‹ Le visiteur du pauvreChapitre 12 sur 33 · DE L EDUCATION DES ENFANS DES PAUVRES · texte numérisé non relu

DE L EDUCATION DES ENFANS DES PAUVRES

Plus on étudie les causes de l'indigence, el plus on reconnaît que le défaut d'éducation est celle qui fait le plus d'indigens, comme elle est aussi celle qui fait le plus de criminels. Un des plus grands services que nous puissions rendre aux pauvres est donc de préserver du moins leurs enfans d'une aussi funeste influence; une bonne éducation mettra ces enfans en mesure de soutenir un jour leurs vieux parens, de les consoler. N'est-il pas d'ailleurs dans notre mission d'étendre notre sollicitude sur la famille entière, d'aider aux parens à remplir l'un de leurs premiers devoirs?

En pénétrant dans ces malheureuses familles, on est quelquefois confondu autant qu'attristé, de voir jusqu'à quel point peut aller la cruelle indifférence des enfans pour les auteurs de leurs jours. Infortunés vieillards î Je vous trouve seuls, abandonnés, sur le lit de douleur où la maladie vous retient! N'avez-vous donc pas un fils, une fille? où sont-ils.*^ Vos larmes me le disent. Mais si vous leur aviez procuré une éducation convenable, seriez-vous délaissés delà sorte? qu'en avez-vous fait pendant le cours de leur enfance?

Une bonne éducation physique, dans les classes inférieures, aurait déjà l'immense avantage de prévenir beaucoup de maladies, de donner plus de forces et d'ap-

tilucle pour le travail; mais c'est de quoi on ne s'occupe guère, et le régime des enfans, en tout ce qui n'est pas sous la loi de la nécessité, est abandonné au hasard. Cette nécessité, en soumettant les enfans aux privations, à la fatigue, tendrait sous un rapporta les fortifier j mais la négligence, le mauvais régime, l'excès des privations et des fiitigues elles-mêmes j tendent d'un autre côté à affaiblir leur tempérament.

Les enfans des pauvres respirent, dès le berceau, l'air le plus infect, dans les tristes habitations qui servent de refuge à leurs parensj la plupart du temps, ils y croupissent dans l'ordure; ils y souffrent du froid , de l'humidité; ils y sont exposés à mille accidens. Si la mère veut rester auprès d'eux, il faut qu'elle renonce au travail que sa profession exigeait peut-être hors de chez elle; si elle les quitte, demeurant sous la garde d'une voisine, ou même abandonnés tout seuls, ils peuvent se blesser, se brûler (i). Dès qu'ils commencent à pouvoir courir, ils iront peut-être errer dans les rues. Ces inconvéniens sont encore les moins fâcheux : la première éducation commence beaucoup plus tôt qu'on ne le pense communément. Avant que les enfans soient en âge d'aller à l'école, ils reçoivent chaque jour une foule d'impressions, ils contractent de nombreuses habitudes qui influeront beaucoup sur leurs dispositions et leur caractère; les objets qui frappent leurs regards, les discours qu'ils entendent, les exemples dont ils sont témoins; leurs simples jeux eux-mêmes sont déjà une

(1) Le jour même où je venais de tracer ces lignes , j'ai trouvé quatre petits enfans en bas âge , seuls , dans une chambre en désordre; le père et la mère étaient tous deux allés faire an-debors leur ouvrage accoutumé.

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sorte d'éducation; on est quelquefois étonne de voir combien le germe des vices peut se développer de bonne heure. Au contraire, le goût de l'ordre, l'attention, l'application , l'obéissance , le sentiment du respect, celui de la gratitude, peuvent prendre naissance dès les plus jeunes années.

