suffit pour cela qu'entre le premier banc et le der
* -" nier il y ait une différence de hauteur de quelques
décimètres.
Nous avons à Paris, et ailleurs , dans quelques écoles nouvelles des salles arrangées de cette sorte ; mais dans la plupart des anciens locaux , surtout dans ceux des campagnes , cette disposition si essentielle est encore négligée.
En passant au mobilier , vous trouverez dans un grand nombre d'écoles de ces larges tables placées sans ordre dans toute la salle , et autour desquelles
les élèves s'asseyent en regard les uns des autres, la plupart tournant le dos au maitre , ne le voyant pas, ne l'entendant guère, étant eux-mêmes inaccessibles à ses regards , et abusant de cette position pour se livrer à la dissipation. Ces tables, plus dignes d'un ca-« baret que d'une école , sont proscrites par les règlements. £lle& ne se maintiennent qu'en dépit de toute espèce de raisons contraires au bon sens comme aux bonnes mœurs; elles doivent être remplacées par des tables à pupitre ou des bancs à écrire , qui soient dis* posés avec intelligence. Ces bancs, peu larges et peu dispendieux , facilitent la discipline et l'enseignement de la manière la plus heureuse : ils mettent tous les élèves sous le regard du maître , et permettent à celui-ci d'observer constanunent toutes les physionomies.*
Ce que vous demanderez après cela , c'est que le maitre lui-même compte pour quelque chose dans l'école ; que pour tenir ses notes et ses registres, il ait sa place, sa table ou son bureau; qu'auprès de lui se trouve, sur le mur ou sur un chevalet, un tableau noir de forte dimension , pour les explications de calcul, d'orthographe , de dessin linéaire; qu'il ait à côté de lui une armoire pour la bibliothèque , pour les instru-* ments de dessin linéaire, et pour les modèles des nouveaux poids et des nouvelles mesures , objets qui désormais ne devront manquer dans aucune école.
Les murs de la salle peuvent être garnis de tableaux de lecture , de cartes murales , de quelques objets d'histoire naturelle qui ne demanderaient pas à être mis sous Terre; de quelques images et de dessins
loi LE VISITEUR
qui rappellent des traits d'histoire , de morale et dô religion» L'enfant aime à s'instruire par la vue.
Que le long des murs , ^i au-dessus de ces objetSi il y ait pour l'enseignement mutuel des cercles de fer ou d'autres appareils; que les ardoises soient mobiles ou immobiles , rayées ou non rayées ; qu'il y ait sur le bureau des sifflets ou des sonnettes j et au bout des bancs des télégraphes ou des écriteaux : ce sont là des oho3es plus ou moins importantes. Seulement exigez, dans l'intérêt do l'ordre et de la propreté , que les encriers soient immobiles » engagés , au niveau des bancs , de manière qu'on puisse les recouvrir d'une plaque mobile de fer-blanc.
Enfin ) ce qui est désirable par-dessus tout, c'est que I dans chaque école ^ il y ait une de ces grosses pendules en bois de la Forêt-Noire, qu'on joit dans toutes les institutions de nos départements de l'Est, qui coûtent si peu de chose, et dont les avertiisements salutaires apprennent également aux maîtres et aux élèves à profiter du temps dont elles marquent 1^ rapide passage.
. Quand vous aurez examiné les détails , reportes enecHre un regard scrutateur sur l'ensemble , pour voir si tout est propre , si chaque chose esta sa place.
Passez ensuite de la salle d'école au reste de la maison elle-même , pour examiner si tout y est conve^ nable , si tout y est digne d'être l'asile de celui des h$d)itants de la commune qui en élève la jeunesse , et qui , avec le pasteur spirituel, doit servir d'exemple k tout le monde. La maison d'école, quand on en concevra bien la destination, ofirira le modèle d'un
P£» iCOLBS. 107
arrangement et d'une dûtiibution calculée pour le faimi-étre physique et nioral de toute une ÊimiUe , et pou9 conaprendrons rimportance de ce vrai foyer de l'éducaÛQu populaire» quand noua aurons aoûordé enfin h la civilisation nciorale des peuples, la même attention que depuis trois siècles le monde moderne accorde presque exclusivement h leur cuir ture industrielle et littéraire.
Déjà une généreuse rivalité est étaUiie entre les pays avanoés , la France, l'Angleterre , rAUemagne, la HûUande.
Les pays d'Allemagne qui touchent à la France se distinguent sous ce rapport.
Depuis une vingtaine d'années on voit, surtout dans les pays de Bade et de Bavière » s'élever des maisons d'école d'un goût et d'une convenance admi^ râbles. Souvept noua avons donné des modèles et des leçons à l'Europe ; sachons en prendre il notre tour. On objecte que nos communes rurales sont la plur part sans ressources , et cette objection est bien forte ; mais voici un exemple qui la frappe de nulUtéé Dans le petit pays de Bade , un petit village que nous avons souvent bombardé et réduit en cendres, Kehl, en un mot, a construit, il y a quelques années, une église , et sur les deux côtés de l'aveaue qui y conduit, nn peu en avant du temple , un presbytère et une maison d'école , dans des dimensions telles, que plusieurs génération^ s'y trouveront k l'aise^Quelques plantations d'arbres donnent à l'ensemWe l'aspeet le plus agréable. Chacun des habitants a fait un sacrifice; nul ne s'y est ru^né.
Dans la Bavière rhénane , l'exemple d'un prince qui fait élever pour la science et les arts de si beaux édifices , a fait naître dans les communes une généreuse émulation ; elles ont voté des fonds , entrepris des corvées , décimé leurs forêts , et construit nombre d'écoles spacieuses j belles, bien entendues sous tous les rapports (i).
La France elle-même a sous les yeux les plus beaux exemples.
Faites faire quelques efforts dans votre arrondissement , et bientôt il aura des maisons d'école dignes de leur destination. Déjà sur plusieurs points l'invasion du bien a commencé; il faut la rendre générale.
Ce qui présente moins de difficulté que de bâtir une maison spacieuse c'est d'avoir , près de l'école, une cour ou un préau avec un hangar , un abri, qui puissent recevoir les enÊiQts à leur arrivée et favoriser leurs jeux dans l'intervalle des classes.
20 L'ordre et la régularité président-ils à tous les mouvements d'entrée et de sortie, ainsi qu'aux études et aux récréations?
(1) Une commuDe de la Bavière rhénane avait achevé son œuvre ; elle avait bâti un vaste et heau rez-de-chaussée , avec des attiques pour loger les deux maîtres ; car le règlement du pays en prescrit deux lorsque l'école a plus de soixante élèves. Quand on apprît qu'un village voisin avait mieux fait, que sa maison d'école avait deux étages, on se mit aussitôt à démolir pour commencer une construction plus belle. (Nous empruntons ce fait à un rapport que nous avons adressé au ministre deFinsti^uction publique en 1834.)
Il ne faut jamais perdre de vue que Tordre matériel est lui-même une chose morale, et que parla régularité extérieure l'enfance se laisse conduire à la régularité intérieure.
3® Les élèves sont-ils convenablement divisés en classes ou en sections suivant leur âge et la force de leurs études?
