‹ Le voleurChapitre 15 sur 65 · RICHARD · texte numérisé non relu

RICHARD

t'aime !

Il la reprend. Nouvelle étreinte. Un second baiser plus long encore, éperdu. Un silence.

MARIE-LOUISE. — C'est boii !

RICHARD. Oui ?

MARIE-LOUISE. — Oui. (Un temps.) Bien bon. {Avec une fureur subite.) Oh! Oh! Oh!

RICHARD. — Qu'estKîe qui t' arrive, mon enfant aimée?

MARiE-LOUiSE. — Il scra deux heures quand nous nous mettrons au lit, tu seras agité, tu voudras te lever avant tout le monde et ou devait se coucher très tôt ; demain dimanche, oiî devait faire la grasse matinée et je m'étais tant promis une longue, longue nuit près de toi, contre toil... C'est dégoûtant !

RICHARD. — ■ Tu t'étais promis! Tu penses donc à ces choses-là dans la journée i"

MARIE-LOUISE. Oui, jC pCUSC à CCS cllO-

ses-là ! J'y pense tout le temps. Tu n'y penses jamais, toi ?

RICHARD. — Si. (Un temps. Pendant les dernières répliques, Marie-Louise a tiré de son corsage un petit porte-cartes. Elle Va placé sous du linge dans le tiroir supérieur de la commode. Elle a ensuite refermé le tiroir à clef, et elle a jeté la clef ù son tour dans le tiroir de la table de nuit.) Quelle relique enfermez-vous avec ce soini"

MARIE-LOUISE. — Si OU VOUS le demande, vous répondrez que vous n'en savez rien.

RICHARD. — Ainsi, toute, l'existence tu comptes promener ma photographie dans ton corsage ?

MARIE-LOUISE. — Oh! toute l'existence!

€omme tu y vas. Aussi 1 -ngtemps que je t'aimerai.

RICHARD. — Coquine!... Dire, mon bon monsieur, que j'ai connu ça petite fille! Une étrange petite fille brusque et qui rougissait, qui pâlissait, qui délournail constamment ses beaux yeux, qui me tendait une inain placée... glacée!... Ali! je te troublais un pou à cette époque !

MARIE-LOUISE. — Oui, uiou vicux, uinis tu 'l'as tout de même épousée, la petite fille!

RICHARD. — Je ne le nie pas. Je suis un

galant homme!

Il s'allonjïe.

MARIE-LOUISE, sc croisaut les bras et d'unt ^'oix formidable. — Eh! là-bas, le galant !iomine! Ne vous fatiguez pas, mon aniil vSurtout, no vous fatiguez pas! Faudra-t-il Aous le demander à genoux de m'aider?

RICHARD. — Debout, Fiau^'ais, debout!

MAHiK-LOUiSK, )nèmc jeu. — Et dépèchoiisîious! {liiclmrd s\ippritc à ilé<frafer le cor- S(nj4\ Murie-Louific lui donne it^ne claq\ie S'ur 1(1 nuùn.) Enlevez d'abord cette éi-liarpe! DouetMïient !... Elle e.'-t prise dans une épingle.

KUiuuD, oh''is6unt. — Prise dans une éj^ingle! Quel français, ma pauvre fenuiie !

MAUiK-LorisE. - - Quoi ! prise dans une épingle à cheveux! Et puis ne t'occupe pas de mon français! Occupe-toi de mon ficilni ! Si tu déchires la dentelle, gare à toi !

Rit'HAiiD. — La voilà, ta dentelle!... Jolie, d'ailleurs... très jolie!

MARIE-LOUISE. — Elle tc plaît ?

RicHARo. — Elle est ép-Htantc! Vieux point d'Angleterre, je gage!

MAHiE-LOUiSE. — Oui, grue, vieux point d'Angleterre! Dieu que tu m'agaces quand tu parles chiffons !

RiCHXRD. — Mais tu te ruines, ma fille!

MARIE-LOUISE. — Nou ! Une occasion inouïe.

RICHARD. — Où l'as-tu dénichée? Toujours chez la mère Breton ?

MARIE-LOUISE. — Toujoui's chez la mère Breton! Seulement, je s-ais acheter.

RICHARD, doctoral. — Tu es très forte!

MARIE-LOUISE, qui Cl plié soir/neusement Vcchcrpe et Va rangée. — Tu veux me dégrafer, le Riky?