Ces considérations ont suggéré à des personnes bienfaisantes le dessein de réunir les enfans des pauvres au-dessous de sept ans, dans des asiles où ils seraient confiés à des personnes sûres , où ils respireraient un air salubre , recevraient les soins nécessaires , seraient tenus proprement, s'essaieraient à d'utiles exercices, commenceraient graduellement à ébaucher quelque petit travail, préluderaient à l'instruction qu'ils doivent recevoir ensuite (i). On ne peut assez applaudir à une idée aussi ingénieuse et aussi sage tout ensemble. Là où elle n'a point encore été exécutée, on pourrait trouver du moins des personnes qui, moyennant un modique salaire, recevraient les petits enfans en dépôt, et quoique cet arrangement fût bien loin de

(1 ) Un établissement de ce genre fut formé à Paris , il y a plus de vingt ans , par une dame qu'inspira le génie de la charité et dont la -vie offre tous les modèles. En 1812, M. le baron 4e Vogbt , dans son beau travail sur l'organisation des secours à domicile pour la ville de Marseille , proposa d'y former des asiles de ce genre, en montra tous les avantages, en traça l'organisation. — L'Angleterre s'est ensuite emparée de cette idéej les azjlums s'y sont multipliés , y ont atteint rapidement un haut degré de perfection , en inspirant le plus vif intérêt au public. Paris voit se former en ce moment une association dirigée par des dames pleines de zèle qui , nous l'éprouvons , ne tardera pas à nous faire jouir de mêmes bienfaits.

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procurer sous tous les rapports les mêmes avantages que les salles d'asile, on rendrait cependant un service essentiel aux parens qui ne peuvent soigner eux-mêmes leurs enf'ans.en bas âge, si on leur procurait les moyens de les confier à des personnes [honnêtes , soigneuses, et logées dans des conditions plus favorables à la santé. Il y a quelquefois des maîtres et des maîtresses d'écoles qui consentent à se charger de cette surveillance dans des salles particulières.

Non-seulement l'incurie des parens se prolonge encore à l'époque où les enfans sont en âge de suivre l'école, mais alors ils vous opposent souvent une résistance systématique et calculée ; ils vous refuseront d'accepter le bienfait d'un enseignement gratuit.

En toute autre chose, la privation se fait sentir j elle amèfie le besoin, le désir, la demande. Il en est précisément le contraire en fait d'instruction : plus on en manque , moins on en cherche. Voilà pourquoi les peuplades sauvages demeurent stationnaires. Au contraire, plus on a d'instruction, plus on a soif de s'instruire. Si le pauvre est ignorant, et c'est la condition du plus grand nombre , non-seulement il n'aura guère l'idée de préparer son enfant à en savoir plus que luij mais il répugnera souvent à lui laisser acquérir cet avantage. Les éloquentes dissertations de certains beauxesprits contre l'éducation populaire, inventent moins d'argumens que l'obstination d'un père grossier, jaloux d'avoir un fils qui lui ressemble.

C'est au visiteur du pauvre qu'il appartient de dissiper un préjugé aussi aveugle , d'éclairer le père de famille sur ses intérêts et sur ses devoirs. Ce ne sera point l'affaire d'un jour : on persuade difficilement

ceux qui ne veulent pas être convaincus. Le visiteur ne se lassera point ; il saisira toutes les occasions pour mettre sous les yeux du père ignorant des exemples familiers qui lui fassent comprendre combien il serait utile à ses en fans de savoir lire, écrire et compter. « Comment votre voisin a-t-il vu son fils recherché par les meilleurs ouvriers , obtenir des conditions aussi avantageuses pour son apprentissage? n'est-ce pas à l'aide du certificat honorable qui lui a été délivré en sortant de l'école? Comment tel jeune homme que vous connaissez est-il arrivé si promptement à être contre-maître? n'est-ce pas parce que l'instruction lui avait donné plus de capacité, parce qu'il a pu tenir des états, des comptes? Si celui-ci n'avait pas eu des notions de dessin linéaire et de calcul, aurait-il été employé d'une manière aussi fructueuse par l'architecte ou l'entrepreneur qui se le sont attaché? Celui-là dont la profession se trouve en ce moment paralysée par une circonstance générale, se serait-il créé si promptement une autre ressource , s'il n'en avait pas eu en lui-même parle bienfait de son éducation ? » Un jour une bande entière de petits scélérats a été condamnée par la cour d'assises; notre visiteur était du nombre des jurés : « Voidez-vous savoir, dit-il au père aveuglé, voulezvous savoir l'histoire de ces jeunes criminels ? Ils avaient été élevés précisément comme vous voulez élever votre fils ; ils avaient croupi dans l'ignorance ; venez avec moi dans les prisons : sur vingt jeunes gens condamnés, vous en trouverez dix-neuf qui ne savent ni lire , ni écrire (i). Voilà le bel avenir que vous pré-

