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CHAPITRE III

VITALISME DE STAHL

Réfutation de la médecine mécanique et de la médecine chimique. Nature de la vie. Conservation de la vie par le mouvement. Trois espèces de mouvements vitaux : circulation du sang, secrétion, excrétion. Cause immatérielle du mouvement.

Réfuter la médecine mécanique et chimique, tel est le premier objet que Stahl se propose. L’animisme était si peu préconçu daus sa pensée, qu’il avait commencé dans sa jeunesse, sinon par adopter sans réserve la médecine chimique ou dynamique, au moins par recevoir docilement comme disciple les principes de la première.

« Élevé, dit-il, dans les principes de Sylvius et de » Willis, qui rapportaient toutes les causes des mala- » dies à des âcretés particulières des humeurs, je m’é- » tonnais que les humeurs ne s’altérassent pas malgré » leur tendance naturelle et continuelle à la putréfac- » lion, et que le sphacèle, qui est une putréfaction » complète, n’eût lieu que très-rarement; je ne voyais » pas que les sels journellement introduits dans le corps » par l’alimentation, causassent les accidents gérié- » râlement attribués aux âcretés salines; je ne pouvais » rapporter à une altération quelconque dans les hu- ^ » meurs les maladies particulières aux âges et aux » tempéraments; je reconnus donc la fausseté de toute » application des sciences chimiques à la théorie des

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» maladies ; je ne pouvais d’ailleurs expliquer par les » lois de la mécanique ces cliangcments extraordinaires w et subits que les passions occasionnent et qui produi- » sent dans diverses parties du cprps des actions tout » autres que celles qui résultent naturellement de leur » conformation mécanique, actions qui tiennent si » évidemment à un désordre des mouvements vitaux, » qu’il me paraissait absurde d’admettre la coopération » d’une cause piaférielle quelconque. Je sentis donc la » nécessité de reconstruire la théorie médicale et de » l’asseoir sur des fondements plus solides que des » idées de mécanique et de chimie (1). »

C’est donc delà réflexion que fit Stahl sur la fausseté des théories qu’on enseignait et pratiquait autour de lui, qu’est née la première pensée d’une rénovation de la science médicale. Comme Descartes, Stahl fait table rase et rompt avec le passé; c’est sur les ruines des doctrines contemporaines qu’il édifiera une nouvelle doctrine.

Et d’abord, c’est le mécanisme qu’il prend k partie, le mécanisme, doctrine favorite, sous le nom de dynamisme, d’Hoffmann, son ancien ami et son rival, et de Leibnitz, bientôt son adversaire déclaré.

Le petit traité : Disquisitio de mechanismi et organisint vera diversitale, renferme la réfutation du mécanisme, fondée sur la ditférence qui exisie entre une machine et un organe.

(1) I.eUre à L. Rchroeck, prcsiilent de l’Acadjiniie des curieux dç la nature.

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Tb efficerc diffère de t'o facerc. On ne peut dire rb effi':ei'e des agents qui ne tendent pas directement et expressément à l’acte accompli, mais qui le produisent fortuitement comme un résultat accidentel et nécessaire. On peut le dire, au contraire, de ceux qui tendent à un efl'et certain et y arrivent par un progrès simple et marqué, de sorte qu'ils paraissent manifestement agir pour cette fin et conspirer vers elle, que là où la fin n’esl pas, là non plus l’agent ne paraisse pas, et que là où paraissent l'agent et l’acte, là aussi soit la fin qui en est inséparable. Tb facere, c’est le mécanisme; t6 efficere, l’organisme (1). C’est mécaniquement que lesruisseaux forment les fleuves ; une horloge détraquée ou sans cadran n’est aussi qu’une machine ; elle prend déjà un caractère organique, lorsqu’elle est emjjloyée à diviser le temps (2).

Le corps humain est-il une machine ou un organe?

S’il peut subsister par lui-même et pour lui-même, s’il ne peut avoir un usage manifeste et déterminé, on pourra dire qU’il n’est qu’une machine; on ne le pourra pas, s’il en est autrement. Or, le corps humain ne subsiste pas par lui-même; par sa constitution il est destiné à la corruption la plus prompte ; il n’y a pas en lui de raison de sa conservation ; il n’y a pas même de raison en lui pour qu’il existe ou produise les actions que nous le voyons produire, bien loin qu’il y ail une raison pour que ces actes puissent avoir pour lui

(1) DitquisUio de mcchaft. et organ. wa direnilaie, §§ 3à, 35. p. 14.

