CHAPITRE XIII
DES ÉTABLISSEMEX PUBLICS QUI OFFRENT UN ASILE AU PAUVRE DAXS l'iNFIRMITÉ , LA VIEILLESSE, l' ABANDON OU LA MALADIE.
Grâces soient rendues à la pieuse et prévoyante sollicitude de nos ancêtres, qui a consacré dans toutesnos villes tant de beaux monumens à la charité, qui a offert d'avance , pour des siècles, une généreuse hospitalité à toutes les misères humaines ! A la vue de ces touchantes et majestueuses créations, nous sommes profondément émus , nous saluons avec respect l'image des vénérables fondateurs, nous admirons le pouvoir qui a été accordé au génie de la bienfaisance , nous nous sentons pénétrés d'une sainte émulation : Quoi ! nos pères ont su doter l'avenir pour le malheur j et à peine apportonsnous quelque assistance à ses besoins du moment! Grâces soient rendues à ces administrateurs dont le zèle réalise les desseins des fondateurs piimitifs, conserve et perfectionne leur ouvragej à ces ministres de la charité, dont la vie entière est dévouée à servir le pauvre dans l'asile où il est recueilli! Leurs exemples nous laisseraient-ils insensibles ? ne nous laissent-ils rien à faire? témoins de tant de belles actions, ne voudrionsnous pas prendre aussi quelque part à ces nobles travaux entrepris pour le soulagement de l'humanité ? Ilien ne paraîtrait plus simple au premier aspect
qu'un système d'administration dans lequel la classe des malheureux que l'âge, les infirmités, ou les maladies rendent incapables de tout travail , et mettent dans la nécessité de réclamer les soins d'autrui, serait entièrement séparée du reste de la société, recueillie dans les établissemens où seraientassurés les moyens de pourvoir à tous leurs besoins. Mais, quelle qu'ait été la libéralité de nos pères , il n'en est point ainsi , et nous l'ajouterons sans hésiter ; sous divers rapports on doit se féliciter qu'il n'en soit point ainsi.
Un vieillard placé dans un hospice, semble être déjà retranché de la terre; il n'y tient plus par aucun lien : qui s'intéresse à lui? à quoi est-il utile? il ne lui reste plus qu'à mourir, et il va mourir sans qu'aucune larme soit versée sur sa tombe. Mais ce vieillard n'a-t-il pas des enfans, des petits-fils, des neveux du moins? tous les membres de sa famille sont-ils hors d'état de le recueillir ? Sa présence sera une charge sans doute : mais le fardeau sera moins lourd peut-être qu'on ne le croirait au premier coup d'œll. La vieillesse survient par degrés j l'impuissance qu'elle amène avec elle croît aussi d'une manière insensible; il n'y a pas ici de limites tranchées; déjà ces bonnes vieilles gens ont perdu une portion de leurs forces ; mais ils peuvent encore s'aider de plusieurs manières; ils peuvent, surtout dans l'intérieur de leur famille , rendre encore bien des services : surveiller les enfans, aider au petit ménage, donner de bons conseils; ils encourageront au travail; ils préviendront plus d'un désordre. Prenons-y garde! n'allons pas légèrement enlever à une famille l'occasion naturelle qui s'offrait de pratiquer la vertu; que dis-je? n'allons pas, sans une absolue nécessité, la dispenser
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de remplir un devoir sacré ! Nous allions procurer à ce vieillard un gîte et la nourriture dans un hospice; mais, n'est-ce pas aussi pour lui une portion du nécessaire, que la présence, les soins de sa famille? N'est-ce pas le premier bien de cette famille, que la présence du vieillard, les devoirs à lui rendre, la bénédiction qu'il doit attirer sur ceux qui l'entourent ? N'est-ce pas le premier bien que les mœurs , et y a-t-il des mœurs là où n'existe plus le culte dû aux cheveux blancs ? Offririons-nous une prime à ce barbare égoïsme ? Changerions-nous pour un misérable calcul , les sages plans du Créateur? Ah! renouons, resserrons partout ces liens sacrés, les liens si doux, qu'institue la nature, loin d'en favoriser le relâchement! tous y gagneront, et les heureux effets en réjailliront sur la société tout entière.
