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CHAPITRE XVIII

DE l'esprit d'association APPLIQUÉ AUX OEUVRES DE CHARITÉ,

Nous avons placé le visiteur du pauvre en présence des divers ordres d'établissemens publics érigés dans un motif d'humanité; nous avons vu comment il en devient l'auxiliaire naturel, comment, par son concours, il en assure , en étend les effets ; comment aussi il aide l'indigent à trouver dans ces établissemens le genre d'assistance qui lui est particulièrement nécessaire. Il nous reste à appliquer les mêmes considérations aux associations libres que le génie de la charité à fait naître.

Déjà, à l'entrée d'un sujet plein d'un si vit intérêt, une réflexion pous frappe : qui sera mieux placé que le visiteur du pauvre, pour concevoir l'idée de ce genre d'associations, pour en marquer le but ? qui y portera des dispositions et des sentimens plus favoi-ables ? qui sera mieux exercé pour y coopérer avec succès ? Où naîtront, s'alimenteront , s'appliqueront ces belles créations, si ce n'est au milieu de ceux qui ont vu de près les maux qui affligent les hommes, qui en ont étudié les causes et les remèdes ?

L'esprit d'association, ce principe si puissant, si fécond dans toutes les grandes créations de l'industrie, qui n'est autre que le principe de vie de la nature hu-

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maine, acquiert une puissance et une fécondité nouvelles, lorsqu'il se porte sur les créations qui ont le bien de l'humanité pour objet. Ici, il ne se borne plus à faire mettre en commun les vues , les expériences , les efforts, à éclairer par la liberté des discussions, à propager par l'exemple : il communique une nouvelle énergie au sentiment qui a produit la création et qui doit la vivifier; il semble prêter des facultés nouvelles aux membres de la réunion instituée : car il est de la nature de tous les sentimens moraux de tendre à se communiquer, de recevoir dans le commerce des âmes , par l'effet d'une noble et vertueuse sympathie, le développement le plus remarquable. Si, dans les assemblées publiques, l'émotion produite par l'image d'une belle action, se transmet avec !a rapidité de l'éclair, si dans l'àme de chaque spectateur, elle acquiert, par l'unanimité de ceux qui la partagent, un pouvoir qu'elle n'eiit jamais obtenu par le seul effet d'une impression solitaire ; quel ne doit pas être l'effet d'un commerce habituel constamment entretenu , non plus seulement par l'image mais par la pratique du bien ? J'entre dans l'une de ces réunions : j'y vois des hommes préoccupés, non de la frivole prétention de briller et de paraître, mais des plus graves et des plus sérieuses pensées, du désir d'être utile à leurs semblables • des hommes modestes , obscurs peut-être, mais pleins de dévouement : leur langage simple et sincère , respire la bienveillance ; on se félicite de se rencontrer dans les mêmes vues , sans se disputer le mérite delà priorité; ce que l'un avait présenté, l'autre le développe; ceux-ci marquent le but, ceux-là indiquent les moyens; d'autres font prévoir les difficultés; d'autres enseignentà les vaincre; personne n'aspire aux honneurs,

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à l'influence; mais, s'il y a une mission pénible à remplir, un sacrifice à faire, plusieurs sont prêts à accepter; une douce confiance unit les sociétaires entre eux ; ils goûtent leur estime réciproque; ils jouissent du bienfait en commun; de saintes amitiés ce forment entre eux. Heureux d'avoir été admis dans leur commerce , j'en reviens meilleur : mes idées se sont agrandies; une honorable émulation s'est allumée dans mon cœur. 11 suffit quelquefois de voir faire une belle action , pour découvrir que soi-même on en était capable; le beau mot du Corrége, et moi aussi je suis peintre , révéla le génie du peintre des grâces : mais le génie de la charité n'est pas un don extraordinaire ; il est le patrimoine, souvent inconnu, il est trop vrai, mais légué à tous les cœurs. Quelque doux, quelque enivrant que soit le charme qu'on éprouve à faire une bonne action, il en est un plus délicat, plus enivrant encore, c'est de le faire en commun avec un autre. Que ne suis-je peintre ! Je voudrais représenter deux hommes de bien qui se confient le dessein d'une action généreuse, s'associent pour l'exécuter; faire briller la joie dans leurs regards qui se rencontrent^ et annoncer par ces deux mains qui se serrent l'une l'autre, quelle puissance est dans l'union des volontés! Voilà ce que l'association produit sur une réunion plus ou moins nombreuse , ce qu'elle renouvelle chaque jour. Honneur à ces associations généreuses, que l'amour du bien a fait éclore, et qui , sous mille formes diverses, viennent au secours de l'humanité ! 11 ne saurait y avoir une plus belle alliance que celle dont la vertu fut le principe , dont de bonnes actions seront le fruit (i). (1) Qu'il nous soit permis de citer ici le passage suivant, sur

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Pourquoi des réunions aussi utiles, ne sont-elles pas plus multipliées dans la plupart des pays? Pourquoi sont-elles presqu'inconnues dans plusieurs? Leur formation, leur développement supposent deux conditions: d'une part, qu'il existe un certain esprit public, une opinion favorablement disposée pour l'alliance des vues et des volontés; d'un autre côté, que la connaissance des besoins qu'éprouve la classe des malheureux, des moyens propres à la soulager, se soit répandue dans la société, ait fixé l'attention générale. La première de ces deux conditions suppose à son tour l'existence d'institutions qui aient un caractère généreux , des lumières généralement répandues et circulant avec

les avantages de l'esprit d'association appliqué aux œuvres de bienfaisance.

