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DES MALADIES DU PAUVRE ET DK LA CONVALESCENCE

Pour l'ouvrier qui vit de son travail, la santé est tout, puisqu'elle est la condition de ce travail ; une simple altération de la santé, qui, sans le condamner à se mettre au lit, diminue cependant ses forces; un accident, une simple indisposition passagère, mais qui le forcent de suspendre son occupation accoutumée , lui causent un préjudice très-sensible et commencent à lui faire sentir le besoin. Que sera-ce si la maladie est grave, et l'arrache pour quelque temps à toute espèce de labeur, si elle dégénère en une infirmité chronique; si une infirmité vient à affecter l'un de ses organes, l'un de ses membres, ceux dont sa profession exigeait un emploi habituel et exercé, s'il perd ainsi l'aptitude au genre de travail pour lequel il avait acquis de l'habileté? d'un côté, la source de ses modiques revenus est momentanément tarie ; de l'autre, de nouveaux besoins se font sentir, et il ne peut plus se suffire à lui-même. Je le suppose père de famille ; il faudra que sa famille continue à subsister : s'il n'a pas quelques petites épargnes en réserve, il faudra mettre en gage ou vendre successivement ses effets , ses instrumens, son métier; il finira par se dépouiller de tout ; il s'endettera et se trouvera arriéré du moins pour son loyer. C'est une ruine complète. Ce n'est pas tout : pendant qu'il est malade , souvent il perd sa place, s'il est occupé par un

maître; ses pratiques, s'il travaille pour son compte; ses ressources à venir sont elles-mêmes atteintes et frappées de stérilité. Voilà le tableau dont nous sommes témoins chaque jour; voilà l'une des causes les plus fréquentes de l'indigence, et certainement l'une des plus dignes de notre juste commisération.

Peul-être il succombe ; il laisse alors une veuve et des enfans en bas âge; le travail de la veuve ne peut suffire à l'entretien de cette petite famille. Peut-être il demeure infirme pour le reste de ses jours, et alors il accroîtra lui-même les charges de cette famille infortunée dont il devait être, dont il avait été le soutien.

Il échappera peut-être à ces derniers malheurs; mais il est menacé de les subir : cette image terrible s'offre à sa pensée, épouvante son épouse ; elle nous effraie pour lui. Combien ces cruelles inquiétudes ne peuvent-elles pas encore aggraver ses maux! Il lui faudrait des consolations, de bonnes paroles, des témoignages d'intérêt, des soins de détail, des soins assidus. Qui les lui portera? ses camarades, ses amis, absorbés eux-mêmes par leurs occupations obligées, n'ont pas le loisir de venir s'asseoir à côté de son lit de douleur.

Si les maladies, si les accidens deviennent si funestes pour celui qui jusque-là n'avait point connu l'horreur du besoin , combien n'accableront-ils pas l'indigent que d'autres causes ont déjà plongé dans la misère, une veuve, par exemple, entourée de plusieurs petits enfans? Ces pauvres enfans n'ont plus de pain; ils ne peuvent même plus recevoir les soins de leur mère; ils gisent abandonnés, ils sont déjà momentanément orphelins. Quel spectacle ! Tous sont assaillis à la fois par des besoins divers; aucun ne peut porter secours aux autres.

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Ce ne sont point là des malheurs qui viennent d'euxmêmes s'offrir à vous , qui s'étalent sur voire passage. Ce ne sont point là les malheureux qui viennent assiéger votre porte et solliciter vos nonchalantes aumônes. Cesjnfortunes si réelles , si amères , il faut aller vousmême les observer, les juger, peut-être les découvrir. Vous ne les connaîtrez même qu'en pénétrant dans l'asile de l'indigence, en y retournant fréquemment. C'est un privilège réservé au visiteur du pauvre. Sa mission se montre ici dans tout ce qu'elle a de plus utile.

Malheureusement, un grand nombre de professions laborieuses exposent ceux qui les exercent à des maladies, à des accidens, à des infirmités prématurées; quelques-unes même les occasionnent d'une manière presqu'inévitable : il en est qui condamnent à respirer habituellement des vapeurs délétères, qui mettent en danger de faire des chutes et de recevoir des blessures , qui forcent de subir les intempéries des saisons ou des degrés de température mal en harmonie avec les dispositions de notre corps, qui fatiguent certains organes, qui contraignent à des habitudes trop sédentaires. Le travail d'ailleurs a aussi ses excès dont les suites, pour être d'abord insensibles, n'en sont quelquefois que plus durables. Enfin , l'ouvrier, lorsque sa santé commence à s'altérer, néglige ordinairement de prendre les précautions convenables j il laisse enraciner , in vétérer le mal; il ne consent à interrompre ses occupations habituelles, que lorsque les forces viennent à lui manquer. Tout conspire donc pour lui ravir son premier, son plus nécessaire trésor. De combien de soins, de précautions le riche ne s'entoure-t-il pas, pour prévenir des maux dont il est cependant bien moins me-

nacé ! Puisse l'art de la médecine réunir tout ce qu'il a de lumières, pour arrêter, dans leurs causes, ces funestes maladies qui s'attachent comme autant de fléaux aux diverses conditions laborieuses, pour indiquer par ime hygiène spéciale, les pratiques, le régime, la disposition des lieux ou celle des appareils les plus propres à garantir l'ouvrier des périls qui l'attendent! Ce serait là certainement l'une des plus importantes applications de ses savantes recherches; c'est aussi l'une de celles à l'égard desquelles il reste le plus à faire (i). En Angleterre, il s'est formé des associations philanthropiques qui ont pour objet essentiel de provoquer ces bienfaisantes applications pour certaines professions déterminées, les encourager, les récompenser, en répandre la connaissance. Mais , après avoir tracé à l'ouvrier les précautions dont il doit s'environner, il faudrait obtenir de lui qu'il se prêtât à les observer, et c'est une chose moins facile qu'on ne pense; son imprévoyance, son obstination, déconcerteront peut-être notre sollicitude (a).