RICHARD. — Oui, mon mignon... Ah! que vne réserve la nouvelle robe? Bon! Cinquante-cinq minutes de travail! Elle les A^aut cFailleurs.

Il est assis et défait par derrière le corsage de Marie-Louise.

MARiE-LOuiSE. — Avoue qu'elle a du chic, cette petite robe !

RICHARD. — Adorable !

MARiF'T^ouiSE. — Enfin! elle obtient un regard !

RICHARD. — Pardon! Je me suis extasié... Elle est bonne, celle-là! A ton entrée, j'ai ciié: '• Hourrah! pour la petite Aline. »

MARIE-LOUISE. — C'cst exact !

RICHARD. — Il faut reconnaître que cette jeune personne t'habille à ravir.

MARIE-LOUISE, flattée. — Oui?

RICHARD. — Sérieusement ! Autrefois, elle ne réussissait pas ainsi!

MARIE- LOUISE. — Maintenant, elle se procure tous les modèles des grands couturiers.

RICHARD. — Par exemple, quand elle travaille iKJur Lsabello!...

MARIE-LOUISE, riant. — Tu te souviens!

La robe en linon brodé ?

RICHARD. — Quelle horreur! Pourtant Isabelle porte bien la toilette.

MARIE- LOUISE. — Toujours la même mét^le...

Pour Ir troisième fois depuis qu'il a commencé de k ;'é?habiller, elle se retourne et l'embrasse.

Ricii.\RD. — Mon enfant, si tu désires que je te dégrafe...

M.VRiE-LOUiSE. — Oh! pardou, mon chéri... [Elle se replace.) N'est-ce p>xs, c'est une mauvaise méthode... Isabelle essaye deux fois ! Elle a la prétention d'être servie chez cette petite couturière de quatre sous connue à la rue de la Paix! Moi, je suis tout le temps fourrée chez Paquin. Je choisis mon modèle ; je note un tas de détails et, au besoin, je tire mon petit calepin, mon petit crayon et vite, dans un coin, un bout de croquis... {Cependant Richard a terminé et s^est levé. Marie-Louise a enlevé son corsage, a laissé glisser sa jupe. Elle est en corset et en jupon.) Elh bien?... ma robe de chambre!

RICHARD. — Oh! pardon!

Jl )Dreiid la robe de chambre et la présente à Marie-Louise.

MARIE- LOUISE. — Tu OS daus les nuages, toi! A quoi penses-tu, ma beauté?

RICHARD. — Mais je ne...

MARIE-LOUISE. — Toujours à Fernand ! Toujours à « l'affaire » ?

RICHARD. — Oui. Ne me cx^ntrarie pas!

MARIE-LOUISE. — Mais non, mon grand!

RICHARD. — Je te le répète, je souffre pour Raymond! Nous sommes si fraternellement unis !

MARiE-LOUiS£. — Je le sais.

RICHARD. — Alors, ne sois pas fâchée?

Malgré moi...

MARIE-LOUISE. — Pourquoi serais- je fâchée? Seulement je me demande...

RICHARD. — Vois-tu, le ton de Fernand,' le ton de ses aveux me revient en ce moment... Ce petit s'est si mal défendu... enfin si peu défendu... Cela ne t'a pas frappée?...

MARIE-LOUISE. — Il se Sentait pris... Et puis M. Gondoin l'interrogeait avec une telle adresse... et avec une telle hardiesse...

RICHARD. — Le fait est... Il m'a donné froid dans le dos. N'importe ! Drôle de petit individu que ce Fernand ! Est-il inconscient ? est-il cynique? Tiens, sa façon de tendre les billets de banque... et tout, tout!... Ses réponses tantôt vagues, tantôt précises, trop précises!... Ce luxe de détails sur l'effraction... des détails faux, d'ailleurs...

MARIE-LOUISE. — FaUX ?

RICHARD. — On n'ouvre pas une serrure avec un ca-nif.

MARIE-LOUISE. — AllouS doUC !

RICHARD. — Qu'est-ce que tu en sais?

MARIE-LOUISE. — Tu te rappelles ce que M. Gondoin nous a froidement raconté tout à l'heure, lorsque nous nous sommes trouvés fieuLs avec lui... Il a visité, cet après-midi, nos proipres tiroirs en se servant d'un oouteau.

