DES VERTUS DU PAUVRE
Lb spectacle des misères humaines, considéré de près, considéré d'un œil attentif et réfléchi, est l'une des sources les plus fécondes d'instructions morales qui puisse s'ouvrir pour nous sur la terre. Mais de plus hautes instructions vont en jaillir encore , si , au sein de ces mêmes misères, nous voyons triompher la vertu. C'est ici seulement que nous apprenons à connaître toute la sublimité de son héroïsme, toute l'étendue de sa puissance.
Quelles sont ces vertus que nous croyons posséder , nous qui vivons dans l'aisance et au sein d'une société choisie, dotés de tous les bienfaits de l'éducation, entourés d'une considération que nous sommes contraints de nous ménager comme un élément nécessaire de notre existence dans le monde? méritent-elles effectivement le nom de vertus ? où en est le mérite ?car, quels sont les efforts qu'elles exigent? oserons-nous nous vanter d'observer la justice, et de ne pas dépouiller autrui ? faut-il s'étonner que nous ne tombions pas dans des actions basses et avilissantes qui nous voueraient au mépris ? nous dirons-nous bienfaisans , quand les dons que nousaccordons ne nous coûtent pas une seule privation sensible? croirons-nous avoir de la bonté, parce que
nous sommes exempts de malveillance, tandis que chacun autour de nous s'empresse à nous servir, à nous complaire? Et cependant cette ombre de vertu dont nous nous parons , est encouragée par des applaudissemens, recompensée par des éloges, utile même à nos succès et à notre avancement dans le monde. Rougissons plutôt de l'estime qu'on nous accord»!, en présence de ces vertus ignoréels que cache le manteau de l'infortune !
Là, en effet, tout devient occasion d'un mérite réellement et péniblement acquis. Accablé à la fois et par les disgrâces de la fortune et par les dédains du riche, exilé en quelque sorte de la société et du banquet de la vie , relégué comme dans un désert, même au milieu de la ville , par l'abandon où il est laissé , le pauvre voit tout conspirer contre lui; tout se montre hostile, tout s'empoisonne , et les affections même les plus légitimes de la nature deviennent un tourment pour son cœur. Cependant l'aigreur et l'amertume ne s'emparent pas de lui; il ne s'irrite pas contre les événemens , il n'accuse pas les hommes, il ne murmure pas contre la Providence. Au contraire, il se soumet, il accepte le terrible lot qui lui fut départi ici-bas, il se résigne. Résignation admirable, dans son paisible silence, dont nous ne serions peut-être point capables , si nous nous trouvions jetés dans la même situation ! elle suppose un courage plus difficile et plus rare que la valeur brillante , un courage persévérant , égal , de chaque jour et de chaque instant. Car, à chaque jour, à chaque instant , les besoins se renouvellent, les privations se font sentir; l'avenir ne fait luire aucun espoir, il fait redouter les extrémités les plus cruelles. Il n'y a peut-être
pas sur la terre une vertu plus nécessaire, plus pénible cependant à pratiquer, plus glorieuse dans son obscurité, que la patience. L'asile du pauvre, voilà l'école où il faut aller l'étudier, voilà souvent le sanctuaire dans lequel il faut aller la contempler dans tout ce qu'elle a de plus sublime. Oui, je l'avoue ; il m'est doux de trouver cette occasion pour satisfaire un besoin pressant de mon cœur, pour acquitter, je dirai presque une sorte de dette, de pouvoir rendre liommage à ces touchantes vertus que le monde ne soupçonne pas. Que ne m'est-il possible de les montrer vivantes à ceux qui lisent cet écrit, et de leur faire partager, en présence de ce spectacle, la profonde émotion qu'il m'inspire! J'ai vu une demoiselle bien née que les revers de sa famille avaient plongée dans l'indigence, qui , après avoir été réduite, pour subsister, au travail de ses mains, s'était trouvée atteinte d'un cancer, dans un âge encore peu avancé ; son unique ressource lui était enlevée par la maladie ; elle souffrait des douleurs cruelles ; tout lui manquait 5 elle n'avait pas même de linge pour panser sa plaie; elle n'avait pas même un lit où elle put se reposer dans son martyre; elle voyait son mal croître de jour en jour, ses forces décliner; elle n'avait plus d'autre perspective que celle du tombeau ouvert déjà pour la recevoir.... Eh bien! pas une plainte ne s'exhalait de sa bouche; son regard était serein et doux; son calme ne fut pas altéré un seul moment jusqu'à l'heure de sa délivrance (i). J'ai vu une mère de six enfans , étendue nuit et jour sur la paille, dans un galetas, mortellement
(1) Mademoiselle Biais, déccdéc le 10 mars 1825, rue Garencicre.
