‹ Le voile déchiré; pièce en deux actesChapitre 40 sur 51 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GERMAINE

Jacques, je t'en conjure, cesse de me torturer, mes nerfs sont à bout, je n'en puis plus! A chaque parole que je prononce, tu me blesses par plaisir...

JACQUES

Non, non, je décou\re en toi un tempérament peu commun et, je te le répète, je suis émerveillét J'ai vu bien des femmes! J'en ai connu qui se vendaient, comme des prostituées, pour avoir la joie de se parer! pour un bijou, pour un chapeau ou pour une robe! j'en ai vu qui se donnaient dans un moment d'égarement ou dans une minute do folie... mais ta pareille...

Quoi?

GERMAINE

JACQUES

Non, vraiment, je ne l'ai jamais rencontrée. Et dire que, durant des années, j'ai vécu avec ça! que c'est ça que j'ai tenu dans mes bras et que c'est pour ça encore que j'ai pleuré et que j'ai souffert à crever!

GERMAINE, hors d'elle.

Assez! Laisse-moi passer et ne me barre plus la route!

JACQUES, en l'arrêtant.

Non, tu ne sortiras pas! Je veux que tu te souviennes de cette dernière nuit! Va, appelle!... il y a quelqu'un là-haut qui ne viendra pas!

GERMAINE

Qu'est-ce que tu dis?

JACQUES

Celui-là au moins n'a pas osé rester misérable jusqu'au bout. Regarde... sa lampe brûle, son lit n'est point défait, il est debout comme nous, et, les yeux fixés sur l'aiguille qui marche, il attend tremblant et suant la peur les premières lueurs du matin! As-tu compris, maintenant, dis? As-tu compris enfin que, tout à l'heure, à celte même place, jo lui ai arraché l'aveu de vos ignominies!... Oui, il a tout avoué, sans prononcer un mot, et son regard s'est baissé sous lo mien ! D'ailleurs, tandis que je lui parlais, je t'observais de loin : tu étais aussi livide que lui et ton désarroi était égal au sien!...

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