‹ Le vol de la MarseillaiseChapitre 65 sur 77 · L'ILE DES CHIENS · texte numérisé non relu

L'ILE DES CHIENS

Vers 191/4, les Turcs envoyèrent dans l'île d'Oïia les chiens qui infestaient Constantinople.

En face de Stamboul, sur l'eau verle, il existe

Une île qui, depuis qu'on la déshonora,

N'est plus qu'un triste écuoil qui soulève un flot triste

Et qui fait murmurer la mer de Marmara.

Stamboul fit autrefois rafler dans ses ruelles. Pour les faire emporter par les nefs de son port, Tous les grands chiens galeux dont les bandes cnielles Se nourrissaient d'ordure en roulant des yeux d'or.

La tartane ventrue et les caïques minces Les débarquèrent tous dans l'île d'Oxia. C'était un roc perdu de l'Archipel des Princes. Et cette île, dès lors, nuit et jour, aboya.

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Ce fut l'Ile des Chiens, où, sans manger, sans boire. Les chiens, mâchant le roc, lapant l'azur amer, Couraient d'un promontoire à l'autre promontoire, Se battaient, et crevaient en regardant la mer.

Cette île qui hurlait lorsque montait la lune Epouvanta longtemps les nocturnes rameurs. Elle empesta les soirs. Et puis, une par une. On entendit au loin s'éteindre les clameurs.

Tous les chiens étaient morts. Et le dernier squelette N'offrant plus de charogne au dernier survivant, Il y eut une odeur d'algue et de violette Qui reprit peu à peu possession du vent.

Mais l'île reste infâme. En vain elle se bleuté Au crépuscule, en vain elle est rose au matin : Le spectre d'une meute appelle une autre meute Sur ces bords trop souillés pour changer de destin.

Un jour qu'il plaisantait pour se croire tranquille : « Irai-je à Sainte-Hélène.»^ » a dit Guillaume deux. Que les Hohenzollerns ne cherchent pas une île : Puisque l'Ile des Chiens existe, elle est pour euxl

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Lorsque rHumanité cessera d être esclave, Elle se souviendra que les Turcs ont songé \ préparer le roc tout couronné de bave Qui doit être le parc du suprême Enragé.

L'Ile des Chiens! — C'est là qu'on voudra qu'il séjourne. Morne, affamé, spumeux, et qu'il rôde, et qu'il n'ait Qu'à retourner sans cesse à quoi le chien retourne, Comme sans cesse à lui son peuple retournait!

) L'Ile des Chiens! — Pour faire, autour des agonies.

Pulluler une larve au rictus éternel,

Les chiennes que les Grecs nommaient les Erinnyes

S'accouplent dans cette île aux chiens de Jézabel.

Comme si c'était là qu'il fallait que tu vinsses. Sire, avec ta famille et tes Autrichiens, Les Turcs avaient compris que de l'Ile des Princes, Ils devaient à jamais faire l'Ile des Chiens.

Au lieu d'être entouré, dans une île hautaine. Par là fidélité d'un pur état-major, L'homme verra vers lui ramper la meute obscène Qu'il instruisit à mordre, et qui veut mordre encor.

agS LE VOL DE LA MARSEILLAISE.

Sainte-Hélène, a-t-il dit? Le rocher dont une aile Vient immortellement caresser les parois? Non ! mais le récif bas où l'eau sordide mêle Aux ossements de chiens des carcasses de rois!

Oxia, tu seras l'île nauséabonde,

Fourrière des Kronprinz, chenil des Archiducs,

Où ceux qui dans leur gueule ont fait craquer le monde

Mâchonneront un os pour en tirer les sucs.

C'est là qu'il faudra tous, un jour, qu'on les concentre, Pour que tous les césars et que tous les cyrus, Fous, se happant l'oreille et s'arrachant le ventre. Ne puissent plus qu'entre eux échanger leur virus!

Là que, se disputant un mort, comme un royaume. On verra, l'un vers l'autre à tâtons se traînant. Le Ruprecht dépecer le Gharle, et le Guillaume Fouiller dans ce qui reste encor du Ferdinand,

Pour que le monde, ayant circonscrit sur l'eau glauque Les cris de cage et les odeurs d'équarrissoir, Entende peu à peu se taire l'île rauque Et respire le soir, enfin, dans l'air du soir!

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