‹ Le voleurChapitre 17 sur 65 · CHARIJ. JE TE PLAINS · texte numérisé non relu

CHARIJ. JE TE PLAINS

Tu ME BLESSES PROFONDKMENT, MAIS JE TE PLAINS DE TOUT MON CŒUR !

RICHARD. — J. crierai si bon me semble. D'oà vient oet argent ?

MARTE-LOUISE. — Richr-rd, tu vas éveilkr Mos amis.

Ritii\RD. — No« amis ne dorment' pas.

D'où vient cet argent ?

MARIE-LOUISE. — Ils peuvent t'entendre.

RICHARD. — Que t'importe!

MARIE-LOUISE. — Cela m'est bien égal, mais pour toi...

RICHARD. — Si cela t'est égal, pourquoi es-tu blanche de terreur ?

MARiE-LOUisE. — Richard, veux-tu...

RICHARD. — N'espère rien! n'espère rien! Je no te lâcherai pas que tu ne m'aies dit d'où vient cet argent! (Une pause. Marie- Louise détourne la tête et baisse les yeux. Tout près cVellc et presque bas.) Tu es mêlée à oette affaire des vingt mille francs? Hein?... llépoads ! Réponds donc! Chacune de tes attitudes te dénonce ! Fernand ne volait pas seulement pour son compte ? Ou bien, tu volais aussi? Dis!

MARIE-LOUISE. — Fernand n'a rien volé.

RICHARD. — Alors ?

MARIE- LOUISE, dans un murmure. — ■ Fernand s'est accusé pour me sauver. C'est moi qui ai volé les vingt mille francs.

RICHARD. — Oh !

Instinctivement il recule. Puis il s'assied écrasé. INIarie-Louise s'est laissée glisser à terre et sanglote éperdument, un temps très long.

MARIE-LOUISE, toujours effondrée. — Richard... Richard...

RICHARD, sans bouger, sans relever la tête, d^une voix sourde. — . Pourquoi as-tu fait cela ?

MARIE-LOUISE. — Pour être parée, pooir être belle... pour te plaire!

RICHARD. — Pour me plaire!...

MARTE-LOUISE. — C'est la vérité!

RICHARD, haussant les épaides. — Oui !

MARTE-LOUISE. — • Je ne connais que cette raison d'agir... que cett-e raison de vivre... C'est la. vérité!

RICHARD. — Toi, toi ! une voleuse !... N'est- •îe pas, une chose pareille, ça vous... je ne sais pap, moi!... ça vous fauche... ça vous jette par terre... enfin on... on reste là... (Douloureusement.) Mais, sacredieu, le mobile, le motif !

MARIE-LOUISE. — Mon affolement... des

menaces

RICHARD. — Des menaces?... Du reste, je ne te crois plus.

MARIE-LOUISE. — Je soufîre, Richard.

RICHARD. — Je ne te crois plus !

MARIE-LOUISE. — Je ne soufîre pas à ta manière. Je souffre de te faire souffrir... Je souffre d'entendre cette voix d'ennemi, de penser que c'est nous... Je voudrais me châtier de mon erreur, de ma bêtise, de ma gaffe !

RICHARD. — A présent, chaque mot qui sort de ta bouche sonne le mensonge.

MARIE-LOUISE. — Aloi's, Richard, il est inutile que j'essaye de me défendre... enfin, que je te montre... que je te raconte...

RICHARD. — Dis tout dc même! On est si bête!

