MAUBERT, TRABUCOS
TRABIT.OS.
Monsieur le baron de Maubert, j’ai bien riionncur de vous saluer.
.MAUBERT, se retournant.
Encore loi ?
TRABUCOS
Toujours! mon Dieu, oui.
MAUBERT
D’où viens-tu?... que veux-tu ?
TRABUCOS, montrant le café.
Je viens de ce tripot où j’ai perdu tout ce que j’avais de monnaie disponible... Une martingale, que cependant je croyais infaillible, m’a complètement nettoyé... lîror, je sortais assez triste, lorsque, par bonbeur, je vous ai aperçu. Quelle cliancc! Ah ! on voit bien que la Providence vcille sur les honnêtes gens !...
MAUBERT
Et tu viens encore me demander de l’argent?...
TRABUCOS
Oui, monsieur le baron Maubert, quelques louis pour mo
refaire.
MAUBERT
N’y compte pas !
TRABCCOS.
Ab!
BIAUBERT.
Je suis las de subvenir à tes folies!... Tu n’auras rien ! (Il va s'asseoir près de la table.)
C’est juste 1 je m’y suis mal pris... (S’approcftant de Maubert.) M. le baron de Maubert ne veut rien faire pour moi?
MAUBERT
Non.
TRABUCOS, changeant de ton et passant de Vautre côté.
Maître Van-Cripp, j’ai besoin de dix louis.
MAUBERT, vivement, et se levant.
Tais-toi. malheureux I lais-toi !... Tiens, voilà ce que tu demandes. (Il les lui donne.)
TRABUCOS
A la bonne heure !... Te voilà redevenu gentil.
MAUBERT, bas.
Mais tu sais donc tout?...
TRABUCOS
Ah ! dame ! les secrets d’iin homme comme vous, cher monsieur le baron, sont bons à conn.iîlre. 11 y a toujours quol<iue chose à gagner avec vous... [Il boit un verre de punch.) J’ai compris cela depuis longtemps, à l’époque où vous n’étiez encore que Martial de Préault, et je me suis attaché à votre fortune... Où vous moissonnez, moi, je glane... (Il en boit un attire.) Quand vous faites chanter les antres, moi je me contente de vous faire fredonner, et voilà !... Sans adieu, monsieur le baron ! je cours de nouveau tenter la veine. (Il rentre à gauche dans la maison de jeu.)
MAUBERT, à part.
11 faudra que je .songe à me débarrasser de ce gaillard-là,!... Six cent mille livres de rentes... soixante ans ! et une femme jeune et belle ! (Il s'assied à gauche et s'absorbe dans ses réflexions. On voit arriver par le fond, à droite, un jeune homme pâle, abattu, dont les vêtements sont pauvres, déchirés.)