(l) C'est ce qui rësulte du rapport fait l'année dernière par le marquis Barbé de Marbois, au conseil général des prisons.

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parez à votre enfant, la récompense que vous vous préparez à vous-même! » Enfin, notre visiteur ramène le père de fanfille à quelques réflexions plus directes.

Il fait remarquer à son protégé que lui-môme, avec un peu d'instruction, ne fût pas demeuré à l'atelier dans un rôle aussi subalterne et aussi dépendant; qu'il trouverait plus facilement aujourd'hui un autre genre d'ouvrage quand son travail ordinaire lui manque; qu'il n'eut pas été si facilement trompé dans telle occasion, qu'il se fût garanti de telle mauvaise habitude, qu'il fût resté plus fidèle à ses devoirs, qu'il n'eût pas dépensé son argent au jeu, ou sa santé au cabaret, etc. « Evitez donc à votre enfant les mêmes dangers , procurez-lui d'avance les ressources dont vous déplorez de vous voir privé. Vous désirez qu'il devienne votre appui dans vos vieux jours ! mais , ne sentez-vous pas que, plus vous aurez fait pour lui, plus aussi il éprouvera le besoin de s'acquitter? Ne voyez-vous pas qu'en devenant capable de s'instruire, il se trouvera aussi appelé à mieux connaître ses devoirs envers vous? la considération qu'il obtiendra rejaillira sur toute sa famille. »

Ce n'est pas tout d'avoir persuadé les parens, quelquefois ce sont les enfans qui se montrent rebelles : celui-ci est indocile, sauvage, indomptable; cet autre est mou, indolent, dissipé. Quel parti en tirer .•^ comment les contraindre d'aller à l'école.'' ils s'échapperont en chemin; les enchaînera-t-on pour les conduire? qui se chargera de les y mener? Notre tuteur ne se déconcerte pas. Un jour il prend les enfans par la main , et ne dédaigne pas de les conduire lui-même : il les intro-

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duit dans une salle propre, bien arrangée; ils y trouvent d'autres enfans joyeux, qui semblent se divertir en travaillant : les petits bons hommes auraient envie d'être du jeu , se trouvent honteux de ne pas savoir si bien faire. Notre tuteur leur laisse entrevoir qu'ils pourraient être aussi heureux, se fait prier, donne l'espérance, finit par leur procurer cette faveur. Les petits écoliers sont entraînés par l'exemple de leurs camarades; ils prennent goût insensiblement au travail; l'émulation s'empare d'eux. Ceci suppose , il est vrai , que j'ai trouvé pour eux une école formée sur un bon modèle, dirigée par un maître capable; mais c'est encore un des soins du tuteur que de choisir la meilleure école, s'il y a un choix à faire. Il ne s'en tiendra pas là; il recommandera le nouvel élève à son maître , et promettra de venir quelquefois s'informer des progrès qu'il aura faits.