a La diffusion de l'esprit de bienfaisance , le frein mis à l'égoïsme , l'appui que reçoivent les idées morales et religieuses ; le renoncement à la routine, aux préjugés et aux vues étroites; une voie ouverte à beaucoup de jeunes gens dont la brûlante activité ne cherche qu'un aliment pour se satisfaire, à beaucoup d'individus qui , souvent , ne savent comment employer leur temps et leur fortune , et qui peuvent ainsi utiliser leur viej le rapprochement heureux d'hommes de bien et éclaires, faits pour s'aimer et s'estimer, dont les vertus sympathiques s'encouragent mutuellement; le patronage et les liens bienveillans qui s'établissent entre les classes élevées et riches et les classes inférieures ; les améliorations progressives introduites dans la vie physique et morale du peuple ; les bienfaits indirects que recueille l'administration , de nouvelles garanties données à la tranquillité de l'Etat , des sources vivifiantes de prospérité répandues dans tout le corps social. » ( Tableau des Sociétés et Institutions religieuses , charitables et du bien public de la ville de Londres, par Gustave Degerando. Préface, pages 8 et 9.)

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facilité, rinQuence d'une sage liberté politique, dos mœurs publiques qui y soient conformes.

Quoi de plus propre à préparer la seconde condition, après les salutaires émanations de i'esprit religieux, que la présence, au sein de la société, d'une foule de personnes qui entretiennent avec le pauvre des communications habituelles ! On voit sous combien de rapports il est utile que les visiteurs du pauvre soient pris parmi les gens du monde; ils deviennent à leur tour, dans le monde, de précieux foyers de chaleur et de lumière ; c'est par eux que le monde est initié aux secrets des souffrances qui pèsent sur les classes disgraciées par la fortune , que son attention distraite est rappelée à entendre la voix de la charité, dans le tumulte des affaires , dans l'enivrement des plaisirs.

L'Angleterre a le mérite d'avoir offert au monde le spectacle des institutions de ce genre les plus nombreuses, les plus variées, les plus richement dotées. La Hollande a celui d'offrir le modèle de la plus belle et delà plus vaste qui existe, dans cette admirable soc/e7e du bien, public qui embrasse tout à la fois et la surface entière des Pays-Bas, et les principaux moyens de servir l'humanité. La France peut aussi présenter avec quelque fierté le tableau de celles qu'elle possède aujourd'hui. Paris surtout est riche. Il est digne de remarque que c'est à la suite de la restauration et sous le régime d'une liberté vraie enfin obtenue par les institutions dont la France est redevable à la sagesse de Louis XVIII, que l'esprit d'association a commencé à y prendre un essor très-sensible, et à y recevoir l'utile direction dont nous parlons.

On est frappé d'étonnement lorsqu'on jette les yeux

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sur le nombre prodigieux de sociétés de tout genre qui sont formées à Londres par des souscriptions particulières , et de la masse considérable de fonds que ces associations produisent. Il en existe plus de 5oo ; la plus grande partie ont pour objet de soutenir les établissemens qui , dans les autres pays , sont ordinairement dotés et dirigés par l'administration publique : c'est une suite du caractère propre aux institutions de l'Angleterre, qui se sont reposées sur les efforts individuels, pour un grand nombre d'objets d'intérêt public, auxquels la sollicitude du gouvernement, dans les autres états, a voulu pourvoir par elle-même. L'esprit national a généralement répondu à cette confiance de la législation : on lui a demandé des prodiges, il les a exécutés.

Si l'on voulait donc comparer ensemble l'Angleterre et la PVance, ou pour simplifier, Paris et Londres, sous le rapport des créations que l'esprit d'association a engendrées dans le champ de l'utilité publique et spécialement dans le domaine des établissemens d'humanité, il faut tenir compte avant tout de cette différence capitale dans le système administratif des deux pays. A Londres , l'état s'est borné à instituer sa législation sur les pauvres ; à peine a-t-il doté deux ou trois hôpitaux; du reste, les souscriptions privées ont fondé entièrement presque tous les établissemens de ce genre. En France , c'est précisément l'inverse ; ces établissemens , c'est l'administration qui les a élevés, qui les entretient, les dirige; les dons des particuliers lui ont été, lui sont abondamment confiés dans ce but, par les legs, les donations, les quêtes, etc. Un petit nombre de sociétés particulières viennent cependant

s'y joindre ; mais seulement comme des auxiliaires , pour en étendre le bienfait, quelquefois pour en perfectionner le principe. C'est ainsi, d'abord, qu'à Londres (i), dix associations de souscripteurs ont fondé, entretiennent, dirigent autant d'hôpitaux de malades ou de convalescens. A Paris , de semblables réunions seraient sans objet; les établissemens dotés sur les fonds municipaux ont pourvu à tous les besoins. Une princesse bienfaisante avait fondé, pour les convalescens, l'hospice d'Enghien, continué par une autre princesse dont le nom est couvert des bénédictions du pauvre ; du reste, les convalescens sont aujourd'hui assistés à domicile, système généralement préférable, à l'aide du legs Monthyon. C'est au conseil-général des hospices, aux bureaux de charité, que le généreux fondateur a

(1) Outre les hôpitaux qui ont des dotations propres , tels que ceux de Saint-Thomas, de Gray, de Saint-Bartholomé, on compte à Londres les hôpitaux généraux de Londres, Westminster, Midd- Icsex , quatre hôpitaux de maternité pour les femmes en couche ; un hôpital pour les marins formé dans un navire j une maison de santé pour les maladies contagieuses j une autre pour les affections scrophuleuses et cancércusesj d'autres hôpitaux pour les maladies vénériennes , etc. ; pour les fiévreux, la petite vérole j pour les maladies cutanées , tous soutenus par des souscriptions particulières.