(2) Ibidem, §§ 41 et suivants, p. 17.

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quelque usage. L’utilité, le but de tous ses actes sont ailleurs qu’en lui ; ils conspirent tous admirablement vers un but étranger. Le corps n’est pas une machine, comme le disent quelques-uns, faite pour elle-même, dans laquelle s’accomplissent les mouvements vitaux et animaux , et à laquelle s’ajoute une âme pour contempler en simple spectatrice ce qui se fait dans le corps. Le corps existe proprement et absolument pour l’âme; l’âme a besoin d’instruments pour manifester son intelligence et sa sensibilité, le corps est organique, il est l’organe, ou l’instrument ou l’officine de l’âme (1).

Certes, cette réfutation du mécanisme est assez faible, et l’on comprend difficilement que Stahl n’ait pas trouvé de meilleurs arguments pour le combattre. Mais elle renferme du moins le sentiment profond de la fausseté du mécanisme et de la réalité distincte de l’organisation et de la vie. Peut-on donner pour excuse que Stahl était chimiste et non mathématicien? Toujours est-il que sa réfutation de la médecine chimique est beaucoup plus solide.

C’est surtout dans le traité Demonstratio de mixti et vivi corporis vera diversitate, qu’elle se trouve.

L’erreur des chimistes est de confondre le mélange de la matière corporelle avec la vie du corps (2). Il existe

(1) Disquisüio de mechan. el organ. divers., § 8i, p, 35; § 98, p. 42.

(2) Demonslralio de mixti et vivi corporis vera diversitate, § 1, p. 67.

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plusieurs différences essentielles entre les corps simplement mélangés et les corps vivants. Les uns sont durables, les autres ne le sont pas ; les uns résistent à la destruction naturelle à cause du mélange, les autres malgré le mélange. Les individus des espèces vivantes engendrent à tous moments des individus nouveaux; les corps simplement mélangés n’engendrent que par hasard et sans désir (1).

Le corps humain est sans doute un mélange, mais ce n’est pas à ce titre qu’il est vivant. On a le droit en médecine de considérer le mélange du corps, mais ce n’est pas là la considération vraiment médicale.

Il faut observer deux choses dans le mélange du corps : 1° la matière dont il est composé ; 2° la fm pour laquelle il est fait.

1® Le corps est un mélange de terre subtile, de graisse et d’eau qui ne peuvent former une union réelle, mais une simple cohésion. Aussi le mélange est-il essentiellement corruptible. La terre, subtile presqueà l’égaldu sel, s’allie promptement à l’eau et produit un mucilage consistant auquel la graisse adhère alors plus facilement.

2® La raison de ce mélange est que les corps vivants exigent pour la locomotion une consistance flexible et cependant tenace, sans être fragile. Le mélange est différent quant à la proportion des principes dans les différentes parties du corps, os, muscles, etc., et cela pour la fln du corps (2] .

(1) Demonslratio de mixli et vivi corporis vera diversitaie, § 10, p. 70 et suiv.

(2) Ibidem, §§ 14 et suiv., p. 74.

VITALI8ME DE STARL

Après le mélange du corps, il faut considérer sa structure toujours appropriée à sa fin : la grandeur proportionnelle des parties, la continuité des solides, leur figure et leur situation harmonieuse. Ce sont ces dernières considérations qui seules regardent le corps en tant que vivant, et non plus en tant que simple mélange ou machine (1).

On a bien souvent répété, depuis l’antiquité, que le médecin commence où finit le physicien, mais on a toujours confondu l’un et l’autre, parce que nulle part n’est indiquée la limite qui sépare la physique de la médecine (2).

La physique en médecine a le tort de ne considérer le corps que comme physique et mécanique (3). Les anciens ne cherchaient que les éléments des corps, et les modernes n’observent que leur structure (ù) .

Le médecin doit étudier le corps avec ses lésions, ce qui a coutume de s’y faire et non ce qui peut s y faire (5). Nulle part on ne trouve dans la physique ce que c’est que l’organisation et la vie : « Au seuil même, U je rencontrais avant tout la vie dont on ne dit mot, la » vie, dis-je, ce que c’est, en quoi elle consiste, de quoi » elle dépend, sur quels moyens elle s’appuie, pourquoi

(1) Demonslratio de mixti et vivi corporis vera diversitale, §519 et suiv., p. 75-

(2) Parœnesis ad aliéna a re medica arcendum, § 7, p. 47,

(3) Jbid; § 13, p. 49.