MARTE-LOUTSE. — Eli bicii, oui... Eh bien, oui... Si seulement -je' te prouvais que mon

amour, mon grand amour, mon mauvais et fol amour m'a emportée!... Richard, te rappelles-tu qu'un jour... Non!... Ce n'est pas ça,.. Il faut remonter plus haut... Quand Isabelle et Raymond se sont mariés, j'ai ressenti un ohagrin inconnu jusque-là. Pas de l'enrie ! J'ignore ce sentiment. Mais, je pensais : (( Moi qui ne suis ni belle, ni riche, comme mon amie, je ne rencontrerai pas l'homme que j'aimerai et qui m'épousera; je vieillirai ainsi, solitairement... » Et alors, de mélancolie, je pleurais... C'est assez fréquent... c'est le sort d'une foule de jeunes filles... mais je pleurais... un peu... tous les jours. Et là-dessus, je deviens amoureuse, je m'éprends du meilleur ami de Raymond, d'un homme séduisant, réputé... Cette fois, je me suis mise à souffrir pour tout de bon ! Je te plaçais si haut, que je n'osaîs pas élever mon regard vers toi. que je n'aurais confié mon cœur à au-cun être humain, que je m'a.vouais à peine ma folie. A mon tour, tu m'as aimée. D'abord, je ne m'en suis même pas aperçue. Après, je ne t'ai pas cru. Un pareil espoir était si loin de anoi ! Pendant nos fiançailles, je vivais dans une atmosphère étrange. Il me semblait que je t'avais gagné au jeu et que je te reperdrais... Vraiment! Chaque jour, je risquais mon bonheur... Et notre mariage ne m'a pas donné le repos...

RICHARD. — Des paroles, des paroles !

MARTE-LOUISE. — Ncu, mou petit Richard . non, non! J'a'pporte, j'étale ma vie d'une année. Depuis un an, matin et soir, cette pensée roule dans ma tête : je veux garder mon mari !... Je m'étais enquise de ton existence, de tes aventures. Je n'ignorais rien. Tu avais eu des tas de femmes, des femmes très élégantes... les plus élégantes... Je me suis dit : « Surtout il faut que Richard ne regrette pas le passé!... Je veux garder mon mari ! »

RICHARD, amèrement . — Tu n'as pas hésité sur le choix des moyens !

MARTE-LOUISE. — Je n'ai pas commencé par mal faire. D'abord, j'ai tenté loyalement de m'arranger de nos ressources. Je ne mentais pas, au début. Je me servais chez les petits fournisseurs, chez Aline. Parfois, je me trouvais gentiment mise. Mais nous fréquentons des femmes qui dépensent beaucoup pour leur toilette et aussitôt, en leur compagnie, je perdais toute joie, toute confiance. vSi souvent, je t'ai guetté, tt la dérobée! J'ai vu ^ue tes yeux faisaient la comparaison. Chaque fois j'étais poignardée!

RICHARD. — Absurde !

MARTE-LOUISE. — Oui, absurdc ! Tiens, ma première belle robe fut la cause de tout le mal... C'était une robe décolletée... une merveille, celle-là!... Tu t'en souviens?

RICHARD. — ' Je ne me souviens de rien !

MARIE-LOUISE. — Je l'avais commandée rue de la Paix, dans un coup de tête. Je l'ai inaugurée à un dîner chez les Hartmann... Tu m'attendais au petit salon pour partir..

Je me présentai devant toi, le cœur saut-ant dans la poitrine. Tu n'as rien dit... tu m'as regardée., tu m'as regardée dans la glace, mais tu n'as rien dit... Seulement, au dîner, tu me souriais de temps à autre, d'un petit sourire en dessous, câlin... Et je me sentais si vive, si fière, si légère ! Les choses brillaient autour de moi ! Nous sommes rentrés à la maison assez tard ; sur le palier, avant d'ouvrir la porte, tu m'as prise dans tes bras, tu m'as embrassée... un long, long baiser... et tu as murmuré, textuellement ! {Se touchant le fro'nt.) Vois-tu, ce souvenir est là enregistré!... tu as murmuré: (< Petite Marise, ton mari t'admire. » J'étais perdue. Tu ne comprends pas... Une femme amoureuse me comprendrait. Ah! vois-tu, un compliment, pour une femme amoureuse, un compliment!...