De même pour les hospices de vieillards ou d'enfans trouvés : indépendamment de l'hospice Emmanuel, Sainte-Catherine, Sainte- Marie , qui jouissent d'une dotation suffisante , des souscriptions particulières entretiennent pour des orphelins le grand et hel hospice du Christ, et l'hospice des Enfans-Trouvés , plusieurs maisons où , soit les orphelins , soit les enfans pauvres , reçoivent l'éducation , deux maisons de retraite , les hospices de Saint-Luc , Bethléem et Bridewell pour les aliénés , etc.

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confie ce soin. Peut-être ce fut à la vue des deux sociétés auxiliaires formées à Londres, près des hôpitaux de Londres et de Saint-Georges, en faveur des convalescens, que M. de Montliyon conçut l'idée de faire jouir la capitale de la France d'un semblable bienfait qui manquait à ses établissemens d'humanité.

La même comparaison se reproduit encore en jetantles yeux sur les hospices. L'hospice des enfans trouvés de Londres , a souvent reçu des subventions du Parlement j mais ce sont généralement des sociétés de souscripteurs qui pourvoient les asiles ouverts aux vieillards, aux orphelins , qui entretiennent les écoles d'industrie et les maisons de travail, les retraites où sont soignés les aliénés , telles que les hôpitaux de Bethléem , Bridewell , Saint- Luc; on compte jusqu'à neuf sociétés qui s'occupentà Londres d'assister les femmes en couche, etdont unepartie les recueille dans des maisons publiqjies ; il n'est pas jusqu'à l'Institution des aveugles indigens , jusqu'à /a Maison de retraite des sourds-muets de naissance , qui , à Londres, ne doivent leur existence aux mêmes principes, A Paris, les établissemens appartiennent à l'administration publique; ils sont municipaux ; Charenton pour les aliénés , les Quinze- Vingts pour les aveugles, l'Institution des Jeunes-Aveugles et celle des Sourds-Muets sont même entretenus aux frais de l'Etat. Cependant lesassociations de souscripteurs commencent à prendre parmi nous , une plus grande part à ce genre de secours ; mais , en se proposant ordinairement un but spécial et distinct de celui qui est propre aux établissemens publics. La société de la charité maternelle visite , assiste les femmes en couche au sein de leur famille, les encourage à allaiter leurs enfans } elle embrasse tous les

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quartiers de la capitale; ses affiliations s'étendent dans toutes les villes du royaume. On salue avec respect et reconnaissance, cette infirmerie de Marie-Thérèse, où sont recueillies, sous les auspices d'une princesse vénérée, des infortunes qui se recommandent par un caractère particulier aux sollicitudes de Tauguste bienfaitrice. L'asile de la Providence met ses souscripteurs en mesure de procurer un asile à des vieillards, à des infirmes , qu'ils n'auraient pas les moyens de faire entrer dans les hospices. Une touchante institution qui n'existe qu'à Paris, si nous ne nous trompons , soulage les vieillards dans le sein de leurs familles ; c'est celle des enfans en faveur des vieillards. Trois sociétés, celle des jeunes filles délaissées , fondée jadis parla vénérable mademoiselle de Kercado , celle des jeunes économes, et celle qui porte le nom de comité des jeunes gens, place des enfans en apprentissage. 11 y a aussi à Paris deux maisons d'éducation et de travail pourles orphelines (i), entretenues par des souscriptions particulières ; mais le nombre de sujets qu'elles reçoivent est peu considérable. Les associations se sont principalement et sagement dirigées par la pensée de placer de préférence les enfans dans des familles privées.

En passant sur le théâtre des secours à domicile, cette comparaison doit se modifier d'une manière très-sensible j caria législation anglaise semblait s'être flattée de pourvoir , par la taxe des pauvres , à tous les besoins de ce grand service. Cependant , une foule d'associations se sont encore élevées pour assister les indigens au sort desquels on croyait avoir pourvu, et ces associations , dans l'esprit qui est propre aux Anglais , se sont partagé le

(1) Les orphelines de Saint- André et les enfans de la Croix.

champ à cultiver, ontadopté des vues extrêmement spéciales; elles se divisent donc en deux grandes branches qui assistent , les unes les valides , les autres les malades ; si parmi les premières , on compte la soci été générale philanthropie^ ue et la société philanthropique britannique et étrangère, dont le but a un caractère vaste , on ne suffit point à dénombrer celles qui existent par quartier, par paroisse, ou avec un but distinct j il en est quatre, par exemple, composées de dames ,qui soulagent les femmes ; deux en faveur des veuves ; deux pour donner un asile aux indigens momentanément délaissés , plusieurs en faveur des veuves et enfans d'artistes, une pour les malheureux qui ont appartenu à la classe moyenne. Par rapport aux maladies, on a encore plus spécialisé , et , dans chaque spécialité , souvent plusieurs sociétés concourent; ce n'est pas seulement la vaccine qui reçoit à elle seule les encouragemens de trois sociétés ; ce sont les maladies de l'oreille , celles de l'œil, la cataracte, les maladies glanduleuses, celles des poumons, celles des enfans, etc., qui ont aussi leurs sociétés particulières ; il en est une pour le traitement par l'électricité ; il en est plusieurs pour les hernies et pour la distribution des bandages , le tout indépendamment d'environ vingt-quatre sociétés de dispensaires de quartier, distinctes par le terri toire(i).

