‹ Le voleurChapitre 14 sur 65 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

MARIE-LOUISE, RICHARD

Ils entrent en se donnant le bras. Ils sont habillés comme à l'acte précédent, mais Richard a sur la tête un chapeau de paille dont il se débarrassera aussitôt. Marie-Louise porte, jeté sur les épaules, un manteau léger et elle a couvert ses cheveux du fichu dont il a été parlé. Dès leur entrée, Richard tourne un commutateur. La pièce est éclairée doucement, à travers de petits abat-jour de couleur. Oa aperçoit sur le lit la chemise en dentelle de Marie- Louise, le pyjama de Richard.

MARiE-LOUi.SE. — Ouf!... Mon Riky, je n'en peux plus! Oh! que je suis fatiguée!

RirnARO. — Si fatiguée, mon amour!

Pour une demi-heure de balade autour des pelouses ?

MARns-LouiSE. — C'est que tu as marché,

marché!... Je trottais à côté de toi sans me plaindre, mais vrai... Tu faisais des pas comme ça !

RICHARD. — Cette sacrée affaire m'énerv{^ me travaille.

MARIE-LOUISE. — On s'cn aperçoit.

RICHARD, qui, au cours de ces répliques, enlèvera son smoking et son gilet et passera un veston de chambre. — Ma parole, tu ne semblés pas émue! Ah! les femmeô sont merveilleuses! Elles vivent parmi les catastro* phes comme dans leur élément naturel.

MARIE-LOUISE. — Lcs catastroplies ! Tu grossis un peu l'événement !

RICHARD. — Mais non!

MARIE-LOUISE. — Jc suis très affligée, très surprise aussi...

itiCHARD. — Surprise! Mais j'en demeure ahuri, moi! Fernand!... Qui aurait pu soupçonner Fernand ?

MARIE-LOUISE. — Je confessc...

RICHARD. — Certes, j'aimais ce gamin

malgré ses allures bougonnes... mais je l'vômais surtout parce qu'il est le fils de mon meilleur ami... Enfin, la tendresse ne m'aveuglait pas... Eh bien, j'aurais répondu de son honnêteté comme de la mienne, comme de la tienne. Le petit misérable !

MAKiE-LOUiSE. — Ne l'aocable pas!

RICHARD. — Je pense à Rapncaid. Pauvre garçon! Tu sais que, jusqu'à la dernière minute, il a cru, dur comme le fer, à l'innocence de son fils. Les aveux lui sont tombés sur la tête en coup de massue. 11 était assommé.

MARTE-LOUISE. — Il m'a lait beaucoup de peine à ce moment-là!... J'ai senti . les larmes me monter aux yeux.

RICHARD. — ■ Il est à plaindre, je te le jure! Est-ce qu'il y a encore de la lumière chez eux ?

MARIE-LOUISE, qiiî regarde par une des fenêtres. — Oui ! Oui ! Toute la maison est éclairée.

RICHARD. — Parbleu ! Raymond doit ftiire la navette entre sa chambre et celle de Fernand ! Charmante soirée! Et quelle situation pour Isabelle! J'irais bien, moi, frapper à leur porte, appeler Raymond, et...

"MARIE-LOUISE. — A aucun prix! Raymond •ne noua a pas caché son désir de rester seul avec sa femme.

RICHARD. — C'est vrai ! Du reste, je le comprends. Je comprends que toute présence le g3ne ! II ?st atteint au vif, le malheureux! Un être si droit, si cJhic ! Quelle tristesse !

MARIE-LOUISE. — Ecoute, mou chéri, il se

remettra. Fernand est un jeune homme un

peu trop vivant, qui a commis une bêtise !

RICHARD. — Il n'a pas commis une bêtise,

il a commis des vols, une série de vols.

MARIE-LOUISE. — Daus trois mois, vous legarderez tous cet aftreux crime comme une folie dé jeunesse !

RICHARD. — Inouï!... Comment, toi, tu n'aperçois pas la gravité...

MARIE-LOUISE. — Mou biquet, il est une heure un quart du matin. Depuis trois grandes heures, j'assiste aux péripéties de ce drame! J'ai passé, comme les autres, une fin de journée plutôt désagréable, donne-moi une nuit meilleure! Nous aurons beau discuter, tu auras beau empoigner ton grand nez...

RICHARD. — Je suis préoccupé, Marise !

J'aime mes amis.

MARTE-LOUISE. — Riky!... Et ta femme, eu ne l'aimes plus?

ETCHARD, tendrement. — Petite brute!

MARiË-LOUiSE. — Eh bien, prends-la dans tes bras!... Je me sens toute triste, toute délaissée... J'ai envie de pleurer.

RICHARD. — Oh ! ma chère petite chérie ! MARTE-LOUISE. — Bien sûr! Tu me parles durement.

RICHARD. — Moi?

MAUiE-LOUiSE. — Tu faîs des grands ges-

tes, tu m'envoies au diable à chaque mot!

RICHARD. — Je t'aime!

MARIE-LOUISE. — Alors embrasse ! (L'av' rêtant.) Bien, tu sais.

L^n long baiser sur les lèvres, puis : - Je t'aime! je t'aime! je

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