LE VFSIÏEUR
$ yill. DE l'inspection DES écOLES ^LéMENTAIBES ET SUPÉ* RIEURES DE FILLES, ET DES ÉCOLES NORMALES POUR LES FUTURES INSTITUTRICES.
Ces établissements demandent de la part des vî« siteurs une attention spéciale eu raison même de l'influence qu'y exercent les dames inspectrices , qui sont chargées, concurremment avec eux, de veiller à la direction de ces établissements.
L'enseignement des écoles de filles, que les membres des comités continuent à visiter , ainsi que les dames inspectrices (Voyez ci-dessus Attributions des membres des comités^ p. 42), correspond à celui que la loi fixe pour les écoles de garçons. Il est élémentaire ou supérieur.
Des écoles élémentaires de filles.
L'instruction élémentaire comprend nécessairement l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture , les éléments du calcul , les éléments de la langue française , le chant , les travaux d'aiguille et les éléments du dessin linéaire.
Des écoles supérieures de filles.
L'instruction supérieure comprend, en outre, des notions plus étendues d'arithmétique et de langue française , les éléments de l'histoire et de la géographie en général , et particulièrement de l'histoire et de la géographie de la France.
Si , dans presque toutes les communes rurales , Fin-
DES ÉCOLES. liO
struction primaire élémentaire suffit, il n'en est pas de même dans les communes populeuses. Là, il faut que rinstruclion primaire s'étende pour être en rapport avec le mouvement social ; là , il faut des écoles primaires supérieures.
Les instituteurs de l'un et de l'autre degré peuvent ajouter k leur enseignement les développements qui seront reconnus convenables, selon les besoins et les ressources des localités. Ainsi disparaissent tous les inconvénients qui auraient pu résulter d'un niveau trop absolu dans l'instruction primaire. L'autorité ne se réserve que les précautions nécessaires pour empêcher des essais qui seraient en disproportion avec la capacité réelle des institutrices , et qui pourraient tromper les familles.
Des écoles de filles à pensionnat.
L'autorisation de tenir une école primaire de filles ne renferme pas le droit de recevoir des élèves pensionnaires. Les institutrices devront obtenir à cet eflfet une autorisation spéciale que le ministre accorde en conseil royal , selon ce qui a lieu pour les écoles primaires de garçons à pensionnat.
L'influence que les institutrices, dirigeant un pensionnat, exercent sur le caractère et les mœurs des jeunes personnes qui leur sont confiées est telle, qu'on ne doit autoriser à tenir un pensionnat que des personnes dont la moralité hautement reconnue offrira les plus complètes garanties.
Aux autorités locales appartient le droit de choisir,
de préisenter les institutrices communales ; aux recteurs est réservé le droit de les autoriser.
De la séparation des deux sexes.
La réunion des enfants ^es deux sexes dans la même école est interdite dans les lieux où il existe des écoles communales distinctes pour les garçons et pour les filles. Elle est tolérée dans les communes où il n y a qu'une seule école communale.
Les comités et les inspecteurs des écoles veilleront attentivement à l'accomplissement de ces prescriptions, auxquelles les instituteurs privés sont tenus de se conformer comme les instituteurs communaux.
Dans les communes où des écoles spéciales pour chaque sexe ne pourront être formées , on doit prendre des mesures pour que les heures d'entrée et de sortie des garçons et des filles ne soient pas les mêmes pour les enfants des deux sexes. S'ils sont reçus dans la même salle, ils seront cependant séparés; et, si les localités le permettent, il y aura une entrée distincte pour les garçons et une pour les filles.
Il est à désirer que les communes dont la popu* lation présente une certaine importance, établissent des écoles primaires publiques spécialement affectées aux enfants d& chaque sexe. Les préfets doivent en faire la recommandation à ces communes, ainsi qu'à celles qui , à raison du chiffre élevé de leurs revenus, seraient en état d'entretenir une école de garçons et une école de filles. Les écoles mixtes coiUinueroot d'être régies par la loi du 28 juin i833.
DES içoiu$. 151
Des écoles dirigées par des religieuses.
