‹ Le visiteur des écolesChapitre 3 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ATTRXBUTIOirS 3BT OBUCGATIOWS Gi»±BA7LMB

§ !«'. DES DlFFÉREIfTES CLASSES DE VISITEURS.

Nous donnons le titre commun de visiteurs des écoles à toutes les personnes qui ont reçu mandat , par la loi ou l'autorité qui l'exécute , de visiter les écoles par elles-mêmes ou de les faire visiter par des délégués.

La loi de i833, qui a voulu donner à tous les établissements d'instruction primaire une impulsion forte et régulière , établit deux classes distinctes de surveillants, les uns chargés plus particulièrement de suivre les intérêts matériels des écoles, les autres d'en diriger les intérêts moraux.

Les membres des conseils municipaux , des conseïb d'arrondissement et des conseils généraux, ainsi

que les chefs de ladmiaistration civile , les maires , les sous-préfets et les préfets, ont à s'occuper de préférence de la fondation et de la dotation des écoles , de Tacquisition du mobilier, de la construction des locaux et de Fentretien des instituteurs.

Les membres des comités locaux, des comités d'arrondissement , des commissions d'instruction primaire , des commissions de surveillance établies auprès des écoles normales , les inspecteurs des divers degrés, les sous-inspecteurs, les délégués et les dames inspectrices, sont, au contraire, chargés plus spécialement de la surveillance de l'enseignement et de la discipline, du perfectionnement des méthodes et des moyens d'éducation.

Cependant , si réelle que soit cette distinction , elle n'établit pas une ligne de démarcation absolue ; la loi n a pas voulu séparer complètement en théo- * rie ce qui s'unit et se confond souvent dans la pratique. Les intérêts moraux et les intérêts matériels des écoles se croisent, et les visiteurs de toutes les classes sont appelés en plusieurs points à s'occuper conjointement de tous ces intérêts à la fois. Pour choisir, par exemple , le mobilier le plus avantageux, il faut nécessairement considérer la méthode qui doit être suivie, et la question des mœurs entre pour beaucoup dans celle du local.

Au premier aspect, les membres des commissions d'instruction primaire , chargés d'interroger les candidats poin: l'instruction primaire et de leur délivrer des brevets , n'ont à s'occuper que d'un intérêt intellectuel , la capacité des candidats. Cependant ils doivent juger aussi de leur méthode. Ils sont donc

DIS iCOtES. 9

obligés d'avoir quelques connaissances spéciales sous ce rapport, et, pour les acquérir, ils ne sauraient mieux faire que de voir par eux-mêmes des écoles , des locaux et des mobiliers de tous les genres. Us rempliraient bien mal leur mandat s'ils se bornaient , sur la grande question des méthodes » à quelque» notions plus ou moins précises qu'ils devraient au hasard, et s'ils prétendaient se renfermer strictement dans leur rôle d'examinateurs»

n est impossible aussi qu'ils ne cherchent pas à apprécier les mœurs et le caractère de ceux qui as-pirent aux fonctions de l'enseignement; car, dans le choix d'un instituteur, c'est d'un intérêt moral qu'il s'agit avant tout.

Ces observations s'appliquent d une manière plus directe encore aux membres des commissions établies près des écoles normales. Surveillant toutes les parties de l'instruction et de l'éducation qu'on donne à ces mêmes candidats qui seront un jour interrogés par les membres des commissions d'examen , ils doivent connaître nécessairement l'ensemble des études et des exercices soumis h leur contrôle.

Si les membres des conseils municipaux et départementaux, si ceux des comités et des commissions d'instruction primaire sont appelés à s'occuper presque indistinctement des intérêts matériels et des intérêts moraux des écoles, h plus forte raison les inspecteurs proprement dits et les chefs d'administration doiveut-i)s constamment embrasser dans luur sollicitude tout ce qui intéresse l'instruction primaire.

$ IL DSS ATTAISUTIONS QUI SONT G0MMUKB8 A TOUTES LES CLASSES DE VISITEURS.

U est donc des attributions et des obligations générales qui sont communes à toutes les classes de visiteurs, et dont il importe qu'ils se rendent tous un compte précis ; il n est pas d'autre moyen pour eux de se mettre en état de remplir le beau rôle que la loi leur donne.

C'est d'abord une attribution dont tout visiteur doit être fier, que d'être investi, au nom du pays, de la mission d'assurer à la jeunesse toute l'instruction que réclame l'état actuel de la société.

C'est peut-être une attribution plus importante encore , que d'avoir à diriger l'éducation et le développement moral qui convient à notre situation.

Mais si cette double prérogative, qui se distingue à la pratique en une série d'attributions spéciales , est belle, elle impose aussi de grandes obligations.

Pour inspecter utilement les écoles , il faut avant tout savoir quelles sont l'instruction et l'éducation que demandent les diverses classes de la population.

n faut ensuite répondre à une mission si grave avec des vues élevées et avec ce dévouement qui puise sans cesse , dans le sentiment du devoir, des forces nouvelles. Si le visiteur ne se trouvait dans les plus pures dispositions de charité et d'amour du bien public , après avoir fait quelques pas dans la carrière il en sortirait bientôt avec lassitude, ou n*y marcherait plus qu'avec une déplorable indifférence.

5 III. DES COlf NAISSANCES GÉNÉRALES QUE DOIVENT POSSEDEB LES VISITEURS.

Nous examinerons d'abord quelles sont les connaissances que doit posséder tout visiteur d'écoles ; nous parlerons ensuite du dévouement qu'il doit apporter à l'accomplissement de ses devoirs.

Du bot, de la nature et de la portée de rinstruction primaire.

La première connaissance que doit posséder l'inspecteur des écoles, c'est une idée précise du but , de laaatureetdelaportéede l'instruction primaire, sur laquelle doit s'exercer son contrôle.