C'est une chaleur qui descend... c'est du vertige... c'est du vin, on est grise... J'étais perdue. A dater de ce soir-là, je n'ai plus voulu que les giands couturiers, que les toilettes très chères. Ensuite, j'ai désiré de très beaux dessous, du très beau linge, des chapeaux hors de prix. Cela devenait un besoin, une manie, cela s'étendait sans cesse... Et les dettes grossissaient, terriblement!... Un matin du mois de février^ Aline me relance. Elle se déclarait au désespoir de ne plus me compter parmi ses clientes. Dans la conversation, je lui révèle mes ennuis. Tout de suite, elle me propose de me tirer d'embarras. Elle connaît une lingère, une M™® Breton, qui prendra à son compte tontes mes notes, les anciennes et les nouvelles. Bien entendu, je souscrirai des billets, à cette personne, je lui paierai des intérêts — ^ quels intérêts ! — et toutes deux, M'"® Breton et Aline, m'enverront pour la vraisemblance des factures très raisonnables.

RICHARD, entre ses dents. — Les canailles!

MARIE-LOUISE. — Je dcvais les rembourser à loisir, à ma guise. Mais, au bout de peu de temus, mes acomptes ne leur suffisaient plus. Elles commencèrent à me presser, à me harceler, à me traquer !

RICHARD. — Pourquoi ne pas t'ètre jetée dans mes bras et...

MARIE-LOUISE. — Je ne sais pas! Je ne sais plus! En avril, tu t'es plaint de la Bourse, de la baisse... Et puis, il aurait fallu cette grande confes.sion et, à ce moment-là!... Enfin, je ne sais plus! Je sais seulement que je me suis tue, que peu de jours après notre arrivée au château, comme jo venais de rece- Aoir un coup de téléphone terri Haait, Isa-belle a, devant moi, jeté négligemment quelques milliers de francs dans soii secrétaire... Dix minutes plus tard, je repassais seule par le boudoir. En apercevant le meuble, j'ai senti un grand choc là-dedans! Sans concevoir presque mon action je me suis approchée, j'ai tiré sur une des poignées... le tiroir a résisté... Il y avait un coupe-papier qui traînait sur la table, et... Richard, Riky, J© tt 'demande pardon !

Elle tombe à genoux, pi^nd la main de son mari et la couvre de baisers.

RICHARD, amèrement. — Tu me demandes pardon! {Un temps.) Bien, bien, reste là, atteiuls-moi.

Il se lève.

MARIE-LOUISE, souclaiii dresscc. — Oii vastu ?

RICHARD. — Annoncer à ce pauvre Raymond qu'il peut dormir en paix, que c'est "aïoi qui ne le peux plus.

MARIE-Louisi:. — Tu veux lui raconter tout 3e suite...

RICHARD. — Notre entretien ? Sans doute ! Comment lui apprendre la vérité P

MARiE-i^ouiSE. — Tout de suite?... Cette nuit?...

RICHARD. — A l'instant même. De quel droit laisserais-je ces pauvres gens une heure de plus dans l'aftliction !

MAUiE-LOCisE. — Mais...

RICHARD. — Mais quoi ?

MARIE-LOUISE. — Mais... causons d'abord!...

RICHARD. — Causer! Nous ne faisons pas autre chose depuis une heure 1

MARIE-LOUISE. — Accordc-moi encore quelques minutes... cinq minutes.

Elle lui barre la sortie.

RICHARD. — Marie-Louise, épargne mes nerfs, ma tête ! Une aventure de cette force secoue son homme.

MARIE-LOUISE. — Riohard, je te promets que...

RICHARD. — Sous ce crâue^ aucune pensée ne s'agite plus. Seule, une bonne petite douleur ronge, ronge...

MARIE- LOUISE. — Tu ne me i*ef useras pas...

RICHARD. — Si ! Je refuse ! Il est urgent que je me libère, que je nous libère, que j'accomplisse ce pèlerinage sans charme. Ensuite, je me livrerai tout entier à ma migraine. Demain, si tu le désires...

