CHAPITRE IX LES PARA CHUTES
§ 1. — PARACHUTES OROINAmES
Parmi les méthodes indiquées au chapitre II pour l'étude expérimeMale des lois de la résistance de Fair, figure celle de la chute libre uniforme : le parachute ordinaire n'est autre qu'une application pratique de ce procédé dont nous allons rappeler le principe.
Lorsqu'un corps pesant tombe librement dans le vide, comme il est soumis à une force constante en grandeur et en direction, il prend un mouvement rectiligne uniformément accéléré. Si la chute a lieu dans Tair, il n'en est plus de même, la résistance de l'air s'oppose, en effet, à son mouvement et cette force augmente rapidement avec la vitesse de chute ; d'abord nulle, puis très faible, elle prend des valeurs de plus en plus considérables. Le corps pesant n'est donc plus soumis à une force unique constante, mais à la différence de deux forces : la pesanteur, dirigée de haut en bas, qui conserve toujours la même valeur ; la résistance de l'air, dirigée de bas en haut, dont la valeur augmente constamment. Le mouvement qui en résulte est toujours un mou- I vement rectiligne vertical accéléré, mais non plus I uniformément; l'accélération est décroissante.
Au bout d'un temps plus ou moins long, la résistance de Tair devient égale à la pesanteur ; théoriquement, cet instant n'arrive jamais, mais dans la pratique la différence devient si faible qu'elle échappe à toute mesure. A partir de cet instant, le corps tombant est soumis à deux forces égales et contraires qui se font équilibre, et conformément aux lois de la mécanique, il doit être animé d'un mouvement uniforme. Lorsqu'il en est ainsi, on peut être certain que la résistance de l'air est égale au poids du corps pesant, et nous avons vu que c'est un moyen qui a été employé pour connaître les lois de la résistance de^Fair, et en particulier pour mesurer le coefficient fondamental de cette résistance.
Un parachute ordinaire est un corps pesant disposé de manière à recevoir un ou plusieurs passagers, et présentant une surface assez développée dans le sens horizontal pour que la résistance opposée par l'air à sa chute soit égale au poids de l'appareil pour une valeur modérée de la vitesse de descente.
D'après ce qu'on a vu au chapitre IV, si la surface porteuse du parachute était un plan horizontal, il serait facile, connaissant cette surface et le poids de l'appareil, de calculer la vitesse de descente. On sait en effet que, pour une vitesse de 1 mètre par seconde et une surface porteuse de 1 mètre carré, le poids de l'appareil devrait être de kg. 075; pour une vitesse double, la résistance serait quadruplée, c'est-à-dire égale à kg. 300; pour une vitesse triple, elle serait multipliée par 9, c'est-àdire égale à kg. 675, et, pour une vitesse quadruple, elle serait multipliée par 16, c'est-à-dire égale à 1 kg. 200.
D'après cela, on pourrait conclure que si un
parachute est chargé de 1 kg. 200 par mètre carré, il descendra avec une vitesse de 4 mètres par seconde ; s'il ne porte que kg. 300, sa vitesse de chute sera de 2 mètres.
Dans la pratique, les vitesses de descente des parachutés ordinaires sont moins grandes que ne l'indiquerait la formule. Cela tient à deux causes. La première, c'est que les surfaces de ces parachutes ne sont pas planes, mais en forme de calottes sphériques creuses, et l'on sait que les surfaces concaves présentent plus de résistance qu'un plan orthogonal. D'après le colonel Renard, le coefficient de résistance d'une semblable surface ne serait pas de 0,075, mais de 0,090, ou en nombre rond de 0,1. Une vitesse de 2 mètres par seconde correspondrait donc à une charge de kg. 400, au lieu de kg. 300, et une vitesse de 4 mètres à une de 1 kg. 600 par mètre carré, au lieu de 1 kg. 200.
Mais, bien que les vitesses de descente en parachute n'aient pas été, à ma connaissance, mesurées^ très exactement, il est fort probable qu'elles sont encore inférieures au résultat du calcul en adoptant le coefficient 0,100. Plusieurs personnes ayant pratiqué ce genre de descente, M. Capazza entre autres, prétendent qu'avec une charge de 2 kilogrammes par mètre carré, la vitesse se trouve réduite à 2 mètres par seconde; cela supposerait que le coefficient de résistance applicable aux parachutes ordinaires atteindrait la valeur élevée de 0,500, ce qui semble considérable. Dans les descentes en parachute, l'aéronaute peut facilement connaître le poids de son appareil et sa surface porteuse : ce qu'il est plus difficile d'apprécier, c'est la vitesse de descente. Si l'on admet comme exact le chiffre de 2 kilogram^les par mètre carré et qu'on
suppose qu'il en résulte une vitesse de descente de 3 mètres à la seconde, le coefficient de résistance serait, en ce cas, de 0,220 au lieu de 0,100, ce qui est encore un écart très notable.
On se rappelle qu'au chapitre III nous avons fait remarquer que la loi de proportionnalité de la résistance aux surfaces n'avait été vérifiée que jusqu'à des dimensions relativement restreintes, et qu'il n'est guère permis de passer de surfaces d'une fraction de mètre carré à des surfaces de 100 mètres carrés et même davantage. Tout porte à croire que la résistance augmente plus vite que ne l'indiquerait la proportionnalité à la surface'; en d'autres termes, que le coefficient de résistance est plus élevé pour les surfaces de grande étendue. La pratique des descentes en parachute semble confirmer ce fait, et il serait très intéressant qu'elles fussent répétées méthodiquement, avec des mesures exactes; ce serait là un excellent moyen d'étudier la loi suivant laquelle varie la résistance de l'air en fonction de la surface, lorsque celle-ci présente une grande étendue.
Les applications pratiques du parachute ordinaire sont assez restreintes ; tout; le monde sait qu'on en fait parfoi» usage pour descendre d'un ballon libre. Si l'emploi de cet appareil ne s'est pas généralisé, c'est qu'il n'est pas exempt de danger. Au début de la descente, la vitesse est vertigineuse tant que le parachute n'est pas ouvert, ce qui peut causer au voyageur aérien une appréhension légitime, car il pourrait arriver que, par suite d'un enchevêtrement des cordages, il ne s'ouvrît pas suffisamment. De plus, une fois la descente commencée, l'aéronaute est sans action pour en modérer la rapidité et atterrit forcément au hasard en un point quelconque; il n'a pas la ressource du voyageur en