Notre administration des secours à domicile, qui est une avec celle des hôpitaux et hospices, pour sa direction centrale et sa dotation, pourvoit à Paris à cesdiffé-

(1) Noas ne pouvons remarquer sans attendrissement une société dite de la chapelle libre de JVestsurlet, formée de pauvres gens , dans le but d'assister leurs voisins pauvres aussi et malades.

rens services, et, dans tous les quartiers , par un seul et même régime. Elle soulage les valides ; elle leur donne du travail ; elle distribue des bandages, elle fait traiter lesmalades à domicile; des consultations gratuites sont ouvertes dansles hôpitaux; l'administration publique fait vacciner gratuitement les enfans à l'Académie royale de vaccine et dans les douze mairies de la capitale : toutefois les associations de souscripteurs ont encore trouvé ici une carrière pour exercer leur zèle en dehors des prévoyances de l'autorité ; on ne doit point oublier que Tintroductiondela vaccine en France, que sa propagation à Paris, ont été spécialement l'ouvrage de la Société de vaccine ; sa dissolution nous prive malheureusement aujourd'hui de l'influence plus nécessaire que jamais, qu'elle exerçait sur l'opinion publique. Nous sommes redevables de la confection des soupes économiques et de l'établissement des dispensaires, à notre Société philanthropique qui a donné de si bons exemples , une impulsion si utile , dont on aime à rappeler les éminens services. Des Sociétés , dont les travaux sont dirigés sur les progrès de l'art de guérir , yjoignent aussi à Paris, l'honorable engagement d'assister gratuitement les maladesindigens (i).

Si l'on veut toucher au doigt la différence ou plutôt le contraste des systèmes adoptés dans les deux pays , que l'on considère , par exemple , ou les monts-de-piété , dont l'administration publique s'est réservé à Paris le privilège , tandis qu'à Londres des associations volontaires ont établi des maisons où l'on prête sur gage aux indigens ; ou bien encore les secours administrés aux

(1) Les Sociétés jncdico-pliilanthropique , de médecine, de médecine pratique et le cercle médical.

T)V PAUVRE. SaS

noyés et asphyxiés, qui, en France, reçoivent de l'autorité publique, les instrumens , les instructions , le choix et l'établissement des surveillans, tandis qu'à Londres, des réunions de souscripteurs encouragent à secourir , etrecherchent les moyens d'administrer les secours les plus utiles.

L'autorité publique , en France , s'est réservé de droit la surveillance et la direction suprême des écoles: elle s'est même à peu près réservé de fait leur création et leur direction (i). Aussi pendant qu'à Paris plus de cent écoles sont entretenues par la ville ou par les bureaux de charité , que les bureaux de charité y entretiennent 26 ouvroirs pour les petites filles, à Londres , les écoles de paroisses sont soutenues par des souscriptions et une foule de sociétés se sont formées pour fonder des écoles, destinées au premier degré de l'enseignement : il en est une , celle àes protecteurs des écoles de charité , laquelle rempli t précisément cette fonction de surveillance et de direction suprême que l'autorité s'est réservée en France. Les deux pays nous offrent cependant ici un rapprochement d'un grand intérêt. Deux associationsà Londres(2), unesociétéà Paris (3), s'occupent également de la propagation des méthodes perfectionnées pour l'éducation populaire. On peut remarquer seulement que les Sociétés anglaises disposant de plus grands moyens , agissant avec plus de liberté, se

(1) Cependant l'ordonnance royale du 29 février 1816, admet les associations à fonder des écoles , et à en désigner les instituteurs.

(2) Celles de Yécole nationale et de la Société hrita^inique et étrangère des écoles .

(5) La Société pour renseignement élémentaire.

meuvent sur un plus grand théâtre , exercent une action bien plus étendue au-dedans et au- dehors de l'empire ; la Société dite nationale , par exemple, secourt près de 1,800 écoles, dont 3o à Londres, et forme des maîtres et des maîtresses suivant laméthode du docteur Bell. Mais la Société française s'est ouvert une autre carrière , en travaillant elle-même au perfectionnement de l'art ; elle a fait beaucoup pour son progrès (i). Les écoles qu'elle entretient, sont des écoles modèles, où les méthodes dont elle a doté le premier des arts, se justifient par la meilleure autorité , l'expérience des bons exemples.

Les écoles de charité pour les enfans du culte protestant et du culte israélite, doivent aussi , à Paris, leur existence à des associations particulières.