(5) Ibid., § 15, 49.

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» et au regard de quoi le corps est dit vivant. J’avoue J) ingénuement que je dois aux anciens de m’avoir U donné ce scrupule par une distinction^ solennelle » pour eux, entre le tempérament simplement mélangé » en tant que mélangé et le corps vivant. Je leur dois, P dis-je, ce scrupule, mais ils ne l’ont pas levé (1). » Aussi une anatomie minutieuse est-elle au moins vaine (2), Il y a des vérités indispensables à connaître pour le physicien, inutiles au médecin, par exemple la structure des muscles (3). La physique, la pathologie physique, n’est qu’une science, la pathologie physicomédicale éclaire l’art, la thérapeutique et la pharmacie. Par exemple, dans une blessure, même la plus petite, il est hors de doute que les fibres, les filaraents, le tissu de la partie blessée, sont rompus dans leur continuité ; il n’est pas moins certain que, pour une blessure d’une grandeur déterminée, un nombre déterminé de fibres a été ainsi brisé. Mais si la perspicacité de l’anatomiste, même armé de tous les microscopes, pouvait arriyer h supputer le nombre de ces fibres, qu’en résulterait-il d’avantageux pour l’art? Pour qu’une telle solution de continuité soit réparée, il faut d’abord, au nom de la vérité physique, que les extrémités de toutes ces petites fibres individuelles soient réunies deux à deux; or, comme la science ne peut faire cela, il faut recourir à l’art. Donc les sciences physiques n’ont d’autre objet

(1) Ibid., § 17, p. 50.

(2) /Wd.,|l«, p. 50.

(3) Parcenesis, §§ 28, 29, 30, p. 54.

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que la simple vérité et ne font rien à l’art médical; elles n’ont point de rapport avec ses soins. La pathologie physico- médicale est encore bien éloignée de la pathologie physiologico-médicale. Celle-ci, c’est la recherche prudente de ce que fait la nature dans les maladies et contre elles pour leur terminaison salutaire, et de ce qu’elle subit (1).

La chimie tout entière est également inutile (2). Ses quatre genres, de coagulation par l’acidité des humeurs, de liquéfaction par la volatilité alcaline, de stimulation efficace par l’ûcreté sulphuro-saline et de changement des crases par la fermentation ; tout cela est contraire à l’expérience (3). On dit à tort que la vie consiste dans le mouvement, lequel dépend de la crase de la matière ; mais il est d’une expérience quotidienne que, sans aucun vice du mélange, des mouvements se produisent (4).

« La plupart de ceux qui se livrent tout entiers à l’a- » natomie physique ou à la chimie, lorsqu’ils en vien- » nentà la pratique et ne puisent pas à d’autres sources,

» non-seulement ne font rien de durable avec toute la » sagacité de leurs études, mais plutôt, comme cela » est manifeste depuis soixante ans, n’imaginent que » ces nombreuses chimères, et fabriquent des hypo-

(1) sanon. morbos, p. 88, 89, 90, 91.

(2) Parcenesiis, § 31, p. 55.

(3) Parœnesis, §§ 32 à 36, p. 55, 56.

(à) lbid.,ei De motus hemorrholdalis, etc. Prcemonilio generalis,

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VITALISME DE STAHL

» thèses qui confondent la pratique, si elles ne Tex- » cluent pas tout à fait (!]. »

« Les médecins, amis de la vérité, ne nieront jamais » que les matières salines drastiques ne puissent faire » naître dans le corps des perturbations ou des lésions; » mais retourner l’argument et soutenir que tous les » troubles et toutes les lésions qui se produisent dans » le corps, viennent simplement de telles matières, cela » n’est nullement conséquent. Déplus, cela est d’autant » moins vrai, que le plus petit nombre des effets mor- » bides provient dans le corps des sels, même les plus » puissants, en comparaison du bien plus grand nombre » de ceux qui lui sont comme familiers (2). »

Ce n’est pas que Stahl méprise la ebimie ; il est, au contraire, un des ehimistes les plus savants de son siècle. Il a étudié cette science et l’a professée avec éclat : « Ce que j’avoue et affirme avec d’autant plus » de confiance, que j’ai dans ma jeunesse suivi ces étu- » des (l’anatomie physique et la chimie), et que, ce qui » est attesté par les faits, je suis parvenu non-seule- » ment à enseigner ces sciences dans les Académies, » mais à les démontrer dans des publications au-delà » de l’attente et de toute croyance imaginable. Tant » s’en faut que j’en fasse peu ou point de eas ; mais » à chaque chose je dois attribuer sa place et ses » limites (3). » Aujourd’hui même le titre de gloire que

(1) Ars sanandi, p. 146.

