DD RÉGIME ÉCONOMIQUE DU PAUVRE
Le visiteur du pauvre a étudié la situation de l'infortuné placé sous sa protection ; il croit avoir reconnu les besoins auxquels il s'agit de satisfaire. Maintenant , il nous reste à découvrir les moyens d'y satisfaire aux moindres frais possibles 5 en faisant cette recherche, nous découvrirons aussi les moyens qu'aurait l'indigent de réduire lui-même, autant qu'il est possible, la dépense qu'il fait avec ses propres ressources, et de réduire ainsi l'étendue des secours qu'il est forcé de solliciter. Nous parviendrons peut-être à lui enseigner l'économie, l'esprit d'ordre et de prévoyance ; à mieux soigner aussi l'intérêt de sa dignité : ce sera lui faire trouver un vrai trésor.
Ayons donc la condescendance et la patience d'entrer dans les minutieux détails, pour résoudre ce problème difficile, problème d'ailleurs qui présente un assez vif intérêt: quel est le plus haut degré d'économie qui puisse être obtenu dans l'existence d'un individu et les moyens d'y atteindre ? A cet effet, essayons de composer le petit budget de ces pauvres gens, et d'en discuter avec eux tous les élémens.
Continuons à éviter toutes les règles trop absolues dans leur généralité: le même régime ne convient
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point à tous ; le réjjime de vie doit varier suivant l'âge, le sexe, la profession , le tempérament, et quelquefois suivant les habitudes antérieures.
Il est surtout et avant tout , une donnée essentielle à consulter : notre protégé est-il seul, ou bien est-il marié, ou veuf, père de famille? dans ce dernier cas, combien a-t-il d'enfans ? quel est leur sexe, leur âge? combien a-t-il d'enfans au-dessous de douze ans, et de douze ans à dix-huit?
Ici , nous nous trouvons de nouveau en présence des partisans de Malthus; et cette fois nous ne pouvons sans doute nous empêcher de déplorer avec eux que dans la classe indigente les mariages se multiplient et obtiennent une fâcheuse fécondité. Et nous aussi , nous emploierons tous les moyens de persuasion qui sont en notre pouvoir, pour détourner les indigens de ces unions imprudentes ou prématurées. Mais , estil bien vrai que les secours à domicile , sagement distribués , encouragent en effet, et ce genre de mariages , et leur fécondité ? Observez de près et avec attention : les faits sont-ils tels qu'on nous les décrit ? consultons l'expérience , étudions les mœurs des classes laborieuses.
Les sectateurs du célèbre système de la population , posent en principe que le nombre des mariages et leur fécondité , sont en raison de l'aisance : qu'ainsi les mariages sont plus nombreux et plus féconds à mesure que les salaires sont plus élevés, et aussi à mesure que les subsistances sont plus abondantes , deux causes qui agissent cependant, sous quelques rapports, en sens contraire l'une de l'autre. Ils posent ce principe, sans penser qu'il puisse être contesté , qu'il ait besoin
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d'être justifié. Quelques observations cependant tendraient à le modifier. Il est certain qu'il y a aujourd'hui en France une aisance bien plus générale qu'avant 1789 ;les salaires sont plus élevés; à l'exception de l'année 1816, les subsistances ont été abondantes ; elles surabondent depuis les dernières années , et cependant, on reconnaît qu'en France les mariages sont, relativement à la masse de la population , moins nombreux et moinsféconds qu'avant 1789, quoique plusieurs causes qui favorisaient le célibat , conservent moins de force et d'étendue. De plus, nous voyons aussi que les mariages sont moins nombreux et moins féconds précisément dans les conditions de la société qui jouissent d'une plus grande aisance. Nous justifierons cette proposition mise au jour pour la capitale, par M. Villot et M. le docteur Willermé, en joignant aux relevés donnés par leurs recherches , un rapprochement tiré de la population indigente ; nous y joindrons aussi le tableau comparatif, par arrondissement, des enfans naturels et légitimes, et celui des enfans naturels reconnus, parce que ce dernier rapprochement pourra nous aider à pénétrer dans les véritables causes de ce phénomène.
Voici les résultats qui s'offrent à nous:
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