Les écoles de filles dirigées par des religieuses appartenant à des communautés régulièrement ap-^ prouvées et vouées à l'éducation , sont dans une catër gorie spéciale. Ces communautés étant instituées pour donner l'instruction primaire aux enfants, et le droit leur en ayant été virtuellement conféré par l'approbation légale de leurs statuts , il n'y a d'autre condiT tion à exiger des personnes qui en font partie, et qui veulent être autorisées à tenir une école primaire élémentaire, que la production de leurs lettres d'obédience et l'indication faite par la supérieure de la commune où elles seraient appelées.
11 n'en est pas de même pour l'instructioa pri*maire supérieure, qui, n'ayant pas été définie jusr qu'à présent, n'a pas été comprise daps les statuts. Les religieuses qui voudront s'y livrer seront teques, comme les institutrices laïques, de justifier d'un brevet de capacité obtenu dans les formes et aux conditions prescrites par l'ordonnano^»
Une autorisation spéciale leur est pqreilleme^ntnér cessaire pour la tenue d'un pensionnât prin^airçr
De Veotretien des ^les commuDales de GDes.
Nulle école de filles ne pourra prendre le titre d'école primaire communale qu'autant qu'un logement et un traitement convenables ai^ront été assurés à l'institutrice, soit par des fondations, donations ou legs faits en faveur d'établissements publics, soit par
délibération du conseil municipal dûment ajpprouvée.
Lorsque le conseil municipal allouera un traitement fixe suffisant, la rétribution mensuelle pourra être perçue au profit de la commune , en compensa-* tion des sacrifices qu elle s'impose.
Dans les communes où l'imposition des trois centimes additionnels est plus que suffisante pour acquitter ces dernières dépenses , cette imposition peut être votée intégralement, et la portion qui reste libre être affectée aux écoles de filles. Les communes peuvent voter, en outre des trois centimes, une imposition également destinée aux écoles de filles. Le ministre peut accorder aux communes qui auront voté pour leur école de filles une imposition en sus des trois centimes additionnels , une subvention qui pourra être égale au montant de cette imposition supplémentaire.
Des qaeftUoDS que présente la visite des écoles de filles. .
Après ces indications, on voit que les questions que présente l'inspection des écoles de filles sont les mêmes que pré^nte l'inspection des écoles dç garçons. En visitant les premières de ces institutions, on suivra donc, sauf de légères modifications, les questionnaires que nous avons donnés ci-dessus aux pages 102 et 120. *
Les dames inspectrices y joindront des questions précises sur les ouvrages de femme auxquels on exerce les jeunes filles.
DES £GOL£S. 153
De rétablissement d^écoles normales pour les (hlares institutrices.
L'intérêt le plus grave que présente en ce moment Téducation des filles^ c'est l'établissement d'é* coles normales pour les futures institutrices.
L'ordonnance du ^3 juin i836^ qui applique à l'instruction' des filles ceux des articles de la loi de i833 qui regardent les écoles élément lires et supérieures de garçons , n'y applique pas les articles relatifs aux écoles normales; et l'on comprend les raisons qui ont fait ajourner cette dernière application ; mais il est dans les vœux du gouvernement de satisfaire , par l'établissement d'écoles normales pour les institutrices, h tous les besoins moraux du pays; et déjà le ministre de l'instruction publique a ouvert les voies à cet enseignement supérieur, dans sa circulaire aux préfets, en date du i3 août i836. « Pour que les. communes , y est-il dit , puissent facilement établir des écoles de filles, il est à désirer qu'il soit organisé dans chaque département une école-modèle ou école normale, destinée à former des institutrices. Des essais de cette nature ont déjà été faits dans quelques départements, et des conseils généraux ont voté des fonds pour l'entretien de ces écoles. Je vous prie d'appeler l'attention du conseil général sur cet objet lors de sa prochaine session. »
Déjà aussi plusieurs conseils généraux , appréciant l'utilité de ces institutions, ont suivi l'invitation du ministre , et ont délibéré sur les moyens de fonder incessamment les écoles dont la création leur est si
puissamment recommandée; mais quelques études préalable^ sont encore nécessaires pour que l'organisation définitive de ces établissements puisse se faire avec succès, et il appartient aux visiteurs des écoles d'aider de tout leur jèh et de toutes leurs lumières ceux des administrateurs et ceux des membres des conseils généraux qui paraissent être appelés les premiers à donner l'exemple de ces heureuses créations. Il ne faut pas l'ignorer, elles seront le couronnement de la loi de i833. Il est certain que l'éducation populaire ne pourra se joindre d'une manière complète h l'instruction que la loi procure aux enfants du peuple, que lorsque l'éducation de la mère de famille aura été complétée elle-même.
