LILIENTHAL ET SES ÉMULES
Les parachutes dirigeables permettent de se rendre compte du fonctionnement des aéroplanes, et, à ce titre, ils ont joué un rôle important dans rhistoire de l'Aviation. Près de vingt ans après l'expérience d'Arras, un ingénieur allemand, Lilienthal,
Fie. 62.
construisit des appareils analogues, mais à une échelle assez grande pour qu'ils puissent porter le poids d'un homme, et il eut le courage de prendre place lui-même à bord de ce véhicule d'un nouveau genre. La figure 62 représente un de ces appareils. Se plaçant la tète au vent et courant aussi rapidement qu'il pouvait le faire, il arrivait, en ajoutant la vitesse de sa course à celle du vent à obtenir une
byGjDogle
force sus tentatrice suffisante pour enlever l'aj» pareil. Comme il avait soin de partir du sommet d^iiuc colline, il se trouvait ainsi soulevé à une haul* ur suffisante au-dessus du sol pour pouvoir continuiT son mouvement de descente en pente douce, coin me nous Pavons indiqué plus haut. Il fît de nombreus*-s expériences de ce genre, auxquelles on a donné df fiais le nom de glissades aénennes. Ce ne fut pas seuleiin'iil pour lui un vain exercice physique, mais il eupr^lita pour élucider un grand nombre de points de détail sur les formes des surfaces sustentatrices et sni^ Péquihbre très délicat des appareils de ce genre. Il mesura avec soin lés différents éléments de ces appareils et les résultats obtenus. C'est grâce à ces mesures que le colonel Renard put un jour calenlor que Lilienthal avait obtenu dans une de ses exp<*riences, ainsi que nous Tavons déjà signalé au eliapitre VI, une qualité sustentatrice égale à 192 lois celle d'un sustentateur orthogonal.
Lilienthal trouva une mort glorieuse dans nue dernière expérience. Son appareil chavira en raie rt faviateurfut tué sur le coup. On doit certainemeîil le considérer comme un de ceux qui ont le jfhis contribué au progrès de l'aviation.
Plusieurs années avant Lilienthal, un Fran^îiis, Le Bris, aurait exécuté des expériences analo^nri^ aux environs de Douarnenez, dans le Finisûie. mais on manque de renseignements précis suï* e''> expériences.
La mort de Lilienthal ne découragea pas ses imitateurs, et un Anglais, Pilcher, exécuta à sou Imir des glissades aériennes; mais il fut tué presque <li s le début sans avoir eu le temps de faire avancer la question.
Elle fut reprise dans le Nouveau-Monde par un ingénieur de Chicago, Chanute, qui, malgré son î\t^v
déjà avancé, n'hésita pas à prendre place à bord de ses appareils. S'inspirant, pour leur construction, du procédé employé par M. Hargrave pour les cerfsvolants, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant, il réalisa, non pas le premier biplan, car Lilienthal avait employé des parachutes à deux étages de surface, mais les premiers de ceux dont la forme a servi de modèle à celle qui est devenue classique aujourd'hui. A l'exemple de M. Hargrave, il employa aussi des plans verticaux pour éviter la dérive, et exécuta de nombreuses glissades, appre-
FiG. 63.
nant ainsi, comme il le disait lui-même dans une expression pittoresque, le métier d'oiseau ^ Non content d'opérer personnellement, Chanute forma des élèves, et il eut la main heureuse en trouvant deux frères, MM. Wilbur et Orville Wright, qui bientôt dépassèrent leur maître'. Ils étaient dans toute la force de la jeunesse et plus aptes qu'un sexagénaire à répéter ces expériences dangereuses. Ils s'en tirèrent sans dommage. La figure 63 représente un de leurs appareils.
C*est grâce à ces glissades réitérées, à la maîtrise
1 Cette expression a été employée pour la première fois par Mouillard 'selon Chanute lui-même.
complète qu'ils avaient su acquérir du maniement de leurs appareils, aux perfectionnements que l'expérience leur suggéra, qu'ils furent à même de se risquer sans témérité à enabarquer à bord un moteur actionnant des hélices, et à transformer ainsi leur parachute dirigeable en aéroplane.
Les glissades, abandonnées en Europe depuis la mort de Lilienthal et de Pilcher, furent reprises lorsqu'on eut connaissance des expériences des frères Wright. M. Archdeacon en prit l'initiative en France : il fit construire plusieurs appareils au moyen desquels d'intéressantes expériences furent exécutées par M. Gabriel Voisin, (jui fit ainsi ses débuts dans l'Aviation.
Les parachutes dirigeables n'auront eu qu'une existaace éphémère, mais ils ont été les précurseurs d^s aéroplanes, et, à ce titre, il était de toute justice de leur consaxîrer une mention spéciale.
Ils pourront d'ailleurs, dans l'avenir, être employés comme appareils d'expérience et d'instruction. On I>eut en effet s'en servir pour initier, à peu de frais, des aviateurs futurs à la conduite des aéroplanes; ils peuvent aussi, d'après l'observation de leur vitesse et de leur pente de chute, permettre de se rendre compte des qualités sustentatrices de certaines surfaces et des conditions d'équilibre des aéroplanes.
Enfin, à petite échelle, ils constitueront toujours un des jouets scientifiques les plus intéressants qui existent.
Jusqu'à ces dernières années, les cerfs-volants n'étaient considérés que comme des jouets d'enfants; tout au plus se souvenait-on qu'entre les mains de Romas et de Franklin ils avaient servi à constater l'identité de l'électricité atmosphérique et de celle qu'on pouvait obtenir au moyen de machines, et 4 jouer ainsi un rôle important dans la découverte des paratonnerres. Les hommes de science ne s'étaient jamais occupés de les perfectionner, ni même d'en étudier le fonctionnement.
Cependant, les cerfs-volants sont, sans contredit, les plus anciens de tous les appareils d'Aviation. On ignore la date de leur introduction en Occident; quelques-uns prétendent que la colombe d'Archytas de Tarente, qui vivait au iv* siècle avant Jésus- Christ, était un de ces appareils^ ; ce qui est certain, c'est qu'ils sont connus en Extrême-Orient depuis une très haute antiquité.
Ce discrédit était d'autant moins justifié que la sustentation des cerfs-volants repose sur le principe
1. D'après une phrase d'Aulu-GélIe, il semble que cette opinion est erronée. •
du Yol oblique, comme celle des aéroplanes. C'était donc en étudiant les cerfs-volants, en cherchant à les libérer de leur contact au sol, tout en trouvant le moyen de remplacer le vent par une vitesse propre, et la traction de la corde par une autre force engendrée à bordde Tappareil, que Ton pouvait espérer réaliser le vol mécanique. On devait ainsi arriver au succès beaucoup plus sûrement qu'en cherchant à copier servilement les mouvements compliqués des ailes des oiseaux.
FiG. 64.