POSSÉDONS LA
RICHARD. — Non! (J^faisantant.) Madame, vous dissimulez le portrait de votre amant ot je veux le connaître, votre amant, pour I» tuer. Et je regarde {Il échappe à Mario^ T. nuise et ouvre le porte-cartes.) Et je suii» bien attrapé! C'est moi! C'est ma jolie gueule que j'aper^'oisî
MAUiE-LOUiSB. — ■ A prébciio, coiiseutirastu...
RICHARD, offrant sa joue. — D'abord caresse et absous...
MARiE-LOUisB. — NoD ! reiids-moi d'abord...
RICHARD. — Tenez! (Il lui tend le 2'^oriefeuille, puis le retire hrusquement.) Roanne i' est épais, ce portefeuille! Que ca- ■ che/.-vous encore là-dedans H * MAiiiE-LOUiSE. — l\ien.
RicuAUU. — Pardon!... [Toujours taquin.) Les lettres, sans douce^ les coupables lettres !
La lutte a repris.
MARIE -LociSE. — Tu n'cs même pas drôle!
RICHARD, qiii palpe, les mains derrière le dos. -- On dirait du pai-chemin.
MAiiiE-LOUiSE. — Ce sont des papiers d'affaires!...
RiCH*RD. — Des papiers d'affaires!
MAP'E-LODiSE. — iSoxi ! de l'argent!... Estu content?
lùiCIIAID.
De l'aro-ent?
MARiE-LOUiSE. — Mcs économics ! Oh! là, là!
RICHARD. — Voyez-vous cette petite poulette qui fait des économies!... Mais oui... six cents francs... {lienardœfif les billets quHl a tirés du portefeuille.) Hein? six cents francs!... Tu as six cents francs d'économie= ^
b-TARiE-LDUiSE, à présent immobile, d'un ton sec. — Il faut le croire!
RICHARD, surpris. — i*as possible! Tu as trouvé le moyen de mettre de côté...
MARiE-T.ouisE. — Probablement!
RICHARD. — jNTais... mais, ce matin, tu m'as demandé.. Tu étais à court!
MARTE-LOUISE énervée. — Je t'assure que rien ne m'est désagréable comme ces coaT^ersations. Tu aurais si bien pu m'éviter celle-
RICHARD. — En quoi cette conversntion...
MARIE-LOUISE, crcsceudo. — Tu ne te plains pas de la manière dont je dirirre ta mni':rvn^ Est-ce nue je commets des folies? Non ? Alors, ne te mêle pas de mes comptes, de mo^i petit bud<ret, je t'en prie.
•Ti^iiARD. — Biea, bien.
M \RiE-L0UT3F, près de plpvrpr. — Tu me viA- un peu nerveuse et on jurerait que tu prends plaisir à...
K'^TiARD. — Calme-toi, mon enfant. Je roe c."ovais le droit de plaisanter. ( 7yia remrft'trit le portefeuille.) Calme-toi et range ton argent.
MARTE-LOnisE, replaçant le pnri!'^(")i'<lle dans le 1-iroir qni^pVe repom^'^e. T n silence. H^ efforçant de son rire. — l*lnira-t-i] main*"enîi]it a --'^^ <:eigneur et maître que nous nous devenons ?
'vfCHARD. — Il y a une heure que je t'en p; ••
MARIE-LOUISE. — Te voità de mauraiae humeur?
RICHARD. — Pas le moins du monde.
MARIE- LOUISE. — Alors, au dodo?
RICHARD. — Evidemment.
MARiK-LouiSE, qui se dirige vers le cahinet de toilette. — A tout à l'heure, monsieur.
RICHARD. — A tout à l'heure!
Elle sort. Regards et pensées de Richard, qui ne rit plus. Au bout de quelques secondes, Marie- Louise réparait sur 1© seuil du cabinet de toilette.
MARIE-LOUISE. — Mou Riky, envoie-moi un petit baiser! {liichard s' exécute.) Je t'ai pané comuie une vilaine! Tu m'en veux?
{Geste négatif de Bic^iard.) Dans cinq minutes, je me ferai pardonner tout à fait! Je me dépêche...
Elle sort.
RICHARD, presque aussitôt. — M-arisei (Plus haut.) Marise !