hh est la plus grande tâche du visiteur dévoué; et tant qu'il n'aura pas concouru de tous ses efibrts à 1 etablis^ment, dans le ressort de son inspection 9ca^ démique ou départementale , à la fondation d'une école normale pour les institutrices, il aura négligé Tune des plus belles prérogatives et le plus grand devoir de sa charge.
Déjà d'heureux essais ont été faits dans les établissements dirigés par plusieurs communautés de femmes. Nous signalerons notamment, sous ce rapport, celui que les Dames de la Présentai on ont ouvert à Alais. Cet établissement qui mérite une attention plus générale, embrasse quatre divisions : une école élémentaire gratuite , une école supérieure, un pensionnat pour les jeunes personnes, un asile ou une maison d'orphelins, où vingt jeunes tiUes re»çoivent jusqu'à l'âge de j 8 an« um éducation conforme
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aux dispositiotts qu elles ont reçues de la naturel et à la condition dans laquelle la Providence paraît vouloir les placer*
A défaut d'écoles spéciales pour l'éducation des institutrices, c'est dans ce genre d'établissements qu'on pourra créer ou perfectionner les cours propres à former des maîtresses. Il existe dansd'autresdéparte^^ ments du Midi , et particulièrement k Moniignac (Dordogne) et à Apt (Vauclnse), des institutions analogues, où l'enseignement est élevé etTéducation excellente. La maison d'Apt, dirigée par les Dames de Saint-Charles, embrasse cinq institutions difierentes : une école primaire; un asile pour douze orphelines; une classe d externes payant de i fr. 5o c. à 2 fr. par mois; une seconde classe d externes payant 6 fr. par mois ; un pensionnat dont les élèves payent 3oo fr. par an.
Chaque année , les deux élèves qui se sont le plus distinguées dans la classe primaire de cette institution , sont admises gratuitement dans la clat^se des externes dépendant du pensionnati et dont l'enseignement ^ légèremeiit élevé, serait de nature à former d'excellentes institutrices*
INous citons ces exemples, entre beaucoup d'autres, pour faire voir combien la France possède déjà d'établissements remarquables, et combien il sera facile au visiteur intelligent, soit de faire élever les institutions qui existent au rang d*éco1es normales primaires pour les futures maîtresses, soit de mettre les écoles existantes en état d'en tenir lieu. L'école de Montignac, par exemple, dont nous avons parlé le
moins y est une de celles qui porteraient le plus aisément leurs études au niveau désiré.
II nous serait facile de signaler, à Paris, dans les départements du Nord et de l'Est , des institutions qui , au moyen de quelques secours de la part des communes ou des conseils généraux, seraient à même de donner également des cours pour les institutrices. Plus certains départements sont avancés dans la civilisation matérielle, plus il est urgent qu ils songent à favoriser au même degré la civilisation morale et intellectuelle. ,
J IX. DE L'iMPaESSION QUE DOIT LAISSEE l'iNSPECTION DU VI- SITEUR, ET DE LA SUITE Qu'iL DOIT DONNER A CHACUNE DE SES INSPECTIONS.
Des premières visites.
Si Ton doit toujours entrer dans les écoles avec le sentiment de la haute mission qu'on y vient remplir , on n'en doit jamais sortir sans y laisser une impression profonde , et sans donner une suite efficace aux bonnes résolutions qu'on y a prises et fait prendre. Mais plus on veut agir d'une manière efficace , et mieux il faut calculer tout ce qu'on dit et tout ce qu'on fait dans une inspection.