(2) Ibid.,p. 149, 150.

(3) Ars sanandi, p. 146.

VItALISMÊ DË 8TAML.

l’on accorde le plus volontiers à Stahl est celui de chimiste. Il est l’auteur de la première théorie de la combustion; et le pklogistique n’a été remplacé dans la science que par les découvertes de Lavoisier. Mais Stahl comprend que la chimie empiète sur le domaine de la médecine, quand elle prétend la supplanter ou l’absorber tout entière ; et nous devons d'autant mieux reconnaître la force de cet argument, que de nos jours la chimie professe quelquefois des prétentions analogues, depuis les progrès qu’a faits cette branche de la science qu’on nomme la chimie organique (1).

Sous les arguments souvent subtils et môme erronés de Stahl, se cachent cependant des pensées solides et vraies. Restreindre la vie au mécanisme, que cette force mécanique soit celle qui gouverne les tourbillons cartésiens, ou celle qui préside au prédéterminisme de Leibnitz, c’est toujours méconnaître le fait capital de la vie et ses lois supérieures à celles de la mécanique; c’est reproduire sous une forme plus savante, la cosmogonie de Leucippe et d’Epicure. Réduire la vie à une simple combinaison chimique, c'est encore la méconnaître; le chimiste n’a plus qu’à trouver dès lors la nature et la proportion, et comme la formule du mélange animal, pour que l’homme puisse espérer de sa science l’immortalité de son corps.

La vie, la conservation de la vie, telle est la grande et unique aClaire de la médecine.

Le mélange dont le corps se compose est essentielle-

(1) Negotium oliosum, p. 47 à 50, 52 à 55, 155, 156, 159, 160.

VITALISME DE STAHL. A3

ment corruptible, parce que l’eau et la graisse ne font pas une société durable (1). Cette corruption à laquelle il est exposé, est de toutes sortes, fermentative, putride, etc. (2). Le sang surtout, mélange niucilagineux et très-gras (3), est essentiellement corruptible. Il faut donc pour que le corps subsiste, qu’il échappe à cette corruption sans cesse imminente. La vie, ce n’est pas ce mélange corruptible, c’est la conservation de ce mélange. Cette conservation ne consiste pas à empêcher le corps d’ôtre corruptible, cela ne se peut, mais à empêcher cette corruptibilité de passer à l’acte, ce mélange corruptible de devenir corrompu {U).

Cette conservation est l’acte de la vie. Mais quel est le vrai moyen instrumental, le vrai modm fiendi atque agendi par lequel est effectué l’acte vital conservateur (.^) ? Cet acte doit être accompli nécessairement par un principe étranger et même contraire à la matière corruptible (6).

La vie ou la conservation du corps demeurant toujours corruptible, mais perpétuellement préservé de la

(1) Theoria medica v«ra. Physiologia, aect. I, membr. ii, §§ 2, 3, p. 210 et partout.

(2) Ibid., §, 5, p. 211.

(3) Mucido valde pinguis.

(4) Demonsir. de mixti et vioi corp., § 26, p. 77 ; § 30, p. 79. — Theoria med. vera. Phys., aect. I, ^ 4, 5, p. 200. — Ar$ sanandi, p. 232, 233.

(5) Demonstr. de m. et v. corp.,§ 61, p. 91.

(6) Ibidem, ^ 30, p. 79.

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VITALISME DE STAHL

plus de difficulté à circuler à cause de l’absence des valvules et de la grande quantité de sang que verse la rate dans ces vaisseaux de plus en plus étroits. Il en résulte que le sang y demeure comme stagnant et s’y corrompt plus facilement. Aussi la veine-porte est la porte de tous les maux (1).