Le but de l'enseignement primaire est double. Cet enseignement doit d'abord procurer à l'enfant cer« taines notions dont il a besoin pour fournir utilement la carrière qu'il est appelé à remplir.

.Au premier aspect, le visiteur, pour se former une idée précise des études qu'il convient de faire dans chaque école , n'a pas besoin de grandes méditations : la loi détermine elle-même les objets d'enseignement de chaque degré. Cependant, en mieux examinant les choses, on voit que la loi laisse une sage latitude aux vœux et aux efforts de chaque localité. De plus, les localités varient à l'infini , et c'est au visiteur des écoles qu'il appartient d'apprécier ce que réclame le genre d'établissement dont la surveillance lui est confiée. La loi n'est qu'une lettre morte qui demande à être vivifiée par une application intelligente. Ne pouvant tracer que des règles générales, elle est confiée aux lumières de ceux qui

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Texécutent; et ce n'est pas dans la lettre écrite , c est toujours dans la lettre entendue et appliquée qu'est le bien.

Pour déterminer jusquà quel degré les objets d'enseignement indiqués par la loi doivent s'étendre dans chaque localité, le visiteur devra nécessairement étudier et comparer des localités diverses. Ce n'est qu'à la suite de cet examen qu'il saura arrêter, d'une manière précise et ferme , ce qu'il doit exiger là où s'accomplit sa mission. Si sa pensée était flottante ou qu'il voulût abandonner ce qui doit être en*seigné, soit au hasard, soit au choix des maîtres, il marcherait de faute en faute. Le hasard est un aveugle. Quant aux maîtres, les uns, les jeunes, aiment essentiellement à varier, tandis que les autres, les vieux, trouvent tout leur bonheur dans la routine. Ceux même qui suivent une voie plus sage ont en^ core besoin de conseils. Qui veut visiter leurs écoles doit savoir les diriger. Le visiteur étranger aux bonnes méthodes ne serait jamais en mesure de leur donner un avis utile. Il serait simple spectateur, il ne serait pas inspecteur de l'instruction publique.

- Des méthodes et des procédés de Venseigoement primaire.

Les moyens d'exécution sont toujours d'une importance extrême; et toutes les théories sont vaines quand on ne sait pas les moyens de les apphquer. Les moyens employés dans les écoles populaires, ce sont les méthodes et les procédés adoptés pour les diverses branches de l'enseignement.

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On appelle méthode la marche générale qu'on suit pour Torganisation et la direction d'une école ; procédé^ la marche spéciale qu'on emploie pour chaque objet d'enseignement. Occuper simultanément des mêmes objets tous les élèves de la même classe y c'est suivre la méthode simultanée. Employer les élèves eux-mêmes à s'instruire mutuellement , c'est suivre la méthode mutuelle. Enseigner à lire d'après les tableaux de M. Dupont , ou ceux de M. Maître, ou ceux de MM. Meissas et Michelot , c'est suivre tel procédé de lecture ou tel autre.

Cette distinction entre les procédés et les méthodes n'est pas toujours respectée. Dans le langage ordinaire on confond souvent; on dit, par exemple, méthodes de lecture, méthodes de dessin, methodes d'écriture , au lieu de dire procédés pour apprendre à lire, à écrire, à dessiner ; il y a tou« jours inconvénient à ne pas donner à chaque chose un nom qui lui soit propre.

. Quoi qu'il en soit, il n'est rien de plus important pour le succès de l'instruction primaire que les pro^ cédés et les méthodes. Bien qu'on s'en soit beaucoup occupé depuis vingt ans, on doit s'en occuper en^ core. En efiet, la question n'est pas jugée. On a successivement proposé et abandonné beaucoup d'in* novations , et il en est peu qui aient soutenu l'épreuve du temps. U en surgit encore beaucoup et à chaque instant ; et plus on vient nous prôner de procédés et de méthodes, plus il importe que le visiteur des.

écoles sache les apprécier avec science et avec autorité.

Les procédés peuvent varier à l'infini , et il est difficile de les limiter ; mais il est aisé de les apprécier. Il est un caractère qu'ils devront présenter tous. Ce caractère , c'est celui-d : tout procédé destiné aux écoles publiques doit être assez simple pour être facilement applicable avec des intelligences moyennes, car ce sont celles-là qui forment toujours le grand nombre.

Nous dirons plus : nul procédé n'est bon pour une école publique aussi longtemps qu'il est nouveau , et nul ne doit débuter dans une école de ce genre. Fondées et entretenues par les sacrifices des com* munés, les écoles publiques ne sont pas faites pour servir de moyens dressai. Elles ont le droit , au contraire, d'être dirigées d'après des moyens éprouvés. Visiteurs des écoles, vous pouvez encourager toutes les découvertes et toutes les innovations faites aux risques et périls de ceux qui en sont les auteurs 9 mais vous ne devez jamais , à vos propres risques et périls et au détriment de la jeunesse qui vous est confiée , livrer les esprits aux tâtonnements d'un novateur. L'industrie particulière est libre ; qu'elle tente des essais. Elle est assez ingénieuse pour gagner des partisans à toutes ses découvertes; et vous pouvez vous dispenser de lui abandonner les établissements publics. Aussitôt qu'elle vous aura prouvé un progrès, une chose utile, vous vous empresserez de proclamer le mérite de sa découverte. Vous pouvez per •

DES icOLBS.

mettre des essais aux instituteurs publics , mais avant d'autoriser dans une classe ou dans une école entière l'adoption d'une nouveauté , vous demanderez que les avantages qu elle offi*e soient pleinement constatés.

De l'enfleignement simnltané et de I*ei»eignement motnel.

II est encore plus important de bien choisir les méthodes générales que les procédés spéciaux.

Le ciioix n'est plus aujourd'hui qu'entre deux méthodes , le mode mutuel et le mode simultané.