Visiteurs novices , dites peu de chose ou du moins ne dites' absolument que ce qui est nécessaire dans vos premières visites. Interrogez peu vous-mêmes, laissez plutôt interroger , et faites parler l'instituteur , afin qu'il y ait, pour lui, l'occasion de se faire connaître, pour vous , le moyen de l'apprécier.
De quelque manière qu'il s'y prenne, observez son savoir et sa méthode avec ce calme , cette attention qui encouragent ; blâmez peu , ou plutôt ne blâmez rien; et soyez sobres d'éloges, crainte de compromettre à la fois votre autorité et la sienne.
Donnez toujours un mot d'encouragement au boa maitre ; mais gardez-vous de tomber dans ces verbeuses harangues dont quelques visiteurs d'écoles se font une sorte d'habitude.
Evitez tout entraînement, et veillez sur vous, au point que la sagesse elle-même pût au besoin avouer chacune de vos paroles.
Tâchez surtout que de tout ce que vous faites rien ne demeure sans résultat.
Quand tout sera vu dans votre première visite, ne quittez pas encore l'école : inscrivez d'abord sur le registre prescrit par les règlements une ligne sur chacune des différentes branches de l'enseignement que vous avez examinées; puis mettez sur vos ta* blettes un mot sur ceux des élèves qui se sont signalés , soit par leur application , soit par leur négligence.
Des secondes visites.
Quand vous êtes sur le point de revoir la même école, relisez d'abord vos notes: si vous faites voir qu'il vous est resté trace de votre première inspection , vous laisserez sûrement trace de la seconde , et le souvenir que vous aurez gardé de quelques bons élèves fera que tous désireront d'être connus de vous.
En visitant une école pour la seconde fois , vous
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interrogerez davantage, mais vous le ferez sans avoir l'air d'interdire la parole au maître ; vous la lui laisserez prendre toutes les fois qu'il le voudra. Vous tit^u verez assez de moyens pour comparer Tancienne situation de l'école avec la nouvelle, et assez d'occasions pour laisser deviner jusqu'à quel point vous êtes satisfaits de la comparaison. L'amour -propre rend les hommes d'une clairvoyance admirable à cet égard.
Votre rôle difffere nécessairement dans chacune des visites que vous faites à la même école. Dans l'intervalle de vos inspections vous aurez fait vos rapports; vous aurez échangé vos^observalions contre celles des autres; vous vous serez entendus avec les autorités locales; vous aurez étudié à la fois les ressources et les besoins de la commune ; vous vous serez fortifiés du concours des volontés les plus influentes^ des lumières les plus pures , et vous vous serez mis à même d'agir avec plus d'eflîcacité.
Dès lors vous êtes dans le cas de faire entendre à l'instituteur la vérité tout entière. Vous vous en êtes fait connaître ; il doit vous envisager comme un conseiller bienveillant; il vous éoontera avec la déférence qui sera due à vos sentiments et à votre autorité. Parlez-lui toujours avec les égards que mérite un fonctionnaire honorable ; et si c*est selon la rigueur de vos devoirs, que ce soit aussi avec la scrupuleuse appréciation de tout ce qui milite en faveur d'une classe d'hommes <jui rendent au pays de grands services , et qui les lui rendent à la sueur de leur front.
r)ËS A^LES. 159
Dans des visites aussi délicates , il est quelquefois bon d'être seul; souvent vous ferez mieux de vous adjoindre d'autres surveillants. Vous les engagerez par-là dans vos vues; ils pourraient, être disposés à mal prendre vos injonctions , si vous les négligiez.
Si , dans vos premières visites, vous demandez peu de réformes , il importe toujours de demander celles qui sont urgentes avec l'énergie d'un homme qui ac* complît un devoir, qui agit en vertu d'une autorité ^ écrite dans la loi , et qui connaît la responsabilité que lui impose l'intérêt des familles.
Ne multipliez pas vo^ paro'es. Quant k vos près* criptions, donnez-les sans sécheresse , mais toujours en peu de mots. Revenez sur les mêmes objets jusqu'à ce que vos vues jsoient remplies. C'est une faute grave que de vouloir tout réformer à la fois, d'entreprendre cent choses différentes et de ne donner de suite à aucune : exciter à la fois toutes les ardeurs, c'eiit les exposer toutes à s^évanouir sans résultat.
