‹ Le vitalisme et l'animisme de StahlChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

PSYCHOLOGIE ET PHILOSOPHIE CÉNÉnALE.

Spiritualisme de Stahl. Le corps est fait pour l'âine cl non l’âme pour le corps. Excellence de la pensée. Sensualisme et rationalisme équivoques.

Voilà certainement une doctrine médicale complète. La théorie physiologique est simple , bien suivie et fortement homogène ; la thérapeutique ne saurait être plus conséquente avec la théorie. Mais ce n'est pas encore là toute la doctrine de Stahl. Bien que cette théorie physiologique et thérapeutique renferme une idée essentiellement philosophique, l’animisme, ce n'est pas là toute la philosophie de Stahl ; ce n'est même pas l’animisme toutentier. Il y a encore une partie importante et plus spécialement philosophique qu'il est utile de dégager et d’examiner. C’est celle-là surtout qui est demeurée inconnue ou tout au moins très-imparfaitement comprise et interprétée, à tel point qu'on a pu faire penser à Stahl le contraire de ce qu'il a écrit et pensé.

Il ne faut jamais perdre de vue, dans l'exposition et plus tard dans l’examen de ce système, que Stahl est un physiologiste et un médecin avantd'être un philosophe; il n'est psychologue ou métaphysicien que par occasion,

par une conséquence de sa doctrine médicale. ^Cette doctrine n’est pas une construction où l’idée préconçue de l’âme comme principe vital préoccupe de tout temps l’esprit de l’auteur; c’est au contraire un système fondé d’abord sur l’observation, où les faits et les caractères du principe vital conduisent Stahl à identifier ce principe avec l’àme humaine et à se prononcer par conséquent, mais toujours incidemment, sur les principales questions des rapports du physique et du moral. Or, on a toujours attribué ù Stahl une méthode contraire, et prêté à l’animisme des caractères opposés. Essayons d’exposer jusqu’au bout cette doctrine, telle que Stahl l’a conçue et expliquée dans ses ouvrages.

L’âme est le principe de la vie ; elle édifie, conserve et répare son propre corps, comme fait l’archée de Van Helmont, comme fait l’âme nutritive d’Aristote, comme font toutes les entités chimériques, auxquelles, dit-on, Stahl n’a fait que substituer sans autre changement l’âme raisonnable. .

Comme tous ces êtres de raison, archée ou âme végétative, sont évidemment imaginés à plaisir pour former et conserver le corps, pour suflire à cette tâche unique, on peut être tenté de supposer que de même l’âme de Stahl a pour objet spécial et pour cause finale de son existence et de toutes ses actions la structure et la conservation du corps, qu’elle est avant tout le principe vital, qu’elle n’est que cela, enfin que, si elle sent, pense et veut en même temps qu’elle gouverne le corps, ce n’est que pour mieux arriver à ses fins et construire ou conserver son corps avec plus de perfec-

lion (4). Il peut même plaire à certains esprits de supposer, à la grande confusion de la philosophie, surtout , de la philosophie spiritualiste, qui a le tort de s’ingérer quelquefois dans les doctrines physiologiques pour apporter son veto, que Tàme de Stahl n’est qu’un mot, que le principe de la vie est au fond, malgré quelques expressions mensongères, bien et dûment corporel, quoiqu’il pense et veuille ; on peût être tenté, en un mot, de faire de Stahl un physiologiste sans aucune prétention à la philosophie, surtout au spiritualisme, et dç l’animisme un matérialisme déguisé. Cette opinion est en effet assez répandue'; elle est cependant complètement fausse.

L’âme de Stahl est à la fois le principe de la vie organique et celui de la pensée, mais son rôle principal, sa dignité, son essence, sont de penser et de vouloir; l’attribution de principe de vie n’est que secondaire, loin d’être capitale, surtout loin d’être unique. C’est se laisser abuser bien facilement que de croire que l’âme de Stahl est avant tout le principe de la vie, parce que Stahl la représente surtout et presque exclusivement ainsi. Tl n’en pouvait être autrement. Stahl expose une doctrine physiologique, où il ne traite que de la vie, de la santé et de la maladie ; il n’a donc à 'considérer l’âme que comme principe vital. Cela ne veut dire en aucune façon que ce soit là l’unique ou môme la principale attribution de l’âme; mais la nature de son sujet

(1) Telle est Terreur de MM. Madin et Lasègue. — Voy. Dicl. des SC. méd., art. Siahlianisme, p. 401, et Lasègue, Thèse pour le doclorat en médecine, p. 20 et passim.

force Stahl à la représenter ainsi et à laisser dans l’ombre l’âme, principe de la pensée et de. la volonté.