L'enseignement individuel, quoiqu'il existe encore dans quelques localités, est proscrit par toutes les opinions éclairées.

Or, entre les deux méthodes recommandées par l'autorité et par la raison publique, le choix est facile, car le moment est venu où toutes les préventions doivent disparaître , puisqu'il ne se trouve plus ni question religieuse ni question politique impliquée au débat. A la vérité, il est encore des prédilections isolées, mais du moins il n'y a plus d'hostilités de parti , et s'il reste à ceux-ci plus de sympathie pour l'enseignement mutuel, à ceux-là pour renseignement simultané , du moins personne ne peut plus professer ouvertement d'antipathie ni pour Tune. ni pour l'autre de ces méthodes. Les dissidences qui se conservent sont tout au plus assez prononcées pour maintenir entre les deux modes cette émulation qui fait une partie des succès de l'un et de l'autre. Déjà même cette émulation, qui a fait améliorer les

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deux méthodes et qui a conduit à tant de progrès toutes nos écoles'^ commence peut<-étre à trop se re^ froidir. Ce serait un mal quelle vint à cesser; avec le calme absolu reparaîtrait ici un peu de langueur, ailleurs beaucoup de routine. Or la langueur et la routine sont la mort de l'enseignement , cet art où sans cesse tout est vie , où tout doit être émulation et pro* grès.

Mais s'il convient , dans l'intérêt général et pour entretenir une noble émulation, de conserveries deux méthodes, cela convient encore davantage dans l'intérêt spécial des diverses locaUtés. Il fout que chacune d'elles puisse choisir celle des deux méthodes qui lui va le mieux. Dans cette faculté de choisir suivant la différence des besoins est le moyen de calmer toutes les antipathies , et de trancha* la question qu'on élève encore sur les avan^ tages de l'un ou de l'autre mode.

L'école mutuelle est faite pour les localités gui présentent itn grand nombre délestes et peu de ressources.

L'école simultanée cornaient à toutes celles gui possèdent assez de ressources pour organiser un nombre suffisant d'institutions et payer un nombre proportionné de maîtres.

Partout où se trouvent des dotations complètes, c'est le mode simultané qui doit prévaloir : il offre l'incomparable avantage de la parole et de l'autorité directe du maître.

Partout où il y a pénurie de moyens en face d'une multitude à peu près délaissée , c'est à l'en-

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aeigiiemeiit mutuel qu'il faut recourir : il office l'in* comparable avantage de l'économie et do ]a rapi-^ dite des petites études que demande le peuple.

Voilà les principes qui doivent l'emporter sur toutes les questions secondaires ; celle , par exemplei ai les frères sont préférables aux instituteurs laïcs » et ceUe, s'il convient de suivre en France une méthode importée d^Ângleterre, mais proscrite en Allemagne et en Hollande.

Impliquer dans une question de principes de$ questions de personnes ou de nationalité, c'est lem^brouiller^ ce n'est pas l'éclaircir; c'est en appeler aux préjugés , ce n'est pas consulter la raison publique.

Pendant quelque temps on n'a eu que des louanges pour le mode mutuel « et que des dédains pour h mode simultané ; maintenant on touche à l'excès contraire. C'est une aberration aussi grande que l'autre. Mal organisées dans le principe, dirigées par de mauvais maitres , ou dominées par des oiroon^^ etances iiàcheuses , beaucoup d'école mutuelles sont tombées et d'autres languissent* C'est Ik un &it qu'il était facile de constater, et aussitôt, eu lieu de juger les hommes et les ohoses^^ on s'est hâté de condamner la méthode. Là est le tort.

L'enseignement mutuel n'est pas condamné » car il n'est pas jugé ; nous n'en avons vu que la théorie et quelques essais , nous n'en avons pas vu le déyeloppementrégulier et complet. Adopté | la hâte ily a quinze ans, et prôné avec exaltation dansdes moments agités , comment aurait-il répondu à l'attente qu'on

excitait si imprudemment à son égard? Imité de l'étranger sans qu'on eût pris la peine de Vadapter à nos mœurs , comment y aurait-il convenu? Nos moniteurs ont-ils la gravité anglaise; notre jeunesse, cet esprit de recueillement et d'examen , cette persévérance d'application , et cette avidité d'instruction que l'état industriel de l'Angleterre inspire même aux enfants du peuple? Y a-t-il parmi nous ces habitudes de classification et de hiérarchie , qui , de l'autre côté de la Manche , passent si aisément des mœurs de la famille dans celles de l'école? Si nos enfants n'ont pas les habitudes qui ont fait réussir le mode mutuel au delà du détroit , nos maîtres les ont-ils davantage?

Cependant nos enfants et leurs maîtres pourront bien être un jource qu'ils ne sont pas aujourd'hui . L'influencequedoit exercer la loi de 1 833 Jes changements qu'elle va amener dans les habitudes de la jeunesse , donneront peut-être au mode mutuel des chances inconnues jusqu'ici. Le mode simultané, qui existe depuis tant de siècles , n'a reçu que de nos jours les perfectionnements qui le placent si haut; le mode mutuel , qui chez nous n'a pas vingt ans de date , peut à son tour en recevoir qui le constituent sur une base nouvelle.

n repose , on le sait , sur deux faits incontestables : la facilité des enfants à se laisser instruire par leurs camarades , et le développement que leur assure la fonction d'enseigner. Ces deux faits n'ont pas encore été sufiisamment compris parmi nous, et l'on n'a pas su en tirer tout le parti qu'ils ofirent: Le maître qui,

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animé lui-même du véritable esprit de l'enseignement, saurait communiquer cet esprit à des enËints (ju'il prendrait la {>eine de former complètement ; le maître qui , par le développement intellectuel et moral qu'il donnerait à ses jeunes aides y saurait les retenir près de lui jusqu'à Tâgede quatorze ou quinze ans, produirait des résultats supérieurs à tout ce que Ton a vu jusqu'à présent. Il fournirait aux écoles supérieures et normales , ainsi qu'aux établissements d'industrie manufacturière , les sujets les plus distingués. *

Une école simultanée vaut ce que valent les maîtres qui la dirigent ; une école mutuelle , ce que valent les moniteurs qui y tiennent lieu de maîtres.