En outre, Harvey et ses partisans font de la circulation du sang un phénomène purement mécanique; le sang est précipité dans les canaux qu’il trouve ouverts devant lui, comme l’eau dans les tuyaux prêts à la recevoir. Dans cette hypothèse, la quantité de sang distribuée à chaque partie du corps doit être toujours en proportion de la capacité des vaisseaux, ce qui est contraire à l’expérience, puisqu’ainsi le- phénomène de l’inflammation est inexplicable. C’est que , selon Stahl, Harvey a négligé de considérer le ton des parties et le principe du mouvement, qui changent sans cesse la quantité de sang distribuée aux diverses parties du corps. Ce n’est donc pas assez d’avoir découvert le phénomène de la circulation du sang, il faut encore en connaître le principe et la fin.

Le sang est une masse hétérogène qui se compose de trois choses : 1® le sang proprement dit, substance rouge, qui sèche facilement, poussière subtile qu’on peut voir au microscope sous la forme de corpuscules rouges, dits globules du sang ; 2® la limphe nutritive,

(d) De vena porlœ porta malorum, et th. med. ver. Palh., part. 2, Spec., sect. I, membr. li, art. 3, § 8, p. 556, et part. 3, sect. I, tnembr. iii, art. 1, § 22 et suiv., p. 785 et suiv.

VlTAtlSMË DÈ STAHL.

liquide gélatineux contenant les corpuscules, encore libres, propres au mélange; elle naît du chyle; 3* le sérum, c’est-à-dire un amas d’humeurs inutiles et même nuisibles au corps, provenant des matières mangées et de la décomposition. C’est le sérum qui se dégage du sang répandu sous forme de papier buvard {charta bi^ bula) (1).

La crase du sang proprement dit est un mélange qui contient une substance oléagineuse, appelée sulfurée. On ne peut dire quel en est le véritable usage, mais elle est vraisemblablement destinée à recevoir la chaleur et à donner au corps de la ténacité en empêchant une humidité trop grande (2), Le sang estchaud, parce que son mouvement est vif comme celui de la flamme (fîammeus). La preuve en est la chaleur qui se produit dans le corps et surtout dans 1e sang, lorsque le corps ou quelqu’une de ses parties est mue violemment (3).

La respiration sert à échauffer et non à refroidir le sang, comme pensent les anciens et les modernes, ce que prouvent le sang froid des animaux qui ne respirent pas avec des poumons et l’augmentation de la chaleur par l’accélération de la respiration (à).

Les organes de la circulation sont le cœur, les ar-

(1) Theor. m. v. PAys., eect. I, membr. iv, art. 1, ^ 2 et luiv.,

(2) Ibidem, ibid., §§ 7 et suiv., p. 223 et suiv.

(3) /6«dem, ibid,, sect. I, m. tv, art. §, |§ 9 èt suiv., p. 223 et suiv.

(A) Ibidem, ibid., §$ l2 et kuivi, p. 225 et lulv.

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tères, les parties poreuses et les veines. Le cœur est un muscle puissant. La systole est le vrai mouvement du cœur, la diastole n’est que l’abstention du mouvement. On a tort de croire que la diastole est un mouvement qui aspire le sang comme fait une pompe ; le sang est, au contraire, poussé dans le cœur(l).

Les artères ont aussi leur diastole passive qui résulte de la systole du cœur; elles ont encore leur systole propre, mais douce et légère, non pas aussi forte que leur diastole (*2).

Des artères, le sang passe dans les parties poreuses, quoi qu’en disent ceux qui veulent que le sang passe directement des artères dans les veines. Des parties poreuses, il passe dans les veines (3).

Ce mouvement perpétuel préserve la crase corruptible du sang de la corruption actuelle ; aussi le mou-, veinent circulatoire est-il le premier instrument de la vie. Mais il ne la préserve pas absolument; la conservation de la vie ne peut donc avoir lieu par la seule circulation, il faut encore que les parties corrompues soient séparées des autres.

La secrétion est la seconde raison instrumentale de la vie.

La lymphe est séparée du sang et du sérum. C’est en vain qu’on imagine une parfaite correspondance entre la figure extérieure des atomes particuliers de la

(1) TA. m. art. 2, §§ i et suiv., p. 22 et suiv.

(2) Ibidem, ibid., §§ 6 et suiv., p. 229.

(3) Ibidem, ibid., § 13, p. 230.