Une dame que j'avais connue dans la société , qui avait tout l'extérieur du luxe, vint un jour, fort élégamment vêtue, me prier de lui procurer une place dans un hospice pour une pauvre vieille femme : pour qui croiriez-vous que cet asile était demandé? C'était pour la propre tante de la solliciteuse. En ce moment j'ai sous les yeux une fille infirme qui végète depuis son enfance dans les hospices; sa mère vit encore; son père, sa grand'mère, ont laissé à cette malheureuse , une fortune assez considérable : eh bien! le ministère public a été appelé à poursuivre celte mère qui a dépouillé sa fille et l'a livrée ensuite à la charité publique; un oncle qui a fait interdire cette fille, qui s'en est fait nommer tuteur, rivalise avec la mère; il a fallu provoquer auprès du tribunal la destitution de ce tuteur.
Vous frémissez!... Consolez- vous : s'il y a des parens Ijarbares, il y a des adoptions inspirées par la bienfaisance! Comment ne les obtiendrions-nous pas dans les conditions aisées, puisque nous en découvrons des exemples chez celles qui ne le sont pas! J'ai aussi sous les yeux un pauvre vigneron qui nourrit sa famille du produit de ses bras, et qui a recueilli chez lui une vieille femme indigente, incurable; on l'entoure de soins, on partage avec elle dans l'humble chaumière. Je connais plusieurs familles de simples ouvriers qui ont adopté des orphelins, une entre autres qui en élève trois, parmi lesquels est une petite sourde-muette. Y a-t-il quelque hospice destiné à recevoir les crétins dans le Valais? Non : mais les Valaisans se les partagent, se les disputent quand ils n'appartiennent point à une famille qui puisse les entretenir. Ces bons Valaisans habitent, il est vrai, des maisons de boisj ils ne sont pas riches; mais leurs mœurs sont simples, et ils entendent la voix de la nature. Alors même qu'un vieillard n'a pas une famille à lui , où il puisse conserver un asile, ne trouverait-on pas une autre famille qui consentirait peut-èti-e à s'en charger? A Genève, au lieu de recevoir les vieillards dans des hospices, on les place en pension à la campagne. Cette méthode est excellente. Quelle différence ! Au lieu de voir errer en silence, sous les portiques de nos hospices, ces longues files de candidats de la tombe, désœuvrés, et n'étant là que pour attendre l'heure fatale, nous verrions chacun d'eux ranimé , rajeuni par le séjour des champs, prenant encore quelque part aux travaux qui s'y exécutent, mieux portant, plus serein, plus utile, heureusement distrait, s'exerçant encore à quelques
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fonctions. Ce serait aussi un régime plus économi-
Voici donc déjà un premier office à remplir par le visiteur du pauvre : il vérifiera si le vieillard n'a point une famille qui soit encore en mesure de l'assister, si du moins il n'est pas possible de lui en fournir les moyens , en joignant au travail dont ce vieillard est encore capable, quelques secours qui compensent les frais qu'il occasionera, ou en rendent la charge moins pesante. Il emploiera ensuite l'influence de la persuasion , pour ramener au sentiment de leurs devoirs ceux qui hésiteraient à les remplir. Que si cependant le vieillard est réellement isolé, s'il est arrivé à cet état de décrépitude qui ne laisse aucune ressource , alors encore il aura besoin d'un protecteur pour le faire admettre dans ces hospices, dont la porte ne s'ouvre pas à la première demande, dans lesquels on n'obtient souvent d'entrer qu'après de longues sollicitations. 11 est douloureux de l'avouer; quelquefois aussi ce protecteur devra lui chercher un asile dans les établissemens publics, parce que des enfans dénaturés ont été inexorables, ou même, en consentant à le conserver encore auprès d'eux, lui font payer trop chèrement ce léger service par leur ingratitude et leur dureté, en l'abreuvant d'amertume.
