‹ Le voleurChapitre 18 sur 65 · TE DEMANDE PARDON · texte numérisé non relu

TE DEMANDE PARDON

maître, est-ce que je t'aimerais comme je t'aime, à l'idolâtrie! Malgré tout, j'ai bien le droit de tenir à mon bonheur ! de le défendre! Richard, sauvons, sauvons notre bonheur !

RICHARD. — Trop tard !

MARIE-LOUISE. — Non ! Nou ! Il sera trop tard quand tu m'auras dénoncée ! Alors, tu épieras leurs regards, leurs manières, tu sauras qu'ils savent, et ton amour sera souillé !

RiCH.\RD. — Je n'y peux rien !

MARIE-LOUISE. — Si ! Si ! Je te jure que si! J'ai trouvé un moyen... un moyen acceptable, honorable!...

RICHARD, qui, de nouveau, se dirige vers Ja porte. — Folie!...

MARIE-LOUISE dans un cri désespéré qiii arrrête Richard et le ramène vers elle. — Tu t'es engagé à m'entendre ! Ne me condamne pas sans m'entendre! Ne me condamne pas à ce tourment ! Ce serait l'enfer de te voir me haïr ! Car tu souffrirais ! Car tu souffres déjà ! Tu m'aimes, Richard, et tu souffres déjà ! Depuis une heure tu ne te bats pas avec une migraine, tu luttes contre les larmes... Elles brûlent le bord de tes paupières... (Lui touchant la fi'fure.) Elles sont là, là tout près !... Tu ne l'avoueras jamais! Je cM>nnais ton orgueil! Je t'ai chéri aussi pour ton orgueil. Mais les larmes sont tout près.

RICHARD. — ■ Et si cela était?...

MARIE-LOUISE. — Je t'adore, mon amant chéri ! Dans notre lit, nous pleurerons ensemble ! Je t-e tiendrai contre moi, je mettrai ta petite figure aimée contre ma figure et je sentirai tes larmes couler sur mes yeux, sur mes lèvres, sur mon corps. Mais ne leur dis rien î

RICHARD. — Que me demandes-tu ? De garder l'argent de Raymond?'

MARTE-LOUISE. — Tu es fou ! Tu rembourseras Raymond jusqu'au dernier sou! Et tu verrais ma joie de me priver, comme je sacrifierai sans un regret l'élégance, les chiffons, les sales chiffons, les sales loques...

RICHARD. — Je ne comprends plus, Marise.

MARIE-LOUISE. — C'est tout simple! Tu gères, eu quelque sorte, la fortune de Raymond, tu as le maniement de ses fonds, de sa caisse. Eh bien, à son insu, tu lui rendras les vingt et un mille cinq cents francs.

RICHARD. — Insensé!

MARIE-LOUISE. — Pas d'uu coup ! En phisieurs fois î

RICHARD. — Impossible !

MARIE-LOUISE. — Pourquoi ? J'ignore vos affaires, mais pas besoin d'être sorcier pour glisser une soonme par-ci par-là!... Tu imagineras bien un truc... du moment qu'il s'agit d'ajouter!... Et comme chaque fois tu conserveras la preuve...

RICHARD. — Marise, je te répète...

MARIE-LOUISE. — Ne le répète pas!... Je devine à ton accent qu'il y a un espoir... un petit espoir!... Ecoute! écoute! A la fin de la. semaine, nous quittons le château. D'ici

là, avec Isabelle, nous calmerons Raymond, nous le consolerons... Un père ne cherche que les motifs de pardonner ! On lui en suggérera!... Les meilleurs! Dans deux ou trois jours, le souvenir de c^tte algarade n'existera plus... Je m'en charge!

RICHARD, qui faiblit. — Non, Marise...

MARIE-LOUISE. — Et tieus, quand la restitution sera complète, quand nous ne détiendrons plus un centime de ce méchant argent, si une confession doit soulager ta conscience, eh bien... eh bien, libre à toi! Ma faute paraîtra moins grave à ce moment-là, moins laide. Enfiii, je ne m'opposerai plus à rien !

RICHARD. — ■ Oii nous as-tu menés 1 Misérable petite ! Criminelle !

MARIE-LOUISE, qui attlic JRichard vers le lit. — Oui! criminelle par amour! Petito esclave ivre!... C'est que je t'appartiens terriblement ! Je me serais vendue pour une ea^ resse de toi !

RICHARD. — Tais-toi ;

MARIE-LOUISE. — Riky, je t'appartiens ! Je suis ta servante ! Si tu m'ordonnes de tuer, je tuerai ! Si tu m'ordonnes de liiourir, je me tuerai! Je suis ta servant^e! Exige! Humiliemoi! Abuse de mon corps! {liichàrd lui met sur les lèvres une main qu^elle écarte.) Laisse ! Laisse ! c''est si bon ces mots-là ! C'est si bon, c'est si voluptueux d'être asservie à ce point!... J'en jouis!... Mon amour, j'ai envie de toi! Prends-moi, Riky ; prends-moi, tout habillée, conune l'autre jour ! Viens !