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atteinte d'un ulcère qui la dévorait, ne pouvant donner du pain à ces pauvres petits êtres qui pleuraient autour d'elle , trouvant dans son propre époux qui eût dû être sa consolation et son soutien , un nouveau sujet de chagrins cuisans, supportant ainsi à la fois toutes les souffrances qui peuvent affliger le corps et l'âme, et les supportant avec une inaltérable douceur, et pardonnant même à l'indigne époux qui aggravait ses maux au lieu de les soulager, qui détournait, pour en abuser et les consommer dans l'ivrognerie, les secours destinés à elle-même. J'ai vu des veuves septuagénaires , infirmes, abandonnées, occupant un réduit si bas et si étroit, que l'on n'y pouvait pénétrer, et n'ayant d'autre jour que celui de l'escalier, et là attendant tranquillement l'immense faveur d'entrer dans un hospice ; car tel est pour un grand nombre l'unique et suprême ambition , l'objet de tous leurs vœux ; et combien , hélas , y aspirent en vain, et ne peuvent même l'obtenir! J'ai vu des misères qui passent toute croyance, les tortures des douleurs physiques, s'unissant aux besoins les plus pressans, aux privations les plus pénibles. Ces martyrs de la patience, sans aides, sans soulagemens, sans espérances , sans témoins , se soumettaient à la volonté divine. Où sont les couronnes dignes d'un tel triomphe? quel attendrissement se mêle au respect, lorsqu'on songe que les êtres appelés à déployer un tel courage, sont des êtres faibles , des femmes, des vieillards, épuisés déjà par de longues épreuves !
L'effet trop ordinaire dessouffrances'et des privations est de refroidir le cœur et de disposer à régoïsme;nous en voyons trop souvent de tristes exemples parmi les personnes qui ont reçu une éducation soignée. Corn-
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bien ne faut-il donc pas savoir de grë aux indigens, des affections qu'ils savent conserver encore ! si au lieu d'être aigris par les injustices de la fortune, si au lieu d'être absorbés par le sentiment de leurs propres besoins, ils savent encore aimer, vivre pour les autres, dans les autres, que cette faculté d'aimer, survivant ainsi , dans une telle détresse, doit donc être puissante ! qu'elle est belle ! Daignez pénétrer auprès de quelques ménages indigens! là vous verrez les exemples les plus touclians de l'amour conjugal, de toutes les affections de famille : vous verrez des mères se refusant tout pour soutenir leurs enfans, des veuves qui ne peuvent se consoler de la perte de leurs époux. Dernièrement nous avons été témoinsd'une lutte touchante entre une mère âgée et sa fille, mère elle-même d'une nombreuse famille : la mère avait demandé à être admis dans un hospice, elle insistait pour obtenir cette faveur, afin de ne point être à charge dans ses derniers jours, avec des infirmités qu'elle prévoyait, à un ménage déjà fort gêné; la fille sollicitait avec chaleur un refus pour sa mère, désirant l'entourer de tous ses soins, alors que ces soins lui devenaient plus nécessaires, et ne comptant que comme une douceur les sacrifices qu'elle s'imposait pour remplir ce pieux devoir. Un ancien militaire, infirme par suite de blessures, sa femme et ses nombreux enfans, avaient été recueillis par un simple ouvrier, frère de cette femme, qui les nourrissait, en partageant avec eux le fruit de son travail; cet estimable ouvrier est tué; il ne restait à ces pauvres gens que quelques écus; ils les consacrent à procurer une fosse distincte qui recevra la dépouille mortelle de leur bienfaiteur et sur laquelle ils iront prier au souvenir de