Mais est-elle, cette âme qui pense, tellement reléguée dans l’ombre, qu’on ne puisse reconnaître distinctement quelle est son essence? Stahl, au contraire, trouve plusieurs fois l’occasion de nous l’apprendre très-explicitement.

Ce n’est pas l’âme qui est faite pour le corps, pour le former et le conserver; c’est le corps qui est fait pour l’âme, pour ses usages et pour ses besoins. Si elle le fabrique et le conserve, c’est comme fait un ouvrier l’instrument dont il se sert. L’ouvrier n’est pas fait pour l’instrument, mais l’instrument pour l’ouvrier. Le devoir et le travail de l’artisan ne sont pas uniquement de fabriquer et d’entretenir son outil ; ce travail n’est qu’accessoire ; son vrai but est de s’en servir à ses usages. Ainsi de Tàme; le corps est son instrument, son organe, son officine ; elle en a besoin pour sentir, penser et vouloir ; elle le fabrique et le conserve dans cette intention. Penser et vouloir, c’est là son objet véritable; le reste n’est qu’accessoire; la conservation du corps n’est qu’un moyen et non un but. Penser est l’essence de l’âme et fait sa dignité.

« C’est pour penser, non pour quelque autre chose » que Tàme existe, car il n’est rien dans l’univers qui » égale en beauté la pensée, cette pensée surtout que n l’ensemble des choses est l’œuvre d’une cause unique. » De plus, la pensée se suflît à elle-même, s’explique par » elle-même et se comprend toute seule, sans qu’il faille » recourir à quelque autre chose pour en concevoir la

» possibilité, l’existence et la fin. La pensée est si peu » faite pour le service du corps, que c’est le corps au » contraire dont les organes sont faits manifestement » pour le service de la pensée et ne sauraient avoir » d’autre usage (1). «

Certes ce n’est point là le langage d’un philosophe matérialiste ou même qui fasse de l’âme le principe de la vie plus encore que celui de la pensée, et du corps la véritable raison d’être ou la cause finale de l’âme.

La seule conséquence que l’on puisse tirer de cette opinion de Stahl en faveur de son matérialisme supposé, c’est peut-être que, si l’âme n’est pas faite pour le corps, si elle est faite pour penser, elle a du moins besoin du corps pour penser et vouloir, et ne saurait vraiment exister sans lui.

Que l’âme ait besoin, pour penser avec clarté et distinction, des organes corporels, cela est déjà bien éloigné du matérialisme. Qu’elle ne puisse exister sans un corps, cela peut être une opinion aventureuse; mais en admettant que ce soit la pensée de Stahl, ce qui n’est ni certain ni probable, elle ne serait pas cependant tellement téméraire et si décidément matérialiste, qu’on n’en trouvât l’exemple chez Leibnitz, qu’on ne saurait accuser de matérialisme, et peut-être même dans le dogme religieux de la résurrection des corps.

11 s’agit de savoir d’ailleurs si c’est là une affirmation bien absolue, qui vaille pour l’avenir comme pour le présent. Stahl aime peu généralement à se lancer dans

(1) Üisq. de mech.el org., § 83 etsuiv., p. 33, § 98, 42.

les spéculations sur ce qui peut ou doit être; il n’aime à parler que de ce qui est ou de ce qu’il croit être : « L’âme, dit-il, est dans le corps et avec le corps (1). » Voilà le fait; elle a besoin des organes pour penser et pour agir; le fait est encore incontestable, et Descartes luimôme, malgré sa définition toute métaphysique de l’âme, chose qui pense, ne nie pas que l’âme pense avec le secours des organes, tant qu’elle leur est unie; il prétend seulement qu’elle est absolument incapable de penser sans eux.

Stahl non plus ne dit pas autre chose. L’âme ne peut penser sans le secours des organes, c’est-à-dire en ce monde.