(1) Rappelons, cependant, les Maladies du pauvre, par Uelvétius ; le traité des Maladies des artisans, d'après Romazzi, par M. le docteur Pâtissier, Paris , 1822; les rapports annuel» du conseil de salubrité, établi près de la préfecture de police j ceux des médecins chargés du service des dispensaires. Ici encore nous rencontrons et nous bénissons le nom du généreux Monthyon, dont la prévoyante sollicitude a aussi compris cet important sujet dans le nombre de ceux pour lesquels il a fondé des concours annuels.

(2) On a indiqué des précautions simples pour éviter que les ouvriers qui pilent la céruse n'en respirent la poussière; on a prescrit ces précautions par des réglemens j on n'a p«i parvenir à y faire obéir les malheureux ouvrier» que cette négligence condamne

jyS LB VISITEUR

Malheureusement aussi, l'indigence àsontourestune cause féconde de maladies de tous genres. Un séjour insalubre , humide , mal aéré, une nourriture malsaine , des vêtemens insuffisans, le défaut de linge et la malpropreté trop ordinaire dans cette situation , les soucis, le chagrin , l'abattement , tout concourt à altérer la santé. L'éducation physique des enfans qui appartiennent aux conditions inférieures , et spécialement des enfans des pauvres , multiplie pour eux les chances de maladies et d'accidens , altère de bonne heure leur constitution. Déjà dès le berceau, le lait de leur mère est fréquemment vicié ou appauvri par le mauvais régime et les peines du cœur (i). L'indigence, en même temps qu'elle multiplie les maladies et les accidens , leur donne un caractère plus grave , en rend les suites plus funestes . soit par le manque de médicamens, de secours de tous genres , soit par l'absencej'ou l'insuffisance de ces soins qui ne sont pas moins nécessaires que les remèdes, soit par l'effet naturel des dispositions morales ; cette dernière influence est particulièrement sensible chez les malheureux qui sont transportés dans les hôpitaux.

L'ignorance, la crédulité , l'imitation , viennent trop souvent aggraver encore, surtout dans les campagnes, les maladies et les accidens auxquels sont sujets les in-

à des maladies cruelles et inévitables. Il a fallu recourir alors à une ordonnance royale , qui interdise la fabrication et la vente de la céruse en poudre.

(1) C'est sans doute à la mauvaise éducation physique que reçoivent les enfans dans la capitale qu'il faut attribuer un résultat observé par le ministère de la guerre : c'est que la population de la capitale est celle qui donne au recrutement les individus les plus chétii's.

dividus des conditions inférieures , en leur taisant adopter aveuglément de prétendus remèdes qui sont, ou funestes , ou utiles seulement en certains cas et sous certaines conditions , en les précipitant au-devant de ces empiriques qui ont un art merveilleux pour dominer l'imagination du vulgaire , à l'égard desquels les lois ne sauraient être trop sévères , et que la police a le tort de tolérer avec trop d'indulgence.

Combien il esta désirer du moins que l'ouvrier, que rindigentneviennentpas joindre encore à tant de causes fâcheuses qui menacent leur santé, celles qui appartiendraient au vice et au désordre! Combien il est à désirer que des habitudes vertueuses leur fassent recueillir du moins, dans la position où ils sont placés, l'unique avantage qui peut compenser tant d'inconvéniens , celui d'une vie active , frugale et bien ordonnée ! C'est ainsi que , plus on pénètre dans la destinée humaine, plus on la suit dans toutes ses conditions, et plus aussi on reconnaît chaque jour la nécessité des bonnes mœurs, leur action tutélaire sur notre bien-être et sur tous nos intérêts. Et, si la plus noble fonction du visiteur du pauvre , dans la mission qui lui est confiée, consiste dans l'influence morale qu'il peut exercer sur les dispositions, le caractère et les habitudes de l'indigent, l'assistance qu'il lui prêtera sous ce rapport, sera aussi la plus propre de toutes à le préserver des maux qui viendraient encore aggraver sa situation.

S'il était nécessaire de confirmer par de nouvelles preuves , la déplorable alliance qui existe entre la misère et la maladie , on en trouverait une bien remarquable dans le rapport fait dernièrement à l'Académie royale de médecine , par M. le docteur Willermé, sur

les tableaux du mouvement de la population de Paris, dressés par M. Villot, pour les cinq années de 1817 à 1821 (i) En comparant, dans ce lumineux rapport, le nombre des décès à la population dans chacun des douze arrondissemens de la capitale , l'auteur parcourt successivement les diverses causes auxquelles on a coutume d'attribuer une plus grande influence sur la mortalité; il fait voir que, ni le voisinage du pauvre j ni l'abaissement du sol ni le rétrécissement ou la sinuosité des rues, ni la hauteur des maisons, ni l'exposition considérée relativement à la direction des vents , ni la qualité des eaux, ni la densité et l'agglomération de la population n'agissent assez puissamment pour concourir d'une nianière sensible à l'accroissement de la mortalité, ou que du moins leurs effets se trouvent en partie neutralisés par l'action de causes opposées; tandis qu'au contraire , on voit la mortalité croître dans un rapport constant et fort remarquable avec la pauvreté , tellement que , dans l'arrondissement le plus riche (le deuxième, ou celui de la Chaussée-d'Antin) la mortalité n'est que d'un sur soixante-deux habi tans ; tandis que dans l'arrondissement le plus pauvre (le douzième ou celuides faubourgs Saint- Jacques, Saint-Marceau, Saint- Victor) ,1a mortalité est d'un sur quarante-trois , d'où le docteur Willermé conclut avec raison , que la misère est non pas la cause unique, mais la cause principale des grandes différences que l'on remarque dans la mortalité. Ces différences vont , comme on vient de le voir jusqu'au rappont de 2 à 3.

Les résultats que le docteur Willermé a tirés des ta-

(1) Voyez ce rapport dans Ibï Archives générales de Médecine, 1826.

bleaux de M. Yillot s'expliquent, il est vrai, en partie de celte circonstance , que les maladies et les accidens dont les indigens sont atteints, deviennent pour eux plus fréquemment mortels, attendu le défaut de soins et l'insuffisance des secours, explication qui, du reste, est aussi fort affligeante; mais, cette circonstance ne suffirait point pour rendre compte dune différence aussi notable.