lui (1). Qui le croirait? au comble de la misère, un pauvre trouve encore le moyen de donner, il se complaît adonner; il donne, quoi? il donne son temps, ce temps que nous avons souvent le tort de lui faire perdre sans nécessité, en le soulageant; il donne son temps, ses soins, à d'autres malheureux, et par-là même, il leur sacrifie une portion de son travail duquel il attend toute sa subsistance. Quelquefois il partage même le secours qu'il areçu. Celui-là prête son bras à un estropié; celui-ci veille à côté du lit d'un malade. En voici une qui, à l'âge de quatre-vingt-un ans, ne pouvant plus marcher, filant avec son rouet d'une main tremblante, et n'ayant pas d'autre ressource, donne tour à tour l'hospitalité dans le petit cabinet qu'elle occupe, à quelqu'autre indigente qui n'a ni lit ni asile (2); en voici une autre qui recueille
(1) Cet ouvrier , âgé à peine de 25 ans , et dont la vie , si courte , a été admirable , a été tué dernièrement à Paris d'un coup de sabre , par un soldai ivre , lorsque , au milieu d'une rixe, entendant menacer un de ses amis , il s'avançait pour l'en retirer. Il s'appelait Monjoidiii ; il était né au petit village de Saint-Cyr , près Mortain ; son beau-frère se nomme Leprinco , et demeure à Paris , rue Guizarde.
(2) M*"'' Lenoir, demeurant rue Guizarde, n° 9. — Nous en pourrions nommer plusieurs autres encore, et même sans quitter cette petite rue. — Nous demandons la permission de citer quelquefois les noms ; nous ne composons point ici un tableau de fantaisie, nous rapportons des faits réels, dont nous pourrions donner des exemples nombreux , nous les particularisons , afin qu'on puisse les vérifier au besoin. Nous ne craignons point d'être indiscrets ; ces bonnes gens ne liront jamais l'écrit où leur nom' est cité. N'y a-t-il pas aussi peut-être quelque utilité à tirer de l'obscurité profonde où ils restaient ensevelis , certains traits d'une vertu aussi vraie ; ne cite-t-on pas les noms de simples soldats
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clans sa propre couche une amie atteinte d'un ulcère dévorant, et continue l'exercice du dévouement pendant tout le cours d'une longue maladie, jusqu'au jour où sa compagne descend dans la tombe. Voici une mère de famille qui réussit à être comme une sœur de charité, pour d'autres malheureuses logées dans la même maison , parce qu'elle conserve ses forces et la santé; cellesci sont malades; elle les veille, les porte, les soigne, leur sert de messagère, et, en demandant pour ses compagnes, oublie de demander pour elle-même (i). Dites : quel prix ont les dons, les sacrifices dans des situations semblables! Céleste charité, de quel éclat tu brilles, quand tu viens créer encore de la sorte une puissance d'être utile, dans le dénuement de toutes choses, et faire mentir l'axiome qu'on ne donne point quand on n'a pas! Eh! que l'Evangile a bien connu les secrets delà vertu, quand il a placé le denier delà veuve au-dessus des libéralités du riche !
On accuse quelquefois les pauvres d'être ingrats ,• qu'on y prenne garde! Trop souvent nous-mêmes donnons un motif ou du moins une excuse à l'ingratitude, quand, au don qui pouvait toucher, nous substituons l'aumône qui humilie, quand, dans le secours accordé, le malheureux voit une concession arrachée par l'importunité, plutôt que le mouvement spontané d'une vraie sympathie. C'est au cceur de mériter le retour du cœur; la générosité ne mérite ce nom que lorsqu'elle est une émanation de l'amour, et c'est alors que la reconnaissance à son tour reçoit son plus noble caractère, en deve-
qui se sont distingues sur le champ de balaille par des actions liLTOïques ?
(1) La femme James , même rue, n" 15.