C'est ainsi qu'on voit de toutes parts les associations privées occuper , en Angleterre, la place que s'est réservée parmi nous l'autorité publique, tandis qu'elles se bornent , parmi nous , à agir comme simples auxiliaires à côté, autour de 1 administration , et souvent encore sous son influence. Lequel des deux systèmes doit être préféré ? Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir et de discuter cette grande et difficilequestion. Nous nous bornerons à remarquer que le premier des deux systèmes expose à un grave inconvénient, celui d'enlever au ré. gime des établissemens d'humanité , l'harmonie et le con cert qui leur sont si utiles ; il les prive d'un centre , d'un régulateur ; il ne leur permet guère de s'aider, de se suppléer ; il peut les conduire à se contrarier sans le vouloir; il leur interdit l'emploi de certains moyens dont

(1) La Société des mclJiodcs d'enseignement s'occupe aussi de travaux dirigés vers ce but.

la généralité offre une grande économie et une grande régularité. Il est difficile aussi que dans un tel système , les ressources soient calculées sur les besoins ; les créations des associations volontaires peuvent rester au-dessous du but, ou le dépasser; chacune peut accorder trop ou trop peu ; or, ici , l'excès n'est pas moins dangereux que l'insuffisance. Il n'existe à Londres rien de semblable à nos deux beaux établissemens de la boulangerie Scipion j et de la pharmacie centrale ; il n'y a pas non plus de bureau central d'admission pour les hôpitaux et les hospices. D'jin autre côté, c'est un avantage considérable ,ànos yeux, que d'appeler les simples particuliers à prendre un intéi'èt direct aux établissemens d humanité, à en connaître la marche et les résultats; à en seconder les bienfaits par leur coopération • cette influence est fécondeen bonnes actions , utile aux mœurs publiques ; elle tend à intéresser plus étroitement tous les membres de la société pour ceux qui souffrent.

Il serait possible toutefois de concilier , en partie du moins , les avantages des deux régimes : les associations privées pourraient se concerter entre elles, et se donner lecentrequi leur manque; l'administration pourrait provoquer avec succès le concours des associations volontaires. Nos bureaux de charité , par exemple , reçoivent des souscriptions annuelles ;mais les souscripteurs sont en très-petit nombre, parce qu'ils ne prennent aucune espèce départ au bien qui se fait, si ce n'est en donnant leur argent. Ne pourrait-on pas organiser, dans chaque arrondissement , une véritable société de souscripteurs dont les députés commissaires seraient admis au bureau de chanté, s'associeraient à ses travaux. Nous avons à Pa-

ris des assemblées de charité qui consistent dans une réunion à l'église, pour entendre un sermon , avec le soin , il est vrai, de choisir un prédicateur de quelque réputation, mais où ne se rendent, en définitive, que quelques personnes pieuses , lesquelles eussent, dans tous les cas, payé également leur tribut en faveur des pauvres, mais où ne se rendent guère les gens du monde , si ce n'est lorsque la présence de quelque auguste princesse appelle une portion de la cour et quelques curieux : ne serait-il pas bien d'avoir des assemblées de charité où l'on réunirait les souscripteurs et les bienfaiteurs, pour leur rendre compte de l'emploi des aumônes , pour leur exposer en détail la situation des familles indigentes du quartier ? Dans ces assemblées , le tableau des indigens secourus serait déposé sur le bureau, afin que chacun piit en prendre connaissance, y chercher peut-être une famille placée dans son voisinage , et qu'il pût prendre sous sa protection.

A cette première cause de différence entre les institutions des deux pays, s'enjoint une secondequi résulte des circonstances locales propres à l'Angleterre, relatives à ses mœursj, à sa position géographique , à ses relations commerciales. Londres étant un véritable port demer, le centre principal des grandes expéditions maritimes , la capitale d'un empire dont la marine fait la richesse et la force, les associations en faveur des marins s'y sont naturellement multipliées, et ont embrassé tous les besoins d'une classe digne d'un si juste intérêt. LaFranceet Paris même, sans adopter tous ces établissemens y trouveraient cependant plus d'un exemple utile à méditer, et que les circonstances locales permettraient d'emprunter en leur donnant les modifications nécessaires. La lé-

gislation anglaise permet aux associations privées, certains genres et modes d'actions qui seraient insolites parmi nous et qui nous surprendraient. Telles sont celles qui ont pour objet , l'une de poursuivre les débiteurs insolvables frauduleux , de s'opposer à leur élargissement; une autre, de protéger le commerce contre les voleurs et les filous; une troisième, de faire traduire devant les tribunaux les auteurs et distributeurs de mauvais livres; telle est encore celle qui a pour objet l'extinction de la mendicité et que nous avons déjà eu l'occasion de citer.

Diverses associations sont motivées par les relations que l'Angleterre entretient avec l'Asie et l'Afrique, par la variété des cultes dissidens professés en Angleterre , parle système de corporations qui existe encore à Londres pour les arts et métiers; il en est plusieurs qui sont destinées à soutenir les veuves et les enfans des ministi'es des cultes.

Nous n'avons guère à Paris, que l'Association paternelle des chevaliers de Saint-Louis et celle en faveur des pauvres religieuses, qui soient dues à des circonstances locales et particulières.

Si nous poursuivons nos comparaisons, après avoir épuisé les effets de ces deux causes de différences, nous trouverons entre les associations dont s'honorent les deux capitales, quelques analogies intéressantes, et quelques autres différences de détail qu'il serait utile de signaler pour l'avantage des deux pays.