Jusqu'ici nous n'avons eu que peu de moniteurs ca^ pables ; il y avait , pour que cela fût ainsi , une raison fort simple. Rien ne les préparait dans, le temps voulu. L'école où ils entraient, à sept ou huit ans, pouvait à peine leur donner la première instruction; elle ne pouvait ni changer ni même suffisamment modifier leurs habitudes ; elle ne pouvait pas en faire des instituteurs. Désormais la salle d'asile précédera l'école, et partout où se trouvera cette espèce d'école normale préparatoire pour l'enseignement élémentaire , la jeunesse recevra une véritable éducation. Elle sera donc changée; et, de cette jeunesse nou-' velle , il sortira nécessairement des moniteurs nouveaux. L'enseignement mutuel n'est appelé que par la salle d'asile à ses destinées véritables ; et loin de le voir tomber, nous devons nous attendre à le voir grandir.

th U YltItEUll

iL'tDMÎgneiiiéDt aunultané ne sera pas affiiibtipar les progrès d'un mode rival ; il ne saurait l'être. Par^ t;oiut où il sera organiaé d'une r{ianière complète , o'est-èHlire aved un maître particulier pour chaque classe composée de quarante à soixante enfants , il sera la méthode par excellence , car jamais la parole du meilieup moniteur ne pourra remplacer celle d'un bon mettre. Mais il est depi'étenduesy de mauvaises écoles simultanées, comme il est de maiwaises , de prétendues écoles mutuelles.

C'est aux visiteurs iju'il appartient de ne tolérer aucune école mauvaise sous quelque bannière qu'elle se mette, et d'encourager toutes les bonnes insti^ tutions à quelque méthode qu'elles appartiennent* Il est des gens qui s'imaginent que tout le débat entre lea deux modes tombera dès que les élèves sortis des écoles normales suffiront aux besoins de l'instruction publique^ et qu'il n'y aura plus d autres niaitres que des laïcs. C'est une erreur. D'abord il faut espérer que le principe religieux donnera tau* jours des instituteurs au pays, et loin de croire qu'on pourra jamais se passer de ceux qui maintenant sont en exercice au nom de ce principe et avec l'esprit d'abnégation qu'il inspire, il faut espérer, au coUf* traire, que le même esprit en conduira d'autres à de plus grands et de plus humbles dévouements. II est une foule de looahtés où l'instituteur kïc ne trouvera jamais les ressources que demande le père de fa^ mille , et l'instituteur laïc dodt être père de famille. On le voit, l'émulation, qui heureusement existe encore , devra continuer longtemps entre les deux

DBS ÉeenM. i|

modes; ma» une impartialité compléta à Itur égaid doit présider désormais aux opérations du visiteur des écoles.

Du développement des ftcoUés Inlellectnelles de la Jeunesse.

Il faudra toutefois avec plus de soin encore examiner une autre question , à savoir quelles sont plus spécialement celles des facultés de Fenfant qu'il importe de développer dans l'école populaire. Cette question est même plus délicate que la première ; car le développement intellectuel qu'un enfant reçoit à fécole exerce sur sa destinée une influence plus profonde que les notions positives, mais toujours si élémentaires , qu'on lui communique. Cette question est d'autant plus délicate, que la loi garde le silence sur celles des facultés qu'il s'agit de cultiver de préférence ; et moins il appartenait à la législation de s'en occuper, plus il est du devoir de la pédagogie de la résoudre.

Il est évident que les facultés qui devront être le plus utiles à l'enfant du peuple, c'est-à-dire l'attention, la mémoire et le jugement, sont celles qu'il faut exercer avant tout. Cette question paraît, au premier aspect, aussi facilement tranchée que celle des connaissances qu'on doit enseigner. Mais elle est plus compliquée qu'elle ne parait. Toutes les facultés de l'esprit se tiennent. L'attention est stérile si elle n'est pas suivie de la réflexion. A la mémoire se lie intimement l'imagination , qui est mise en jeu à mesure que l'observation fournit des matériaux à la

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peroeptioii et à la mémoire. Au jugement se rat« tache , d'une manière étroite et nécessaire ^ le rai-sonnement. Tel est Tencliainement de ces facultés, qu'on ne saurait les cultiver isolément.

Z II &ut même faire un pas de plus : car l'analyse

et la comparaison y qui sont l'œuvre inévitable de l'attention et de la réflexion, et auxquelles se joignent le jugement et le raisonnement , conduisent • forcément à l'abstraction , à la généralisation et à la

% synthèse. C'est là une série d'opérations qui , pour

y avoir des noms scientifiques, n'en est pas moins la

chose du monde la plus simple.

Y En effet, s'il faut une grande application pour bien

distinguer ces opérations sur le fait, et bien les > classer dans la théorie , c'est à peine s'il faut à l'in-

telligence quelque effort pour s'y livrer. L'esprit de l'homme n'a pour cela qu'à se laisser aller à son activité naturelle.

Il importe donc , on le voit, que le visiteur des

écoles sache bien quelles sont celles de ces facultés

si peu séparables les unes des autres , qu'il convient

de cultiver dans l'enseignement; quelles sont celles

qu'on doit négliger ; jusqu'à quel degré il faut

exercer celles-ci et celles-là. Les esprits vulgaires ne

voient là qu'une question plus ou moins belle; ils

"^ sont dans une étrange erreur. On s'en convaincra en

;** examinant certains livres faits pour la jeunesse ; par

l exemple, la plupart de ces prétendus contes mo-

. \ raux qu'on met entre les mains des enfants , contes

C où tous les genres de fictions , même celles qui sont

I dangereuses et aussi contraires au bon sens qu'aui^

PES ifCOLES. 17

bonnes mœurs j jouent un rôle si périlleux pour les jeunes imaginations.