Ce soin doit en première instance être abandonné à l'instituteur seul, mais les surveillants de l'école peuvent y intervenir utilement , et le visiteur ne doit jamais manquer d'exercer son contrôle à cet égard.
4® Chaque classe a-t-elle son moniteur ou son maître Pou du moins est-elle constamment occupée, et reçoit-elle du maître commun une instruction directe pendant un temps suffisant?
Il est des écoles où les exercices sont si mal distribués, que certains élèves ne sont presque jamais interrogés et qu'ils ne sauraient ne pas se livrer à la dissipation. On néghge surtout l'écriture et le dessin comme moyens d'occupation ; ces exercices , dans beaucoup d'écoles , sont commencés trop tard.
5<^ Les élèves sont-ils pourvus par leur famille des livres nécessaires, ou bien l'école possède- t-elle un nombre suffisant d'exemplaires pour les mettre entre les mains de tous pendant les classes ?
L'uniformité des Hvres pour les mêmes classes est un point sur lequel il faut insister de la manière la plus absolue.
6o Existe-t-il à l'école quelques ouvrages de lecture qui puissent être mis à la disposition des élèves
110 ht ^mem
ayaticéid ^tri Voudk^feiit i^^iilstrtiii^e petidant les k>i»rs
des vaconceêi, les dimanches et lés jours de fêtes?
Ces ouvrages peuvent occuper utilement des loi* sirs qu'on perd trop souvent. Le désœuvrement conduit k des habitudes de dissipation qui sont déployables à tout Âgé , mais qui ont surtout dans Tenfance le funeste effet de tuer jusque dans leur germé ces penchants d'activité et dé désir d'instruction que Dieu a mis dans le cœui* de l'homme, et qui sont si puissants dans la première enfance.
7* Les exercices commencent-ils et finissent-ils par une prière convenable , dite à haute voix, avec onction et pr le maître lui-même ?
Le maître doit dire la prière avec i*ecuelllement } il doit seul la dire ; c'est l'acte le plus important qui se passe à l'école, et il ne saurait être fait convenablement que pdr celui qui en est le chef.
8" L'école a-t-elle un règlement et un programme qui déterminent non-seulement d'une manière générale les études et les régies de la discipline , mais qui fixent les exercices spéciaux de chaque section?-
Le maître a-t-il eu soin de rédiger , en outre , des tableaux qui indiquent tous les exercices , par se* maine, par jour et par heure ?
Est-il donné à chaque objet de renseignement prescrit un temps suffisant et bien jproportîonné ?
Se conforme-t-on , dans tous lés exercices , aux tableaux , programmes et règlements arrêtés ?
Ces prescriptions constituent la loi de Técole. Dans la soumission à la loi est Tordre, Dans Tordre est la
prospérité de tout établissement. Ell^ ûë s'ôbtféttt qu'à ce prix; et ce set^it à tort qpi'on abôtidoùtierait au caprice des maîtres le temps si court et si pré* cieux que la jeunesse passe dads kâ écoles.
9** L'instruction morale et religieuse est-élle dofl* née, avec onction, avec autorité, d'après les ouvrages sanctionnés?
Tous les enfants reçoivent* ils celle à laquelle ils ont droit , et totitè l'éducâtiott liiowJe et religieuse qui est de la compétence de l'école , est^ëlle donnée conjointement avec l'instruction ?
Le maître suit-il avec intérêt et avec discrétion finfluence sous laquelle ses élèves se trouvent à cet égard dans le sein de leurs familles ?
Visiteurs des écoles, l'instruction morale et religieuse est recommandée spécialement à vôtre cott^ science; faites- en l'objet de toute votre attention et de toute votre sollicitude. Il n'est rien qui puisse vous placer plus haut que votre fidélité à remplir ce devoir ; et il n'est rien qui puisse, comme les leçons de religion , ennoblir la tâche des maîtres que vous surveillez. Le bien que vous êtes appelés à fakrû sous ce rapport est immense.
Commencez donc ou finisses toujours vos visites par Tinstruction religieuse. C'est un conseil qui tous serait utile encore si vous aviez le malheur de n'être pas suffisamment instruits dans les téritésde la foi. Dans ce cas même , votre attention et Votre recueillement pourraient produire du bien. L'enfant respecte toujours ce que respectent lès personnel douées de quelque autorité; et les maîtres dotinem deê
llî LE VISITEUR
soÎDs particuliers aux objets que les visiteurs des écoles suivent avec intérêt. Vous seriez toutefois peu propres aux fonctions si graves qui vous sont confiées si vous étiez incompétents pour ce qu'elle ont de plus élevé.
10° Suit-on, pour apprendre à lire, les livres, tableaux et procédés approuvés?
Depuis un certain temps on a Tair de croire que tout serait fait pour l'instruction du peuple , si Ton parvenait à faire lire tout le monde dans le moindre espace de temps donné. 'Et certes tout le monde doit savoir lire , et apprendre cet art avec le moins de peine possible. Sous ce rapport, toutes les méthodes qui promettent d'abréger le temps et le travail méritent de justes égards. Cependant , ce qui importe plus que de savoir lire , c'est de comprendre et de savoir appliquer ce qu'on lit. Ce n'est donc pas la méthode qui abrège le plus , c'est celle qui exerce le plus les facultés de l'enfant qui mérite la préférence. La ligne droite est sans doute la plus courte ; mais^ si la courbe fait un détour, elle parcourt aussi plus d'espace. Elle est souvent plus belle et plus avantageuse que la droite. C'est sous ce point de vue fondamental qu'il faut examiner et juger les méthodes anciennes et nouvelles. Cela fait éviter les erreurs et les inconvénients qu'entraînent toujours les engouements exclusifs. H y a des méthodes bonnes en elles-mêmes , supérieures à toutes les autres ; mais souvent ce n'est pas la méthode qui est bonne ou ntiauvaise; c'est l'instituteur qui la rend telle ou telle. C'est surtout l'inventeur qui fait le
succès de Finvcntion. 11 a la clef du sanctuaire; elle est dans son intelligence et elle se peint dans ces deux mots , génie et dévouemenU
En effet y la méthode n'est qu'un instrument , et c'est souvent à la main qui le manie que cet instrument doit ses principaux avantages. L un des hommes les plus célèbres de ces derniers temps , Pestalozzi, eut dans ses écoles des résultats que sa méthode , imitée par d'autres , ne put faire obtenir nulle part ailleurs. Avec lui et même avant lui , aussitôt qu a commencé sa vieillesse, est tombée sa méthode. Tel est le sort de la plupart des méthodes spéciales ; ce sont des plantes qui languissent dès qu on les arrache à leur sol natif. S'il est des exceptions , elles sont en faveur des méthodes les plus simples ; ce sont celles-là qui survivent à leurs inventeurs ; elles ont à la fois le caractère de la généralité et celui de la perpétuité.
Il* Existe-t-il des exercices spéciaux pour ajh prendre à bien lire ?