(1) Le conseil général des hospices de Paris cherche à atteindre ce but eu accordant à ceux qui quittent les hospices , pour reprendre un domicile, ce qu'on appelle la pension rcprésenlal'we ( 250 fr. par an). Mais , on se borne là j on ne s'occupe point de provoquer, particiilièreincut dans les campajjncs , les offres do ci'ux qui consentiraient à se charger des vieillards. Aussi le nombre de ceux qui demandent la pension représentative est-il fort limité, et presque tous restent en ville.
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Ce que nous disons des vieillards, s'applique également aux indiijens atteints d'inlinuités incurables. Toutes les infirmités n'entraînent pas une égale incapacité pour le travail. Celui qui est privé d'un bras , peut encore faire quelques conmiissions ; celui qui ne peut plus marcher sera en état d'agir encore avec ses mains : dans la vie de famille , on tire encore parti de ce reste de forces : la famille est une société naturelle où chacun met sa part de contributions, où l'un supplée à l'autre. N'ouvrez la porte de l'hospice que lorsqu'il n'existe absolument aucune autre ressource; dans tous les autres cas, les secours à domicile offriront toujours plus d'avantages. Prenons pour exemple une infirmité qu'on ne peut ni feindre , ni exagérer, et qui emporte à la fois bien des privations : la cécité. La plupart des aveugles reçus dans les hospices, ne s'y livrent à aucune espèce de travail: il reste cependant à un aveugle bien des manières de s'occuper utilement, et cet emploi de son temps lui deviendra plus facile s'il demeure au milieu des siens (i). L'expérience a même prouvé que les aveugles pouvaient acquérir dans certains métiers une assez grande capacité, pour gagner leur vie aussi bien que lesvoyans, au moyen d'un apprentissage convenable. La belle institution des Jeunes Aveugles de Paris a résolu ce pro-
(1) L'hôpital royal des Ouinze-Viiijjts ne donne que 250 fr. par an à ses membres externes qui se retirent dans leurs familles; les membres résidant dans l'hôpital reçoivent 1 f. pnr jour outre diverses fournitures, 50 c. pour leur femme, 25 c, par enfant. Eh bien ! on voit souvent les membres internes demander à devenir pensionnaires externes , et non l'inverse : ils Sont donc pour le moins aussi bien chez eu\ avec une dépense inférieure des deux tiers .
blême si intéressant pour l'humanité, et même pour l'économie publique (i). Si un exemple aussi remarquable n'a point encore porté tous les fruits qu'on en devait attendre, on peut cependant, suivant les localités, exercer les aveugles à divers genres de travaux utiles , surtout si l'on est en mesure de donner des indemnités à ceux qui consentiraient à les instruire. C'est encore au visiteur du pauvre qu'il appartient de triompher, à cet égard , de l'incurie des parens , de celle des aveugles eux-mêmes', de les exciter, de les éclairer sur les moyens auxquels ils peuvent recourir, et de les aider, s'il est nécessaire, à en faire usage. Un aveugle d'ailleurs, a besoin de mille soins qui lui seront mieux rendus par ses proches; il est assiégé par la tristesse, par l'inquiétude, par la défiance, triste et trop ordinaire conséquence de son infirmité; séparé de tous ceux qui lui sont chers, n'en souffriia-t-il pas davantage encore? La tendresse des siens ne sera-t-elle pas le meilleur remède pour lui rendre la sérénité
Si la vie de famille est toujours la combinaison la plus salutaire, c'est en supposant que la morale conserve, dans la famille , l'empire qui lui appartient. Chose
(1) Ce problème avait été le sujet d'un concours ouvert en 1823, par la société d'Encouragement, pour l'industrie nationale. Le prix a été remporté par l'Institution royale des Jeunes Aveugles, établie dans la rue St. -Victor. II serait à désirer que chaque département du royaume, envoyât dans cette maison quelques jeunes aveugles qui, après s'y être instruits dans les diverses parties qu'on y enseigne, viendraipnt ensuite à leur tour enseigner la même industrie à leurs camarades d'infortune , dans les départemens qui li;s auraient envoyés. On s'étonne qu'une vue aussi simple , aussi féconde, n'ait pas encore été exécutée.
admirable ! sous quelque poin t de vue que l'on considère la destinée humaine, c'est toujours, en dernière analyse, à la morale que l'on est ramené comme à la source la plus certaine et la plus abondante de tout ce qui peut soulager nos maux et contribuer à notre bonheur !