MARiE-LOiTTSE. — Demain, il ne sera plus temps! Je t'en conjure! Cinq minutes! Donne-moi cinq minutes... cinq petites minutes... je t'en conjure...

RICHARD. — Sois. Dis vite.

MARTE-LOUISE. — Richard, quelles sont tes intentions ?

RICHARD. — Mes intentions?

MARiE-LOUiî^E. — A mon égard ?

RICHARD. — Comment l'entends-tu?

MARIE-LOUISE. — Notre existence?...

RICHARD. — Je crains que cet événeanent ne l'assombrisse plutôt.

MARIE-LOUISE. — Enfin, tu me gardes? Tu ne me chasseras pas?

RICHARD. — Quel enfantillage! D'abord je ne te con-sidère comme responsable qu'à demi.

MARIE-LOUISE. - Bien! Maintenant, Ri-

chard, examine! examine attentivemeai^ I ^ pardon méprisant que tu me jettes...

RICHARD. — Tu te trompes...

MARiK-LOUiSE. — • Mais oui! mais ouil méprisant! Ce pardon méprisant sera celui de nos amis. Peut-être n'iront-ils pas seulement jusque-là!

RICHARD. — J'espère beaucoup de îeur bonté I

MARIE-LOUISE. — N'en espère pas l'impossible! Pour ma part, leur opinion m'importe peu ! Je ne regretterai rien, — même pas ane rupture !

RICHARD. — Pei"mets-moi de le déplorer!

MARIE-LOUISE. — Ah ! je ne me déguise plus!... Une menace qui passe sur mon amour balaye tout! D'ailleurs, il ne s'agit pas de moi, il s'agit de toi ! Nous ne nous ressemblons pas, Richard, nous sommes très différents et je ten félicite ! Des deux, tu es le meilleur. Tu fais la part très grande, toi, aux souvenirs, aux amitiés ! Ton attachement pour Raymond, pour Isabelle, embellit ton existence !

RICHARD. — Et puis ?

MARIE-LOUISE. — Si tu m'a.s éf)OU9ée, «ans même un regai*d en arrière, c'est un peu parce que notre mariage resserrait encore une intimité très chère.

RICHARD. — Et puis ?

MARIE-LOUISE. — Une révélation la disk>quera, cette intimité.

RICHARD. — Et puis?

MARIE-LOUISE. — Et puis, tu porteras sans cesse le regret du passé. Tu m'en voudras cruellement. Il se peut aussi que tu en viennes à détester tes amis. Enfin, tu seras trè-s malheureux, Riohard !

RICHARD. — Il fallait le prévoir, mom malheur. Conclusion ?

MARIE-LOUISE. — Cherchons ensemble s'il existe un moyen de ne pas saccager l'avenir, sans pour cela... je veux dire: tout en respectant... enfin^ en conciliant...

RICHARD. — Là ! là ! Je préfère t'aider. Tu n'en sortirais pas! -Tu comptes me proposer, sous une forme ou sous une autre, de garder le silence?

MARIE-LOUISE. — Peut-être, mais à condition que...

RICHARD. — Tu ne le nies pas ! Eh bien, tu perds ta salive, ma petite, et tu poussef l'inconscience un peu loin.

MARIE-LOUISE. — Attends!...

RICHARD. — Assez ! Asse.?;! Tu ne feras pas de moi ton complice.

MARIE-LOUISE. — Oh! mais...

RICHARD. — Tu as admis tout à l'heure que nous n'étions pas de la même espèce, tâche de t'en souvenir ! Tu m'offenses sans t'en douter !

MARIE-LOUISE. — ■ Et toi, tu m'outragcs inutilement ! Pourquoi me soufflettes-tu de ta supériorité? Je le sais que tu es plus honnête, et plus fortj et plus intelligent^ et p! as nob''?^ que moi !' Si in n'étais pas mon

Marie-Louise. — Rikv, je

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