Nous avons trouvé dans une autre famille pauvre des idées plus solides et plus saines; mais les parens ont encore leurs objections : — « Les enfans sont déjà en âge de rendre quelques petits services, bientôt ils pourront entrer en apprentissage; il faut penser au nécessaire, et ne pas abuser des secours qu'on reçoit. A quoi bon les envoyer à l'école ? ils n'auront pas le temps d'y profiter. En les y laissant plusieurs années, on prolongerait l'embarras. » — Cependant , si le tuteur trouve aussi le moyen de leur procurer un enseignement dont la simphcité concilie tout , qui ne demande à l'enfant que deux ou trois ans pour savoir lire, écrire, chiffrer, devenir capable de tracer même le dessin linéaire, de connaître les poids et mesures, en apprenant d'ailleurs parfaitement son catéchisme ,

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toutes les objections ne seront-elles pas levées ? découvrira-t-on en effet un établissement qui remplisse ces conditions? Il ne m'appartient pas de le direj mais je suppose que le tuteur voulant le bien de ses protégés, examinera sans prévention, cherchera, observera, et je m'en remets à sa sagesse. Dans tous les cas, c'est ici le moment de récompenser les parens de leurs déférences à nos conseils. S'ils se privent de leurs enfans, il est juste de les indemniser du sacrifice, en compensant par une petite augmentation de secours, l'assistance qu'ils en recevaient. Bientôt, au reste, ils reconnaîtront qu'ils faisaient un mauvais calcul.

L'enfant est admis; il suit les leçons. Nous reposerons-nous entièrement sur les pères et mères, pour qu'il en profite? Principe général : dans l'application des secours ( et on sait que par secours nous n'entendons pas seulement l'aumône), dans l'application des secours destinés aux enfans, s'il faut non-seulement éviter de rompre les liens de famille, mais s'attacher au contraire à les fortifier; si, par conséquent, on doit éviter, autant qu'il est possible, d'usurper les droits des pères et mères, et de les laisser étrangers au bien que l'on fait à leurs enfans, une expérience constante apprend cependant qu'il est nécessaire aussi de ne pas s'en remettre aveuglément aux parens : il faut craindre leur insouciance, hélas! même leur égoïsme. Combien n'en voyons-nous pas qui interceptent au passage ce qu'on leur remet pour ces petites créatures? La chose est douloureuse à révéler, mais elle est malheureusement vraie. Tel est le funeste effet d'une excessive misère; quelquefois elle abrutit, elle rend insensible, elle ferme le cœur aux premières affections. Rien n'égale l'indifférence de

certains pauvres d'habitude à l'égard de la direction morale de leurs enfans ; et si, comme il n'est que trop ordinaire, la pauvreté a été la suite des désordres, si ces désordres ne sont point encore entièrement corrigés par la misère, le malheureux enfant ne perdra-t il pas, en présence de tels exemples, dans une telle société , les bons fruits des instructions que lui avaient données ses maîtres? Sans usurper, donc, les droits des pères et mères, nous suppléerons à leur vigilance: nous irons souvent visiter les petits élèves à l'école; quand ils reviendront sous le toit paternel, nous y arriverons aussi J nous les interrogerons en présence des pères et mères, sur ce qu'ils ont appris, sur la conduite qu'ils ont tenue j nous leur donnerons quelques petits encouragemens, quelques récompenses bien entendues : le choix des récompenses et des punitions appliquées à l'enfance est si important! Il exige tant de discernement! Les règles en sont si mal connues ! Qu'attendre à cet égard de parens ignorans et grossiers? Ils puniront leurs enfans avec brutalité, ils les puniront par caprice et par humeur. Nous nous interposerons doucement pour détruire cette fâcheuse influence. Nous ferons entendre à ces petits êtres le langage de la raison , en le mettant à leur portée : le langage que nous leur tiendrons s'adressera indirectement aux parens eux-mêmes. Témoins de l'améUoralion de leurs enfans, de l'intérêt qu'ils inspirent, ne seront-ils pas tentés de les imiter? ne commenceront-ils pas à renaître pour les sentimens de la nature? Et combien de fois n'avons-nous pas vu des enfans vertueux, devenus tels par une bonne éducation , exercer sur ceux de qui ils reçurent le jour cette influence salutaire; et les bons exemples remon-

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tantainsi le cours qu'ils auraient dA suivre , opérer une réforme qu'on eiit vainement attendue des prédications les plus éloquentes?