A Londres et à Paris, le grand intérêt de la propagation de la morale religieuse a excité le zèle de plusieurs réunions d'hommes et de femmes. L'un et lau-

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tre ont leurs Sociétés bibliques, leurs Sociétés de traités religieux ( i ) , leurs Sociétés pour les missions étrangères. Mais le caractère du culte dominant en Angleterre, le nombre et la rivalité des cultes dissidens, donnent un plus grand développement à ces institutions, appellent les simples particuliersà coopérer d'une manière plus directe et plus active , au but qu'elles se proposent ; elles ont aussi une direction plus variée , plus spéciale; on compte à Londres plus de 4o sociétés, on en compte 5 à Paris, qui concourent en diverses manières à favoriser les progrès de la morale religieuse; il en est, parmi les premières, qui unissent aussi à cette destination la pratique d'œuvres de bienfaisance : telles sont, par exemple, celle dite de bien public , et ceWe pour le soulagement et V instruction des pauvres africains et Asiatiqxies. L'honorable Société de la morale chrétienne , formée à Paris, a aussi son comité de charité et de bienfaisance; ses utiles travaux embrassent une sphère fort étendue, la suppression delà traite des noirs, celle des jeux et de la loterie, en tant que cette suppression peut dépendre de l'opinion publique. A Londres et à Paris, l'esprit d'association s'est aussi dirigé vers l'amélioration des prisons ; mais à Londres , à côté de ce but général, nous trouvons deux sociétés qui procurent l'éducation aux enfans des condamnés et à cçux des prisonniers pour dettes. A Londres, il en existe plusieurs ; à Paris, une, pour réformer le

(1 ) Il en est deux de cet ordre à Paris , l'une catholique , l'autre protestante. On doit remarquer que les sociétés protestantes bibliques , et de traités religieux s'attachent à répandre l'une des traductions des livres saints , l'autre de petits écrits qui puissent être également à l'usage des catholiques.

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caractère des jeunes condamnes. La délivrance des prisonniers pour dettes en occupe également une à Paris, et plusieurs à Londres.

A Paris et à Londres , le même principe créateur a fait ouvrir des asiles pour recueillir les femmes séduites ou corrompues, et les ramener à la vertu (i).

A Londres , deux Sociétés se proposent de supprimer le mode actuel de ramonage et de fournir un autre état aux enfans qui l'exercent ; il en est une à Paris , qui soulage et instruit les jeunes Savoyards.

Il s'est formé dans ces dernières années à Londres, plusieurs sociétés pour réunir et faire soigner dans des azjlum, les enfans pauvres en bas âge. Une société vient de s'organiser à Paris dans le même but.

Une société s'établit en ce moment à Paris, pour les écoles du dimanche; il en existe un grand nombre du même genre en Angleterre. Londres et Paris possèdent une société qui cherche à former de bonnes servantes.

Londres renferme plusieurs sociétés pour recevoir et faire valoir , suivant des modes divers , les épargnes des classes laborieuses. Paris en a une qui tend au même objet sous une forme unique et simple.

Les cultes dissidens ont institué à Londres des associations séparées, pour soulager leurs indigens. Les protestans ont institué depuis peu à Paris une société de prévoyance dans le même but ; mais elle ne se compose pas seulement de bienfoiteurs ; elle leur associe

(1) Outre rélaLlissement du Bon Pasteur , Paris possède celui des dames de refuge de Saint-Micliel, qui subsiste par ses propres ressources.

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ceux aussi qui veulent y coopérer, pour en recueillir un jour les fruits.

Les Israélites ont fondé depuis peu à Paris une société pour encourager le travail paimi les enfans de leurs familles, dont les résultats sont déjà aussi utiles que l'intention en est louable.

Les Suisses qui habitent Londres et Paris, ont formé entre eux, dans chacune de ces deux villes, une Société pour assister leurs compatriotes dans le besoin.

Londres et Paris ont leur Société d^ encouragement pour Vindustrie nationale. Ces deux Sociétés rivalisent aujourd'hui de puissance et d'efforts.

Nous n'hésitons point à reconnaître que plusieurs des sociétés formées en France, sont nées d'après les exemples de l'Angleterre : l'imitation est toujours honorable quand elle a pour but l'émulation du bien. Pourquoi ne ferions-nous pas encore d'autres emprunts ? Déjà, dans la rapide esquisse que nous venons de tracer , on a pu remarquer plusieurs vues utiles exécutées en Angleterre, et que la France pourrait s'approprier. Tels sont en particulier ces encouragemens et ces récompenses décernés par deux sociétés aux belles actions par lesquelles quelqu'individu a été arraché à un péril imminent, institution qui avait peut-être frappé le respectable Monthyon, quand il a fondé son prix de vertu. La société de Londres qui travaille à former de bonnes servantes , encourage aussi et récompense celles qui ont une bonne conduite; une autre veille à replacer ou a renvoyer dans les villages, les servantes sans place qui seraient exposées à la séduction; une autre récompense et encourage les domestiques des deux sexes; une autre donne un refuge pendant une nuit, aux malheu-

reux qui s'en trouvent privés ; plusieurs sociétés, en s'intitulant les amis des étrangers, les recherchent et les soignent, quand ils sont dénués et abandonnés; il en est qui sont en particulier destinées à servir les Français ; il s'en est érigé depuis peu une qui donne de l'emploi et du travail aux prisonniers sortant de captivité. N'aurions-nous pas beaucoup encore à puiser dans ces exemples? On pourrait y joindre l'association des fonds littéraires, qui soutiennent les hommes de lettres dans la détresse; mais nous recommanderions surtout celles qui pourvoient à l'éducation des enfans des prisonniers et des condamnés, en y joignant les enfans dont les parens seraient livrés à une immoralité notoire ; c'est une autre espèce d'orphelins, et peut être plus à plaindre encore, que ceux qui ont perdu leurs parens ; nous appellerions de tous nos vœux la formation d'une société analogue à celle qui , à Londres, &m\.\X\ûe Société pour améliorer lacondition des pauvres.