RICHARD, penche sur elle. — Gueuse' Gueuse! Ma petite maîtresse!...

MARiE-LOUiSEj SUT le Ht, pâmée. — • Richard, je t'aime! J'ai si envie de toi!...

RICHARD, se redressant tout à coup. — Ah çà, je deviens gâteux, moi... J'oublie le plus beau !

MARIE-LOUISE. — Mou cliéri...

RICHARD. — Marise... Mais, Marise...

pourquoi Fernand s'est-il accusé? Pourquoi Fernand prend-il ta faute à son compte?

MARIE-LOUISE. — Parcc que je le lui ai demandé !

RICHARD. — Voyons, voyons, voyons!... Tu le lui as demandé...

MARIE-LOUISE. Oui !

RICHARD. — Oii? Quand?

MARIE-LOUISE. — Ce soir... dans le parc...

RICHARD. — Ce soir?

MARIE-LOUISE. — Lorsquc je vous ai quittés... lorsque je suis allée à la reciherche de Fernand !

RICHARD. — Tu l'as donc trouvé?... Tu es revenue en déclarant...

MARIE-LOUISE. — Pour ne pas éveiller les soupçons !

RICHARD. — Ainsi, ton retour sans lui... puis soji entrée, c'était un stratagème... Vous vous étiez concertés?

MARIE-LOUISE. — Ouï, Richard.

RICHARD. — Ah!... (Fn temps.) Et tu avais imaginé, séance tenante, toute cette comédie?

maute-loi'Isr. — Je m'étais rendu compte, 9i\ écoutant Oondoin, que son erreur me laissait une cliance de salut... oui... au prix d'une autre mauvaise action... La frayeur m'a inspirée... Sois pitoyable!

iiiniARD. — Tu étais donc sûre do rejoindre Fernand ?

MARTK-LorisE. — Jo l'avais vu s'éloigner vers le petit lac...

RICHARD. — En tout cas, tu étais sûre de

KTCiiARD. — Tiens^ tieJis !

:\îAiiiE-LOuisE. — Une cour de gamin^ de collégien, tu le devines...

RICHARD. — II te faisait la cour depuis longtemps?

iMARiii-LouisE. — Depuis assez longtemps. Depuis le début do notre villégiature.

RICHARD. — Et tu ne m'as pas avertir

MARIE-LOUISE, — Cet enfant ne me paraissait pas bien dangereux! D'ailleurs, je ne

MARIE-LOUISE. — Richard, je t'aime!

son obéissance... Ton calme, ton sang-froid...

MARIE-LOUISE. — J'espérais qu'il me rendrait ce service.

RICHARD. — Tu n'as pas eu le loisir de lui dem.ander un service! Non!... Tu ne t'es absentée que quelques minutes... le temps de donner des instructions, un ordre.

MARIE-LOUISE. — Un Ordre...

RICHARD, arec un regard de menace. — Un ordre.

MARIE-LOUISE. — En effet, Fernand a accepté presque aussitôt...

RICHARD, tro}! colme. — Avoue, Marie- Louise, que tout cela est étrange! .Je te dC'ïc de répandre à cett-e simple question : comment...

MARiE-LOUi.SE. — Ne la pose pas. Il est entendu que je ne te cache plus rien, ni mes pensées, ni mes actes. Je me suis adressée à Fernand parce qu'il me faisait la cour.

Richard est revenu au milieu de la chambre et Marise l'a iuivi.

redoute aucun hoaume^ aucune tentation. Je t'aime!

RICHARD. — Tu m'aimes, mais pendant quatre mois tu as toléré que...

MARIE-LOUISE. — Je me reproche cette coquetterie.

RICHARD. — Bon! Nous voici déjà à la coquetterie !

MARIE-LOUISE. — Je me reproche mes torts, mais envers Fernand seul; j'aurais dû le rabrouer plus tôt.

RICHARD. — Tu l'as donc rabroué? ^

MARIE-LOUISE. — Ce soir même!

RICHARD, de j)his en p/ns menaçant. — • Ah! Ah! ce soir!... Comme c;a tombe!... Pas bien sévèrement, j'imagine, puisque deux heures après tu réclamais de lui un dévouement formidable... Formidable! A ta prière, ce garçon, la fierté même, se reconnaît dubliquement coupable d'une indignité qu'il n'a pas commise! C'est héroïque! C'est sublime!... C'est curieux!

MARIE-LOUISE. — J'iii 'fait un vilain cal-

Marie-Louise. — Tu ne me CONNAIS PAS. Richard-

oui. J'ai abusé de sa générosité... Je devii'.ais chez Fernaud un sentiment profond...

RICHARD. — Bah!... A la seconde, tu pariais des sentiments d'un collégien!

MARIE-LOUISE. — Ne tente pas de me faire trébucher dans mes mots ! Je dis la vérité, 'Richard.

RICHARD. — Oh ! Oh ! Profitons de cette Veine ! Si Fennand ne volait pas, pourquoi 'entrait-il sans cesse dans nos appartements, €«n l'absence de Raymond, en l'absence d'Isafbelle, en mon absence?