Du résultat que doit produire une inifMelion»
Ne VOUS exagérez pas votre influence directe, vous pouvez peu par vous-même , mais vous pouvez Ce« trois choses : bien voir, donner de bons conseils et faire de bons rapports. Vous ne pouvez pas diriger les écoles, changer les hommes, voter les fonds; mais vous devez savoir proposer tout ce qui est bien , et ne proposer que ce qui doit se Faire.
Les communes, les autorités locales et le maître, voilà tos nides et pour Binsi dire vos oi^aties. Celui
qui peut le plus , c'est le maître. Le maître doit par conséquent être le premier et le dernier objet de votre attention; après lui , les élèves et la commune.
Quand une école a été visitée sérieusement, trois choses doivent avoir été faites : i *" le maître doit avoir vu en vous un modèle à suivre, dans sa tenue , dans son ton , dans sa parole enseignante et in^ terrogante , dans ses rapports avec les élèves ; a° les élèves doivent avoir reçu quelques directions profondes ; y la commune et les autorités locales doivent s'être pénétrées d'un nouveau dévouement pour la plus précieuse de leurs institutions.
En effet, le visiteur ne doit pas passer inaperçu. Il doit laisser trace ; il doit réveiller le maître et les élèves ; il doit exciter dans la commune en faveur de Técole toutes les sympathies et tous les genres de concours.
Du coDCoars que les communes doiyent aux vbiteurs et aux fonctiomiaires publics en général.
Pour obtenir ces sympathies et assurer au maître le concours réel des communes , ayez avec les comités spéciaux les rapports les plus sérieux et les plus suivis.
En leur témoignant les égards qui leur sont dus, vous aurez de leur part ceux qu'ils vous doivent.
n est à désirer qu'ils vous demandent vos directions après chacune de vos visites; mais il est possible qu'ils ne le fassent pas, par discrétion ou par d'autres moti&. Quils vous les demandent ou non , vous êtes
dans le cas de leur offrir vos renseignements , d'entretenir le chef de la paroisse des besoins spirituels de Técole ; le chef de la commune , des besoins matériels de la maison, des salles de classe, du sort et du traitement de l'instituteur; l'un et l'autre, de l'influence morale qu'il s'agit d'exercer sur la population. Songez que, dans ces conférences, vous avez à recueillir et à semer : vous vous instruisez de la situation d'une localité ; vous instruisez les hommes d'une localité , delà situation générale. Dans l'opinion de beaucoup de visiteurs s'est établie la pensée que les comités spéciaux sont peu disposés à favoriser l'instruction. Il y a sans doute peu de lumières dans plusieurs de ces comités, mais il n'en est pas qui ne soient accessibles aux conseils , et le zèle de beaucoup d'autres est admirable.
Vous considérerez que vous n'êtes pas seulement dans le cas de solliciter l'assistance communale, que vous avez à la requérir au nom de la loi. Vous demanderez d'abord par vous-même ; vous ferez répéter ensuite votre demande par le comité d'arrondissement; vous référerez enfin à l'autorité supérieure.
n n'est personne en France qui ne rende justice au zèle d'un homme qui sait vouloir avec sagesse.
C'est pour associer à votre œuvre des personnes de tout âge que le législateur , sachant combien l'habitude etles années ralentissent l'ardeur des hommes, a donné aux comités la faculté de choisir des délégués.
En entretenant avec ces délégués des relations fréquentes, en les familiarisant avec vos vues et
en les associant à vos visites, vous trouverez de grands secours auprès de ces missionnaires. Dans la jplupart des comités , ce sont eux qui voient le plus d'écoles, qui en connaissent le mieux les besoins. Partout où ils n'auraient pas les facilités nécessaires pour signaler aux comités la négligence et les abus, vous aideriez à les leur procurer en vous en entretenant avec les personnes compétentes.
Sous ce rapport, comme sous tous les autres, il importe surtout que l'autorité supérieure soit toujours informée , et mise immédiatement en demeure de faire ce qu'exige l'intérêt d'un établissement inspecté. Les visiteurs doivent à cet égard éviter trois fautes : 1 Ocelle de ne pas faire de rapports; 2° celle d'en faire d'incomplets; S'* celle de les faire trop tard.