Ces exercices^ destinés aux élèves avancés, ont pour but défaire lire de teUe manière que l'auditeur, nonseulement puisse comprendre aisément , mais qu'il soit, pour ainsi dire, obligé de comprendre. Il est difficile de bien enseigner et de bien exercer cet art , car il demande une profonde intelligence des textes et une élocution très - nette , très-clairç, c'est-à-dire précisément les deux choses auxquelles on attache généralement le moins d'importance (i).
(1) Comparez ct-dessous le chapitre sur Tinspection de réc!ole primaire normale p. 136.
i^^" L'écriture courante et usuelle est-elle enseignée de préférence à toute autre , d'après des modèles et des procédés autorisés ?
Quant à Téoriture , portez votre attention, sur le point capital , les bons modèles. D faut des modèles ei^écutés avec pureté y gravés ou lithc^raphiés. Ceux que peignent left maîtres sont la plupart mauvais | et le soin de les écrire leur prend d'ordinaire un temps inBni. Leur amour -propre s'oppose ^ il est vrai ^ à l'adoption d'exemples qu'ils n'ont pas tracées ; ils trouvent trop commode de passer à peindre le temps destiné k renseignement ^ ou trop doux d'entendre les éloges qu'on prodigue communément à leurs exercices de calligraphie , pour renoncer facilement à leurs vieilles habitudes. Cependant un cahier de modèles donné gratuitement et des ordres formels triompheront de l'amour-propre des uns et de la routine des autres.
i3o Les éléments de la langue française sont-ils enseignés et mis à la portée de l'enfance d'une manière profitable?
La grammaire est utile à l'enfant du peuple comme «icerdce de l'intelligence et science de Torthographe ; elle lui est inutile sous tous le» autres rapports.
Et pourtant c'est précisément comme exercicede l'intelligence qu'on la néglige le plus. On en fait, au contraire, un pur exercice de mémoire ; et jusqu'ici, dans aucun livre, elle n est encore mise à la portée de l'enfance. Peu de maîtres s'attachent sérieusement à se faire comprendre dans cet enseignement , qui est
la logique du peuple. Le visiteur de l'école doit mettre une importance toute spéciale à le faire donner arec intelligence.
i4'' Le calcul Verbal est^il joint au calcul écrite de manière à faire de ce dernier une étude oomprise et utile?
Le calcul est une opération vulgaire^ C'est pourtant une chose admirable et à tel point utile , qu'on ne conçoit pas l'incurie dont il est l'objet de la part de beaucoup d'instituteurs et de surveillants de l'instruction primaire.
Suivez cet enseignement avec intérêt. Un grand nombre de maîtres en font un révoltant monopole) ils n'enseignent dans les classes publiques que les plus simples éléments, réservent pour des leçons particulières tout ce qui est d'application , et ne distribuent le calcul décimal , la règle de trois et celle de société, qu'en échange de rétributions Sj^éciales. Quelque bienveillance que vous portiez aux maîtres, vous Ile sauriez fermer les yeux sur des abus aussi graves. Il suffîi'a sans doute de signaler ces irrégularitéfe pour les faire disparaître, mais il n'en seta pas ainsi de l'habitude qu'oilt la pkpart des instituteurs de feire calculer \à fliime k la rttaiti» Geèt ttîte chose qu'il faut myoit sans dôùtè; trim «'apprendre que cela dans les leçons d'arithmétique , c'est èe priver de ce que celter gciende offre dé plus âvaiitageul. Le caflcul écrit est bien moins utile que le càïcul de tété, dont on a besoin à tout instant, dans toutes les positions de la vie, Faîtes-ïe montrer de préférence.
116 LE vrsTTEtm
Ainsi pour mettre fin à ces interminables opérarations sur le papier et sur le tableau , dont on fatigue les élèves , faites toujours commencer les exercices par le calcul de tête , et n'accordez que les dernières minutes aux opérations faites à la plume ou sur le tableau
iS"" Le système légal des poids et mesures est- il expliqué?
Les poids et mesures sont-ils exposés duriè ma-nière intuitive ?
Presque partout les élèves même médiocres en savent la théorie ; dans peu d'écoles les élèves même bons en connaissent la pratique. La pratique ne s'apprend qu'à l'intuition et à l'usage. Il faut donc montrer dans les écoles les modèles de chaque espèce de mesures et de monnaies. Il faut surtout exercer les enfants à tracer eux-mêmes sur le tableau , d'une manière exacte , celles des mesures de longueur qui ne sont pas très-considérables , et il faut expliquer sur le terrain les grandes étendues , celle de l'areetcelledu kilomètre. Autrement il est impossible que l'usage de ces mesures passe dans les habitudes du peuple ; et si les instituteurs ne faisaient pas leur devoir , l'administration et la justice lutteraient en vain contre des habitudes que l'école ne concourrait pas à combattre.
I &" Les enfants sont-ils exercés au chant ?
Votre attention doit se porter sur le chant , parce que, d'un côté , il fait partie du culte , et que, d'un autre , il doit agir puissamment sur la jeunesse des villes et des campagnes comme moyen d'éducation.
Mais à cet égard il convient de préparer de grandes réformes. Le peuple , faute de beaux chants ou même de chants convenables, en chante souvent d absurdes et de mauvais. Le seul moyen de bannir les chansons pernicieuses, c'est de les remplacer par de plus utiles. Cette substitution nepeut se faire que par les écoles. Et il faut bien espérer qu'enfin nous aurons des poètes qui comprendront ce qu'il y a de noble dans cette mission morale et populaire ; qui ambitionneront la gloire de devenir des auteurs vraiment nationaux et qui donneront des chants au peuple, non pas à celui des boulevarts et des théâtres, mais au peuple véritable. Ils feront plus, ils associeront à leur génie des compositeurs qui , à leur tour , comprendront leurs saintes inspirations , et qui voudront partager avec eux la gloire d'une œuvre nationale. Visiteurs des écoles, concourez de toute votre influence à assurer cette heureuse dotation à nos écoles. Le chant est une des supériorités qui distinguent les écoles primaires des pays voisins.
1 7® Quelles modifications l'instruction rigonreu^ sèment prescrite par la loi a-t-elle reçues dans la localité?
La loi elle-même a prévu des modifications. Elle autorisera toutes celles qui seront utiles , sauf le contrôle de l'autorité. Ces modifications peuvent être nombreuses. Sur les frontières ce sera une langue de plus, l'anglais, l'espagnol, Fitalien ou l'allemand, dont on pourra adopter l'étude, quand elle sera nécessaire dans l'école du peuple. Ailleurs ce sera une certaine élévation qu'on devra provoquer dans telle
branche de l'enseignement. Dans d'autres écoles encore ce seront l'instruction et l'éducation religieuses qui devront recevoir un développement spécial.
i8° Les registres et la bibliothèque de l'école sontils bien tenus?
Existe-t-il un catalogue signé et daté des volumes de la bibliothèque? Existe-t-il une liste des volumes donnés en lecture ? Le maître a-t-il un registre d'inscription, un registre des études et de la conduite de chaque élève , un registre pour recevoir les observations des visiteurs de l'école?
19* La tenue de l'ensemble est-elle satisfaisante?