MARIE-LOUISE. — Et en mon absence!...

Il montait à cette chambre pour cacher, ipour déposer des lettres qui m'étaient destinées.

RICHARD. — Vous correspondiez ?

MARIE-LOUISE. — Grrand nigaud, je n'ai [jamais écrit une seule ligne. Si tu avais pu les lire, ces lettres, tu comprendrais à quel poiiiit...

RICHARD. — Bien entendu, aucune ne subsiste.

MARIE-LOUISE. — Nou. Je les ai rendues à Fernand, pour qu'il les détruise.

RICHARD. — Tu les a rendues à Fernand !... J''y suis! j'y suis!... Tu les auras rendues ce soir, sans dout^ ? ...

MARIE-LOUISE. — Parfaitement, ce soir...

RICHARD, qui se contient à peine. — ■ Gre- <iine ! est-ce que tu as fini de te moquer de moi?

MARIE-LOUISE, essayant d^ embrasser son mari. — Ridha.rd, mon biquet, mon aimé, tu plaisantes... c'est un jeu!

RICHARD, la repoussant durement. — Ah!

va-t'en î Tu ne m'empaumeras pas deux fois !

MARIE-LOUISE, violeute aussi. — Mais que supposes-tu à la fin ?

RICHARD, éclatant. — Je ne suppose plus! J'ai eu dix-huit ans, ma petite, comme ce •hérubin ! Moi aussi je mo suis glissé dans des chambres!... Moi aussi je me serais immolé.

MARIE-LOUISE. — Richard! prends garde, prends garde ! tu regretteras tant!

RICHARD. — Je ne regrette rien ! Je suis keureux, je suis ravi de te voir, de te voir enfin, ae te voir telle que tu es!... Tu n'appliquais pas t-a ruse uniquemedit à crocheter un tiroir, à vider une caisse! Tu me trompais auBsi !

MARIE-LOUISE, liOTs d^clh. — Imbécile!

RICHARD. — Tu me trompais!... Tu me trompes! Seule une maîtresse dispose ainsi d'un gigolo!

MARTE-LOUISE. — Imbécile! Infâme!

RICHARD, au paroxysme. — Quitte ces airs d'amoTfrew«e révoltée! Je ne marche plus!

Amoureuse, tu ne le seras jamais! Une femme dépravée, te voilà! Des sens, oui! Du vice, oui ! Tant qu'on veut, plus qu'on n'en veut !

MARIE-LOUISE, d^unc telle voix qu'elle oblige Bichard à se taire. — Tais-toi!... Je t'ordonne de te taire!... A présent, c'est ta vanité de mâle qui hurle et tu ne m'atteins plus ! Mais je ne veux pas que tu te dorades ainsi! Je ne veux pas aimer un goujat!

RICHARD. — Oh! t«s injures...

MARIE-LOUISE. — C'est entendu ! J'ai volé î j'ai volé! j'ai volé!... Orache-moi à la figure! Livre-moi ! Publie ma honto ! Mais je t'interdis de salir notre passé! Je te défends de toucher à ça!

RICHARD. — Et moi, j'ai assez écouté tes boniments !. . . Bonsoir !

MARIE-LOUISE, $€ jetant devant la porte. — Que prétends-tu faire?

RICHARD. — Eveiller ton petit monsieur, ma belle, et lui dire deux mots !

marietLouise. — • Tu ne sortiras pas !

RICHARD. — Ah ! méfie-toi !

MARIE-Louisfc. — La jalousie t'égare, et

je.

RICHARD. — Allez! place!

Il la saisit par un bras et la fait tournoyer.

MARIE-LOUISE, qu^ est tombée à genoux. — Richard!... Un seul mot!... Tu vois ces fenêtres... Si tu sors...

RICHARD. — Jette-toi sur les rochers ! Je m'en fous !

Il est à la porte.

MARIE-LOUISE, qui s' cst relevée, s' élançant vers la fenêtre. — Tu ne me connais pas, Richard !

RICHARD, qui s'est ravisé. ■ — Arrête!... A quoi rime ce chantage?

M.\RiE-LOUiSE. — Tu ïiB t'aviliras pas!

RICHARD. — Espères-tu m'emprisonner à perpétuité ?

MARIE-LOUISE. — Je te demiande de rétléchir ! Le matin venu, agis comme il te plaira ! Mais, d'ici là, si tu bouges...

RICHARD. — C'est bon! je cède! Allez!... allez!... (Il Vobl'ige à quitter la fenêtre.) Mais tu n'y gagneras rien. Nous passero::^ la nuit ainsi, face à face!

MARIE-LOUISE. — Jc n'en souhaite pas davantage!

RICHARD, levant la main sur elle. —■ Garce !

MARIE-LOUISE. — Oui, frappc-moi !

RICHARD, Il aine Hx. — Tu serais trop contente ! Attendons le jour !

MARIE-LOUISE. — Tu es décidé a ne pl»!

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