De ces fautes il résulterait non-seulement que Tautorité ne pourrait pas intervenir en temps opportun, mais encore il s'établirait à son égard des préventions qui affaibliraient son influence. Dans un état où les citoyens comprennent leurs devoirs et affectionnent la chose publique , ils se rapprochent des dépositaires du pouvoir ; les considérant comme les interprètes naturels de tous les besoins , et les principaux organes de toutes les réformes, ils ensuivent les directions avec dévouement. De cette façop il s'établit entre les administrateurs et les administrés des relations qui font concourir au même but les sentiments et les efforts de tous.
Et qu'on le sache bien, c'est de cette manière seulement que florissent les institutions.
En effet, les fonctionnaires publics ont besoin d'être
assistés de leurs concitoyens aussi biea que de leur» collaborateurs. Entraînés par la quantité d'affaire» urgentes qu'ils dirigent, ils ont peu de loisir pour méditer sur des réformes simplement désirables ; et quand les conseils des citoyens les abandonnent , ila se trouvent privés de leurs aides les plus précîpui:; Lorsqu'au contraire l'élite de la population' doone aux dépositaires de l'autorité le concours de ses lumières et de ses sympathies , les mesures Qpportjune» se prennent au moment opportun, et l'opinion les accueillant avec faveur, elles produisent toutes les améliorations utiles. C'est là le véritable esprit corn-» munal; c'est le bon esprit de notre époque.
De l'état où se trouve UnstructiOQ primaire par suite 4e pégligenee.
Ce que demandent toutes les autorités supériegreS| ccNSOnt des aides qui sachent exécuter leurs prescriptions. Que de projets, que d'indications utiles éaïanées de haut et qui n'ont produit aucun biep, par la simple raison qu'elles se sont adressées à des collaborateurs saps intelligence ou sans loisir. Lgi France entière serait, à l'heure qu'il est, rempliie d'écoles excellentes et de maîtres distingués, si les directions données par l'autorité, à tous les degrés, avaient troijvé plu§ d'écho d^Qs les région^ inférieures, ddo» h$ commune». On ha jouirttit jamais de cet avantage si l'action du gouvernement et celle des fonctionnaires qui en sont les organes, devait tenir lieu de toute autie; si les citoyens n'entraient pas dans la pensée de la loi pour en seconder
l'exécution. D'après une statistique récemment publiée, il manque encore vingt -et-un mille écoles pour compléter le nombre de trente -quatre mille que veut la loi de i833. Et de ces vingt-et-un mille il en est sept mille qui manquent par suite de négligence (i).
On voit ailleurs des maisons d'école qui tombent en ruine, et des salles construites il y a plus d'un siècle, propres à peine à recevoir quarante enfants, où l'on s'obstine à en mettre quatre-vingts.
On voit aussi des maîtres qui trouvent à peine dans leurs pénibles fonctions de quoi se nourrir comme le dernier des artisans , et d'autres montrer une ignorance qui copvre de confusion les communes, les comités et les autorités, qui les tolèrent.
Est-ce la faute de la loi et de l'autorité ou celle des communes si cette situation se maintient ?
Mais si les communes ont l'obligation de seconder Tautorité , celle-ci, par tous ses agents, a l'obligation de solliciter les conseils municipaux; et si cet état de choses que nous signalons ne changeait pas , ne seraitce pas autant la faute des visiteurs de l'instruction primaire que celle des communes?
(1) Essai statistique sur la population française , par M. le comte Dangeville, membre de la chai^bre des députés, p. 331.
De la surveillance que le visiteur doit exercer sur lui-même.
Que celui qui inspecte les autres ne néglige donc pas de se surveiller lui-même.
J'ai dit ci-dessus avec quels sentiments vous devez entrer dans les écoles: je vousrecommande maintenant de la manière la plus instante, de terminer chacune de vos visites par un examen sur vou&-même ; de rechercher sincèrement si vous avez tout fait et si vous avez bien ou mal fait? de comparer vos dernières opérations avec les premières, et de voir si vous êtes en progrès, ou si vous restez vous-même dans cet état stationnaire d'où vous prétendez faire sortir les instituteurs , les communes et le peuple ?