MARIE-LOUISE, revenant. — Mo-n cliéri?
RICHARD. — Entre! Oui, entre... ferme ta porte... viens... viens ici!
MARiE-irOUiSE, s^ approchant . — Qu'es1>-o« qu'il y a?
RICHARD, après l'avoir regardée. — Uii« minute !
MARIE-LOUISE. — Mais que se paae?t-ii?
RICHARD. — Une minute!
MARIE-LOUIS j:. — Je ne comprends pas!
RICHARD. — Donne-moi une minute.
MAR,iE-LOUiSE. — Tu m'as appelée!...
RICHARD, brusque. — Je t'ai appelée ôt maintenant je te prie de m' accorder une minute. C'est clair!
MARiE-TouïSE. — Tu m'cffraycs, Richard!
Que signifie cette colère? C'est la première fois...
RICHARD. — Tu as raison. J'aurais tort de m'emporter. Marise, depuis notre mariage, jamais une ombre n'a passé sni- notre tendresse. Entre nous, rien d'obscur jusqu'ici, rien de vilain. Du moins je me suis plu à l'imaginer.
MARTE-i GUISE, riant. — Et aujourd'hui tu doutes ?
RICHARD, h'i prt^nnvt la moin. — Ma femme, ma- chère femme, je désire que tu m'expliques vite, bie-i vite, comment cette somme se trouve en t?v possession.
MARir-' ouTSE. — Tu rccommcnccs !
RicHATiD. — Je ne recommence pas, je commence. Et j'ai hâte que nous ayons fini. Réponds-moi.
MVRTK-T,o'TTSE, candide. — Mais, mon pauvre loun, j'ai économisé comme on économise... en grattant, en marchandant...
RTCH\RD. — Non.
MARTF-LouisE. — Je t'aff-mie...
RICHARD. — Non ! Non ) Non !
MARIE-LOUISE. — Eufin^ Richard...
aiCHARD. — Non! Déjà ton ingéniosité, •ton savoir-faire, ton sens pratique nous émerveillaient tous. Sans dépasser nos revenus qui sont relativement modestes, tu accomplis le tour de force de te montrer aussi élégante que les plus riclies.
MARIE- LOUISE. Oh!
RICHARD. — Parfaitement. Chaque jour, tu reçois des félicitations. Eh bien, j'admets co grand luxe à peu de frais...
MARIE-LOUISE. — Bien le merci.
RICHARD. — Mais je n'admets pas et ton luxe et un prélèvement de six cents francs ©n moins d'une année. Le tour de force deviendrait un miracle, et moi, je ne crois pas aux miracles. Explique-toi.
MARIE-LOUISE. — • Richard, je te plains! Tu me blesses profondément, mais je te plains de tout mon cœur !
RICHARD. — Si tu me plains, explique-toi sur-le-champ !
MARIE-LOUISE. — Tu sais très bien que depuis quatre mois nous vivons au château... que nous sommes des invités...
RICHARD. — Nss ! Nss ! Ne nous égarons pas dans du vague, dans des discussions piteuses et interminables... Formule une réponse précise! Délivre-moi d'une obsession!
MARIE-LOUISE. — Tu vcux tout savoir?...
Eh bien, mes six cents francs ne constituent pas exactement des économies... Je dois le montant de leurs factures à certains fournisseurs... Je les ai remis à plus tard... et j'ai retenu l'argent... tu saisis?
RICHARD. — A peu près. (Un temps.) Alors, en me répondant que tu avais amassé cette réserve sou par sou, à force d'épargne, tu ne disais pas la vérité?
MARIE-LOUISE, riant. — Non.
RICHARD. — Et maintenant, tu ne la die pas davantage.
MARIE-LOUISE, effrayée. — Comment?
RICHARD. — Tu les inventes, ces dettes. Tu acquittes tes notes régulièrement. Tu ne dois pas un franc à Aline.
MARIE-LOUISE. — Mais j'ai d'autres...
RICHARD. — Et ce matin, j'ai vu le compte de M'^^ Breton. Il ne mentiooiue que des articles récents. Le reste est réglé.