. Quand Finspecteur de» écoles aura des idées arrêtées sur ce qu'il doit exiger dans chaque établissement et de chaque maître , il faudra aussi qu'il se fasse une idée précise des moyens d'exécution.

0)mment donner les notions que demande la jeunesse populaire , et comment développer celles des facultés intellectuelles qui lui sont le plus utiles?

. Cette question est difficile. Car si tout le monde est d'accord sur les principes , il n'en est plus de même quand il s'agit de la pratique. Ainsi tout le monde veut , comme nous l'avons dit y que ce soient l'attention^ la réflexion, la comparaison, le jugement et la mémoire qu'on exerce le plus ; et cela est sage , puisque ce sont là les facultés fondamentales , celles qui constituent pour ainsi dire la dot naturelle de l'enfant , la fortune de l'homme du peuple. Mais quand il s'agit des meilleurs exercices pour former ces facultés , l'accord n'est plus le même ; car ces exercices étant nouveaux parmi nous, l'expérience n'a pas encore pu conduire à une méthode éprouvée sur l'art de les diriger. A cet égard , il y a chez les uns ignorance complète, chez les autres de fortes préventions; ceux-ci repoussent ces exercices comme un emprunt fait à l'étranger, ceux-là combattent comme un travail inutile ce qu'ils ne connaissent pas. Les uns et les autres redoutent l'abus qui pourrait se faire d'une chose bonne en elle-même. On a raison de redouter l'abus ^ car mieux vaudrait mille fois renon*

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cer à ce» exerdees que de malle» rotrepreadre. Mais il est encore plus sage de s'en ocpuper séfieuaemeiit» q^e de s'en paaâér avee légèreté. Et certes ils apnt avantageux , néoeBsairf»; qu'on eu juge par quelques Qousidératiûns bien simides.

A quelles causes , A ce n'est au dé&ut d'attention , de réflexion et de mémoire, remontent dans la classe du peuple la pluparl de ces incapacités dont nous gémissons dans nos rapports journaliers avec elle, de ces fautes et de ces erreurs qui compromettent sans cesse safortuneetsasanté?Les vices eux-mémies qui d'ordinaire régnent p^rmi les domestiques, les ouvriers , les artisans et les cultivateurs, ces penchants de dis*> sipation et de fainéantise qui les conduisent toujours à des égarements si funestes, n'ont*ik pas leur soume dans les habitudes d'inattention , dHnéflexion , d'imprévoyance et de légèreté générale^ qui smt naturelles à Thomme dont Téducation intelleptcvUe a été livrée au hasard?

Ce n'est donc pas d'un vain perfectionnement de facultés plus ou moins util|ss qu'il s'agit ici , c^t de tout ce qu'il a de plus grave dans la premièi» direct tion de l'enfance.

Et contibien il nous reste à faire sous ce rapport ! En eflfet, malgré l'excellence des méthodes et des procédés qui sont déjà suivis dans nos écoles» les fa<* cultes intellectuelles de l'enfiinçe n'y acquièrent pas encore, il s'en fiiut, tout le dévelof^pementqueré* dame l'intérêt des fiimilles. Que d'établissements o& régnent l'inattention et la dissipation ( Que demaitim qui igixnwnt Tart de eapti?er Tattentîm de leinv

élàveg! ^ncovç J'atte«tio» çsf-eUe vt^om^ pédjg^e <jHe h réflexion, h mépioire, le jugpment, L^ féflexion, c'est à peine si l'on pense à YexQfÇ^vi ^^ V(^^ moirp, c'est à pein^ §i on k caUiye dafts d'^Htreg vpes que le plaisirde la récitation. I^e jugempnt, qj^ l'abW'? donne, parce qu op praipt de révpiUer le rj}i§pjjper ment j et au lien de fortifier, de diriger 1'»» paf i &mïe, on le§ livre tous dp«^ m^ pa^sion^s, à l'^rfenj? q^i les atten4wt.

Et cependant, parpaile^ études adoptées à l'école, ij n'en est pas une qui ne fournît mftti^îrp i SPPS h directipp d'un maître intelligent, k Tp^ercice de toutes c^ facultés e^seoible, et au développe^pp^t des unes par les autres. J4a teptnre pt Téprifurie , chosps bien valgiirpi , n'yfoptpts pc^oios propres que rarithmétfqu^ çt h gramq^Mi^^» ^et|e doqb]j» gyn)Qa3tique 4e rîntelligpncp, Mais aif IJ0n 4e tirer 4^ ce^ ei^ercicps pf^ parH wtilp , Pt4e forn^erlafftprooir» par l'attcfit^io^l , OP Ip jogerpept par )^ réflpxjon, çqff^ bien n'est-il pa« 4p R?itre§ qui fonf le poptraire, pt qui, dan^ l'eft^ignenaent mntuel cpipm^ d^n^ Vppspigj^meptaiq:iultané^ tuent cp$ facp|tpsle@ nj^^ par le$ autres! W^fi est -il pa» qui çpiwmpucent pa?^ hif§

apprendre par cœur des leçons inexpliquées; e^ui, après avoir forcé Tenf^ut à réciter cp qu'il »p pouyait comprefl4ce ^ c'p^t-Mipe l'avoir exercé k up pas faire attention à pe qn'il gravait dax^s sa jsiémoire ^ pré* tendent eqsuite Ini faire ^Te\iàve l'Jial^itude contraire { Aussi, qpe résuUe-t-il pour lordinaire de tout^ ces fautes, de ce rpnversement complet de toute saine inétbpde? Une instruction mutilée , pire que l'iguot

rance, puisqu'elle y ressemble , avec cette différence toutefois qu elle est chargée de préventions et de dégoûts.