« Avant tout, il faut considérer ici que l’âme hu- » maine ne peut vraiment et absolument rien sans le » corps, quant à ces choses qui regardent directement » son principal acte en ce monde (2). »

Mais Stahl n’est pas assez philosophe, ou plutôt ne s’occupe pas assez particulièrement des questions philosophiques et surtout métaphysiques, pour discuter sur la possibilité que l’âme existe absolument et pense sans le secours des organes dans un autre monde.

Et même, si l’on voulait presser un peu la doctrine de Stahl et tirer à sa place les conséquences rigoureuses de ses principes fondamentaux, on arriverait plutôt au rationalisme et à la théorie des idées innées qu’à toute

(1) Disq, de mech., § 48, p. 20.

(2) Th. »n. i’. Phy»., sect. I, membr. i, 3, p. 202.

autre conclusion. Pour se construire son propre corps et le si bien gouverner, l'âme doit connaître en effet bien des choses qu’elle n’a cependant jamais apprises et qu’elle ne sait point par le corps. Ces connaissances lui viennent du Xôyî; et elle les possède antérieurement à la formation des organes. Ne sont-ce pas de véritables idées innées?

Après cela, que l’âme ne puisse rien concevoir de clair et de distinct sans le secours des sens, c’est ce qu’aucun philosophe rationaliste n’a jamais nié. Et quand Stahl inclinerait un peu vers les doctrines sensualistes, ce serait pour un physiologiste un petit péché, bien léger surtout pour un homme qui n’est pas amené directement à énoncer une opinion formelle, et qui n’a pas suHisamment étudié le problème de l’origine des idées. Ce serait une sévérité excessive que de vouloir surprendre une erreur et une grave erreur dans quelques phrases enveloppées et inconsidérées. Cependant à certains passages, où les doctrines sensualistes semblent percer, on en peut toujours opposer d’autres où le rationalisme se fait jour.

« Je parle de la sensation que les anciens ont réputée » tellement nécessaire à l’acte de la raison, qu’ils n’ont » pas hésité à athriner que rien n’est dans l’esprit qui B n’ait été auparavant dans les sens. » 11 semble que ce soit bien là le langage d’un philosopha sensualiste; mais la manière dont Stahl interprète l’aphorisme célèbre est bien innocente, et les mots suivants expliquent et corrigent les premiers : « En effet, ajoute Stahl, sans » le secours de la sensation, il est évident qu’on ne

112 I*bYCH01.0(;iE El nilEObOl'HlE GÉXÉIULE.

» peut établir aucune considération vraie sur les choses, » en tant que présentes {ut prœsenlibus) (1), tandis que > toutes les autres pensées, si vraies qu’elles puissent » être abstraitement, sont cependant incapables de vé- » rité, tant qu’elles n’atteignent pas comme but les >1 choses qui sont en réalité, où et comment elles sont; » mais elles sont générales et ont pour objet des choses » vagues et incertaines quant au temps, à la quantité, » à la qualité et au lieu (2). »

Qu’est-ce à dire autre chose, sinon que les idées abstraites et générales peuvent être conçues par l’esprit sans le secours actuel des sens, mais qu’elles demeurent vagues et incertaines?

Enfin l’on peut citer tel passage où Stahl en appelle directement à cette lumière qui illumine tout homme venant en ce monde, pour expliquer certains jugements de l’esprit.

U 11 faut considérer aussi l’habileté de l’esprit, capa- » ble de comprendre et de vouloir sans le secours de la » réflexion ou de la comparaison (Xoyt(7fio0) ; il faut sur- » tout remarquer l’exquise vérité de ses jugements et I) l’instantanéité de son discernement. Comme si c était » une ombre ou plutôt un faible mais brillant rayon de )) cette intelligence et de cette connaissance profonde et in~ » stantanée qui parait continuer jusqu'à nous depuis les « commencements le pouvoir des premières créatures avant » la chute, d'après ces paroles de l'Ecriture, qu’ Adam im~

(1) C’est Stahl lui-même qui souligne ces mots.

(2) Th. m. V, Phys., scct. V, § 2, p. 395.