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liant aussi une rétribution de l'amour. Mais si, en €ffet,le malheureux voit que vous avez été ému , attendri sur son sort, si son âme est entrée en communication avec Ja vôtre, oh ! comme il sait quelquefois, par ses affections, vous payer au centuple du peu que vous avez fait pour lui ! Quelles actions de grâces égaleraient ce regard de l'infortuné, qui se ranime d'une nouvelle vie à la présence de son bienfaiteur, s'attache sur lui plein de tendresse, de confiance, de respect! ces prières élevées au Ciel par le pauvre, lorsqu'il craint de perdre celui qui lui sert d'appui sur la terre! Ces larmes que verse un indigent, lorsque, chassé de son logement, contraint d'aller habiter un autre quartier, il se voit ainsi séparé de la Dame de charité qui l'assistait , et qu'il considérait comme une seconde mère (i)! Une pauvre femme, mère de famille, dont le mari avait été tué à l'Opéra, a eu dernièrement le malheur d'être estropiée pour le reste de ses jours; une voiture lui a passé sur le corps; elle sortait de l'hôpital, se transportant à l'aide de ses béquilles; on lui parlait de son funeste accident; elle ne répondait qu'en célébrant les bontés d'une famille qui était venue à son secours , lorsque l'accident avait eu lieu et lui avait promis les soulagemens et l'assistance dont elle avait besoin; et les bénédictions dont elle comblait cette famille répandaient sur les traits de l'infortunée une sorte de joie sereine et douce; elle semblait heureuse de reconnaissance! Combien j'eusse désiré que la famille, objet de ce sentiment, pût être présente et en recueillir la touchante expression (2) !
(1) Nous en avons va bien sonvent des exemples.
(2) Cette famille était celle de M. le docteur R., médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris.
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Nous exigeons que le pauvre soit ému d'un sentiment profond de gratitude, quand il reçoit la libéralité que nous lui tendons peut-être avec froideur et dédain : nous ne lui tenons aucun compte de cette probité intacte à laquelle il demeure fidèle au milieu des besoins qui le pressent; nous ne lui savons aucun gré de ce que, témoin de l'abondance dans laquelle nous nageons, du luxe qui nous environne, il n'accorde dans son cœur aucun accès à l'envie. Du moins sachons reconnaître à quel point est honorable cette délicatesse scrupuleuse dont il nous offre souvent l'exemple! On le voit fréquemment s'imposer une certaine réserve dans ses demandes, dans la crainte d'être indiscret ou de diminuer la part réservée à ses compagnons d'infortune. Parmi les convalescens qui sortent des hôpitaux de Paris, qui, par le séjour même qu'ils y ont fait, s'annoncent assez pour être dans une situation peu heureuse, il s'en trouve environ la moitié qui ne demande point à participer au secours du legs Monthyon ; il s'en trouve un assez grand nombre qui refusent même ce secours quand il leur est offert. Une ouvrière âgée de soixante-douze ans, ayant été malade tout l'hiver, avait épuisé ses dernières ressources, elle avait placé au Mont-de-Piété tous ses effets, jusqu'à son lit : elle n'a révélé le secret de sa détresse que lorsque, devant deux termes de son loyer, elle a reconnu qu'elle ne pouvait les acquitter par son travail. Rendons hommage à cette fierté qui se maintient au sein de tant d'humiliation, qui sait y conserverie sentiment de la dignité de notre commune nature, etrendons-lui grâces de ce qu'elle nous rappelle le respect qui lui est dû, le respect spécial qui est dû au malheur, lorsque nous étions trop exposés à l'oublier.