Vous le voyez , visiteurs des écoles, c'est ici que votre tâche est à la fois délicate et grande, et que vous êtes appelés à une intervention bien arrêtée d'avance. Pour empêcher que les esprits ne se démorah'sent à l'école et n'y contractent des habitudes vicieuses, il vous faut obtenir à tout prix une amélioration.

Il faut obtenir que , par l'intérêt, la variété et la direction intelligente des exercices , les maîtres apprennent à exciter et à soutenir l'attention de leurs élèves, de telle sorte que l'enseignement devienne une leçon de recueillement, et non de dissipation.

Vous avez à veiller de même sur le développement de la mémoire , qui est susceptible d'une culture si féconde, de la réflexion et du jugement , les sources de ce bon sens que tout le monde doit rechercher comme le plus sûr guide de la vie et dont l'homme du peuple a plus besoin que nul autre.

L'homme du peuple , dont la simplicité est exploitée trop souvent encore par la cupidité et l'intrigue, est la base de l'édifice social. Si la base est mauvaise^ tout l'édifice est en péril.

Vous aurez plus à faire qu'à veiller sur ces exercices : vous aurez à former le maître qui devra les diriger, et à le suivre encore quand vous l'aurez formé, n n'est pas de maître qui n'ait besoin de vos lumières et de vos instructions , sous ce rapport.

Dans les pays avancés pour l'enseignement primaire , on a des manuels sur cette matière; notre

littérature populaire est moins riche. Ayez-en peu de regrets. Ce n'est pas dans les livres , c'est dans vos méditations que vous trouverez ce qu'il y a de mieux à faire. Un jour peut-être on pourra mettre entre les mains des élèves ou des maîtres , quelques pages qui servent à ces exercices ; mais le moment n'en est pas encore venu j rien n'est assez éprouvé pour être sanctionné. Ce qu'il y a d'important pour vous , c'est que, par vos soins, l'attention des instituteurs soit appelée sur cet objet.

Ces exercices doivent d'ailleurs les tenter ; ils seront le couronnement de leur œuvre. Quels autres élèves ils formeront, et quelle autre facilité ils trouveront à diriger leurs classes lorsqu'ils sauront , par ces moyens, mettre en jeu et fortifier les unes par les autres toutes les facultés qu'ils sont chargés de cultiver !

Us sont toutefois appelés , et vous êtes appelés vous-mêmes auprès d'eux, à une mission plus grave. Nous n'avons parlé jusqu'ici que de \ instruction qui doit être donnée par eux et surveillée par vous ; vous aurez aussi à surveiller Véducation qu'ils doivent donner.

De rédacation que peuvent donner les écoles primaires.

U en est de l'éducation comme de l'instruction primaire ; ce n'est pas une éducation quelconque que demande la jeunesse populaire , c'est une éducation très-précise, très-arrêtée, et répondant bien . à ses fins. •^- .

Que faut-il , sous ce rapport , h l'homme du

9ft LE VlSlTEUft.

peuple? De fortes habitudes appuyées sur de puissantes croyances , car il n'y â de fortes que leâ habitudes qui reposent sur cet appui. Il ne s'agit nullement à l'école primaire d'exposer des théories de morale , et d'analyser des seiltiments de religion ou des articles de foi; il y faut de sages préceptes et des dbgmes purs. Cepettdant Oïl doit se garder, dé nos jours , de cdnsîdérer cotnme facile Une tâche qui l'était autrefois. De mauvaises pensées, et même de mauvaises théories, ont pénétré, par de mauvaises lectures, jusque dans le sein des peuples. Saiis établir Une lutte ouverte'à Cet égard , Véducatioii donnée désormais à la jeunesse populaire doit être de nature à fortifier l'esprit, non pas contre un danger possible, mais dontte un péril réel : je dirai contre uii péril favorisé par une foule de livres légèrement accueillie et imprudemment tolérés.

Quel eàt l'enàfeignemeUt qui riouà fera atteindre ce but, ètdâtiS quelle mesure l'école dôit-ellè, avec là famille et l'église , concourir k l'éducation? Telles Sont les plus grandes questiohs que présente aujourd'hui l'éducatioh jpopulaire. Et nul doute qu'il n'appartienne aux visiteurs des écoles de se les résoudre ; car, à moins de savoir ce qu'il leur convient d'exiger à cet égard , ils seraient peut-être des surveillants plus didgereot qu'utiles. A exiger trop oU trop peu , le danger est égah Maié où trouver Findicâtioh dé ce qu'il feut? C'est évidemment dahs la situation générale de la société qu'en reconnaît ce qui est tiôcessaire.

Quelle est la situation actuelle? La voici en peu de

DES ÉCOLES. SlS

mots : Toutes les doctrines anciennes sont ébranlées ; presque toutes les institutions sont nouvelles , et les ilioâurs qui régnent dans les diverses classes de la so^ ciété refK>sent beaucoup plus sur le sentitilent des . droits que sur lamour des devoirs.

Faire abstraction de ces faits dans Véducation pu- Mique, ce serait y laisser ou y creuser un abîme ; ce serait, de la part des surveillants comme de celle des instituteurs , trahir précisément ce que leur mission a maintenant de plus sacré.

Eh bien, que peuvent4ls fiiire les uns et les autres pour opposer d'énergiques remèdes à des mauic qui semblent grandir sans cesse? Ils doivent plus que jamais s'attacher à donner aux enfants des habitudes d'ordre , de soumission , de respect ; et^ au lieu de se borner, conmie atatrefois, k ctuelques notions sur la mentale sociale , qu'ils cherchent désormais à incuU quer aux jeunes esprits des principes complets. Qu'ils ne leur donnent toutefois que des principes purs et éprouvés. Ge qu'il y a de plus pur et de plus éprouvé en &it de principes sbdaux , ce sont ceui que la reli» . gion elle-même étabUt; car, seule, la Volonté de Dieu est assesft Minte et asseï: absolue pour prêter au vteu de la loi et à la puiàsancë des itistitutioilft une auto-rite itréeusable.

