dire quelque chose,
La commence, achever ne lose,
Ouvre la bouche et ne dit mot.
Tout de même que fait un sot;
Et puis elle le mène boire,
Lui fait redire son histoire,
S'enchevêtre de plus en plus.
Le mange avec des yeux goulus,
Sur tout ce quil dit se récrie,
Sans pouvoir cacher sa furie.
Mais, quand il se faut séparer.
Qu'il est temps de se retirer,
Lorsque la reine des étoiles,
La nuit, avec ses sombres voiles,
A tout couvert notre horizon.
Le diable est bien à la maison.
Quand elle se voit toute seule,
Elle soupire, elle s'égueule
A force de pousser ses cris,
Tant le trouble est dans ses esprits.
Elle entretient, la forcenée,
Absente, son absent Enée;
Elle parle et répond pour lui.
Afin de flatter son ennui :
Elle n'en est point entendue,
Car il dort, la cuisse étendue,
Sans se soucier si Didon
Passe une bonne nuit ou non.
Quand le jeune Ascagne elle attrappe,
Comme ayant peur qu'il ne s'échappe,
Elle le met entre ses draps,
Et le serre entre ses deux bras,
Essayant par cette finesse
D'adoucir le mal qui la blesse :
Ahl vraiment c'est un bon vieux toup
Contre un dieu fin comme l'Amour l
Cependant tout ouvrage cesse, On se débauche, et la jeunesse
LE VIKGILE TRAYESTi
Ne songe plus à s'exercer,
Et ne fait que son temps passer.
Tout mange, boit, rit, danse et rfàlle i
Au diable si pas un travaille!
Tous les ouvrages commencés
Par les ouvriers sont laissés:
Les tours demeurent imparfaites,
Les murailles ont des lunettes;
Tous les desseins vont à vau-l'eau,
Ce qu'on ne trouve bon ni beau;
Tout le monde en dit des sornettes,
On en fait mille chansonnettes :
Autant en emporte le vent ;
On ne fait pas mieux que devant.
Junon, de colère enflammée
De voir perdre sa renommée
Et mettre tout à Tabandon
La Sidonienne Didon,
Cette dame qui toujours gronde,
Alla trouver Vénus la blonde,
Et d'un visage refrogné :
« Vous croyez avoir tout gagné,
Lui dit-elle, dame Cytlière,
Par votre infâme ministère,
Et de Cupidon, votre enfant,
Qui tranche du dieu triomphant,
Et qui pourtant pour tout potage
N'est que dieu du maquerellage.
Vraiment vos deux divinités
Ont de grands honneurs mérités,
D'avoir triomphé par surprise
De la pudeur de dame Elise.
Maître ^nas, votre bâtard.
Comme tout soudrille est vantard,
En fera des contes pour rire :
Vous faites état d'en médire,
Et les choses iront ainsi?
Ah! vraiment, attendez- vous-y !
Vous vous êtes mis en la tête
Que notre chien n'est qu'une bête !