La France, à son tour, pourrait s'acquitter envers l'Angleterre et lui offrir la matière de quelques échanges. Quoique l'esprit d'association soit restreint, parmi nous, dans une sphère bien plus circonscrite, il a produit cependant quelques fruits qui sont propres à notre territoire (i). Nous avons déjà remarqué que nos 'Sociéiés philanthropique , delà morale chrétienne , el de

(1) On ne peut parcourir le tableau des associations charitables formées à Paris , sans rendre du fond de son âme , un hommage d'admiration et de reconnaissance à la mémoire du vénérable abbé Legris Duval que nous avons vu reproduire au milieu de noas la vie d'un St. -Vincent de Paule , et qui a tant concouru à fonder les plus utiles institutions.

Renseignement élémentaire, ont un but beaucoup plus étendu que celui des sociétés analogues en Angleterre. C'est à Paris seulement qu'on a eu l'idée de réunir les enfans pour secourir les vieillards, que les jeunes gens se sont associés aussi pour placer les orphelins; c'est à Paris et à Lyon que les demoiselles sont venues en fouie mettre leurs dons en commun dans les Sociétés des Jeunes écononies ; c'est à Paris que l'association de Saint- Joseph recueille les ouvriers, les domestiques, lorsqu'ils arrivent, pour les placer et leur procurer des directions religieuses; c'est à Paris que des dames se concertent pour exécuter et vendre leurs ouvrages au profit des indigens. A Paris et dans toute la France, les avocats stagiaires près des Cours royales, réunis en conférences, donnent des consultations gratuites aux indigens, et se chargent de la défense de leurs causes; digne et beau noviciat pour une profession aussi honorable !

On voit à Londres un grand nombre de maisons de charité fondées par des compagnies dont les membres exercent des professions particulières, qui appartiennent aux conditions moyennes de la société, en faveur des membres de ces compagnies, comme celles des orfè" vxes , des épiciers , des marchands de fer , des drapiers, des marchands de soieries, de pelleteries, etc. SirMorton Eden comptait un 1801 , ^20 Sociétés amicales de prévoyance , existantes en Angleterre , et calculait à environ 64,800 le nombre de leurs membres. Ces institutions paraissent dériver du régime des corporations d'arts et métiers encore en vigueur dans ce pays , heureusement abolies aujourd'hui parmi nous; mais elles ne paraissent point descendre dans la classe des simples ouvriers , comme nos Sociétés de secours mutuels

placées sous la direction de la Société Philanthropique.

Enfin, ce qui est éminemment propre à la France, c'est le nombre , la variété, la prodigieuse étendue des congrégations religieuses de Sœurs vouées à l'enseignement gratuit des enfans pauvres , à l'assistance des malades , au soulagement de 1 infortuné dans tous ses besoins. Leurs établissemens sont au nombre de plus de 1,600, et comprennent plus de 11,000 personnes qui dévouent leur vie entière au plus touchant ministère. La France en est redevable sans doute à l'influence religieuse; mais on doit remarquer qu'aucun pays catholique ne lui est cependant comparable sous ce rapport : c'est une mine inépuisable pour les trésoi^s de la charité. Cette circonstance peut concourir aussi à expliquer pourquoi les associations de souscripteurs sont moins nombreuses parmi nous qu'en Angleterre. Nous possédons dans les institutions des Sœurs de la charité, un vasteet puissant instrument qui manque à nos voisins.

Lorsqu'on compare , dans les deux pays, le tableau des souscripteurs qui concourent aux associations volontaires, on est frappé d'une différence bien plus sensible encore que toutes celles qui ont été signalées jusqu'ici, cellequiest relative au montant des souscriptions. Il en résulte, pour l'Angleterre, une grande facilité à entreprendre les choses utiles , et de puissans moyens pour les exécuter. C'est que, en Angleterre, s'inscrire sur ces tableaux est non-seulement un mouvement honorable produit par le sentiment d'une générosité éclairée , mais encore un usage général , une convenance , presqu'un devoir imposé par l'opinion. En France, une disposition semblable n'est point encore entrée dans nos mœurs ; il faut croire que chacun aime

mieux faire le bien en particulier et sans être connu ; il est certain du moins que beaucoup de gens qui font le bien avec empressement, répugnent à se produire dans des listes de souscripteurs, par le sentiment d'une délicatesse et d'une modestie qu'on pourrait trouver trop scrupuleuses : toujours est-il que le nombre des souscripteurs est toujours extrêmement limité , qu'on voit à peu près reparaître les mêmes noms; que ces noms sont ceux de personnes qui ne jouissent en général que d'une fortune très-médiocre ; que les dons sont par conséquent aussi fort modestes. Il faut donc être sobre d'associations, pour qu'elles puissent prendre quelque consistance. Cependant, le bel élan qui s'est manifesté depuis peu pour les secours offerts aux infortunés habitans de Salins, et pour l'assistance destinée aux Grecs , semble faire espérer qu'il tend à se développer parmi nous un esprit public plus favorable à ce genre d'institutions. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que la législation anglaise protège de toutes manières les associations dirigées vers les objets d'utilité publique, leur donne les facultés les plus étendues; que la nôtre est, au contraire, peu bienveillante pour elles, et que des vues fausses et étroites , portent trop souvent l'autorité à les contrarier encore dans leurs tentatives , quand elle trouverait tant d'avantages à les encourager et à s'environner de leur concours. Il est digne de remarque qu'un grand nombie d'associations de ce genre ont été , en France, organisées par le gouvernement luimême, placées plus ou moins dans la dépendance directe de l'administration, comme la Société de la Charité maternelle, celle des Prisons, celle des Chevaliers de Saint- Louis, etc.