Ge sotit donc Ik hè etiseignements à donner.

Mais il y a plus à faire qu'à poser des principes ; il fiiUt aussi donner dés habitudes. Qu'on n'ol^ette poitit que l'éêole doit l'instructien et noti pM l'éducatioti ; que l'éducation morale est FajQaire de la famille , et que l'éducation religieuse est celle de l'église. L'école,

au contraire^ doit Féducation au même degré que TinstructioD. L'école peut entrer en partage avecTéglise et avec la famille : sous ce rapport avec la famille, dès la salle d'asile; avec l'église, dans les années les plus décisives de la jeunesse.

C'est à l'école et à la suite des paroles qu'on y entend, des directions qu'on y reçoit,* des liaisons qu'on y contracte , que se forment les habitudes et les CONVICTIONS premières , celles qui sont fondamentales, qui emportent l'homme , quand il ne se laisse pas mener par une puissance plus Jbaute. Si dans l'école règne un bon esprit, celui de l'ordre , du travail, de la soumission, alors prévalent, dans le cœur de l'enfant les sentiments honnêtes.

Si donc notre jeunesse contracte dans ses pré-' mîères études le goût d'une application sérieuse, d'une vie régulière et d'une conduiteréfléchie , certes l'école donne de l'éducation. Elle en donne même une excellente dans ce cas. Mais qu'elle permette ou favorise des habitudes contraires , et eUe devient une source de démoratisation pour les familles et une peste pour l'état.

Elle ne peut devenir ni l'un ni l'autre que par la connivence des visiteurs. Leurs devoirs sont graves sous tous les rapports. On le voit , pour être remplis dignement , ils demandent des connaissances trèsprécises. Sans ces notions les surveillants de l'instruction populaire ne sauraient faire un seul pas sûr dans l'accomplissement de leur haute mission.

DJES ÉQbUSS. 25

s ly. DES DISPOSITIOHS MORALES QUB LES VISITEURS DOIYBNT APPORTER A L'nSPEGTIOir DBS ÉCOLES.

Cependant , les lumières , les plus étendues pe suffiraient pas pour faire d'un homme honorable un bon visiteur des écoles, et il est quelque chose de plus important que les connaissances qu'on doit apporter à Taccomplissement de cette mission : c'est un grand dévouement. Les dispositions morales, il est vrai, ne tiennent pas lieu de lumières, mais elles en font pardonner l'absence , tandis que sans ces dispositions, eût-on toutes les lumières de la science, on ne saurait mettre utilement le pied dans une école.

Il est hors de doute qu'avec du talent et derinstruotion on peut faire des visites plus ou moins tolérables dans une école ; mais cela ne suffit pas pour exercer sur l'enseignement une surveillance profonde, efficace. S'il y a des inspections utiles, il en est beaucoup d'inutiles; et celles qui ne sont que de vaines démonstrations de zèle ou de simples visites de parade sont toutes de ce nombre. Elles dérangent les études et leur enlèvent un temps précieux; elles démoralisent les mauvais maîtres et leur inspirent une dé* plorable sécurité; elles affligent tout le monde, en révélant l'infériorité de ceux qui sont les supérieurs dans la hiérarchie établie. Si votre position vous oblige à faire de ces apparitions de cérémonie; si, pour votre malheur et celui de la jeunesse, vous n'êtes pas dès le début au niveau de votre mis-

16 LE VlftlTBOR

sien 9 placez-vous haut au moins par votre dévouement. Sackez d'abord observer sérieusemient et tous taire avec ||oût. Puis k force d'amour pour la chose que vous ferez ainsi , vous parviendrez enfin à la fiiire avec intelligence et avec utilité.

Toute chose au monde ^ pour être bien faite , delaahde à Fétre aVed des dispositions convenables. Pour réussir dans une esuvrë quelûonque , il ne suffit pas qu'on soit Capable d'y réussir^ il faut le vouloir, s'y appliquer avec dévouement* Il ja plus, il faut ?eiller avec soin sur ce dévouement et en entretenir le feu 6acré; On n'est tout à ffait soi-même que dans des tnoments d'inspiration; et s'il eat de bes mohiènts qui nous tiennent sponunément ^ il en est d'autres que nous avons besoin de nous mé-» nager pàt le ttx^ueillement et la méditation la j[ilus séHeuse.

Visiteurs des écoles , tous seriez animés de la plus belle philanthropie , tous ëen tiriez le bien ei tous tou^ dries le faire , que cela ne suffiriiit pûé poiir y réUssiri S^il ne dé joignait à vos dépeins ee récneiltenient et cette faiédituitiôn qui font la téritablë puissâbbë dé l*hommè, vous échoueriez malgré toutes v6â ré^lUtîons et votre Capacité.