Pauvres enfans! quand vous rentrez au logis, après avoir govité quelques heures d'un bonheur innocent au milieu de vos camarades, et dans l'activité de l'occupation; quand vous rentrez rapportant un témoignage de la satisfaction de vos maîtres, si alors vous voyez arriver le protecteur de votre famille , avec quelle joie vous courez lui montrer la note qui atteste vos progrès, ou bien un échantillon de votre travail! 11 vous sourit, et ce sourire vous récompense. Vous aimez à lui conter tout ce que vous faites, et il vous écoute avec bienveillance. Un jour il sera encore et votre appui et votre guide; il s'interposera pour vous trouver, vous choisir un état; ses propres enfans continueront son ouvrage ; il est pour vous comme une providence visible, et sa bienfaisante influence embrassera le cours entier de votre vie.

Que faire pour ce jeune homme, pour cette fille qui ont déjà passé l'âge auquel on peut se présenter à l'école, et dont l'éducation a été entièrement négligée? Il est trop tard : il faut qu'ils travaillent; et l'on ne peut leur imposer la honte de les mettre sur les bancs avec de petits enfans. Si cependant ils savaient écrire, lire et chiffrer, que de ressources nouvelles ne pourrait-on pas leur procurer pour aider leurs vieux parens et s'aider eux-mêmes! Voici une ressource inattendue. Notre tuteur découvre une école d'adultes, qui se tient pendant les soirées d'hiver; il découvre une école où , le dimanche des personnes de tout Age emploient à réparer le temps perdu, les heures de loisir qui restent libres après

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les exercices religieux; il introduit ses protégés dans ces réunions. Là , on se délasse du travail des mains qui a rempli la journée et la semaine, par une occupation d'un genre nouveau, et qui a tout l'attrait de la nouveauté. On met à profit des momens qui eussent été peut-être dissipés dans l'oisiveté, dont peut-être on eût fait un mauvais emploi; les bonnes mœurs se conservent, pendant qu'on acquiert de bonnes provisions; les manières, même, y gagnent; on fait connaissance avec des camarades estimables. Un bien ne vient jamais seul (i).

Mais où sont ces écoles d'adultes, ces écoles de dimanche ? S'il n'en existe point encore à portée , le visiteur du pauvre qui, dans sa pratique journalière, en a expéx'imentéle besoin, en donne l'idée, s'unit à d'autres gens de bien pour en provoquer la création.

Les soins que le visiteur donne à la famille du pau-

(1) Nous avons vu des ouvriers paveurs , après avoir passé quelques mois à l'école d'adultes , obtenir le grade de piqueur avec un salaire double , parce qu'ils étaient en état de dresser le contrôle des travaux. Il n'est presque aucune profession où l'ouvrier qui sait lire , écrire et compter , ne s'avance plus rapidement. Dans tous les arts mécaniques , les élémens du dessin lui procureront aussi des avantages notables j enfin l'instruction qn'il acquiert par la lecture , développant son intelligence , lui donne plus de capacité pour comprendre , conduire , exécuter toutes les opérations de l'industrie.

L'établissement des écoles d'adultes , en France , a été provoqué par un rapport de M, le duc Mathieu de Montmorency, à la Société pour l'instruction élémentaire. Il y a, dans la capitale, plusieurs établissemens de ce genre , pour les hommes , et un pour les filles ( rue de l'Arcade ) , qui donnent les résultats les plus satisfaisans .

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vre ne s'arrêtent pas là : il est deux autres genres de services auxquels il peut prendre une part encore plus directe, et qui ne sont pas moins essentiels.