J'ai vu entrer beaucoup de visiteurs en fonctions; j'en ai vu commencer leur carrière avec enthousiasme ; puis , laisser le calme succéder à la ferveur, l'indifférence au calme, et à l'indiflférencele dégoût. Ce sont des âmes bien faibles que celles qui se trompent ainsi et trompent en même temps la confiance publique. Les esprits élevés déploient plus de vigueur et plus d'eflbrts à mesure que se multiplient les devoirs. L'homme qui se dégoûte d'une fonction dès qu'il en est chargé, est comme l'enfant qui abandonne ce qu'il demandait h grands cris, aussitôt qu'il l'a obtenu. Qui veut bien faire doit se dévouer jusqu'au bout, lutter avec courage contre les obstacles, et chérir ses devoirs en raison des sacrifices qu'ils lui imposent. C'est ainsi que peu à peu on communique le dévouement même à ceux qui ne le connaissaient plus.
Mais il n'y a que rhomme qui se surveille luimême et qui se fait de ses fonctious une affaire de conscience, qui puisse enseigner le dévouement aux autres.
En vous surveillant, vous ferez avancer les autres et vous avancerez vous-mome : vous, ferez deux progrès par visite.
Alimentez sans cesse votre esprit et votre cœur dans ce dessein. Qu'un journal , qui vous tienne en haleine, .fournisse matière à votre méditation con- ' stante, et concoure à développer d'une manière toujours plus féconde les faits et les idées que vous recueillerez dans vos visites.
Que votre bibliothèque populaire s'enrichisse sans cesse de quelque volume nouveau. U faut de la nourriture à l'âme comme il en faut au corps.
Mais surtout dites-vous bien à vous-même une vé- . rite, un fait qui se constate partout , c'est que du moment où vous cessez d'aDer en avant, vous devenez impropre à surveiller un ordre d'institutions où tout est changement et progrès. Du moment où commencent à naître chez vous des préventions contre ce qu'on appelle les exigences et les noui^eautés du sièclej vous n'êtes plus de ce siècle , vous ne le comprenez plus, et vous embarrassez la marche que la Providence lui a tracée. C'est pour vous l'heure de vous retirer , si même ce n'est pas l'âge. Que d'hommes qui vieillissent jeunes , qui meurent moralement quoique pleins de santé, et qui , pesant sur la société de toute leur inutile existence , se dérobent d'une manière déplorable aux services qu'elle a droit de réclamer de leurs forces stériles !
Le moindre service qu'on puisse rendre à sa patrie, c'est de s'associer à tout ce qu'elle entreprend de bon et de généreux. Sans doute rien n'est pur dans le monde et il ne s'y trouve rien d'une beauté absolue. L'imperfection y- met, au contraire, son cachet sur tout ; mais beaucoup de tendances sont généreuses , et notre âge en a de très-nobles ; c'est l'âge des associations philanthropiques. Il est de ces associations qui font autant de bruit que de bien ; il en est peu néanmoins qui ne soient dignes de votre attention, et qui ne puissent , avec la coopération d'hommes sages, devenir des instruments utiles. Quelques unes ont pour but spécial Tinstructiou populaire, les méthodes, les livres et les procédés à introduire dans les écoles (i). Les surveillants des écoles ne sauraient être étrangers à ces travaux, et leur présence dans ces sociétés leur assurera une direction plus féconde. Ils guideront cette activité et cet amour du perfectionnement qui caractérisent presque toujours les associations nouvelles , mais qui , dénués d'expérience et de lumières produiraient plus de mal que de bien. Ils s'eflforceront surtout de faire comprendre aux membres de ces réunions les saines doctrines d'une éducation vraiment populaire. C'est sous ce rapport que nous allons leur donner aussi quelques conseils relatifs aux conférences des instituteurs.
(1) La société des méthodes. — La société d'encouragé^ ment pour l'instruction élémentaire. — L'association de bienfaisance de Mantes. — La société d'instruction primaire deMirecourt, etc.