Les derniers et les premiers objets de votre inspection seront toujours les élèves et leurs maîtres. La contenance, le ton , les manières qui régneront entre eux , l'esprit qui se manifestera dans l'école , vous révéleront autant de choses que les interrogations ellesmêmes.
Si je vous engage à' observer les élèves et les maîtres sous tous ces rapports, c^est sans doute dans l'intérêt des élèves , mais ce n'est pas que vous puissiez exercer directement sur eux une influence profonde; c'est par rapport aux maîtres que vous devrez faire ces observations. Si donc vous remarquiez, malgré votre présence, une certaine agitation dans les esprits, de la confusion dans les exercices , ou bien entre les élèves et le maître une indécente familiarité , un ton vulgaire; si les élèves marquaient de l'insouciance pour ce qui se dit , ou de Tétonnement au sujet des questions qui se font; si le maître éprouvait un embarras qui n'aurait pas disparu après la première
DES IJCOLES. 119
ëmotion ; si vous lui entendiezfaire des interrogations obscures ou vagues ; si vous le voyiez se livrer à des mouvements d'impatience ou décolère; s'il montrait de la rudesse ou faisait des menaces mal déguisées , tout cela vous dirait que vous êtes dans une mauvaise école.
La démoralisation d'une classe est toujours Tœuvre du maître , et mieux vaudrait n'avoir point d'école qu'une école sans discipline. Le rétablissement de l'ordre sera donc partout l'objet de votre sollicitude la plus religieuse. 11 n'est pour cela que deux moyens, c'est de corriger le maître ou de le changer. Mais en vain vous lui donneriez des règlements et des instructions, en vain vous prodigueriez aux élèves des exhortations, des menaces et des peines, si vous ne trouviez pas un esprit docile , vous perdriez vos discours , et avec votre sortie de l'école disparaîtrait toute Idée d'amélioration. Cependant vous essaierez d'abord de corriger le mauvais maître , de lai faire sentir ses torts , et de lui montrer que, dans ses travaux et dans son dévouement, est le salut de l'école. S'il vous e^ impossible de vous faire comprendre et de vous faire obéir, il ne vous reste plus qu'à chercher, dans la générosité des conseils de la commune et du département , les moyens de faire remplacer un homme inutile et dangereux , sans le réduire à la misère.
Cette alternative est cruelle , et je fais des vœux pour que vous ne soyez jamais forcé dans votre carrière de demander le remplacement de qui que ce soit ; mais telle ne sera pas votre condition , et toutes les fois qu'il n'y aura pas d'autre voie de salut pour
une école , il vous faudra avoir le courage de faire votre devoir tout entier.
20° L'instituteur remplit-il bien tous ses devoirs ? Exerce-t-il par sa tenue, son langage, ses mœurs, son action sur ses élèves, et la manière dont il s'acquitte de ses autres fonctions dans la commune, toute l'influence qu'il doit exercer? Donne -t- il tous les exemples de modération , de sagesse et de bonne conduite qu'il doit donner ?
L'instituteur peut être à la fois sacristaio , organiste et greffier de la mairie ; il peut faire des actes sous seing privé , les décisions formelles de l'autorité le lui permettent. Il a, par conséquent, des relations nombreuses et délicates avec ses concitoyens ; ce sera non-seulement chose nécessaire qu'il y apporte une grande discrétion , mais il devra y mettre une *rare prudence, et il sera souvent utile que ses supérieurs le guident et le reprennent Qvec bien* veillance pour Fempêcber de s'égarer.
§ ly. DC L*INSPSCTION DB l'^GOLE PRIMAIRfi SUPéaiEUAB.
Origine et caractère spécial de ces institutions.
L'école supérieure n'est, à la vérité , que la continuation de l'école élémentaire , et telle école élémentaire peut, dans ses hautes classes, atteindre telle école supérieure; cependant ce dernier genre d'institution est une des plus grandes innovations de la loi de i833. La première idée et quelques essais remontent plushaut que cette loi ; mais c'est cette loi qui
a rendu 1 école supérieure obligatoire pour certaines localités , et qui a pourvu à leur dotation. D ne s'agit plus maintenant que d'organiser ces écoles ; mais il importe beaucoup d'en presser l'organisation.
En effet , il en existe encore fort peu , et celles qu'on a fondées ne sont pas toutes également bonnes. Il en est qui languissent par suite de plans trop ambitieux 9 d'autres qui n'attirent pas la jeunesse , faute d'une direction assez nette ou assez élevée. La mission du visiteur est grande à cet égard. Il doit provoquer ici , améliorer là , abaisser ou élever les études ailleurs. Il mettra dans son^ concours un grand dévouement , car il s'agit de sauver , par de sages directions , des établissements qui doivent donner l'éducation et l'instruction à l'une des classes les plus considérables de la société. Mal instituées et mal dirigées , celles de ces écoles qui existent déjà, ou celles qu'on parviendrait à créer, tomberaient rapidement. Découragées par ces chutes , quelques-unes des communes qui sont restées en arrière feraient encore plus d'eâbrts pour se dérober à l'obligation de la loi que pour s'y conformer ; et cette même institution, qui doit puissamment contribuer au développement moral et intellectuel d'une nombreuse classe d'artisans et d'industriels , serait anéantie.
'^ r Instruction ministérielle du 15 noTembre 1833.
Dès le i5 novembre i833, une circulaire ministérielle est venue tracer la marche à suivre pour l'institution d'écoles supérieures. Le visiteur doit con*
sulter ce document^ soit qu'il veuille utilement concourir à fonder une école supérieure, soit qu*ii ait à inspecter celles qui existent.
A ce document se joignent deux avis du conseil royal sur l'organisation des mêmes écoles. Nous prenons dans ces instructions les questions sur lesquelles doit se fixer l'attention du visiteur.
QuestioDs que présente l'inspectimi des écoles supérieures.
1** Toutes les communes chefs-lieux de départe^ ment , et celles dont la population excède six mille àmeft| OQt-ell^ des écoles primaires supérieures?
â^ L'école supérieure est-elle séparée, comme il est à désirer, de lecole élémentaire, et les enfants ne sont*ils admis ii la première qu'après avoir reçu l'instruction de la seconde ?
Rien ne s*oppose formellement à ce que l'instnwtion élémentaire et Tinstructipn supérieure soiefit données dans la m^e école ; mais il importe alors de bien s^assurer que l'instruction élénnei^aîre n'eit point sacrifiée à la portion plus étendue de renseignement, et qu'elle est aussi exacte et aussi compléta qu'elle pourrait l'être dans une école élémentaire isolée.
3** Si l'école supérieure est établie dans les mêmes bâtiments que le collège communal, ce qui peut avoir lieu , le collège et l'école forment-ils deux établissements distincts en droit, séparés en fait, et la contiguïté n'amène-t-elle pas la confusion ?
4® Si l'école supérieure est rattachée à l'école nor-
maie, sert-elle , comme cela se doit , d'école pratique aux élèves-maîtres?
5° L'école supérieure , isolée ou annexée à un autre établissement, collège, institution, pension oïl école normale , a-t-elle son chef spécial?