Le premier concerne les apprentissages. Ici, comme en tant d'autres choses , la pauvreté oppose des obstacles aux remèdes qui viendraient la soulager. Cette habileté au travail qui doit procurer un avenir aux enfans, devenir peut-être une ressource pour toute la famille, ne s'acquiert elle-même qu'à prix d'argent. Les métiers que l'on apprend au meilleur marché sont aussi les moins lucratifs. Que de considérations d'ailleurs à envisager dans le choix d'un métier! Consultons avant tout la capacité physique et intellectuelle de l'adolescent. On ne saurait croire à quel point les dispositions varient sous ce double rapport, et combien cette variété influe sur le succès que chaque individu obtient dans sa profession. Souvent, celui qui paraît inepte dans une carrière, aurait parfaitement réussi dans une autre; l'un est adroit, l'autre vigoureux; l'un est propre aux travaux sédentaires, l'autre au mouvement et à l'activité extérieure. Consultons aussi les penchans , car on fait mieux ce qu'on fait avec goût, et avec du goût , on fait aussi davantage. H y a des métiers plus ou moins insalubres, et leurs dangers deviennent plus ou moins sensibles suivant les tempéramens. Il faut examiner sans doute quels sont les métiers les plus productifs; mais il importe d'examiner en même temps si ces métiers ne sont pas soumis à des chances d'incertitude, si, en quelques circonstances, ils ne se trouvent pas frappés de paralysie. Enfin, il est des professions qui peuvent exposer à des dangers d'un autre genre, et qui ne sont pas sans inconvéniens pour les

bonnes mœurs. Cette réflexion s'applique particulièrement aux professions qui se présentent pour les filles. C'est d'après tout l'ensemble de ces vues que le choix devrait être fait. Mais, le père, la mère de famille, donneront-ils à chacune toute l'attention qu'elle mérite? Seront-ils d'ailleurs en position de comparer, de bien juger? l'occasion ne décidera-t-elle pas pour eux? Voilà un genre de conseils qu'il appartient au visiteur du pauvre de donner, et qui du moins sera reçu sans défiance. Mais, après un premier choix, celui du métier, il en reste encore un second à faire, celui du maître, et ce dernier n'est pas moins délicat, ni moins essentiel. Quelles n'en seront pas les conséquences pour l'habileté de l'apprenti , pour la moralité de son caractère ? Ne le placez qu'en un lieu où il reçoive de salutaires exemples ! Prenez même des informations -sur les camarades auxquels il se trouvera réuni. Ici encore , même embarras pour l'indigent. Aura-t-il des relations assez étendues, aura-t-il assez de sagacité, pour se bien diriger dans cette détermination ? Le visiteur du pauvre aura par lui-même des notions dont son client pourra profiter; il prendra d'ailleurs des informations, et il a raille moyens pour en avoir de sûres. Les bons maîtres sont naturellement fort difficiles dans l'admission des apprentis; le visiteur du pauvre interviendra pour obtenir à son jeune protégé la faveur d'être reçu dans une famille honnête, près d'un maître exercé, et lui obtiendra un favorable accueil. Peut-être il placera l'apprenti chez un ouvrier qui travaille habituellement pour luimême, et de cette manière il sera aussi à portée d'avoir encore les yeux sur l'élève. On va paBser le contrat d'apprentissage; ici, le père de famille, ignorant ou impré-

