CHAPITRE XVI LES ORNITHOPTËRES
% i. - CONSIDÉRATIONS ÛÉNâRALES,
Nous avons déjà eu^ à plusieurs reprises^ l'occasion (le parler des ornithoptères. L'homme ayant, depuis les temps les plus reculés, cherché è. voler à la manière Jes oiseaux, c'étai-t évidemment en imitant ceux-ci qu'où devait essayer de construire des appareils d'aviation, La première idée était fort simple : les oiseaux volaient grâce à leurs ailes, riiomme eu était dépourvu, il lui suffisait d'en fabriquer d'artificielles et de se les adapter pour conquérir Talmasphère. On sait combien ce procédé enfaûti© était illusoire, et depuis Icare on ne compte plus les échecs et les déceptions.
Oïl chercha â se les expliquer eu pensant qu*il ne suffisait pas d*avoir des ailcSj maisqu'il fallait encore leur imprimer des mouvements couvenahles : c'était évidemment se rapprocher de la vérité, maisrappîrcation de ce principe rationnel était difficile. Les mouvements des ailes sont extrêmement compliqués; il n*ôst pas commode de It^s obsen er exactement et encore moins de les reproduire* Ce n'était pas là^ toutefois, le véritable siège de la difiiculté : il fi^agissaîl de savoir, parmi les particularités que présentent les mouvements des ailes d 'oiseau , quelles
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sont celles qui sont indispensables pour \e vol et celles qui ne jouent qu'un' rôle accessoire*
Les naturalistes quiy pendslnt des milliers d'années, observèrent dans ce but les mouvements des animaux volateups, furent incaï)ables de faire cette distinction ; ils attachaient une grande importance à savoir, par exemple, quelle courbe décrivait la pointe extrême d'une aile ; était^-ce un cercle, une ellipse ? Dans ce cas, quels étaient son allongement et l'orientation de ses axes ? N'était-ce pas plutôt un ovoïde, ou une courbe plus compliquée, telle qu'une lemniscate ou une épicycloïde ? Toutes ces questions, qui ont fait dépenser des flots d'encre, étaient absolu* ment oiseuses, et néanmoins il y a encore aujourd'hui un certain nombre de gens qui, fermant les yeux à la lumière, malgré les progrès tangibles des aéroj)lanes, persistent à penser que c'est dans cet ordre d'idées qu'il faut chercher la solution du problème de l'Aviation. En réalité, on peut faire décrire à' l'extrémité d'une aile la courbe qu'on voudra et faire un bon ou un mauvais appareil suivant la manière dont les surfaces attaqueront l'air qui les entoure -
Qu'on ne conclue pas de là que l'étude de la nature est inutile et parfois dangereuse ; lorsqu'on sait y Hre, elle est un livre qui renferme les plus précieux enseignements; mais, dans le cas qui nous occupe, c'est à la condition d'adapter ses leçons aux nécessités que nous impose la mécanique, telle que nous pouvons l'appliquer. Comme nous l'avons vu au chapitre précédent, emprunter aux oiseaux des formes de carènes ou des formes d'ailes, c'est excellent ; nous bien convaincre que nous devons imiter le vol des oiseaux lourds, et non celui des insectes, c'est encore mieux; mais essayer d'employer comme propulseurs des ailes battantes au lieu d'hélices, et
comme sustentateurs encore des ailes, au lieu de surfaces fixes, ce sont là des erreurs qui ne peuvent conduire qu*à des déceptions. Je ne vais pas jusqu'à dire qu'on ne pourra jamais construire d'ornithoptères qui fonctionnent ; cela n'est pas plus impossible que de construire une voiture qui marche sur des pattes, on en a proposé pour certaines applications, on en a même réalisé quelques spécimens ^. Mais, ce ne sera jamais que des objets de curiosité ; les appareils pratiques de navigation aérienne seront fondés sur d'autres principes et appartiendront tous au type aéroplane ou hélicoptère. Il n'y a pas plus de mérite à faire cette prédiction qu'à annoncer que les véhicules terrestres seront toujours des appareils à roues.