6° Ce chef est-il muni d'un brevet de capacité du degré supérieur; continue - 1 - il à s'appliquer aux études et à perfectionner ses méthodes ?
l"" Les maîtres adjoints au chef et chargés d'une partie de l'enseignement sont -ils agréés par le recteur?
%" Si l'école supérieure est communal^, les places gratuites ne sont««llea réellement données, comme le veut la loi, qu'après un cnncours réglé par l'auto^ rite?
9"" Nul élève n'a-t-il été admis à suivre les leooofi de celles des éooles supérieureaqui ^nt communales, sans qu'un examen préalable aie eonstaté qpe oet élève possédait sufiisammecit ria^truetknn élémep* taire?
10° Les élèves des éçQlç§ supérieures annexéçsi à un étabUssemieint d'instructioo secondsiire $ont-il3 placés dans un Jocal distinct? .
Il*» L'enseignement de l'école e§t-il strictement confoxme à 1? V)i, ou bien ^ s'il a reçu quelquei^ développements de plus, ce que la loi permet, sont-ik motivés par Içs besoins de la localité ?
12° Les notions de géométrie sont-elles données d'une manière claire , facile à saisir, et proportionnée à la fois à la force des élèves et aux besoins de la localité?
1 3° L'enseignement du dessin linéaire enibrasse-t-il à la fois la théorie et la pratique?
Les élèves savent-ils nommer et définir toutes les figures qu'ils tracent, et rendre raison de chacune de leurs opérations ?
Sont-ils exercés, avec le même soin, au dessin exécuté avec instruments et au dessin à main levée ?
Sont-ils exercés sufiisamment au dessin des objets qui se rencontrent le plus dans la vie ordinaire?
Une école supérieure n'étant pas une école industrielle, ni une école des arts et métiers, on ne saurait exiger que les élèves s'y familiarisent avec les détails de chaque art ou de chaque métier ; mais on doit veiller à ce qu'ils apprennent à connaître et à figurer tous les meubles, instruments, outils, vases et ustensiles d'un usage général.
i4° A-t-on soin de joindre à la théorie de l'arpentage et à la connaissance des instruments qu exige cet art, la pratique, la levée des plans et le lavis, à un degré suffisant?
La pratique sans la théorie serait aveugle, et tomberait dans de grossières erreurs ; la théorie sans la pratique serait stérile : ce serait perdre son temps que de s'en occuper.
i5° Les sciences physiques sont-elles enseignées dans une mesure convenable? Se borne-t-on à l'utile? a-t-on les instruments nécessaires? sont-ik catalogués et con^iervés comme il convient ?
16** S'attache- t-on, dans l'enseignement de Thistoire naturelle, à faire connaître spécialement les
animaux domestiques, les plantes utiles, les métaux et les minéraux d'un usage général ?
170 Le chant est-il enseigné de manière à seconder utilement l'éducation morale et religieuse ?
S'attache -t- on suffisamment et principalement, dans l'enseignement de l'histoire, à compléter les notions élémentaires d'histoire sainte , et à donner les connaissances indispensables d'histoire naturelle?
On se borne souvent à effleurer l'histoire , et les maîtres peu habitués à la professer s'appesantissent sur les origines de manière à ne jamais arriver aux siècles les plus importants ; il faut combattre cet abus avec énergie, exiger des programmes et les faire suivre strictement.
1 9® Tous les cours sont-ils faits avec méthode et clarté? les exercices sont- ils dirigés avec autorité? est-il donné à tous les travaux l'importance qu'ils méritent? les leçons alternent-elles convenablement avec les rédactions?
Les cours des écoles supérieures offi^ent de grandes difficultés. Ce ne sont plus desimpies exercices de mémoire , ce sont des études véritables , et les maîtres , pour les bien diriger, doivent s'y préparer avec grand soin , varier avec art les explications et les dictées , l'interrogation et la répétition. Qu'ils se gardent de se perdre en des discours dont rien ne resterait dans la mémoire des élèves ; qu'ils habituent l'intelligence de leurs auditeurs à la réflexion , et qu'ils ne consument pas en dictées stériles le temps qui leur est accordé.
Pour arriver à une juste appréciation des mé-
136 LE VlfllTSUA
thodes suivies f le visiteur devra écouter une leçon , interroger le» élèves , les faire interroger par le maître ^ et examiner leurs cahiers à tête reposée.
Il devra ensuite faire Ses observations au maître dans une confërence particulière.
20^ La discipline répond-elle , par la précision des règles suivies , k Tâge et au développement des élèves?
âi^' L'école est-élle pourvue du mobilier, des in« struments et des livres nécessaires ?
A-t-on de ces instruments le soin convenable? sont-ils catalogués?
ol'^"" L'école est-elle visitée régulièrement par les autorités locales et supérieures?
23° Quelles sont les causes de son infériorité ou de sa supériorité? De quelles modifications et de quelles améliorations est^-elle susceptible ?
24^ Le directeur et les maîtres-adjoints se montrent-ils, par leur conduite, dignes de présider à 1 éducation de la jeunesse ?
25^ Leur traitement est-il convenable?
§ y. DE l'iNSPECTIOM DIS ÉCOLES INDUSTRIELLES, COMMERCIALES, PRÉPARATOIRES, CLASSES DE FRANÇAIS^ CtC.
Caractère spécial rfe c«s iilAthi(l(»».
L'école supérieure peut et doit se modifier de plusieurs manières ^ d'après les besoins des localité». £Ue devient ici une espèce d'école industrielle , ailleurs une espèce d'école commerciale , ou bien encore une sorte d'école préparatoire aux éccdes spécialest
Mais il est un principe suprême, c'est que nulle localité ne doit avoir un enseignement inutile/ Créer à la jeunesse des leçons de luxe , c'est lui créer une ambition qui conduit toujours à des mécomptes pour elle , et à des embarras pour la société. Partout ou la simple école supérieure suffit, il faut se garder de la détourner de son caractère.
Cependant les besoins varient à l'infini : Lille et Marseille, Brest et Cette, Mulhouse et Bordeaux, Strasbourg et le Havre , ou pour nommer des points beaucoup moins importants , Roubaix et Bédarieux^ réclament des enseignements spéciaux. ÏA , et dans une foule d'autres villes , l'école supérieure ne saurait suffire ; et il faut ou la modifier, ou fonder à côté d'elle des institutions qui puissent initier la jeunesse à l'industrie , au commerce , à la navigation , aux arts. Il est des localités où il suffit de rattacher à l'école primaire , au collège ou à l'école normale , un cours de langues naodernes , ou une classe d'études françaises , c'est-à-dire de grammaire approfondie ^ de rhétorique, de style et de littérature. Il en est d'autres qui demandent, à côté de ces leçons, de véritables écoles des arts^ de l'industrie et du commerce, avec des applications très-spéciales. Dans les villes de Marseille et de Bordeaux il faut évidemment donner, en outre, des leçons élémentaires de navigation et de c(Histructioil navale.
La loi a reconnu ces spécialités. Elle permet dans les écoles supérieures tous les développements qui seront jugés nécessaires; et il est à désirer que partout on s'attache à les réaliser, de telle sorte que lajeu**
nesse trouve dans les institutions publiques régulièrement surveillées, toutes les leçons dont elle a besoin.