La corruption de nos mœurs a contraint d'ouvrir des hospices pour les enfans trouvés, et d'y admettre les nouveau-nés, sans s'informer de leur origine , sous peine d'encourager l'infanticide. A Rome , il y a peu d'années encore, l'on plaçait des sentinelles à côté de la crèche, l'on exigeait des déclarations: qu'arrivait-il? Chaque matin on trouvait des enfans nouveau-nés, noyés dans le Tibre. Bénie soit à jamais la mémoire de ce céleste missionnaire de la charité, de ce saint Vincent-de-Paule , qui recueillit ces infortunées créatures y qui ouvrit un asile à ces êtres délaissés, privés de tous soins» à l'âge où tous les genres desoins sontle plus nécessaires, et qui n'appartiennent à rien en ce monde ! Mais , s'il est nécessaire de recueillir le nouveau-né, fruit de la séduction ou de la débauche , s'il est utile même de les sauver de la contagion au milieu de laquelle il a reçu le jour , quel est celui d'entre nous qui ne déplore, et dans l'intérêt de la morale et dans celui de l'administration, de voir apporter dans ces mêmes asiles, des enfans nés du mariage, et dont les parens auraient été conduits à cette extrémité par l'excès de l'indigence? Dans les hospices civils de Paris , sur cinq mille enfans reçus chaque année, comme abandonnés, il se trouve de deux cent à trois cent cinquante enfans légitimes , que la misère livre à la sollicitude d'une paternité adoptive; et, chaque année, il n'en est guère qu'une centaine qui soient rendus à leurs parens j les autres en restent sépa-
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les pour toujours. O pères! ô mères, si vous pouvez les nourrir et les soigner, combien vous êtes barbares ! Si vous ne le pouvez, combien vous êtes à plaindre ! et alors combien auraient à se féliciter ceux qui vous aideraient à retenir dans vos bras ces innocentes créatures, qui leur conserveraient une famille! quelles obligations leur aurait la société ! quel serait leur titre aux bénédictions du ciel !
Si chaque famille pauvre était placée sous une bienveillante tutelle , si cette tutelle s'exerçait par une influence active, individuelle, continue, sur les mœurs des pauvres indigens, les causes qui rendent aujourd'hui le nombre des enfans abandonnés si considérable, se trouveraient affaiblies sous plusieurs rapports. Peutêtre une mère jette son nouveau-né aux enfans trouvés, parce qu'elle ne peut ou ne veut pas l'allaiter elle-même, et qu'elle est hors d'état de payer les mois de nourrice : Eh bien! le visiteur du pauvre lui pei'suaderait de remplir le devoir qui lui est imposé par la nature, lui en faciliterait les moyens, et, si la chose se trouvait impossible, il tâcherait de lui procurer les secours suffisans pour mettre l'enfant en nourrice.
On doit applaudir à la sagesse des vues qui ont porté l'administration des hospices civils de Paris, à envoyer les nouveau-nés en nourrice au dehors, plutôt qu'à retenir les nouiTices dans l'intérieur de la maison , comme on en avait autrefois l'usage. On reconnaît aussi une des vues les plus judicieuses d'une administration éclairée, dans le système de placer les enfans, quand ils ont quelques années, chez des paysans, où ils commencent à s'exercer au travail , au lieu de les conserver rassemblés dans une sorte de pensionnat au sein de la capitale.
Dr PAU VUE.