En comprenant dans ces résultats les décès présumés qui ont eu lieu dans les hôpitaux et les hospices, en les classant d'après le nombre des individus que chaque arrondissement envoie dans ces hôpitaux et ces hospices , on retrouve la même loi ; mais on rencontre des différences bien plus notables. Les quartiers les plus pauvres sont ceux qui fournissent naturellement et le plus de malades aux hôpitaux, et le plus de vieillards et d'incurables aux asiles publics. L'administration des hospices civils de la capitale a fait dernièrement dresser ce relevé, à l'occasion du legs Monthyon, en ce qui concerne la première classe. En comparant ce relevé à celui de la population indigente de chaque arrondissement, on le trouve, comme on doit s'y attendre, dans une proportion à peu près croissante. Il peut être intéressant de rapprocher entre eux tous ces divers élémens, pour examiner quels sont les inductions qui en ressortent. C'est ce que nous avons essayé de faire dans le tableau ci-après, où nous avons fait entrer, avec les documens fournis par M. Villot et qui ont servi de base aux judicieuses remarques de M. le docteur Willermé , ceux qui ont été recueillis par le Conseil général des hospices civils de Paris.

Il en ressort, 1° que les trois arrondissemens dans

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lesquels la population indigente est relativement la plus forte, les la^, S"* et 9*, sont ceux qui envoient le plus grand nombre de malades aux hôpitaux, et en même temps où la mortalité est aussi le plus élevée, tandis que les trois où la population indigente est la plus faible, sont ceux qui envoient le moins de malades, et où les décès sont plus rares (les i^*", 2® et 3°).

2° Que dans les arrondissemens où règne une grande activité industrielle d'un degré un peu élevé, le nombre des indigens est en général moindre et la mortalité plus faible.

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Ârrondissemens.

Par ménages.

Par indiridus.

Par ménaKes.

Par individus. I cf^

Indigens secourus] par les bureaux!

de charité.

Individus

non secourus.

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Imposées à une patente de plus de 30 francs.

D'après les décès à domicile.

D'après tous les décès,

y compris ceux dans les hôpitaux.

Que les partisans du système de Malthus se rassurent donc ! Le flëau de la maladie ne se charge que trop d'apporter à l'indigence le seul remède que cet auteur considère comme efficace.

Si maintenant nous cherchons à découvrir quelles sont les genres de maladies ou d'infirmités dominantes chez les indigens, voici quelques indications qui peuvent nous fournir des données approximatives.

En consultant les derniers comptes moraux et administratifs des hôpitaux et hospices de la ville de Paris, nous trouvons que, pendant l'année 1822, les hôpitaux de la capitale ont offert une population totale d'environ 43,400 malades, en comprenant tant ceux qui existaient au i^' janvier, que ceux qui sont entrés pendant le cours de l'année. Sur ce nombre , il se trouve environ 2v3,8oo hommes , i5,8oo femmes, 3, 800 enfans. Nous n'y comprenons point les malades qui, appartenantaux hospices de vieillards, aux orphelins, aux enfans trouvés, ont été traités dans les infirmeries de ces élablissemens.

Sur ce nombre total de malades, nous trouvons que les maladies médicales ordinaires en comprennent environ , savoir :

Hommes 12,750 \

Femmes 7,150 \ 23,050

Enfans 3,150 j

Les maladies cutanées, scrophuleuses, etc., traitées à l'hôpital Saint-Louis, environ , savoir :

Femmes 1,400

DU PAUVRE. l83

Les maladies vénériennes; savoir : »

Hommes 1,600^

Femmes 1 ,700 9 ? 700

Enfans 250 1 '

Nourrices 150

Les maladies chirurgicales, blessures, ulcères, environ , savoir :

Hommes 7,300 \

Femmes 2,550 \ jq 250

Enfans 400 j

Enfin, nous trouvons un nombre d'environ 2,85o femmes traitées dans la maison d'accouchement.

D'où l'on peut tirer les proportions suivantes :

Sur le nombre total des malades , les hommes représentent plus de 11.

Les femmes à peu près les 11.

Et les enfans, environ i.

On n'est point surpris de voirie nombre des malades reçus dans les hôpitaux, plus considérable parmi les hommes , lorsque l'on considère, d'une part que les travaux auxquels ils se livrent exposent davantage leur santé , et d'un autre côté , qu'il afflue dans la capitale un nombreconsidérabled'ouvriers et de journaliers, venant des provinces, qui , s'y trouvant isolés, n'ont, lorsqu'ils tombent malades, d'autres asiles que les hôpitaux; la même cause n'existe pas au même degré pour les femmes, il ne vient guère de filles que pour s'y placer comme domestiques ; le nombre , il est vrai, en est assez considérable.

Sur le nombre total des maladies médicales ordinaires, les hommes représentent un peu plus de . f^,

Les femmes de i^^

Lesenfansde ~

C'esl-à-dire, que la proportion générale esta peu près la même , les hommes malades étant presque aux femmes comme 3 est à 2.

Le nombre des maladies chirurgicales offre pour les hommes une proportion bien plus forte encore.

Les hommes, plus de '—

Les femmes pas tout-à-fait -^^

Les enfans, pas même ~^

Les hommes sont donc aux femmes presque comme 3 est à i , ce qui n'est pas étonnant, les hommes étant, surtout dans les classes laborieuses, bien plus exposés aux accidens que les femmes. Mais une sorte de compensation s'établit, si l'on tient compte des femmes en couche; en les joignant aux autres maladies chirurgicales des femmes , le rapport des hommes aux femmes devient ici à peu près, comme y 3 est à 54, ou pas tout-à-fait comme 3 est à 2 , c'est-à-dire , un peu moins élevé que pour les maladies médicales.

Les hommes atteints des maladies de la peau sont aux iemmes à peu près dans le rapport de 3 à 2.