A cet égard , la tâche du visiteur devient grande et belle, car c'est à lui qu'il appartient de provoquer et de diriger les premiers pas , de faire fonder les institutions et d'indiquer le programme provisoire des études.
C'est à lui aussi qu'il appartient de mettre dans la bonne voie les établissements qui seraient restés en dehors ou qui" en seraient sortis, ceux dont les études seraient incomplètes ou ambitieuses.
Enfin la tenue de ces institutions demande aussi un coup d'œil précis et les conseils d'une expérience mûrie.
QaestioDS que présentent ces institations. *
Outre les questions que présente l'école supérieure proprement dite , celles dont nous parlons en soulèvent d'autres dont nous indiquerons les principales. Les voici :
I*» L'enseignement répond-il vraiment au titre que prend l'école, et l'école a-t-eUe les élèves qu'elle doit avoir?
Il ne faut tolérer , sous ce rapport, aucune déception, aucun charlatanisme, et provoquer dans la dénomination des établissements publics tous les changements que demande la nature des leçons qui s'y donnent.
2"^ Les programmes des cours sont-ils bien tracés, arrêtés et suivis ?
DES lîCOLES. 129
On ne saurait être assez sur ses gardes à cet égard. Beaucoup de maîtres s'imaginent qu'ils sont obligés , de présenter aux autorités, non les programmes les plus vrais, mais les plus parfaits , et partout où domine cette erreur , il règne entre les études fictives et l'enseignement réel un véritable abîme. Ne tolérez nulle part cet étiat de mensonge ; qui trompe les familles, la jeunesse et les maîtres eux-mêmes.
3<> Les maîtres sont-ils des hommes spéciaux ou seulement des hommes instruits d'une manière générale?
Jamais une institution d'un caractère spécial ne répond à son but si elle n'a pour maîtres des hommes spéciaux. Les professeurs choisis dans la classe des amateurs perdent toujours les établissements.
4"" L'enseignement est-il suffisamment pratique?
5"* Les méthodes, la discipline et la tenue des classes sont-elles conformes au développement que demandent les facultés morales et intellectuelles d'une jeunesse qui a déjà quelques relations avec le monde et qui est sur le point d'y entrer?
6"" La surveillance des autorités locales est-elle éclairée et régulière ?
Est-elle convenablement dirigée par les autorités supérieures?
130 LE VISITEtJR
§ yi. DE l'iRSPECTIOU DBS JÊGOLES d'aDULTES.
Caractère ipécial de cei initUatloni .
Les écoles d'adultes sont à la fois des écoles élémentaires , des écoles supérieures et des écoles indu^ strielles. Elles ont pour objet de suppléer, auprès des jeunes artisans studieux , dociles et doués d'intelligence , aux études qu'ils n'ont pu faire dans leur enfance, et de leur oflfrir quelques exercices utiles pour le genre d'industrie qu'ils ont embrassé.
D'après l'arrêté du conseil du 22 mars i836, et la circulaire ministérielle du 16 juin, même année, l'enseignement de ces écoles sera le même que celui qui a été déterminé par la loi du 28 juin pour l'instruction primaire ; il s'étendra depuis les éléments de la lecture , que trop long- temps encore beaucoup d'individus auront à apprendre dans un âge déjà avancé , jusqu'aux développements professionnels qui seront réclamés par les besoins des diverses localités. Chaque comité dressera le programme des cours qui devront être faits dans son ressort.
Quant à la discipline , le règlement s'est borné à prescrire quelques mesures destinées à prévenir différents abus que l'expérience avait signalés sur quelques points du royaume. Ainsi il convient que, sous aucun prétexte , les élèves adultes, hommes et femmes , ne soient jamais réunis dans le même local ; que l'âge d'admission soit réglé d'après celui où les enfants cessent ordinairement de fréquenter les écoles
DES ifCOLËS. 131
primaires; que les élèves de Técole primaire soient toujours séparés des élèves de la classe d'adultes.
Si d'autres mesures de discipline sont jugées convenables, il appartiendra de même à chaque comité de les proposer à l'autorité compétente.
Les inspecteurs ne devront rien négliger pour multiplier ces écoles, car Texpérience atteste les importants services qu'elles peuvent rendre. On en a pour preuve le succès des écoles d'adultes de Paris , de Lyon , de Nîmes , d'Avignon , de Nantes , de Versailles , de Strasbourg , de Colmar, de Mulhausen , de Yalenciennes. Les nombreux établissements de ce genre qu'on a fondés à Paris , et qui sont dirigés , les uns par les frères de la doctrine chrétienne , les autres par une société d'anciens élèves de l'école Polytechnique, ont non -seulement assuré l'instruction à beaucoup de jeunes gens de la classe ouvrière ; ils leur ont donné des habitudes d'ordre , d'étude et d'économie encore plus précieuses que les connaissances qu ils leur ont enseignées.
Les élèves de ces classes étant précisément de l'âge qui réclame les directions les plus intelligentes et les pluB fermes , la capacité et la moralité sont des garanties nécessaires que doit présenter quiconque as^ pire à donner cet enseignement public. Elles seront constatées pour les directeurs ou les directrices de classes d'adultes dans les formes instituées par la loi du !i8 juin i833 pour les instituteurs primaires. H est. du reste évident que les preuves devront être considérées comm^ faites sur ces deux points, lorsque ce seront des instituteurs gu des institutrices en
exercice qui se proposeront de tenir ces établissements.
Pour Tautorisadon , il suffira que le recteur de chaque académie , éclairé par les avis des comités , par le plan du local et par le programme des leçons , donne son assentiment à l'ouverture de la classe d adultes. On a voulu , en se bornant à ces formalités , favoriser la multiplication de ces classes, dont le besoin se fait sentir de plus en plus à mesure que les lumières se propagent , et que Vindustrie et le travail se déploient avec une grande énergie.
Suivant les circonstances , ces classes peuvent être considérées comme des cours publics, et lautorisation nécessaire de les diriger pourra être accordée à des personnes qui , sans avoir précisément les titres que nous venons de mentionner , offiîraient cepen* dant des garanties suffisantes.
Ces classes doivent être visitées avec grand soin. Le recteur doit adresser au ministre un tableau sommaire du mouvement qu'elles offrent.
Questions qae présentent ces institutions.
Après les questions posées ci-dessus pour les écoles élémentaires, l'attention du visiteur doit se porter principalement sur les questions suivantes :
i"" Quelles sont les difficultés, les préventions et les habitudes locales qui se sont opposées ou qui s'opposent encore à l'établissement de ces classes?
5' Par quels moyens , quels exemples ou quelles interventions serait-on parvenu à les vaincre?
3^ Quelle influence ces études exercent-elles sur
la moralité de ceux qui les suivent , et quelles ressources leur auraient-elles déjà offertes pour leurs diverses carrières ?
^ Quelles sont les limites précises où il convient d'arrêter les exercices pour les rendre tout à fait fructueux ?
5° Quelles sont les directions morales et religieuses y ainsi que les leçons d'économie domestique, et surtout celles relatives aux caisses d'épargnes, qui peuvent se joindre le plus utilement à ces études ?
