ACTE PREMIER
MADAME FORTIER
Tais-toi ! Je t'en Slipplie ! . . . (Elle regarde du côlé du
jardin, puis:) Je t'affirme, moi, qu'elle t'aime et je no conçois pas que tu aies pu, pendant une seconde seulement, avoir une pareille pensée.
JACQUES
J'attendais cette réponse.
MADAME FORTIER
La jalousie t'égare.
JACQUES
Non, non... je n'ai jamais été aussi seul de ma vie! D'ailleurs, si tu savais les heures que j'ai déjà vécu, tu te demanderais comment j'ai résisté et tu n'oserais plus me prêcher le silence.
MADAME FORTIER
Eh bien ! non, je ne peux pas admettre que ce que tu me dis soit vrai I Je t'en prie, laissemoi parler, raisonnons froidement et, pour Dieu, donne-toi la peine de m'écouter. Tu me répondras après. Ta femme ne te quitte que rarement. En dehors de Micheline, qui est son amie la plus chère, de Robert que je
considère comme ton frère et de moi... elle ne voit pour ainsi dire personne...
JACQUES
Ensuite?
MADAME FORTIER
Qu'elle soit coquette avec tes camarades ou qu'elle plaisante un peu plus peut-être qu'il ne faut, tout cela, à mes yeux, est de moindre importance. Jolie et jeune comme elle l'est, c'est bien le moins, en somme, qu'elle fasse valoir toutes ses qualités. Le temps passe vite. A son âge, d'ailleurs, j'étais comme elle et ton père, qui était aussi susceptible ot aussi méfiant que tu l'es, avait cependant l'intelligence de ne pas m'en garder rancune.
JACQUES, nerveux.
Ensuite... ensuite... où veux-tu en venir?
MADAME FORTIER
A ceci: je veux te démontrer que tes soupçons sont faux, stupides et enfantins ; je veux te démontrer que tu joues là un jeu dangereux et qu'il te faut prendre garde à tout ce que tu vas faire. Je te vois mal parti, mon petit Jacques. Il no s'agit en ce moment ni de