12,^00 petits cnfans environ , sont ainsi en pension, placés et nourris à la campagne, par l'administration des hospices de Paris, et sur ce nombre nous ne trouvons qu'une mortalité annuelle de 2,3oo environ, ou de I sur ^. Les enfans y trouvent l'avantage d'une bonne santé, les hospices celui d'une économie sensible. Mais, il y a, par-dessus cela, un avantage encore plus précieux; ces enfans entrent dans une famille adoptive; ils prennent l'esprit de famille; l'abandon et l'isolement ont cessé. Combien cette adoption ne peut-elle pas devenir affectueuse et douce chez les bonnes gens du village ! combien ne peuvent-ils pas en être récompensés ! J'en citerai un seul trait entre mille. Un pauvre tonnelier d'Abancourt, département d'Eure-et-Loir, nommé Guillottes , avait ainsi recueilli un enfant, l'avait élevé comme les siens propres : arrivé à l'âge de la jeunesse, Desjardin (c'est le nom du fils adoptif) entre au service ; il se distingue par sa conduite et par mille traits de bravoure; il est élevé en peu de temps au grade de lieutenant-colonel du 8^ régiment d'infanterie légère, en obtenant chaque grade intermédiaire par un nouvel exploit; il est décoré de l'étoile d'honneur; il rentrait en France, la France était pacifiée; il allait embrasser celui auquel il devait l'éducation; il expire à Mayence en avril i8i4, et, par son testament il lègue au pauvre paysan 4)70o fr-j fruit de ses économies, comme témoignage de sa fidèle reconnaissance. Ah! s'il ex^t survécu, il l'eût récompensé bien mieux encore (1) ! Une dernière classe d'infortunés dont la destinée a
(1) Le fait est conna dans les bureaux de la guerre. Le pauvre Guillottes n'avait pas l'argent nécessaire pour faire lever le jugement qui lui avait adjugé la succession.
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beaucoup d'analogie avec celle qui vient de nous occuper, excite la plus vive et la plus juste pitié : celle des orphelins , réclame sans doute aussi un asile, de la prévoyance de Tadininistration publique. Elle est admirable cette mission confiée à l'administration , qui l'appelle à exercer une touchante paternité envers ces jeunes êtres auxquels il ne reste plus une famille, et qui ont été frappés de si bonne heure par le plus grand des malheurs! Cependant, est-il nécessaire que les portes de cet asile soient ouvertes à tous les orphelins qui s'y présentent? N'est-il pas désirable qu'elles se ferment quelquefois jà leurs instances ? La réponse affirmative paraîtra dure au premier abord; et cependant une telle réponse est commandée quelquefois par l'intérêt de l'orphelin lui-même. Bien différent de l'enfant trouvé , s'il n'a plus de père; il a encore ordinairement une famille; il peut avoir un grand-père, des oncles, des tantes , des frères ou sœurs plus âgés , qui déjà gagnent leur vie, qui seraient peut-être en état de le recueillir, qui du moins pourraient prendre quelque soin de lui, et pourvoira ses besoins s'ils étaient aidés par quelques secours : quelquefois il a encore sa mère : car , on reçoit dans les hospices les simples orphelins de père, et cela est juste en certains cas: mais, si sa mère'n'est pas ellemême dans une situation désespérée, si elle n'est pas livréeàl'inconduiteetauvice, quelle que soit sa misère, verrons-nous sans douleur le pauvre enfant arraché de ses bras , privé de ses soins et de ses caresses , croître loin de ses regards , la mère affranchie du devoir le plus sacré que la nature lui impose , l'enfant sevré du plus doux sentiment que la nature avait placé dans son cœur ? Il faut cependant qu'il y ait une disposition bien
DU PA.VVKE.
générale et bien funeste à multiplier les admissions abusives des orphelins dans les hospices , puisque l'administration des hospices de Paris, s'est vue contrainte d'établir un règlement rigide et absolu qui interdit à tous les parens des orphelins , de les visiter, pendant leur séjour à l'hospice, recourant ainsi à la puissance que conservent encore les affections de famille, pour réprimer l'empressement à se décharger des devoirs que ces affections imposent. Et puisqu'un tel règlement a en effet obtenu quelque efficacité , il en faut conclure ou que les familles , quoique nourrissant encore ces affections, ne sont pas assez pénétrées des devoirs qui y sont attachés , ou que l'excès de la misère les conduit à y faire violence. Le visiteur du pauvre exercera donc encore ici sa double fonction : auprès des uns, il emploiera les moyens de persuasion qui peuvent ranimer le sentiment des devoirs ; auprès des autres , il tâchera de procurer les secours nécessaires pour suppléer à l'insuffisance des ressources dont les familles disposent. Et pourquoi ne pourrait-on pas faire directement, avec le concours des familles, ce que l'administration des hospices opère en faveur des orphelins, pour les distribuer et les placer en leur procurant un état ? Elle envoie chaque année à la campagne, plus de 200 enfans en bas âge ; à l'aide de son bureau de placement , elle en met chaque année en apprentissage chez des ouvriers, plus de deux cents d'un âge supérieur à douze ans , en leur fournissant seulement un trousseau. Il serait toujours utile que les parens , s'ils le peuvent, contribuassent de quelque chose, aux arrangemens qui sont pris pour ces infortunés, con servassent avec eux quelques relations et ne se considé-
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rassent pas comme dégagés de toute responsabilité à leur égard.
