RAYMOND
Gondoin.
MARIE-LOUISE. — Ah! bou^ très bien.
ISABELLE. — Tiens ! tiens I tiens I •MARIE-LOUISE. — Passiouuant î
RAYMOND. — M. Gondoin est un ancien juge d'instruction, qui a créé, à son propre «sage, une nouvelle profession, celle de « magistrat libre ». Sur-le-champ, je fis sa connaissance, aux bureaux mêmes de la <( London and Continental » ; je lui dis : (( Monsieur, je vous apport-e une affaire. Elle vous paraîtra, sans doute, mince. Elle me tient cependant fort à cœur. Jusqu'à ce jour, nous avions, ma femme et moi, une eonfiance illimitée en nos domestiques. La pensée qu'il nous faudra désonnais surveiller, suspecter, enfermer, cette pensée nous cause le cauchemar. De plus nous possédons à Paris des collections de grand prix, et c€eiera,,et cœtera... » M. Gondoin écouta mes malheurs et me déclara simplement : <( L'enquête sera courte. Dans huit jours, je vous indiquerai le coupalsle. - Parfait! — Pendant ces huit jours, continue Gondoin, il faut que je séjourne à votre château. — Naturellement. — J'amènerai mon valet de chambre. - Entendu! — Et je passerai pour un de vos invités. — Entendu ! Le temps do prévenir... — Ah! mais non, ah! mais non! ÎI ne faut prévenir personne! — Ma femme, mon fils et deux amis intimes... — Personne! Pour tous, sans exception, je dois demeurer, huit jours dura.nt, l'invité. Vous prie-rez M»o Lagardes d'emplover dé-
sormais votre coffre-fort et d'oublier tonte cette histoire... C'est ainsi, conclut l'autoritaire M. Gondoin ! Ou vous vous engagez formellement à me conserver mon incognito ou je me vois forcé de décliner vos propositions. » D'abord, je me suis cabré! Cette idée d'une enquête menée sous mon toit, à votre insu, me taquinait affreusement.
RICHARD. — Je te reconnais bien là, homme de tous les scrupules !
RAYMOND. — Mais j'ai songé à l'agrément de retrouver, au bout d'une semaine, le calme, de vous apprendre, dans la même minute, le crime et le châtiment, et...
RICHARD. — Et tu as marché.
RAYMOND. — J'ai marclié.
RICHARD. — Comme je t'approuve.
ISABELLE. — Et moi !
MARIE-LOUISE. — Et moi !
RAYMOND. — Votre absolution me touche d'autant plus que, depuis l'arrivée du magistrat libre, le remords ne me lâche pas. Gondoin a joué son rôle impitoyablement. Ce soir seuleme?it, après notre match de billard, peiidant que tu faisais une partie avec Isabelle, il m'a pris à part et il a prononcé ces paroles bénies : a L'enquête est terminée. Je réclamais huit jours, sept ont suffi. Dans une demi-heure, je vous communiquerai le nom du coupable. » Et là-dessus il a disparu. Mes ohers amis, la demi-heure est à peu près écoulée.
ISABELLE. — J'ai le cœur qui 1 at... Hein, Marise ?
MARiE-LoriSE. — Ma foi... Par exe^nple, je m'amuse.
RICHARD. — Gentil pour Raymond !
MARIE-LOUISE. — Oh! Raymond sait très bien que...
RAYMOND. — Parbleu! ^
ISABELLE. — Je tremble que ce ne soît ma pauvre femme de chambre!...
RICHARD. — Conmient ! Thérèse qui vous adore !
RAYMOND. — Attendons.
RICHARD. — Je répondrais de Thérèse...
Et de Blanôhe aussi!...
ISABELLE. — Alors Gérôuic ? Ou la vieille Maria?
MARIE-LOUISE. — Oh! la vieille ^I^aria !... Après soixante-cinq ans d'honneur!...
RiciL\RD. — Moi, j'en pince toujours pour le petit Justin.
ISABELLE. — Allons donc!... Gérôme est un garçon bizarre!
R.VYMOND. — Bizarre?
ISABELLE. — Silencieux !
RAYMOND. — S'il bavardait, je le flanquerais à la porte.
ISABELLE. — Naturellement, tu soutiens ton valet de chambre.
RAYMOND. — Ah!
amour-propre
si nous y mettons de Nouveau brouhaha.
RICHARD, à Knymond. — Pourquoi ce dé-
lai d'une Jemi-hzurc? Il ménage ses effets, 'Mil M. Gondcin !
UAYM )ND. — Détrompe-toi! Cet homme-là ne travaille pas pour la galerie... Il ne fait rien sans but, sans nécessité... {Entre Gondoin.) Du reste. .