SCÈNE VI
Les Mêmes, GONDOIX
p.K'ïiAr.D. — Monsieur Goudoin, je vous saliio.
ISABELLE. — Bonsoir, monsieur Gondoin.
MARIE-LOUISE. — Mousieur Gondoin, je suis très heureuse. .
coNDOi.N. — Pardon, je ne comprends pas.
RAYMOND. — Vous pouvez comprendre sans crainte, cher monsieur, je viens de conter l'aventure à M^^ Lagardes et à nos amis.
ISABELLE. — Et vous vovez des gens haletants.
GONDOIN. — Encore une fois, je ne comprends pas.
RAYMOND. — Monsieur Gondoin, vous êtes un pince-sans-rire terrible, mais nous sommes consumés d'impatience et...
GONDOIN. — ^.lonsieur, je ne comprends pas.
RICHARD, sur Vair des lampions. — La nom ! La nom !
Geste de Gondoin.
RAYMOND. — Voyons, nioiisieur Goiidcin, voyons!... J'ai respecté mon engagement.
J'ai gardé le silence jusqu'à la lin do votre enquête, vous venez de m' annoncer qu'elle avait abouti et, comme je dois une manière de réparation aux miens, comme j'en ai usé avec eux un peu lestement, je désire qu'ils aient la primeur...
ISABELLE. — Oui, moQsieur Gondoin, s^., ez gentil!...
fjoNDOTN. — Monsieur, j'ai eu l'honneur do eolliciter de vou,s un entretien. Il s'agi.ssait. dans mon esprit, d'un entretien particulier.
ISABELLE. — Vous u'allcz pas nous expulser !
RAYMOND. — En vérité, cher monsieur...
RICHARD, à JRayiiiond. — Monsieur Gondoin a peut-être ses raisons de préférer que...
GONDOIN. — En effet...
RAY'MONT). — Mais quelles raisons?
GONDOIN. — Monsieur, acoordez-moi cinq minutes et...
R.\Y'MONu, net. — Xon!... X'ous sommes c. famille... Je me porte garant de la discrétion de tous et je trouve...
GONDOIN. — Je ne me suis jamais permis do mettre cette discrétion en doute.
RAYMOND. — Alors?... (Une panse.) Le voleur ne peut plus vous échapper? Et le
fait de prononcer son nom devant les hôtes de cette maison ne...
RICHARD, riant. — A moins que vous n'accusiez l'un d'eux!
GONUoiN, fjêné. — Monsieur...
Il s'interrompt. '"":i silence.
RAYMOND, avec vivacité. — A:! monsieur v:<ondoin, finissons-en. A présent j'insiste pour que vous parliez.
GONDOIN. — C'est bien! C'est fort bien 1 Je suis, en cette affaire, commis par vous. Puisque vous ne tenez aucun comi)te de mon opposition significative..
R.vYMOND, sèchement. — Aucun compte.
GONDOIN. — Je m'incline devant votre volonté. Seulement il ne me suffit pas que voua insistiez. A-^ous exigez...
RAYMOND. — Parfaitement.
GONDOIN. — Vous exigez que je dévoile publiquement tout ce que mon instruction m'a appris?
RAYMOND. — Je l'exige.
GONDOIN. — Monsieur, la personne qui a pris les vingt mille francs dans le tiroir du secrétaire est M. Fernand Lagardes, votre tils.
RAYMOND, se Jevaut et prêt à se ' 1er sur Gondoin. — Vous en avez menti!
Mouvement général. Richard et Isabelle retiennent Raymond.
RICHARD. — . Raymond !
GONDOIN. — Vous nie surprenez, monsieur Lagardes. Vous n'avez pas le droit de... "
R.w'MOND. — Je vous répète que...
ISABELLE. — Raymond!... Raymoî^d, je t'en conjure... (A Gondoin.) Mon mari aime passionnément son fils, monsieur, et, pour nous qui connaissons Fernand, une pareille supposition est si inacceptable !
RICHARD. — Nous UB uous y arrêtons pas une seconde !
MARIE-LOUISE. — Vous VOUS êtes trompé, monsieur Gondoin !