» posa aux choses ieu?'s noms selon leurs propriétés. Un » vestige bien plus grand encore semble s’en manifes- » ter dans la promptitude de la volonté sensuelle à quart lifier les choses d’agréables ou de désagréables ,

» d’inutiles ou d’indifférentes (1). »

Cependant on altérerait certainement la pensée de Stahl, si l’on pressait trop subtilement quelques textes et si l’on accordait à la lettre une trop grande valeur. La question n’est pas pour Stahl, comme pour Descartes ou pour Leibnitz, une question métaphysique sur l’origine des idées et le mécanisme de la raison et des sens. Le fond de l’animisme a plus de valeur que toutes les pensées particulières que Stahl peut exprimer çi et là, et il domine tous les textes. Or il est évident que l’àme qui construit son propre corps et le conserve selon une science profonde et des idées qu’elle ne doit pas à l’expérience des sens, puise ces idées et celte science à une source supérieure, quelle qu’elle soit. Stahl ne la définit pas bien, mais il serait trop inconséquent de la méconnaître.

L’esprit a une puissance propre que les organes ne lui donnent pas; les facultés mêmes que l’on rapporterait le plus volontiers aux organes, la mémoire, la sensibilité, Stahl ne peut les attribuer qu’à l’esprit.

La sensation n’est pas pour lui un phénomène organique, elle n’est pas même un phénonTène purement passif de la part de l’esprit; c’est une action véritable ou, si l’on veut, une réaction contre les organes.

(1) Th. m. V. Phys., Sftct. V, § 26, p. 407.

114 mCHOLOGlË ET PHILOSOPHIE GËMÊRALE.

(I Cette assertion, que la sensation est de la part do U râme purement passive, a donné naissance à toutes » sortes de fausses idées ; 1® que la sensation se fait I) automatiquement sans le concours de l’âme; 2“ que » les mouvements des espèces visibles impriment une » image, un fantôme durable dans la substance du cer- » veau ; 3® que la sensation, étant tout automatique, n’a » aucune fin; que l’àme n’a aucun pouvoir direct sur 1 ) l’administration de ses sensations (1)". »

(I Toute l’affaire de la sensation consiste proprement I) en ce que l’âme, pour les besoins de sa raison, im- » prime aux nerfs les plus subtils des organes des sens » un mouvement de ton ou de tension très-délicat. » Tandis qu’elle agit ainsi, souvent un autre mouve- >) ment adventice et pareillement proportionné avec n subtilité, est produit à l’encontre du premier dans )) ces organes. Il n’est pas possible alors que la ren- » contre de ce mouvement adventice n’altère pas l’acte )) du mouvement excité par l’àme dans les nerfs avec » une mesure spéciale et exquise, en sorte qu’elle con- » naisse et distingue dans le même temps le degré, le » mode et le caractère de cette altération. L’image de » ce qui se passe alors, sans qu’on doive la poursuivre » trop loin, est dans l’exemple de l’araignée qui sent U instantanément la proportion des mouvements im- » primés du dehors en un sens contraire au sien aux » fils tendus de sa toile (2). »

(1) Th. m. V. Phys., sect. V, § 15, p. 401 .

(2) Ibid., 5 13, p. 401.

Une autre image du rôle de l’àme dans la sensation, est encore celle d’un oiseleur, lorsque les oiseaux se prennent dans ses fdets ou à ses gluaux (1).

« D’où il résulte évidemment que la sensation est » quelque chose de transitoire qui so fait en un instant » et passe également en un instant, sans laisser de » traces dans le corps, comme le pensent ceux qui » se forment de la mémoire une conception vraiment » risible (2). »

C’est là faire de la sensation une opération de l’esprit, tout active et môme toute volontaire. On peut accuser Stahl d’erreur, mais non de sensualisme ou de matérialisme ; et en fin de compte, son explication est, sinon plus vraie, du moins plus vraisemblable et plus relevée que le jeu mécanique des esprits animaux.

Cependant le rationalisme de Stabl n’est pas tellement solide que quelquefois il ne bronche, et, si bien conséquente que soit sa théorie générale, elle n’en renferme pas moins dans ses détails de manifestes contradictions.