Enfin, dans les maladies vénériennes, le nombre des femmes paraîtrait excéder celui des hommes dans le rapport de 9 à 8 à peu près. Mais cette différence se réduit de moitié, si l'on fait atention qu'un certain nombre de maladies de ce genre sont traitées à l'hôpital Saint- Louis, et donnent un rapport opposé: 100 hommes et 12 femmes.

C'est à dessein que nous avons détaché du tableau général, les maladies cutanées et glanduleuses auxquelles il faut joindre les rhumatismes; notre intention

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est tle faire remarquer combien ces maladies sont générales et dominent chez les indigens; et ce résultat devient bien plus sensible encore si, au nombre des malades internes, traités dans les salles de l'hôpital Saint-Louis (celui qui est spécialement réservé à ce genre d'affection), nous ajoutons le nombre de ceux qui y sont admis aux consultations gratuites, et qui ne s'élèvent pas à moins de neuf à dix mille par an; et si nous considérons que d'ailleurs les rhumatismes sont traités aussi dans tous les autres hôpitaux.

Parmi les 35oo malades traités dans l'hôpital Saint- Louis, pour les maladies cutanées et autres analogues, on en trouve près de 2000 , c'est-à-dire plus de la moitié, atteints de la gale, 870 de dartres, ce qui montre ou plutôt confirme quelle part le défaut de propreté occupe, chez les conditions inférieures, parmi les causes qui altèrent la santé.

i3oo enfans environ ont été admis en 1822 , au traitement externe de la teigne.

Les rhumatismes spécialement traités à Saint-Louis, en assez grand nombre (53o environ) , occupent aussi une place considérable dans les autres hôpitaux de la capitale, ce qui s'explique naturellement en songeant combien les individus des classes inférieures sont exposés à l'humidité, dans des logemens malsains, et à l'intempérie des saisons, par les professions qu'ils exercent.

On voit avec peine la petite-vérole occuper toujours une place considérable dans la mortalité des hôpitaux de Paris et dans le tableau des décès à domicile, pendant ces dernières années : les ravages de ce fléau ont encore été croissans. Ils accusent l'imprévoyance , la

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négligence, les préjugés des parens ; on a pu remarquer encore que ces ravages se sont fait sentir principalement dans les quartiers les plus pauvres de la capitale.

Parmi les maladies ordinaires traitées dans les hôpitaux, celles qui paraissent être les plus générales sont : la pierre, les catharres, la phthisie pulmonaire, les inflammations j les coliques de peintre sont aussi très-fréquentes* ' '• 'P «î'

Les fractures occupent le premier rang parmi les maladies chirurgicales traitées dans les hospices de Paris; à leur suite viennent les abcès, les cathétérismes , les tumeurs, les cataractes ; les fistules lacrymales sont assez multipliées. Un nombre considérable d'hernies afflige la classe laborieuse. Indépendamment de celles qui sont traitées dans les hôpitaux, on voit figurer dans les rapports de l'administration la délivrance de 2000 bandages aux hommes , 420 aux femmes, donnés à des indigens externes.

Qu'on veuille bien nous pardonner d'avoir un instant fixé l'attention sur ce triste tableau des misères humaines. Les observations auxquelles il donne lieu peuvent être fertiles en conséquences. Les relevés que nous avons cherché à tirer des derniers rapports officiels sur les hôpitaux de Paris, ne peuvent sans doute nous fournir une lumière complète sur les maladies des pauvres; car, d'un côté, ime grande partie des malades reçus dans les hôpitaux n' appartiennent point à la classe des indigens reconnus et enregistrés comme tels, et, d'un autre côté , un grand nombre d'indigens reconnus sont traités à domicile. Mais, nous n'avons aucun document pour classer ces derniers, et à défaut de ces in-

formations, celles qui sont tirées de l'expérience des hôpitaux nous éclairent du moins par l'analogie; car, les individus reçus dans ces asiles sont plus ou moins voisins de l'indigence ; ils sont à peu près soumis , dans leur genre de vie, au même genre de causes dont la santé des indigens subit l'influence.

L'âge le plus général des malades reçus dans les hôpitaux de Paris est de quinze à trente ans. Il faut en chercher sans doute l'explication dans cette circonstance, que cet âge comprend les individus des deux sexes qui, par leur condition, se trouvent plus généralement isolés , et ne peuvent guère être traités à domicile. Ce qui confirme encore cette explication , c'est que les deux tiers des malades reçus dans les hôpitaux sont des célibataires, et que les veufs ou les veuves forment les sept huitièmes du reste.

Parmi les professions, celles qui fournissent le plus de malades aux hôpitaux sont, parmi les hommes, les boulangers, les cordonniers, les journaliers, les commissionnaires et porteurs d'eau, les maçons et tailleurs de pierre, les serruriers, les menuisiers, les domestiques, spécialement les cochers , les peintres en bâtiment, les tailleurs d'habits; et, parmi les femmes, les couturières et ouvrières en linge, les domestiques, et spécialement les cuisinières, les blanchisseuses; et, pour les deux sexes, les individus sans état. Il n'en faut pas conclure que ces professions soient absolument celles chez lesquelles l'indigence et les maladies sont le plus fréquentes; car, les professions les pi us nombreuses doivent, toutes choses égales, donner plus de malades; et d'ailleurs dans les professions exercées par des individus isolés, demeurant chez des logeurs , comme les garçons

boulangers , les maçons , par exemple, les malades doivent se faire porter de préférence dans les hôpitaux , par la difficulté d'être traités à domicile. Cependant, il est aussi plusieurs de ces professions qui , par ellesmêmes, exposent davantage les unes aux maladies, les autres aux accidens: parmi les premiers, on doit ranger les peintres en bâtimens, fréquemment atteints de la colique occasionée par l'emploi de la céruse; les boulangers, exposés à une chaleur excessive; les cordonniers et les tailleurs d'habits , condamnés à une vie trop sédentaire; parmi les seconds, les maçons, couvreurs et porte-faix.

D'après les réglemens de l'administration, les infirmes incurables et les vieillards ne peuvent être admis dans les hospices de Paris qu'avec un certificat du bureau de charité, attestant qu'ils sont portés au tableau des indigens; on peut donc en conclure avec plus de certitude l'application des résultats de la classe indigente. Or, nous trouvons les résultats suivans pour l'année 1822:

Hommes.

