Paris. Masson
dans cette qtfestion qu'on avait généralement étudiée d'une façon vague et imprécise. C'est ce qui restera de son livre, et il sera toujours intéressant de compléter les renseignements de cette nature.
La dernière partie de son volume est Texposé de ses idées sur la réalisation du vol artificiel. Ici, il fiaut faire des restrictions, car Mouillard possédait «me instruction mécanicjue iiïsuf lisante, et on peut relever, dans cette partie de son œuvre, un certain nombre d'inexactitudes et de graves erreurs. Les machines volantes qu'il avait imaginées n'auraient certainemeat jamais pu fonctionner. Quoi qu'il en soit, il avait des idées exactes sur la question et était bien persuadé que les grands oiseaux volatcurs étaient des aéroplanes.
§ 2. — POIDS TOTAL ET CHARGE PAR IWtTFlE CARRE.
Lorsqu'on parcourt les tableaux des poids et des surfaces dressés par Mouillard, on est immédiatement frappé de ce fait, qu'a^icun des oiseaux volateurs connus n'a un poids supérieur à 10 kilogrammes. Pourquoi cette limitation ? Est-ce un simple caprice de la nature ?
Les caprices de ce genre sont rares, et si nous ne connaissons aucun animal volateur pesant plus -de 10 kilogrammes, c'est qu'il est mécaniquement impossible de réaliser le voi naturel avec un poids supérieur. Il faut en conclure que, pour enlever des poids plus considérables, la puissance musculaire est insuffisante, et qu'on devra recourir à une source mécanique d'énergie.
Lorsque dans ces tableaux on parcourt la colonne des charges par mètre carré, on constate aussi qu'elle atteint rarement 10 kilogrammes, et les dépasse une ou deux fois d'une très petite quantité j
384 LE VOL làÈCAmQVE. — LES AénOPLANÊS
il y aurait donc là aussi une limite à la possibilité du vot nalureh Ces deux limites n'en font qu'une en réaliléj ou plnl6l c'est la charge par mètre carré et DOn le poids absolu de ranimai qui s'oppose à la sustentation par la seule puissance musculaire. Il est évident, en effet, que plus cette charge est cousidérable^ plus la sustentation est difficile; c'est ce f^ue nous avons tu à plusieurs reprises au cours des cW pitres précédents.
Ce qu'il y a aussi à noter dans ces tableaux, c'est que la charge par mètre carré croît ce môme temps que le poids absolu* Cette' coïncidence n'est pas fortuite, mais elle résulte des lois de la similitude géométrique.
Prenons un animal pesant environ 10 kilogrammeSj un grand volateur, par exemple; lorsque ses ailes sont déployées^ il mesure 2 m. 50 d'envergure et présente une surface porteuse de 1 mètre carré environ; sa charge par mètre carré est donc de iO kilogrammes. Imaginons un animal géométriquement semblablCj mais de dimensions dix fois plus petites; il n'aura que m, 25 d'envergure, au lieu de 2 m, 50; quant a sa surface porteuse, elle sera cent fois plus petite que celle du grand voiateur : 1 décimètre carré au lieu de i mètre carré. Le volume de l'animal sera non pas cent fois^ mais mille fois plus petit que celui du grand volateur, et si nous le supposons formé de matière de même densité moyenne, son poids sera également mille fois plus petit, c'est-à-dire de 10 grammes au lieu de 10 kilogrammes. Ses ailes^ d'un centième de mètre carré, devront donc porter 10 grammes ou un centième de kilogramme, et si nous calculons la charge par mètre carr^, nous trouverons 1 kilogramme au lieu de 10 pour le grand volateur»
11 en serait de même, quel que soit le rapport des
dimensions linéaires des deux animaux, et on peut dire d'une manière générale que dans des volateurs semblables, la charge par mètre carré est proportionnelle à leurs dimensious linéaires (envergure ou longueur totale de Tavant à Tarrière).
Les oiseaux ne sont évidemment pas géométriquement semblables entre eux, mais il n'y a pas de différences énormes entre les proportions de leurs organes, si bien que, d'une manière générale, les plus gros ont la plus forte charge par mètre carré.
11 aurait été évidemment possible de diminuer la charge par mètre carré des ailes des grands volateurs. En augmentant les dimensions de celles-ci dans une proportion plus grande que celles du reste du corps, ils auraient eu, proportionnellement à leur poids, des ailes plus étendues que les petits animaux ; mais la nature se serait heurtée à des difficultés de * construction. Pour être solides, les grandes ailes auraient été plus lourdes, et leur accroissement de poids aurait absorbé tout ou partie du bénéfice obtenu. Dans la pratique, il est même plus facile de construire sous un poids proportionnellement plus faible les petites surfaces que les grandes ; aussi, ce sont les petits animaux dont les ailes sont proportionnellement plus développées que les grands, et non le contraire ; les petits volateurs sont donc dans des conditions particulièrement favorables au point da vue de la sustentation.