RICHARD. — Pff! Gondoin s'est servi de passe-partout. A présent il bluffe. Il joue à l'homme qui a tout pratiqué, tout deviné

MARIE-LOUISE. — • Ent^-e parenthèses, le

If

Mapi"-I.'~>"iss. — Avoue qu'kij.e

A DU ClllC, CETTE F-clilE ROB:: !

procédé est vif. Ce monsieur pénètre dans aotre chambre., fouille...

RICHARD. — Il avait reçu mission de reiîheixîher le coupable...

MARIE-LOUISE. — De le recliercber parmi les domestiques!...

RICHARD. — S'il s'était limité aux domestiques!...

MARIE-LOUISE. — En tout cas, Raymond aurait pu le prier de ne pas étendre ses investigations jusqu'à nous!

RICHARD. — Voyons, ma petite Marise ctérie, Raymond n'a même pas songé...

Pendant les dernières répliques, Richard a pris UD caniî et s'est approché de la commode. -

MARIE-LOUISE, hrusquement . — Qu'est-ce que tu fais?

RICHARD. — Je tente une expérience I (>S'e penchant sur la commode.) Je veux en a.voir le cœur net !

MARIE-LOUISE, qui cst allée vivement à lui. — Laisse-donc ce tiroir!

RICHARD. — Pourquoi?

MARIE-LOUISE, frappant du pied. — Laisse ce tiroir ! A la fin, tu m'ennuies.

RICHARD, se retournant. — Comme tu e^ mauvaise, ce soir.

MARIE-LOUISE, lui prenant la main. — Mon Riky, déshabillons-nous! Couchonsnous 1

^ RICHARD. — Mou joli amour, qui voue empêche de passer dans le cabinet de toilette. (Il reprend son opération.) Je parie que je serai au lit avant vous.

MARIE-LOUISE. — Oh ! '^^■

RICHARD, faisant aller et venir le canif dans la rainure — Parbleu! J'en étais sûr! Pas moyen! Tu vois!... Que signifie cette invention?... (Il s^ éloigne un peu de la commode. Marie-LouisCy rassurée, hausse les épaides, se détourne et change, sur le lit, la disposition des oreillers Cependant lîichard est revenu à la commode.) Tiens, en soulevant... Mais si, on y parvient. Si! Si ! Gondoin avait raison ! Le tiroir est ouvert.

MARIE-LOUISE, çui cst accourue, repoussant le tiroir que Richard a légèrement tiré. — Eh bien, tu es satisfait?

RICHARD, rouvrant le tiroir à moitié. — Délicieuses serrures !

MARIE-LOUISE. — Vicns-tU ?

RICH.4RD. — Oui, madame Patience!.., Marise, ma petite Marise, les merveilles que nous possédons là! Hou! quelle mousse!

li soulève une petite pile de linge fin.

- Dieu que tu m'agaces!

ne bouleverse pas tes

MARIE- LOUISE

Pose cela ! Je affaires !

RICHARD. — sapristi I Je n'ai pas de ohance aujourd'hui ! J'espérais qu'au premier compliment, le sourire...

MARTK-LOUisE. — Tu abîmcs ce linge!

RICHARD, — Je l'abîme! Impolie! Moi qui

m'attendrissais sur t-es petites chemises, sur tes petits pantalons!

^LARiE-LOuiSE. — t :oute, prends pitié de moi ! Je me sens fatiguée !

RICECARD. — Pitié ! Du moment que nous sortons les grands mots'-. {Il replace les affaires.) Bonsoir, petites chemises!... Bonsoir, petits pantalons!... {Au moinent de fermer définitivement le tiroir.) Eh! la photo! la photo sacrée !

MARIE-LOUISE, avec une soudaine violence. — Richard, ne touche pas à ce porte-cartes!

RICHARD, s'emparant de Vohjet. — Parce que?

MARIE-LOUISE. — Je te l'ai défendu une fois pour toutes.

RICHARD. — • Tu me tentes !

Il recule en tenant le porte-cartes à bout de bras.

MARIE-LOUISE. — Si tu ne me rends pas immédiatement ce...

RICHARD, même jeu. — Qu'arrivera-t-il?

MARIE-LOUISE. — Je te jure que je ne te parlerai plus jamais!

RICHARD. — Invraisemblable.

MARIE-LOUISE. — Richard, je suis superstitieuse... tu le sais.

RICHARD, taquin. — Je flaire une blague, une farce. Ton irritation...

CeptBudant, ils luttent- MARIE-LOUISE. — Richard, oui ou non,..

RICHARD. — Leh mkrvejllks que nous

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