$ yil. DE l'iASPECTICK DES ÉCOLES PRIMAIRES NORMALES.
Da caractère spécial de ces institutions.
Quelle que soit l'importance des autres institutions populaires, celle des écoles normales est telle, que nul ne doit en entreprendre l'inspectionsans s'y être préparé par les études et les méditations les plus spéciales.
En eflfet , ce ne sont plus des élèves qu'on y forme, ce sont des maîtres, et des maîtres auxquels le visiteur doit, avec ceux qui les dirigent, ofiHr le type le plus pur du véritable instituteur. Dans une inspection de cette gravité , chaque parole a de la portée pour ceux qui sont interrogés , et même pour les enfants qu'un jour le pays doit confier à leur direction. L'inspection d'une école normale est pour le visiteur des écoles l'inspection par excellence; elle demande un tel degré d'instruction et d'élévation , que, dans la meilleure qu'on ait pu faire, on doit craindre d'être resté au-dessous decequ'elle devaitêtre.
ISi' LE VISITEUR
IK n'est pas d'institution qui fixe davantage Fattention du pays que les écoles normales. Elles sont une création de Tépoque , et dès leur origine en France elles ont été accueillies avec faveur. Par suite dç la loi de i833 , elles se sont multipliées de la manière la plus rapide. D'une ou de deux, elles ont été portées à soixante-seize. Aujourd hui elles sont assez nombreuses pour répoudre à tous les be* soins. Peut-être même tous ceux des départements qui se sont empressés de créer des écoles normales , ne trouveront-ils pas utile de les conserver ; et plusieurs d entre eux paraissent d'autant plus appelés à réunir les ressources dont ils disposent, que , dans la plupart des académies , une seule de ces institutions pourrait suilire. Ces réunions ^ en procurant de plus grands moyens d'études, satisferaient mieux «aux exigences progressives de l'époque, * Quoi qu'il en soit, toutes les écoles qui existent mé*ritent l'intérêt du visiteur. Il est bien évident que les destinées de l'enseignement primaire de tous les degrés dépendent de l'éducation que reçoivent ceux qMÎ devront lediriger. Il y a plus, les écoles normales elle»mêmes, qui excitent de si vives sympathies, seraient compromises si elles n'amenaient pas les résultat» qu'on est en droit d'en attendre, et que, dans nos temps si agités , il importe d'assurer à nos popula* tions, si ignorantes encore sur quelques points, et partout si faciles à détourner de leurs devoirs.
On le voit , les questions que présente l'inspection d'une école normale sont d'autant plus graves et plus nombreuses, que le cours d'études, sauf les excep-
DESicOLES. 135
lions autorisées, n'y est que de deux ans, et que, dans cet espace de temps, les élèves-maitres doivent acquérir, non-seulement des connaissances variées et précises , mais encore la capacité de bien les enseigner aux autres.
Telle est, en effet, la loi de ces élèves : ils. apprennent, non pas pour eux , mais pour ceux qui leur seront confiés. Le visiteur devra donc examiner ces établissements sous un point de vue spécial.
Questions que présente l'inspection d'une école normale primaire.
lo L'instruction religieuse est-elle donnée avec autorité et avec onction?
Cette instruction est souvent mal entendue , vague, indécise. C'est alors une espèce de philosophie religieuse et de morale sociale. Ce n'est pas ce qu'elle doit être. Elle doit, au contraire, embrasser formellement , dans la première année , Ihistoire sainte et le dogme ; dans la seconde , le culte et la morale. Elle doit être donnée d'après les livres reçus et approuvés; accompagnée des pratiques de la piété , et appuyée par la surveillance du chef, par l'exemple de tous les maîtres de l'école.
2** Quelles dispositions morales et religieuses les élèves ont-ils apportées dans la maison, et quels progrès ont-ils faits sous ce rapport?
3"^ £xplique-t-on d une manière satisfaisante les méthodes d'enseignement et les principes d'éducation?
Le cours des méthodes doit expliquer les modes
130 Le VISITELR
simultané et mutuel dans leurs principes, leurs applications, leurs résultats.
Le cours d'éducation doit tracer les règles de 1 education physique, intellectuelle et morale.
Après le cours de religion , il n en est pas de plus important que ces deux cours ; et il n'en est pas qui demande des programmes faits avec plus de soin (i).
4** Les procédés de lecture, qui ont pour but d'apprendre à lire aux enfants , sont-ils expliqués d'une manière pratique, d'après les bonnes théories , les tableaux approuvés, et les Uvres reçus?
5° Les exercices de lecture, qui ont pour but d'apprendre à bien lire , à faire entendre les auteurs qu'on lit , et à faire bien comprendre le lecteur par les auditeurs , sont-ils dirigés avec intelligence ?
Les vices de l'accent local sont-ik signalés et parvient-on à les corriger?
6<> Les élèves sont-ils exercés sofiSbaontmient, non pas aux divers genres d'écriture en général^ mais à l'écriture courante en particulier ?
Leur explique-t-on et sont-ils en état d'expliquer les procédés les plus éprouvés de la calligraphie?
7"* L'étude de la langue française est-eÛe complète?
Le texte de la granomaire est-il expliqué avant d'être donné comme exercice de récitation ?
A-t-on soin de bannir des exercices d'orthographe
vt) ^ojez le pi^ogramme cUdessous, page 143.
le dangereux et barbare usage des exercices de cacographie ?
L'analyse grammaticale et l'analyse logique , qui font comprendre l'une la forme des mots , l'autre les rapports qu'ils ont entre eux , sont-elles suivies de l'analyse de la pensée qui fait comprendre les choses elles-mêmes, et sans laqueUe les deux premières sont frappées de stérilité ?
8** L'exercice de la rédaction des leçons et celui de la composition sur des sujets donnés sont-ils joints à l'étude de la grammaire?
Les sujets de ces rédactions et de ces compositions sont-ils choisis avec intelligence , d'après des vues d'ensemble , et sont-ils convenablement gradués.
A-t-on soin de conserver dans les archives de l'école et de soumettre aux visiteurs la collection des premières copies de ces exercices ?
9** Les élèves-maîtres sont-ils exercés à faire euxmêmes des leçons de grammaire , de rédaction et de composition ?
10** L'arithmétique est-elle exposée complètement dès la première année? et la seconde année est-elle employée aux applications et aux exercices de l'enseignement de cette science ?
Il'' Le dessin linéaire est-il enseigné d'après les meilleures méthodes , et l'exécution à main levée répond-elle à celle faite avec des instruments ?
i3o Les notions de géométrie pratique et d'arpentage sont-elles réservées à la seconde année et données en deux cours bien distincts , mais liés de
138 Lf, VISITEUR
manière à faciliter les progrès; des élèves dans cette double étude?
^ j3** Les leçons de mécanique ou de définition des machines les plus simples , celles des sciences phy« siques et d'histoire naturelle applicables aux usages de la vie , leçons également réservées à la seconde année , sont-elles faites d'après des programmes bien arrêtés , et sont-elles mises à la portée de tous les élèves?