GONDOIN. — Mesdames, vous êtes témoins de mes efforts pour épargner à M. Lagardes...
R.\YMOND. — Oh! peu m'importe que vous ayez accu.sé ce garçon, — la droiture, la loyauté mêmes, — devant ma femme et devant mes amis. Vous le voyez, tout le monde se moque de vous.
GONDOIN. — Alors, il me paraît préférable de me retirer.
RAYMOND. — Ah! non! A présent vous ne vous en irez pas sans avoir reconnu...
GONDOIN. — Monsieur Lagardes, j'ai rempli con.sciencieusement la mission que vous m'aviez confiée. Je comptais, bien entendu, vous en faire un rappojt fidèle, fournir mes documents, administrer la preuve. Mais je n'obéirai pas à des injonctions de cette .sorte et je n'admets pas que vous me réduisiez au rôle d'inculpé.^ -
ISABELLE. — Mon chéri, reprends ton sang-froid !
RICHARD. — Mais oui ! Ecoutons et discutons avec calme. Monsieur Gondoin sera le premier, je n'en doute pas, à reconnaître bravement son erreur. {Un temps.) Mon vieux Raymond!...
RAYMOND. — Vous avez raison!... Mon- BÎeur Gondoin, je regrette cette violence. Elle n'est pas dans mon caractère. Veuillez m'excuser et vous expliquer.
GONDOIN. — Je ne demande pas mieux, monsieur, que d'oublier les tonnes dont vous vous êtes servi, et puisque vous voici redevenu maître de vous, je suis prêt à vous indiquer sur quelles évidences repose ma con-^ viction.
RAYMOND. — Je me charge de vous réfuter ensuite.
GONOoiN. - — S'il vous plaît. Je vous prie, d'abord, de ne pas perdre de vue que l'étage où se trouve situé le boudoir, et qui ne comprend que les appartements de M. et M"^^ Lagardes et ceux de M. et de M'*^^ Voysin. est peu propice aux expéditions clandestines. De ce côté, du côté gauche, le château domine une sorte de ravin, une dégringolad( do rochers. De plus, un escalier intérieur particulier et fort exposé aux regards.
RAYMOND. — Dépêchons ! Je tiens pour certain qu'aucun étranger, qu'aucun malfaiteur du dehors n'a pu pénétrer dans ce boudoir à notre insu. C'est cela que vous vouliez démontrer ?
GONDOIN. — Monsieur, votre impatience se conçoit, mais je vous assure q:ie je ne prononce que les paroles indispei.s .blps. {Il a tiré de son portefeuille un pcipier qu'il cou sidtera de temps à autre.) Ce point posé, je m'engage sur le terrain brûlant. {A lioymond.) Pour plus de rapidité, je vous iserais reconnaissant, monsieur, de répon dre chemin faisant à quelques que.s tiojis. Primo, depuis trois ou quatre ans, l'humeur de M. Fernand ne s'était-clle pâs assombrie notablenient ?
RAYMOND. — Fernand a toujouns été un petit être réservé, asse?
distant.
GONDOIN. — J'ignore 'son enfance, mfû je demande si son caractère ne s' est pa assombri depuis votre mariage?
RAYMOND. — Franchement, quoi rapport ?..,
GONDOIN. — Soyez persnadé, monsieur, que je ne potine p-;is. J'ai conscience de la cruauté de...
isAHELLE. — C'est hi vérito, monsieur Condoiu, notre Fernand, qui ehorissr.it, qui chérit son papa, avait d'abord envisagé sans plaisir notre union. Mais l'hiver dernier une détente s'est manifestée... {A Tîaymond.) N'est-ce pas?... Nous nous sommes même réjouis d'aipercevoir chez cet enfant une gaieté à laquelle...
GONDOIN. — • Ah! vous avez donc consta<"'« l'hiver dernier...
ISABELLE. — • Oui.
GONDOIN. — Et voici que cet été, dès votre installation au château, cette gaieté s'envole. M. Fernand redevient aussi taciturne qu'autrefois. Il est plus que