voyant , peut s'exposer à des difficultés ; la nécessité peut le contraindre à accepter des conditions trop dures. Nous viendrons à son secours ; nous l'éclairerons sur les inconvéniens qui pourraient naître un jour, d'engagemens mal stipulés; nous lui procurerons les moyens de fournir à une portion plus ou moins grande des frais que peuvent exiger la subsistance, l'entretien, l'instruction de l'apprenti: par là, nous lui rendrons accessibles certaines professions qui lui eussent été fermées; dans les autres, nous abrégerons la durée du travail gratuit qu'il doit donner à son maître, à titre d'indemnité, lorsque son instruction est terminée : car, il y a deux manières de stipuler un contrat d'apprentissage ; quelquefois l'apprenti reçoit gratuitement de son maître l'instruction , le logement, la nourriture, etc., mais sous la condition de donner ensuite à son tour quelques années de son travail sans en recueillir de salaire; quelquefois on s'engage à payer au maître une somme annuelle ou à subvenir du moins dans une proportion donnée aux frais qu'exige l'entretien de l'apprenti ; et alors on abrège d'autant la durée du temps pendant lequel celui-ci ne doit recevoir aucune rétribution. Le terme de six ou sept ans est le terme le plus éloigné que l'on stipule dans le premier cas, pour l'époque où l'apprenti commencera à gagner quelque chose; deux cents francs par an, est ordinairement le maximum de la pension promise dans le second cas. Il est plusieurs prévisions essentielles que notre vigilant tuteur fera insérer dans le contrat : il faudra que le maître s'engage à entretenir le trousseau , à bien traiter l'enfant, à lui faire remplir tous ses devoirs, à le faire coucher seul , à ne point lui apprendre d'autre mé-

lier que celui dont on est convenu, à ne pas l'employer à d'autres occupations qui l'en détourneraient; il faut réserver aux pauvres, au visiteur lui-même un droit de surveillance habituelle, et par conséquent celui de voir l'enfant chaque fois qu'ils le désireront : il faut enfin prévoir que le contrat peut être résilié ; la faculté de résiliation doit être réciproque; les parens doivent être autorisés à retirer leur enfant non-seulement si les conditions n'étaient pas remplies, mais si la santé de l'enfant s'altérait , s'il ne réussissait pas ainsi qu'on l'avait espéré dans le métier choisi, si ses mœurs étaient exposées à quelque danger, si le caractère de son maître avait des inconvéniens marqués pour lui, et les conditions auxquelles cette résiliation aurait lieu seraient convenues d'avance.

Ici nous devons signaler encore un grave danger à la sollicitude du visiteur du pauvre.

Le développement qu'a pris l'industrie dans certaines contrées, fait rechercher les enfans, même dans un âge encore tendre, pour les employer à une main-d'œuvre qui n'exige ni beaucoup de vigueur , ni beaucoup d'intelligence; mais^ l'avidité de certains fabricans abuse des forces de ces pauvres petits êtres ; on les exténue de fatigues; on ne leur laisse ni le temps d'aller à l'école, ni celui de prendre du repos : à peine leur donnet-on celui de manger un morceau en toute hâte, et de goûter un trop rapide sommeil. Ces créatures s'épuisent et languissent; leur caractère et leur instruction ne souffrent pas moins que leur santé. Cependant les besoins pressans de quelques parens , la cupidité de quelques autres, l'imprévoyance d'un grand nombre, livrent ces jeunes créatures à un régime aussi funeste. Cet abus

a été porté sf loin en Angleterre , qu'il a exigé une loi expresse pour le réprimer: un bill rendu l'an dernier a dû régler le maximum de la tàrlie qui pourra être imposée aux enfans dans les manufactures. En France , quoiqu'on commence à se plaindre de voir quelques ateliers offrir un aussi triste spectacle, nous devons espérer qu'une disposition législative ne sera pas nécessaire , et que le pouvoir des mœurs, l'autorité de l'opinion, suffiront pour arrêter le mal à sa naissance. Toutefois, le tuteur qui veille sur la famille du pauvre, suivra de l'œil le jeune enfant appelé dans une manufacture, afin qu'il ne soit point exposé à devenir victime d'un excès de fatigue.