Femmes.

Total.

Aliénés, fous et imbécilles.

Épileptiques. ....

Cancéreux

Vieillards au-dessus de 70 ans

ou estropiés

Appartenant aux hospices de la

Salpétrière et de Bicêtre ,

auxquels il faut joindre ,

comme appartenant aux

deux hospices des Incurables .

Époux, à celui des ménages.

DU PAUVBB. 189

On remarque que le rapport du nombre des hommes à celui des fenmics est précisément ici en raison inverse de celui qui s'était offert à nous pour les malades reçus dans les hôpitaux. Les femmes sont plus sujettes à l'aliénation mentale, aux infirmités incurables ; elles parviennent à une plus extrême vieillesse.

Pendant le cours de la même année, le nombre des ménages indigens admis aux secours à domicile, dans la ville de Paris, s'est élevé à 27,762, formant 54)^71 individus.

11 présente un nombre supérieur de près d'un cinquième à celui des malades reçus chaque année dans les hôpitaux; im nombre un peu inférieur à cinq fois le nombre des vieillards aliénés et incurables existans dans les hospices. Mais si à ce dernier nombre. . . . ii,75i nous joignons celui des enfans trouvés; savoir :

I"» A l'hospice 33o

I au-dessous de 12 ans. 12,882) fi QKfî pu-dessus de 12 ans. ^,974) '

Et celui des orphelins; savoir :

1° A l'hospice , 754

2* Placés

i au-dessous de 12 ans. 691 j '^(au-dessus ij9i5i '

32,296 La population desindigens secourus à domicile sera, à celle des individus recueillis et présens dans les hospices, à peu près dans le rapport de 32 à 54- La population ordinaire des hôpitaux de Paris a été, en 1822, de 5,095 malades. En l réunissant à celle des hospices, nous avons un total de 37,181 individus, réunis dans

igO LE VISITEUR

les établlssemens publics, et de 91,582 individus habituellement secourus. Les malades existant ordinairement dans les hôpitaux n'en forment que le 7^® ; ils sont à peu près au nombre des indigens comme i est à 1 o.

Mais il importe de remarquer que, dans le nombre des indigens admis et enregistrés, il n'en est guère que les f qui reçoivent les secours, comme nous l'expliquerons par la suite (Chapitre XVI).

On ne saurait atteindre par une assimilation complète des observations que présente la capitale , à ce qui doit avoir lieu dans les provinces. Plusieurs causes doivent introduire des différences très-sensibles: une foule d'ouvriers viennent chercher du travail à Paris; un grand nombre d'indigensy affluent aussi du dehors; le luxe, la corruption des mœurs, les séductions de tous genres, y rendent les causes de la pauvreté plus fécondes. Aussi, en offrant cet exemple , ne prétendons-nous point en généraliser les conséquences. Il serait à désirer que des rapprochemens semblables fussent exécutés sur les principales villes des départemens ; qu'ils fussent même aussi exécutés pour les petites villes et la population des campagnes. On verrait probablement décroître les proportions d'une manière graduelle. Dans tous les cas, les comparaisons qui en résulteraient seraient d'un exlrême intérêt.

Lorsqu'on arrête sa pensée sur ce grand nombre de maladies et d'accidens qui affligent les classes laborieuses de la société , et sur les funestes conséquences qui en résultent pour leur bien-être, on appelle de tous ses vœux les moyens qui peuvent tempérer ce fléau. Que les propriétaires et les directeurs des établissemens d'industrie , que les chefs d'ateliers mettent au rang de leurs

premiers devoirs, de veiller à la santé de leurs ouvriers ! Qui, mieux que le visiteur du pauvre, pourra écarter Je l'indigent valide qui lui est confié, les causes qui peuvent attirer encore sur lui des infirmités passagères et durables ? Il tâchera d'abord d'arracher l'indigent luimême à cette insouciance, à cette imprévoyance aveugle qui lui font ordinairement négliger entièrement les plus simples précautions de régime, nécessaires à la conservation de la santé; il lui conseillera de choisir un logement moins humide , plus aéré , de tenir ce logement plus propre ; d'observer plus de propreté aussi sur lui-même; de se nourrir d'alimens mieux préparés, autant qu'il est possible, d'éviter tous les excès, même ceux du travail ; il s'adressera surtout au père, à la mère de famille , pour obtenir qu'ils donnent à leurs enfans une meilleure éducation physique, qu'ils consentent du moins à ce que cette éducation leur soit donnée , et surtout qu'ils ne se refusent pas à laisser mettre ces enfans, par le bienfait de la vaccine , à l'abri de la petite-vérole et de toutes ses funestes conséquences. Que si l'indigent tombe malade, ou s'il est atteint d'une infirmité habituelle, une fonction nouvelle commence pour le visiteur du pauvre , fonction touchante , sacrée , mais pénible, et qui exige une active sollicitude.

Nous supposons en ce moment que l'indigent devra être Iraité à domicile. Tout à l'heure nous aurons occasion d'examiner quels sont les cas où il est préférable de le faire transporter dans un hôpital ou un hospice. Il s'agit de lui procurer les directions d'un médecin ou d'un chirurgien , les médicamens ou les objets de pansement, le linge, le bouillon , le feu dans certains cas et certaines saisons; il s'agit de faire en sorte que ces se-

cours arrivent à temps , soient bien et à propos appliqués , et , pour cela , que le malade soit entouré habituellement de quelques soins qui devront devenir plus multipliés, et plus assidus suivant la nature de la maladie. Il s'agit encore de lui faire goûter les consolations morales et religieuses , dont il a besoin à tant de titres. Si vous le laissez à lui-même, une partie de ces dispositions sera ou négligée , ou mal remplie , soit par ignorance , soit par incurie, soit par défaut de ressources.

Ce sera déjà beaucoup faire pour lui , que de lui indiquer l'assistance qu'il peut trouver dans les établissemens publics , et de l'aider à l'obtenir.