Qu'on ne se méprenne point sur l'objet des considérations qui nous occupent ici! Nous ne prétendons point établir que la vertu soit plus fréquente dans les conditions pauvresque dans les conditions riches. Nous nous bornons à assurer que la vertu y est du moins beaucoup plus fréquente qu'on ne le soupçonne communément, à la distance où l'on se trouve placé du théâtre des observations. Nous nous proposons surtout de faire sentir que la vertu, dans les conditions pauvres, est bien plus méritoire, et par-là même plus vraie et plus digne d'admiration. Car, d'un côté, comme nous venons de le voir, sa pratique est beaucoup plus difficile ; et, d'un autre côté, les circonstances semblent prêter aux êtres placés dans cette situation , moins de forces pour la lutte courageuse dont la vertu est le prix. La plupart du temps , ils n'ont reçu qu'une éducation à peine ébauchée; ils ont moins participé que nous aux exercices capables de développer les sentimens moraux, aux lumières qui nous instruisent de nos devoirs et qui nous révèlent les avantages attachés à l'accomplissement de ces devoirs. Dans l'isolement auquel ils sont condamnés, ils ne sont guère soutenus par les exemples, encou rages par les exhortations , guidés par les conseils , animés par les épanchemens de l'amitié. Ils n'ont pas celte ressource qui vient en tant de manières charmer et tempérer nos chagrins, la distraction; rien ne fait diversion à ceux qui les accablent. Tous les objets qui s'offrent à leurs regards ont une teinte sombre et triste, se trouvent dans une fâcheuse harmonie avec leur situation ; leur séjour même ressemble à un cachot : ils ne sont point comme nous assistés par la puissance de l'opinion, exposés aux regards du public, contraints
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par la présence des spectateurs, à conserver une contenance honorable, récompensés par le suffrage des autres hommes. Il leur faut puiser uniquement en euxmêmes les forces dont ils ont besoin; ils n'ont rien à attendre du dehors; ils n'ont pour témoins que leur propre conscience.
N'exagérons point cependant: il est pour eux un avantage : c'est l'habitudemême des privations, habitude qui a trempé leur âme; qui les a accoutumés à se commander à eux-mêmes. D'ailleurs, ils appartiennent en général aux conditions laborieuses, à celles qui supposent un travail assidu ou pénible : or, le travail est par lui-même 'une éducation très-salutaire pour préparer l'homme à la pratique de la vertu ; il dispose à l'observation de l'ordre, à la persévérance, à la tempérance; il est une sorte de gymnastique morale; il accoutume la créature à marcher docilement dans les voies tracées par le Créateur, et à se reconnaître comme l'instrument de la volonté céleste. Mais, ces avantages dont peuvent jouir les êtres atteints par l'infortune, sont déjà des titres à l'estime ; en servant à nous expliquer comment ces êtres peuvent s'élever à des actions presque héroïques, ils n'en diminuent point le prix aux yeux du sage. Le malheur par lui-même est une grande école, aussi instructive que sévère : mais il n'est pas donné à tous de savoir en profiter , et c'est déjà un mérite remarquable que de savoir en accepter les leçons et de les faire fructifier.
Le spectacle du malheur supporté avec dignité et résignation, est à son tour un enseignement d'une haute utilité pour celui qui en est le témoin. Il en dit plus que les livres; il laisse des impressions plus profondes. Ces indigens que notre légèreté avait dédaignés
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peut-être, Tont devenir nos instituteurs 5 ils nous couvriront d'une confusion salutaire, en nous apprenant combien nous sommes loin encore d'être aussi bons que nous l'avions présumé. Telle est une des plus précieuses récompenses qui nous soient réservées, si nous avons le courage de visiter a.ssidument la demeure du pauvre j et dans ce seul bienfait reçu , nous recueillerons au centuple celui dont nous aurons été l'instrument. Nous en reviendrons meilleurs. Nous aurons acquis de nouvelles lumières, de nouvelles forces. Quoi ! de tels exemples n'exciteraient pas en nous une vive émulation; la pratique du bien ne nous paraîtrait pas plus facile? Les maux dont nous nous plaignons ne deviendraient pas plus légers? Souvent une parole simple et ingénue échappée au martyr de la résignation , deviendra pour nous le texte d'une méditation profonde; nous apprendrons ,' en présence de ces vertus si modestes, à nous délivrer de celte vanité, de cet orgueil qui corrompent trop souvent nos meilleures actions; nous apprendrons deux choses bien importantes et bien difficiles, dont cependant nous semblons repousser l'étude: nous apprendrons à souffrir, à mourir.
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