Si, de ce que l’âme construit son corps d’après les idées du >,6>oç que l’on peut dire innées, il résulte dans la doctrine philosophique de Slabl quelque conséquence voisine du rationalisme, il résuUe au contraire de ce que le corps est l’otlicine nécessaire de l’âme, qu’elle ne peut rien connaître, au moins distinctement,

(1) Th. m, r. Phys., sect. V, § 16. p. 402.

(2) Ibid., § 17, p. 402, 403, 404. — Negotium oliosum, p. 39 à 42, 146 à 149.

que ce qu’elle connaît par les organes des sens, ce qu’elle peut imaginer, schématiser, qu’elle ne peut connaître même que le fini, c’est-à-dire un véritable sensualisme.

« L’âme n’est occupée dans toutes ses actions que » des affections corporelles, affections si essentielle- » ment inhérentes au corps qu’on ne peut les en sépa- » rer même par la pensée, sans que, aussitôt qu’elles » en sont abstraites en idée, non-seulement la concep- » tion du corps périsse, mais aussi celle de ces affec- )) tions, puisqu’elles ne peuvent être conçues sans le » corps. Et si l’âme veut nommer plus positivement » quelqu’une de ces choses, ce sera abstraitement rb » finitum; c’est-à-dire que rien ne tombe sous son pou- » voir que le fini (1). »

« L’âme ne peut en un seul moment comprendre î> qu’une seule chose; elle est accablée par la multi- » tude, elle a horreur de l’infini (2), »

« L’âme est liée aux affections corporelles et ne peut n rien embrasser par la pensée plus facilement ou d’une » façon plus parfaite et plus durable que les figures, » les choses figurées, schématisées ou les schèmes des

» choses Elle ne peut concevoir ou penser une seule

» figure sans représentation ou imagination, comme si » l’objet était vu par les yeux hors du corps (3). »

De semblables inconséquences, de telles contradic-

(1) Disq. demech. et org., g 48, p. 20.

(2) Ibid., §§ 49, 50, p. 20.

(3) Ibid., §§ 51, 52, p. 21.

lions n’ont rien qui doive surprendre et qu’on ne puisse excuser. La pensée philosophique de Stahl Hotte un peu incertaine au gré de sa doctrine physiologique et se met à son service. Rationaliste^ quand il insiste sur la supériorité de l’âme et de la pensée comparées aux organes et à leurs fonctions, il incline vers le sensualisme, quand il veut mettre en lumière le principe de l’animisme, que l’âme agit dans les organes et sur eux comme dans son officine. Et, comme celte dernière considération est le véritable objet que Stahl se propose, sa doctrine se présente plus souvent sous l’aspect du sensualisme que sous celui du rationalisme.

Cependant, dans le véritable sensualisme, l’initiative vient des organes, l’âme n’est guère que passive; c’est le corps qui fait tout. Le contraire a lieu dans la doctrine de Stahl. La solution ou l’éclaircissement de cette difficulté devrait se trouver dans la théorie du Xôyoç et du Xoyt»f*'oç : le Xôyo;, pure conception de l’esprit, sans fantaisie, générale, primitive, mais vague et indéterminée; le ).oyi7|Li6î, connaissance des causes, claire et distincte, parce que l’objet en est figurable. Mais cette théorie nous laisse dans la même incertitude, parce que le Xoyiafih; a la supériorité sur le Xôyoî, que le Xôyoj est l’instinct plutôt que la raison. Le rationalisme de Stahl est donc différent du rationalisme de Descartes et de Leibnitz, comme son sensualisme de celui de Locke et de Condillac.

On ne s’explique donc pas suffisamment comment Stahl a pu être presque unanimement accusé par ses critiques de matérialisme, puisqu’il n’est pas même

U8 P6YCMÛL0G1K ET PRiLOSOPmE GÊMÊKALE.

bien décidément sensuali&te. Ils avaient sans doute d’autres reproches à lui adresser, d’autres textes à proposer comme chefs d’accusation, que ceux que nous avons produits, à moins qu’il n’aient répété, comme un écho qui grossit la voix sans en comprendre le sens, un bruit insignifiant ou un soupçon erroné. En tout cas, le destin de Stahl est bien singulier : tandis qu’il est accusé par quelques-uns d’un spiritualisme exagéré, il est accusé par les autres du crime contraire.

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