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Que si , d'un autre côté , on observe de près la marche de ces associations , dans les deux pays, et le détail de leurs opérations, on reconnaîtra qu'elles renferment, relativement, en France, un plus grand nombre de coopérateurs actifs, assidus, dévoués à consacrer leur temps, leurs travaux au bien de l'institution. Elles y sont exemptes d'une sorte de luxe et d'appareil trop prodigués en Angleterre; elles ont plus de simplicité, d'unité, et observent plus d'économie (i).

(1) Voyez pour les associations de la ville de Londres, le Tableau des sociélcs et des institutions religieuses charitables et de bien public delà ville de Londres, par G. De{;erando. Paris, 1824 ; pour celles de Paris , le Journal de la société de la morale chrétienne, tom. 6, année 1826 , n"* 34 , 35 et 36.

Les différences qui se sont offertes entre l'Angleterre et la France deviendraient encore plus sensibles, si nous sortions de l'enceinte des deux capitales. L'esprit d'association a fait moins de progrès et rencontré plus d'obstacles dans nos départemens qu'à Paris. Quelques grandes villes cependant s'en montrent animées et vivifiées; celle de Lyon peut être honorablement citée sous ce rapport, comme il en est peu aussi où les institutions de cbarité aient constamment obtenu plus de développement , où l'hospitalité ait été mieux exercée. Voici un aperçu des objets qu'embrassent les associations charitables et de bien public qui existent dans la seconde ville du royaume ;

1° Trois providences de garçons, où l'on donne pendant cinq ans l'éducation religieuse et gratuite à des enfans sans ressource ;

2° VIvlSi&xvc?, providences defdles, avec la même destination;

3° La société des jeunes économes qui renferme presque toutei les demoiselles de la ville ;

4° L^œuvre de la maternité pour les secours aux femmes en couche;

5" La solitude, retraite volonlaire pour les filles repentantes j

En dernier résultat, si l'on compare la situation des indigens à Londres el à Paris, on hésitera àcroire qu'ils soient moins bien assistés dans la seconde de ces deux villes ,• on se convaincra du moins que le nombre en est multiplié dans la première, au-delà de la mesure, par 1 indiscrétion des secours eux-mêmes. L'Angleterre éprouve l'inconvénient des associations charitables, lorsqu'elles sont trop multipliées, trop peu liées entre elles , et que, dans la pratique journalière, leur direction manque d'activité, de surveillance, ou de la sévérité nécessaire.

Ce n'est pas tout , pour une association charitable , que d'être richement dotée*, ce peut même être un mal: il faut qu'elle ait un but précis, déterminé, qu'elle ne

6° La société des dames de la doctrine chrétienne, ponr procurer l'instruction religieuse aux femmes et filles négligées sous ce rapport j

7° La société des décrotteurs ;

8° Celle des maçons, qui réunissent les individus de ces deux professions pour raccomplissement des devoirs religieux ;

9° L'associatiojt de Saint-Joseph, sur le plan de celle de Paris ;

10° Celle des missions étra?igères, idem j

11° Les Charlottes , institution très-touchante et que nous n'avons vue qu'à Lyon. De sont de bonnes filles , de la classe du peuple , qui se dévouent pour faire des quêtes en faveur des prisonniers , leur porter la soupe, consoler les infirmes, leur faire la lecture et leur inspirer des dispositions religieuses j

12° Une caisse d'épargnes;

13° Des dispensaires sur le plan de ceux de la capitale;

14° Une Société qui entretient des écoles perfectionnées suivant la méthode de l'enseignemeut mutuel;

1 5° Une souscription pour un pensionnat pour l'éducation tics sourds-muets de naissance, dirigé par un sourd-muet.

s'égare point dansle vague; il faut que ses moyens soient en harmonie avec ce but; il faut qu'elle ait à sa tête des hommes sages, prudens, graves, persévérans, propres à inspirerla confiance ; qu'elle ait des agensdévoués, infatigables, parfaitement d'accord entre eux ; qu'un grand esprit d'ordre y préside; qu'on se défende de l'esprit de corps , de ses prétentions, de ses fausses rivalités, de ses idées exclusives ; qu'on se tienne même en garde contre l'exaltation et contre les résolutions précipitées qu'elle pourrait surprendre; qu'on se préserve aussi de la somnolence et du relâchement qui succèdent souvent à un début plein d'ardeur; qu'on écarte soigneusement une espèce d'hommes toujours empressés à se précipiter dans ces réunions, avides d'y jouer un rôle, mais qui y portent un esprit inquiet, des dispositions tracassières, le désir de dominer, les ambitions de la vanité, un zèle plus apparent que réel , ou du moins mal éclairé ; qu'on y prévienne tous les élémens de discorde ; que sans cesse on ramène l'institution à l'esprit de sa création primitive ; qu'on y entretienne avec soin le feu sacré; qu'on sache enfin ne pas se décourager par les obstacles, par les mécomptes, et se résigner en faisant le bien, à ne faire que celui qui est possible.

En même temps que le visiteur du pauvre portera son tribut aux associations de ce genre qu'il aura le bonheur de rencontrer près de lui, il trouvera, dans les établissemens qu'elles entretiennent, des secours variés auxquels il pourra recourir dans l'intérêt des familles qu'il protège. Il y puisera sans cesse cette émulation , cette ardeur, cet esprit de vie qui doivent l'animer dans ses fonctions; il y contractera d'utiles relations ; il s'éclairera par de précieux et nobles exemples.

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