Trois genres principaux d'établissemens s'offrent, du moins dans quelques grandes villes, pour assister les indigens à domicile, pendant leurs maladies : les consultations gratuites données dans les hôpitaux , le service de santé organisé par les bureaux de charité, les dispensaires ouverts par des sociétés de souscripteurs.

En jetant un coup d'œil sur le genre et l'étendue des secours que ces trois ordres d'établissemens procurent dans la capitale, nous aurons une idée de ceux qu'ils fournissent ou peuvent fournir en d'autres villes, toutefois', en tenant toujours compte dans ces inductions des différences essentielles qui résultent des circonstances locales.

Il n'existe peut-être pas un établissement où le traitement externe des malades et les consultations gratuites aient reçu une aussi grande extension qu'à l'hôpital Saint-Louis. Le nombre des malades qui en recueillent le bienfait s'élève presque aux trois quarts du nombre de ceux qui sont reçus dans tous les hôpitaux de la ca-

DU PAUVHE. 1^3

|)ltale réunis. Ce fut en l'année 1816 que fut ouvert ce traitement externe, sur la proposition et la demande du docteur Biett, l'un des médecins de cet hôpital, aussi distingué par ses lumières que par son ardent amour de l'humanité , et qui , après avoir créé ce service , remplit cette mission avec un zèle admirable (i). Depuis lors , le nombre des malades qui se sont présentés à Saint-Louis, pour y participer au traitement externe, s'est élevé graduellement depuis 4,320 jusqu'à î>8,3i6; pendant le cours de dix années, 178,879 malades en ont profité; sur ce nombre, i33,3i5 étaient atteints de maladies médicales, et 4^,564 de maladies chirurgicales. Un traitement et des consultations semblables sont également donnés à l'hôpital de la Charité, deux fois par semaine, à des jours distincts pour les hommes et pour les femmes atteints de maladies médicales , et tous les jours pour les maladies chirurgicales. Le nombre des malades qui y participent, s'élève par jour de 4© à 5o pour la première espèce de maladie , de 1 5 à 20 pour la seconde.

Un service du même genre est aussi au bureau central d'admission : des médecins y remplissent tour-àtour la fonction de reconnaître et de visiter les malades et les infirmes qui se présentent pour les hôpitaux et les hospices.

En 1822, ils ont donné 11,740 consultations gratuites; savoir :

(1) Depuis 1821, M. le D'Cloquct donne les consultations chirur- ^àcalcs.

Pour hommes. Pour femmes.

Ecrites. . . 653 373 280 ^ Oom S/S environ

Verbales . . 11,087 5,606 5,481 1 p;;;;;^;;^ ■";;"'•;;

' cnirargicales.

Notre célèbre Dupuytren donne aussi, à l'Hôtel- Dieu, à la suite de sa clinique, des consultations gratuites qui s'élèvent à environ 3o par jour.

Les malades ne trouvent pas seulement à Saint-Louis et à la Charité, les conseils de médecins éclairés ; ils y s ubissent aussi les opérations chirurgicales qui peuvent avoir lieu sans que l'individu retourne ensuite à son domicile. Ils prennent aussi , à Saint-Louis et à la Charité, des bains ou simples ou de vapeurs, ou de Barrège; ils y reçoivent des fumigations sulphureuses : à Saint-Louis ils reçoivent aussi des douches. L'hôpital Saint-Louis est devenu le plus bel établissement de bains de la capitale , depuis que , par les soins du conseil général des hospices, une foule d'appareils y ont été dressés pour y administrer, à diverses températures, sous toutes les formes et surtout à l'état de vapeurs , une foule de préparations médicamenteuses employées dans les traitemens des maladies de la peau. Aussi voit-on accourir, pour y recevoir le traitement externe , non-seulement des malades des environs de Paris, mais quelquefois des individus venant de départemens assez éloignés. Le nombre de bains, douches et fumigations, délivrés à Saint-Louis, aux malades externes, s'est élevé depuis i8i6, de i6,33o à 127,752, eten 10 ans, à 776,697 (i)-

(1) En voici le détail pour 1822.

Simples 40,083)

Bains. . J Sulphurcux. . . . ^^''^^f '

Alkalins 2,800r '

De vapeurs. . . . 47,5S9l

A la Charité y il en a été délivré près de 18,000, en 1825(1).

Le nombre des malades traités à domicile, à l'aide des consultations gratuites que nous venons de rappeler, surpasse donc dans sa totalité, presque de moitié, celui des malades traités dans les hôpitaux, et nous pouvons mesurer ainsi toute l'importance de ce bienfait.

Cependant il est essentiel de remarquer que ce genre de traitement ne peut s'étendre aux maladies et aux accidens les plus graves , à ceux qui retiennent le malade enfermé dans sa demeure, puisqu'il exige que

Simples 48^

Sulpliurcuses .... 28l

DoocHEs. . .) ^ikalines 24\ 3,240

Ascendantes. ... * 2341

De vapeurs 2,906 J

Sulphnreuses. . . . 10,306^

Fumigations. ) Mercurielles ^^^) 27,258

Aromatiques. . . . 16,286( Alcoholiques 2761

Total. . . 127,732

(1) Fumigations sulphureuses 68

/ simples * 6,766

Bains j^ vapeurs 4,477

' de Barrège 5,887

Total. . . 17,198

Il serait à désirer qu'on pût prendre note dans les hôpitaux , de l'issue qu'ont les maladies ainsi admises au traitement externe; il n'est pas douteux qu elles offriraient une mortalité beaucoup moindre; mais il paraît bien difficile que ces renseignemens paissent être obtenus d'une manière eiacte et complète.

ip6 LE VISITEUR

l'individu admis à en jouir, se présente lui-même à 1 hôpital. Mais , il a d'un autre côté , cet avantage immense, que l'on peut y recourir facilement, dès les premières atteintes du mal, et avant qu'il ait acquis, par les retaids ou les erreurs de régime, un caractère funeste.

L'assistance que les consultations gratuites des hôpitaux ne peuvent offrir aux malades à domicile , leur est donnée par les bureaux de charité et les dispensaires.