14° Le cours d'histoire embrasse-t-il , pour la première année , l'histoire et la géographie anciennes et du moyen âge ; pour la seconde année , l'histoire et la géographie modernes, et spécialement l'histoire et la géographie de la France ?
Ces cours se font-ils d'une manière complète ?
Le maître qui en est chargé donne-t-il la principale attention aux temps modernes y aux époques les plus importantes ?
Evite-t-il les longues dictées ?
Fait-il les interrogations et les répétitions nécessaires ?
i5«» Les notions de la sphère, réservées aux élèves de seconde année , sont-elles bien comprises ?
1 6<» Tous les élèves sont-ils exercés au chant et au plain-chant? En possèdent-ils la théorie et la pratique au point de pouvoir donner des leçons?
1 7<* Les exercices de gymnastique , si nécessaires à cet âge, surtout pour les jeunes gens qui passent brusquement des campagnes dans les villes, sont-ils bien entendus?
iS"" Les élèves sont- ils exercés k la théorie et à la
pratique de la greffe et de la taille des arbres , connaissances qu'ils sont appelés à répandre, et qui les feront apprécier singulièrement dans beaucoup de localités?
190 Les élèves de seconde année sayent^ils rédiger les actes de l'état civil et les procès- verbaux les plu^ usités ?
Ont-ils pour cela les notions suffisantes de droit civil et administratif?
30° Si Ton a introduit dans l'école d'autres branches d'enseignement, quelles sont-elles?
Pourquoi et comment sont-elles professées ?
Sont- elles toutes tenues au niveau qu'elles ne doivent pas dépasser?
31° Les élèves-maîtres sont-ils exercés à la pratique de l'enseignement mutuel et simultané-, soit dans*une école primaire entretenue par la ville hors de l'école normale , soit dans une école primaire annexée h l'école normale ?
22^ La gradation de l'enseignement est-elle bien observée? La division des élèves par année est-elle réelle, ou bien les réunit-on pour la plupart des cours ?
23 <" Celle des deux divisons qui n'assiste pa9 au cours de Vautre a-t-elle une salle particulière pour ses études, ou est^elle obligée de travailler dans l'étude commune?
Il est indispensable que la séparation soit réelle, et que le programme de$ cours l'établisse nettement. Que la surveillance m mollisse pas k cet égard. H était putr^fQJs des écoles où la séparation, purement
nominale pour le reste de Tannée, n'était réelle que pour l'époque de l'inspection : cet abus ne saurait plus exister.
24"^ A-t-on soin de ne pas laisser les élèves-maîtres quitter l'école normale pour aller se faire examiner et recevoir le brevet de capacité avant qu'ils aient achevé tout le cours d'études de l'école normale ? ' 25"" Se conforme-t-on , pour l'emploi du temps, aux règlements et aux programmes arrêtés par le conseil royal ?
26^ Le nombre d'heures consacrées par les élèves aux classes, aux études^ aux repas, aux récréations et au sommeil , est-il bien entendu , et yarie't-il convenablement suivant la dijQTérence des saisons?
2'j'' Quelles sont les règles observées dans la maison pour la surveillance des élèves?
Si l'école n*est pas constituée encore en internat , quels sont les moyens d'observation et d'action sur les élèves hors de la maison ?
^S'' Quelle est la nature des punitions infligées aux' élèves?
2^"" Les autorités préposées à la surveillance de l'école la suivent-elles avec l'intérêt qu'elle mérite ?
So"" Le directeur s'acquitte t-il de tous ses devoirs avec un égal dévouement?
Si"* Le registre sur lequel doivent être inscrites les notes relatives au travail, au caractère et à la conduite des élèves-maîtres, est-il régulièrement tenu, et le relevé sommaire de ces notes est-il envoyé au
recteur, pour être transmis au ministre aux époques de mars et d'août de chaque année ?
32° L'ordre et la propreté rëgnent-ils dans toutes les parties de la maison ?
33° La bibliothèque est-elle bien tenue? Y a-t-il des livres qui ne conviennent pas à leur destination?
34° L'école est-elle munie des instruments et collections nécessaires pour les différents cours et leurs applications usuelles?
35^ Les locaux dans lesquels Fécole est placée sontils convenablement disposés , tant pour pensionnat que pour les besoins de l'établissement , et sont-ils garnis de tout le mobilier nécessaire ?
36® A-t-on eu soin de dresser un inventaire des objets mobiliers qui appartiennent à l'établissement ? Est*il signé et daté ?
370 Ne reçoit-on à l'école que des élèves qui veulent embrasser la profession d'instituteur ; et ceux qui la dirigent sont-ils bien pénétrés de cette idée, qu'une école normale primaire n'est pas simplement une école primaire supérieure, qu'elle a surtout pour but de former des maîtres capables d'instruire ?
38° Les élèves-maîtres sont-ils amenés à contracter dans leur nourriture, dans leur habillement et en toute autre circonstance , ces habitudes de simplicité, de frugalité et de travail personnel, qui doivent être celles de toute leur vie? Leur conduite a-t-elle ce caractère de dignité morale qui convient à une carrière de dévouement et d'éducation ?
39° Le nombre des maîtres-adjoints est-il proportionné aux besoins du service? ce nombre ne serait-
lia LE VISrTEtJR
il pas trop considérable relativement à celui des élèves, et ne serait-il pas utile de faire des économies, en confiant des cours analogues au même maître ?
4o" Des cours ont-ils été établis à Técole pour mettre les instituteurs en exercice à même de perfectionner leur instruction ; et ces cours ont-ils été dirigés d'une manière essentiellement pratique ?
Ces cours méritent une attention spéciale. Ils ne doivent être faits que par les maîtres les plus expérimentés, et avoir constamment pour but des applications immédiates.
En principe , ce sont des instituteurs dont la première éducation a été négligée qu'on appelle k ces conférences, et c'est en vain que l'on exposerait des théories générales à cette classe de maîtres ; ce sont des procédés qu'il faut leur montrer, procédés pour l'organisation des écoles , pour l'occupatiou simultanée des différentes sections d'élèves , aux exercices de lecture, d'écriture et dé calcul.
Dans quelques années , ce mtbnt les jeunes instituteurs sortis des écoles normales qu'on appellera à ces retraites. Alors les exercices devront être bien différents ; ce seront des répétitions d'études anciennes et des leçons nouvelles ; ce seront de véritables cours de perfectionnement. Dès lors cette institution acquerra une importance plus haute encore.
C'est le visiteur des écoles qui doit faire connaître à l'autorité supérieure quel est l'enseignement que réclament les instituteurs du ressort. Seul, il les voittous à l'œuvre ; seul , il reçoit les confidences directes des
DES ÉCOLES. - li3
autorités locales. Sa responsabilité à Tégard de l'école normale tout entière est immense , il doit la suivre de près , et prendre à tous les détails de sa situation l'intérêt le plus religieux. Il doit veiller particulièrement à ce que le cours des méthodes d'enseigne-, ment et celui des principes d'éducation soient faits d'une manière complète et fructueuse.
Programme d'un cours de méthodes d*enseignement et de principes d*éduGAtion.