MARIE-LOUISE. — MoH petit Richard, je suis brisée. Je n'en peux plus. Si demain tu veux que nous causions tranquillement, je justifierai centime par centime, puisque tu l'exiges...
RI CHAUD. — Je suis plus pressé que toi. Ah! comme j'aurais préféré une grande révolte à ces offres de te disculper... demain.
MAHïE-LOUiSE. — Mais je ne cherche pas à me disculper ! Tu oses emiployer un pareil mot! De quel droit? Que veux-tu, à la fin? Pourquoi me torturer.
RICHARD. — Ne pleure pas, Marise. Tes laiTues ne m'arrêteront pas. Est-ce que je pleure? Ecoute.
MARIE-LOUISE, qxii pleure. — Je n'écoute plus rien.
RICHARD. — Oh! mais il faut m'écoutei.
Ma petite Marise, nous sommes ainsi faits que nous accueillons, sans les vérifier, sans les contrôler, les affirmations des êtres qui nous sont chers. Isabelle et Raymond te tiennent pour une jeune sœur, et à leurs oreilles ta parole sonne comme la vérité elle-même.
MARIE-LOUISE. — Mais que viennent faire...
RICHARD. — A plus forte raison, moi qui t'aime d'amour, je te donnais toute ma foi...
MARIE-LOUISE, joignant les mains. — Richard, s'il te plaît...
RICHARD, lui imposant silence. — S'il te plaît. Mais ^parfois un indice, un détail, un rien, un coup d'œil suspect, une invraisemblance entre mille nous éveille tout à coup et tout à fait ! C'est douloureux ! C'est, au sortir d'une nuit calme et lourde, un grand jour trop brusque. Eh bien, j'y suis plongé en plein dans ce grand jour cru et cruc-i.
MARIE-LOUISE. — Je rêve ! Je rêve!.;.. A cause de cette misérable tire-lire...
RICHARD. — Pff ! Laissons là tes six cents francs, je ne m'en occupe plus! Je \ois plus loin ! Tu n'as pas thésaurisé, Marise, pour cette bonne raison que nos revenus ne suffisaient même pas à tes dépenses.
MARIE-LOUISE. — Hein?
RICHARD. — Je déclare, je jure que notre fortune ne te (permet pas le train que tu mènes.
MARIE-LOUISE. — Tu clevicns fou!
RICHARD. — Cette certitude, qui n'existait pas pour moi, il y a une demi-heure, m'éblouit à présent.
MARIE-LOUISE. — Voyons ! De quoi m'accuses-t u ?
RTCHARD. — Je n'accuse pas encore. Je demande, je mendie une explication !
MARIE-LOUISE. — Maîs pour l'amour de Dieu, quelle explication?
RTCHARD. — D'où te vient tout cet argent?
MARIE-LOUISE. — Quel argent?
RICHARD, empoignant le fichu de dentelle. — L'argent de ça ^ (Empoignant la rohc.) L'argent de ça. (Ouvrant le tiroir de la commode et jetant le linge à terre.) L'argent de ça !
MARTE-LonsE. — Tu dîvagucs ! Je t'apporterai mes factures.
RICHARD. — Je me fiche des preuves que tu as accumulées par avance ! Tu me repro^ chais tout à l'heure de me connaître en chiffons. C'est exact. J'ai vécu ma vie de mauvais suiet et j'ai su un peu le prix des choses. Seulement, vous nous envoûte?;, vous autres! Sur un mot de toi, j'oubliais! Je ne remarquais plus rien, j'attribuais aux objets la valeur de ton choix ! Mais je te l'ai dit, on s'éveille! D'oii vient cet argent?
MARiE-LOUisK. — Ecoutc... Je profite d'un tas d'occasions. Aujourd'hui même...
RICHARD. — Pas de bêtises! Tes chapeaux sont-ils d'occasion et les robes nou-
vellcs que tu cxhibet; à tout bout de champ P MAUiE-LOUiSE. — IVfais Aliue...
RR iiAUD. — Aline ne travaille pas à perte ! Allons, Marise, allons! J'ai mendié une explication! Je ne mendierai plus très longtemps. D'oià vient cet argent !
MARiK-LOUiSE. — Ixicluiidj uc crio pas ainsi !
MARIE-LOUISE. — Ri-