D^ailleurs, On a des moments d'action et d'élan; mais on en a de lassitude et d'indifierence ) de sécheresse d'âme et de dégoût. Si jamais dans une œuvre quelconque vous avez besoin des inspirations de votre bon génie (et il feut prendre ce mot dans son aoception la plus élevée ) c'est en allant voir lèd écoles* N'y

bÊS KcëLËS. it

ailes jamais satiâi âvOir ffiédilé MrièUdëtdettt 0ur cê que vous y feress*

C'est alors, plus que jamais, le memëtit de VOUS pénétrëf de rim|tomtiee de VM fbiietloiis* Un ^ûtiïïletit cônôeiëticiëUt de Vdtte tâche peut seul vouô iHâplret là fbtHce et h persévérance dôfat vdU* âveis beàbiu. De plus ce sëtitimeut diMt imprimerft Vdà visites la solennité qui leur convient , et voUs donner à vouS*«inême UUe tenue simple et gi'aves aiissi élbignée dé k ttidrguë et dil pédàntiâtxle qUe de k légèreté et de la diËtrdctioti. Sans doute la dbuoeur et l'aménité âhiquèUëÀ rëhfkucé a tatit de droits , tempéreront toujours Vôâ manières ; iiiëis vous batt^ mirez de vos discdUr§ , avec une attéùtidU égale ^ cette mollesse et cette iudëciâioh qui^ dAUâ l'écôle ediiimè dans là vie, finissent toujdur^ pût reudi'é méjpridftMéè ceux qui afiëctent ou qui ont réellement ceâ hftbi<i tUdeè. ^

J'insiste fi cet égfard^ perce que reb&ut ob^îve d'ordiuaire cëut qui l'iutërrdgehl ëveb Une graude perspicacité, t^ Visiteurs ddiveut dobo être sévères eb^vers eujt^mêiilës, s'ils ue Vëulëbt p8s q»e leb édoles le sdieut. Eilës le mm toujours k l'égaird de ëeut qui testebt aU4lë»Sous de leur itlissidii ; qui préseutebt

des questions insignifiantes od * déjdaeées ; qui ae répondent ëù3t-mêmeà âu lieu d'éeou^r let répdbses qu'ils ont pit^VdquëeS; qdi eiâttiiuent dans une élAle autre chose que leH livt*ës , left câhierS^ te tôbleau ^ Itë etercicës, la j^ëtiàéë et lëâ {itogrès des élèves*

En rëvabché, l'éUthOUftiasme des en&ûtt^ poub fceùi qui s'ittté!f*sseht éérieusèntent à teuw tmvaux^

est sincère et n'a presque pas de bornes; leur reconnaissance est une espèce de culte dont rien ne surpasse la pureté.

Et si telles sont les dispositions des enfants , combien elles devront élever et ennoblir les nôtres au moment où nous entrons dans ces réunions, composées d'esprits si prompts, d'imaginations si vives, de cœurs si ardents.

On doit aux enfants un respect profond ^ dit un ancien. Cette maxime est d'un grand sens. Oui , respect à cette génération, si non parée d'innocence, du moins protégée encore contre le mal par l'ignorance du mal; douée d'une candeur qui la rend également accessible aux leçons et aux exemples du bien ; animée d'un besoin d'aimer auquel vous pouvez donner pour objet tout ce qui est bon et aimable au monde.

Ejt quelle que soit la classe de la société ^ laquelle puisse appartenir un enfant, il a droit au même respect. L'enfant est , sous un rapport du moins , un être supérieur. Le Sauveur a présenté à ses disciples un en&nt pour modèle de la simplicité de cœur. L'enfant est plus pur, plus rapproché de l'ange que l'homme, qui a vu si souvent le mal , et qui a si souvent passé par le mal.

Vous descendez en quelque sorte et vous faites un acte d'humilité en visitant ces pauvres petits dans leurs premières études. Mais vous faites aussi un progrès , et vous vous élevez par ces travaux. Dans les pensées qu'ils vos inspirent, vous remontez à cette pureté quia été la primitive condition

de rhomme, et qui doit être sa condition dernière.

En effet, ce n'est plus une fonction purement civile ou sociale que vous remplissez en visitant les écoles; c'est une fonction morale et religieuse, c'est une magistrature sacerdotale que vous avez le bonheur d'accomplir. L'éducation que vous faites donner à ces jeunes esprits ne se borne pas à l'existence terrestre ; vous les faites élever pour une destinée plus glorieuse , pour une carrière supérieure. Ce but sublime, vous ne devez jamais le perdre de vue, et cette Haute perspective doit surtout frapper vos regards quand vous mettez le pied sur le seuil d'une école.

Il faut encore exiger de vous ces dispositions morales et religieuses sous un autre rapport.

Vos fonctions si délicates demandent une grande abnégation d'amour-propre et d'intérêt personnel. Vous votis trouvez en contact avec beaucoup d'intérêts personnels et d'amourspropres très-irritables: si des motifs vulgaires vous faisaient agir, vous n'auriez jamais ni la réserve, ni l'indulgence , ni la délicatesse nécessaires pour faire le bien. Vos motifs perceraient malgré tous les voiles dont vous pourriez les couvrir, et ils vous créeraient bientôt tant d'obstacles , vous susciteraient des résistances si puissantes, que vous arriveriez probablement à un résultat opposé à celui qui tentait votre ambition.

Si, au contraire, c'est l'amour du bien qni vous inspire; si c'est lui qui se révèle dans vos paroles et dans vos œuvres , vous exercerez une puissance

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profonde» car vou» domionrez I09 caurs Gommt les intelligences. Le bien a sur les hommes une autorité ir^écuigbla i \\ raebiint la rédi^tanca et conuuaade la soumiwoii» Quand vous viaitereales école» au nom d^ cette autpHté, lea éoûles deviendront pour voua tantôt dea aanctuairea» tantôt dea cercles de fàniillei et¥Oua y trmiyeiw tOM» k tour les sentiments lea plua élef éi et les plua tendres,

Enfin , quand vous sere» tout à fait à la hauteur de votre noble mission » maîtres et élèves rivaliseront pour vous de respect et de docilité ; vos vœux se* ront des ordres » vos conseils vaudront des règle-* ments. Chacune de vos visites sera un encoura-r gement; et au lieu d'avoir à sévir pour faire dispa* raitre les abua, vous n'aurez besoin que de laisser au mal le temps de se retirer demnt le bien.

Mm de pareils succès a'achètent au prix des plus grandes oboaes, des intentions lea plus purea irt du dévouement le plus inaltérable.

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