‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 40 sur 91 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

HAUBERT

Oui, VOUS avez raison... et pourtant, le croiriez-vous, mon cher, si j’étais un homme de votre âge, au lieu d’étre pres(iue un vieillard, ce n’est pas la fortune de AI. de Latour-du-Pic que je lui envierais le plus.

SALLUCES.

Que serait-ce donc ?

HAUBERT

Eh bien ! ce serait... ce serait sa fernme.

RAPHAËL, tressaillant.

Sa femme !

Eh oui, sans doute, sa femme I l’ange le plus adorable, la ' plus céleste créature que j’aie jamais entrevue, même dans les songes de mes vingt ans... Sa femme, doux trésor de beauté, de jeunesse et d’amour... Voilà la perle sans rivale que je voudrais conquérir à tout prix ; voilà le diamant sans tache que je préférerais à tous les millions du vieux duc... si comme vous, messieurs, j’avais encore des cheveux noirs sur une tête de jeune homme !

RAPHAËL, à part.

Sa femme I

HAUBERT

N’est-ce pas là votre avis, Salluces? N’est-ce pas là ton avis,

Raphaël ?

RAPHAËL, vivement.

Eh ! qui donc hésiterait à jouer sa vie contre l’amour de la duchesse?... Être aimé d’elle! ohl mon Dieu I... mais c’est uu rêve impossible !

HAUBERT

Impossible! pourquoi? Rien n’est impossible ici-bas, cher ami... et pour réussir en toutes choses, il ne faut que vouloir...

RAPHAËL.

Il ne faut que vouloir... dites-vous?

HAUBERT

Sans doute. — Seulement, nous avons besoin de nous bien comprendre. — Par i,le mot volonté, je n’entends point un stérile désir, une vague aspiration du cœur, comme disent les niais et les imbéciles. — J’entends cette ardeur impétueuse, irrésistible, continue, qui dirige vers un but unique toutes les forces de l’esprit, loutes les facultés de l’âme; qui marche toujours. ne recule jamais et brise les obstacles qu’elle ne peut iranchir. — J’entends cette détermination inflexible, obstinée, aveugle, qui veut arriver, et qui arrive quand même, et malgré tout! C’est à l’aide de la volonté que Richelieu sortait vainqueur de tous les boudoirs, et Napoléon de toutes les batailles ; et je prétends que celui, quel qu’il soit, qui voudrait être aimé de la duchesse Mathilde, n’aurait pour arriver qu’à le vouloir ainsi I — Sur ce, m^sieurs... je vous quitte, et je vais, en attendant le signal des courses, faire deux ou trois tours de vrbist

ou de bouillotte. Au revoir. {Jlsort par le fond, à gauche, én regardant Salluces,)

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