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VITALISME DE STAHL

AS

lymphe et la configuration interne des pores destinés à les recevoir pour expliquer la secrétion, soit de la lymphe, soit des autres humeurs. Cela se fait plus ‘simplement. Les vaisseaux des humeurs sont presque toujours pleins; le sang qui sort des artères ne peut donc entrer immédiatement dans les veines; il séjourne quelque temps dans les parties poreuses. Là, il est pressé en attendant que les veines se vident ; les corpuscules plus déliés de la lymphe entrent sous cette pression dans les pores avec leur pureté naturelle, et le sang qui passe dans les veines, mêlé au sérum et séparé de la lymphe subtile et nourricière, devient plus épais. C’est de la môme façon que le sérum est à son tour séparé du sang proprement dit, et que s’accomplit en général la secrétion des humeurs saines ou corrompues (1).

Mais c’est une illusion de la chimie dé croire que la vie puisse être conservée par le mélange et la transformation des humeurs. La matière une fois corrompue et secrétée doit être chassée du corps. La nature le prouve en plaçant partout des émunctoires et donnant aux humeurs corrompues de libres issues (2).

L’excrétion est le troisième et dernier instrument de la vie.

Tous ces mouvements, surtout celui de la circulation,

(1) Theor. m. v. Phys., secl. I, metnb. vi, p. 2A7 etsuiv., m. vn, p. 255 et suiv., m. vn, art. 2, p. 258, art. 3, A, 5, 6, 7, 8, p. 265 à 292.

(2) Ibidem, membr. vni, p. 292 et suiv.

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sont aidés par le mouvement tonique et s’ajoutent à lui. Le ton. c’est 1a force ou la tension des parties, et, comme le ton varie sans cesse, ce changement de ton , est le mouvement tonique, très-différent du mouvement vital conservateur et du mouvement local ou de la locomotion (1).

Le mouvement cependant n’est pas la vie ni le principe de la vie, mais seulement l’instrument de la vie (2), Cet instrument de la vie, le mouvement, ne naît pas du corps, il lui est, au contraire, absolument opposé par sa nature, car c’est une chose incorporelle et immatérielle (3) : « Ce qui conserve tout le corps, le mouve- » ment, est une chose tout à fait étrangère à l’essence » et au caractère du corps, mais jumelle de l’essence » de l’âme, c’est-à-dire incorporelle en soi, et capable » d’agir sur le corps (à). »

Cet instrument immatériel suppose donc une cause de la môme nature que lui, qui en soit le principe et qui le dirige (5). Le mouvement ne vient pas des humeurs (6), car il a besoin d’être dirigé par une cause

(1) De molu lonico vitali, et Vind. el ind. de scr. suis, § 87, p. 169. Th. tn. V. Phys., brevis repelitio, § 34, p. 433. Path., part. 2, sect. III, p. 647 et suiv.

(2) Par.,§§ 32 et suiv., p. 59, 60. De m. etv. norp., § 65. p. 93.

(3) Disq. de m. el org., § 68, p. 28. Th. m. v. Phys., brev, repet., § 20, p. 428.

(4) Th. m. V., Phys., sect. I, meinbr. i, § 7, p. 203.

(5) De m. et v. corp., §§ 123 et suiv., p. 118.

(6) Th. m. V., Path., part. 3, sect. H, membr. it , 3, § 39, p. 1040.

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intelligente vers une fin déterminée, qui est précisément la conservation de la vie par le moyen de l’excrétion des humeurs ou de la matière corrompue (1).

Telle est la première partie et comme la première phase de la doctrine de Stahl, ce qu’on peut appeler son vitalisme. Encore un pas en avant, et l’âme que nous n’avons pas même nommée, apparaîtrait comme le principe, caché aux yeux des ignorants, de tous tes phénomènes corporels. Nous n’avons pas eu besoin de l’invoquer encore; bientôt le moment viendra où il faudra la produire, où elle s’emparera du gouvernement du corps et de la vie. Alors la doctrine de Stahl prendra une forme nouvelle; l’animisme succédera au vitalisme et se développera largement dans tous les sens. Mais quelle que soit la valeur de cette seconde partie du système de Stahl, la première demeure avec la sienne propre et veut être jugée séparément, sans que les vérités ou les erreurs probables de l’animisme puissent effacer par un retour en arrière les vérités acquises ou les erreurs possibles du vitalisme.

(1) Vind. de scriptis suis, § 56, p. 53; § 56, p. 161. Th. m. v. Phys., brev. repet. §§ 30, 31, p. A32. Ibid. Path., part. 3, sect. I, membr. ni, art. 1, § 15, p. 781.

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