La plus grande partie des indigens inscrits aux bureaux de charilé, sont traités à domicile, par l'assistance de ces mêmes bureaux, pour leurs maladies, accidens ou infirmités; ils reçoivent les directions des médecins attachés à ces bureaux, médecins choisis avec soin et animés en général du zèle le plus louable : les maisons de secours instituées dans chaque quartier, et dirigées par les Sœurs de diverses congrégations charitables , fournissent les médicamens, le bouillon, lorsqu'il est nécessaire , des cotrets pour le chauffage , et prêtent des draps pendant le cours de la maladie. Les respectables Sœurs visitent aussi assidûment le malade. Mais, s'il est célibataire ou veuf, s'il n'a auprès de lui ni une mère , ni une sœur, ni une fille, si son logement ne renferme ni cheminée , ni poêlej si même il n'a pas de lit , tous ces secours seront insuffîsans. Peut-être le visiteur réussira-t-il à pourvoir à ce qui lui manque : il décidera une voisine à veiller près du malade, à lui donner de temps en temps ses remèdes; il lui procurera quelques ustensiles. Mais enfin , s'il n'y a pas d'autres ressources, il décidera le malade à se laisser transporter à l'hôpital , veillera à ce qu'il y soit transporté sans re-

tard et dès l'origine de la maladie, il l'encouragera, le consolera dans celte résolution bien pénible; il lui procurera encore, ou une voiture, ou , à défaut, le brancard de la maison de secours, pour faire ce triste voyage.

Nous ne possédons aucun document authentique, aucun relevé qui nous conduise à déterminer exactement le nombre des malades annuellement traités à domicile, parles soins des bureaux de charité. Nous n'avons également aucun document pour déterminer la mortalité telle qu'elle résulte de ce mode de traitement. Nous pouvons seulement assurer, d'après l'expérience, qu'elle est très-peu sensible : une circonstance y contribue essentiellement : c'est qu'en général , les médecins des bureaux de charité envoient à l'hôpital les malades atteints des affections les plus graves. Du reste , nous pouvons raisonner d'après l'analogie que nous offrent les dispensaires; car, le mode de traitement est le même , et les conditions se rapprochent , si elles ne sont pas exactement semblables.

Les six dispensaires de Paris ont traité pendant le cours de 21 ans, 40,4^7 malades , dont 3o,662 ont été guéris, i4i5 sont morts, et 7783 se sont retirés, soulagés , ou pour d'autres causes. Un peu plus de la moitié de ces malades sont venus eux-mêmes aux dispensaires, consulter les hommes de l'art; les autres ne pouvant s'y transporter ont été traités à domicile. En 1824, i858 bains leur ont été administrés, sur le pied de 1 fr, à I fr. 5 c; il leur a été fourni des médicamens pour une somme totale de 42,4^2 fr. 43 c. Mais la société philanthropique paraît reconnaître que leprix de ces médicamens est assez élevé. Le traitement des médecins ,

ip8 LE VISITEUR

chirurgiens, élèves, agens, s'est élevé pour les six dispensaires, en 1824, à 9,36o fr. et les dépenses des loyers et autres frais à 4>i4o fr- 4o c. (i)

A Londres, on a établi des dispensaires spéciaux pour chacun des genres principaux d'infirmités. D'après la manière dont se trouve organisé le service médical des dispensaires de Paris, dont chacun compte, indépendamment des médecins et des chirurgiens ordinaires , plusieurs médecins et chirurgiens fort distingués, on ne pense pas qu'une séparation semblable y fût d'aucune utilité; et, d'un autre côté, la distribution des dispensaires d'après la division des quartiers, a le précieux avantage de mettre chacun d'eux à portée du malade, quel que soit le genre d'affection dont il se trouve atteint.

A ces trois genres de traitemens que l'on peut, dans la capitale, procurer à l'indigent, sans qu'il quitte son domicile, il faut joindre deux autres genres d'assistance qui s'offrent encore dans des cas particuliers.

L'un est celui que la société de charité maternelle accorde aux mères enceintes de leur quatrième enfant; belle institution, qui chaque année secourt ainsi cinq à six cents mères de famille et leurs enfans nouveau-nés.

L'autre consiste dans les vaccinations gratuites opérées, tant au comité central de vaccine , que dans les douze mairies de Paris (2). Plus de 2000 enfans participent chaque année à ce bienfait.

(1) Il serait utile que les rapports de la Société philanthropique fissent connaître la durée moyenne des maladies , leur classificationj distinguassent aussi, parmi les malades traités, les sexes, les âges , les principales professions.

(2) Le nombre des vaccinations gratuites s'est élevé en 1825,

Les dispensaires ne fournissent ni le bouillon , ni le chauffage ; ils supposent donc que le malade est pourvu par lui-même de toutes ces choses f et c'est une recommandation sur laquelle on ne saurait trop insister, que de ne point adresser aux dispensaires , des indigens qui seraient privés de ce genre de ressources. Les pauvres réduits à une exlrême misère, ne doivent donc point participer à cette classe de bienfaits, réservée à des conditions moins misérables. Elle n'en a pas moins l'heureux résultat de sauver plus d'un sujet laborieux , du danger de la pauvreté, et d'empêcher celui qu'atteint un commencement d'indigence , de tomber dans les derniers abîmes de la misère. Le visiteur du pauvre saura faire ce discernement j lui seul est à portée de le bien faire.

En dirigeant le pauvre, suivant sa position, à recueillir, dans ses maladies ou ses accidens , les secours de l'un des trois'genres de traitement que nous venons d'indiquer, le visiteur ne lui rend pas seulement le service de lui épargner une dépense inutile : il lui en rend un bien plus considérable encore; il le sauve des mains des empiriques , des pernicieux conseils et de ses propres erreurs , dans l'emploi de faux remèdes.

La tâche du visiteur du pauvre ne finit point avec la maladie de son protégé. De nouvelles sollicitudes l'attendent pour le temps de sa convalescence.