Transportons-nous maintenant dans les hôpitaux où trop souvent les malades sont entassés, et demandons à quelques-uns d'entre eux s'ils ne se sont pas séparés d'une famille, s'ils s'en sont séparés de plein gré. Il est à cet égard un fait connu; l'administration s'aperçut il y a quelques années que, dans les hôpitaux de Paris, un grand nombre de malades étaient appoités mourans ,
désespérés, à l'agonie, par qui? par leur famille
même! pourquoi? pour éviter les frais des funé^
railles , en les laissant expirer dans l'asile de la charité ! Il a fallu organiser le bureau central d'admission, lui donner des réglemens tout exprès pour mettre un terme à cet épouvantable abus. Les hôpitaux étaient-ils donc destinés à servir une telle violation des lois de la nature? Quelle pensée ! à l'approche de ses derniers momens, le mourant sera privé de la consolation qui devrait en adoucir l'amertume! cet époux, cette épouse ne rendrontpas le dernier soupir dans les bras de leur épouse, de leur époux ! ce père , cette mère , ne donneront pas la bénédiction à leurs enfans ! leurs propres enfans les auront portés sur le lit préparé par la pitié publique ! ceux qui devaient les honorer , les chérir, les soigner, ne leur rendront pas même les derniers devoirs ! Ainsi , à cet inst&nt de défaillance où les mourans sont prêts à quitter la terre, où toutes les affections devaient se réveiller, où tous les secours du cœur devaient du moins leur être prodigués, leurs regards mourans seront frappés de la vue d'un hôpital , du spectacle de ceux qui souffrent et qui expirent comme eux ! Ah ! s'ils pouvaient être encore rendus à la vie, une telle émotion
Dr PAUVRE. aiy
seule ne suffirait-elle pas pour les frapperdu trait mortel? Si donc il y a des ianiilles qui portent les agonisans à l'hôpital, pour les y laisser mourir, faut-il s'étonner qu'il y en ait tant qui y conduisent leurs malades, dans le cours de la maladie , pour les y faire traiter ? Ici du moins, l'intention peut souvent n'être pas condamnable , la nécessité peut même être impérieuse; car il se peut que le malade soit privé de tout secours dans son domicile; il se peut qu'à son domicile, la maladie ne pût être traitée. Or, voilà précisément la question qu'il est avant tout indispensable d'examiner et de résoudre: « Le malade ne pourrait-il pas être [mieux soulagé en restant chez lui? » Maintenant , suffit-il de l'institution du bureau d'admission pour s'en assurer? Que vérifie-t-on au bureau d'admission? Que le malade est réellement malade ? — Je le crois. — Qu'il est indigent ? — Je le crois encore. Voilà tout ce qu'on a constaté. Mais, quelle est l'assistance que ce malade eût pu recevoir chez lui? A-t-il une famille qui puisse lui donner des soins? A-t-il un lit, du linge, un foyer? Voilà ce dont le bureau d'admission ne peut s'instruire. Cependant, s'il peut en effet rester au milieu des siens, il est prouvé que sa guérison est beaucoup plus probable : car, il résulte des comptes annuels publiés chaque année sur les dispensaires de la capitale , par exemple, que la mortalité, pour ceux qui sont traités de la sorte, n'est aujourd'hui que de i sur 3o guéris. On demandera peutêtre si ce mode de traitement n'est pas plus dispendieux? Je demanderai à mon tour , si le traitement a réellement pour objet de traiter le malade , ou seulement de le laisser mourir au meilleur marché possible? Je ne cherche pas ici l'économie aux dépens des jours du malade: qui