Il ne faut point mesurer la capacité qu'acquiert un enfant par l'argent qu'il commence à gagner. C'est souvent l'inverse qui a lieu. En certains endroits un enfant peut gagner de deux à trois francs par jour en ramassant des os pour les fabriques de charbon animal; qu'aura-t-il appris? C'est donc souvent la plus fausse spéculation dans l'intérêt réel de la famille , que de se trop hâter à vouloir tirer un produit réel du travail de ces petites créatures; en cela, comme en tant d'autres choses , l'avenir serait immolé au présent.

Les enfans du pauvre nous sont redevables d'avoir appris à lire et à écrire. Quels regrets seraient les nôtres, si nous ne leur avions fait qu'un présent funeste, si, un jour, en allant visiter la famille, nous venions à trouver de mauvais livres dans leurs mains ! il peut arriver du moins que le présent reste à peu près inutile : savoir lire, ce n'est encore qu'être en possession d'un instrument. Nous n'avons donc point encore achevé notre ouvrage, et voici le dernier service que nous

sommes appelés à rendre : celui-ci couronnera tous les autres; il sera l'un de ceux auxquels le père indigent pourrait le moins suppléer. Nous procurerons à ces enfans des sujets de lecture convenables et profitables pour eux. Ils ont bien peu de temps pour lire, sans doute; c'est une raison de plus pour qu'ils ne lisent rien que de bon, et que les alimens qui leur sont offerts, soient substantiels et solides. Les lectures morales et religieuses occuperont le premier rang; mais nous aviserons à ce que ces graves leçons soient aussi quelquefois tempérées par des formes intéressantes et agréables, rendues familières et sensibles; qu'elles deviennent un délassement en même temps qu'un moyen d'amélioration. N'y joindrons-nous pas peut-être quelques petits livres élémentaires, ou les lecteurs, qui appartiennent aux conditions laborieuses , trouvent quelques tableaux de la création , quelques notions simples et faciles sur les principaux phénomènes de la nature, sur l'histoire de leur pays, quelques conseils qui puissent les guider dans la direction de leurs petites affaires, dans les précautions que réclame la santé, dans les secours et les remèdes propres pour les accidens les plus ordinaires? De tels ouvrages, quoiqu'ils dussent être les plus communs, ne sont point les plus abondans. Le pauvre n'en connaît guère l'existence; il n'en saurait faire le discernement; et si de tels ouvrages sont trop rares en effet , c'est en partie parce qu'on manque de moyens pour les répandre dans les conditions inférieures. Le visiteur du pauvre doit être comme un canal par lequel se forment d'utiles communications entre les classes éclairées et celles qui ne le sont pas ; il aidera à faire parvenir aux premières le genre et le degré de

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lumières que leur situation réclame. Grâces à lui , l'é- (.iucation de l'enfant du pauvre, bornée sans doute, deviendra du moins fructueuse, elles fruits s'en conserveront pendant toute la vie. Parla, il n'aura pas seulement assisté les indigens actuels ; il aura arrêté dans leur source des causes qui eussent parla suite multiplié leur nombre.

Qui sait, si parmi les sujets auxquels le bienfait de l'éducation aura été procuré, il ne s'en rencontrera pas quelqu'un qui, doué de facultés remarquables, ayant l'occasion de les développer et de les cultiver, étant mis à portée d'embrasser la carrière à laquelle elles le rendent propre, se fraiera un chemin à des succès inattendus, s'élèvera à une situation honorable dans la société? Il y en a des exemples, et il y en aurait davantage si chacun pouvait en effet suivre, dans le choix d'une profession, ses dispositions naturelles, et recevoir tous les secours qui rendent capable de le bien exercer. Mais il n'est pas besoin de ces phénomènes extraordinaires pour récompenser le généreux tuteur de la famille indigente : il lui suffit que chacun des membres de cette famille parvienne à bien remplir, dans la modeste sphère qui lui est assignée, le rôle auquel l'appelle la Providence; qu'il s'y comporte en honnête homme, en homme utile. C'est là ce que demande le véritable intérêt de la famille, l'ordre général de la société: le but est atteint.

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