Bénie , mille fois bénie soit la mémoire du vénérable Monthyon, qui, parmi tant d'institutions bienfaisantes érigées avec une libéralité jusqu'alors sans exemple dans un simple particulier, a fondé celle des secours destinés

à rAcadéinie royale de médecine, à 1143 j à la mairie du 11* airondiiscment , à 195 , du 12», à 846.

aux convalescens sortant des hôpitaux ! Son âme généreuse avait apprécié l'une des situations les plus dignes d'intérêt, un genre de besoins auxquels jusqu'alors on ne s'était pas spécialement occupé de pourvoir. La nécessité d'ouvrir la porte des hôpitaux aux nouveaux malades qui se présentent, ne permet pas toujours de conserver ceux qui en occupent les lits , au-delà de l'absolue nécessité ; ils sont donc renvoyés chez eux, encore convalescens; souvent ils sollicitent eux-mêmes, comme une faveur, la permission de sortir de ces tristes asiles , avant leur entier rétablissement. Le temps de la convalescence exige encore beaucoup de soins, quelquefois même une continuation de traitement, pour prévenir ou des l'echutes , ou un état prolongé de langueur , ou même des infirmités durables. Parmi les convalescens que nous avons occasion de visiter chaque jour» depuis dix-huit mois que la fondation Monthyon est en activité, nous en avonstrouvé ungrand nombre encore alités, ayantbesoin d'être visités parles médecins. La plupart, du moins, sont hors detat de se livrer à leurs occupations accoutumées : il faut qu'ils se reposent, qu'ils soient bien vêtus, chauffés, si c'est en hiver. Cependant le plus grand nombre se trouve précisément au contraire dans la plus extrême détresse, alors qu'ils auraient besoin de prendre ces diverses précautions. Quelquefois , ils se hâtent de reprendre leur travail avant d'avoir recouvré des forces suffisantes. Le plus souvent ils négligent le régime qui leur serait nécessaire. Sont-ils même entièrement rétablis ? L'un aura perdu sa place chez les maîtres où il servait , dans l'atelier où il était employé ; l'autre a été obligé de mettre en gage ou de vendre ses bardes , ses ustensiles, pour payer son

loyer j il faut venir à leur aide pour les remettre à flot. Voila à quoi M. de Montliyon a pourvu. Le legs qu'il a affecté à cette destination, ne s'élève pas à moins d'un revenu annuel de 232,687 ^^- ^"^ somme est énorme, et cependant l'emploi qui en est fait, d'après une expérience de dix-huit mois, n'offre aucune superfétation , quoiqu'il ne s'applique pas à la moitié des convalescens qui sortent des hôpitaux , le plus grand nombre n'ayant aucun besoin de secours, ou n'étant point à portée de les recevoir, par suite d'une fausse indication de domicile. Elle a donné, terme moyen, une somme de 20 fr. environ , pour chaque convalescent effectivement secouru : or, quelquefois il faut lui procurer une couverture, fournir des chemises, des vêtemens, une chaussure, souvent du pain et de la viande, pendant plusieurs jours; il faut ou lui remplacer ses outils, ou l'aider à payer son loyer ; 20 fr. ne sont pas trop pour cela(i). Ils représentent douze journées de séjour à l'hôpital.

(1) Les résultats de l'application c£ui a été faite de ce beau li'gs , n'ayant point encore été publiés , on verra peut-être , avec quelque intérêt , ceux qui ont été recueillis par l'un dos bureaux de charité de Paris , celui du 11* arrondissement.

Cet arrondisscmcjit renferme une population totale de 51,766 individus, une population indigente de 2080 ménages et de 4091 individus.

160O convalescens sortant des hôpitaux, ayant indiqué leur domicile rlans le 11*^ arrondissement, ont été adressés au bureau de charité; sur ce no mbn; 64 seulement appartenaient auxindigcns déjà connus et inscrits.

582 seulement ont été admis à participer aux bienfaits du legs Monthyon. Plus de la moitié des convalescens sortans n'a point

Ce que M. de Monthyon a fait d'une manière générale , par une prévoyance étendue de l'avenir , trace à la charité privée ce qu'elle doit faire dans les cas particuliers. Qu'elle attende le malheureux au sortir de l'hôpital, qu'elle le recueille, le soigne, le surveille, jusqu'à ce que la santé lui soit pleinement rendue! Elle préviendxa ainsi des misères durables et peut-être irrémédiables.

Ily a à Rome et à Londres un hospice spécial pour les convalescens. Madame la duchesse de Bourbon en a aussi fondé un à Paris, situé rue de Babylone, sous le nom d'hospice d'Enghien , qui est conservé et entretenu aujourd'hui par S. A. R. Mademoiselle d'Orléans , princesse dont l'inépuisable bonté s'occupe en tant de manières des intérêts de l'infortune. Mais cette espèce

sollicité les secours ou les a même refusés. D'autres ne se sont point trouvés à leur domicile. Il s'en est fort peu présenté qui aient sollicité des secours , sans y avoir réellement droit.

Les secours délivrés à ces convalescens ont consisté ; 1° en secours en nature , pour une somme de 8,457 fr.42 c.

2° En argent 3,217 23

Ou terme moyen , par tête 20 03

Le pain fourni s'est élevé , terme moyen , par tête , à 3 kilogrammes environ , la viande à 2 kilogrammes , et les habillemens à environ 10 fr. 20 c.

Les sommes données en argent , ont servi à acquitter de petites dettes, surtout celles du loyer , à retirer des effets du Mont-de- Piété , à racheter des ustensiles , à procurer des souliers ou autres objets que le bureau n'était point à portée de fournir en nature, enfin à payer chez les logeurs la nourriture de quelques ouvriers qui n'étaient point en mesure de se nourrir eux-mêmes.

d'établissement ne convient guère que pour quelques cas d'exception. En général, il est plus utile aux convalescens de revenir chez eux , respirer un air pur, faire de l'exercice, commencer, s'ils le peuvent, à s'occuper; et c'est à la charité privée qu'il appartient d'aller audevant d'eux pour les aider dans ce passage de la maladie à l'entier rétablissement.

2o4 ^ E VISITEUR

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