‹ Le voleurChapitre 20 sur 65 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, ISABELLE

ISABELLE. — Bonjour, mes amis.

RICHARD. — ' Bonjour, Isabelle.

ISABELLE. — Je suis rQuipue!... Je suis moa-te!,.. morte!... Cette nuit que nous venons de passer!... Ah! vous ne pouvez pas vous imaginer...

RICHARD. — Mais si ! Mais si !

ISABELLE. — Nous ne nous sommes pas couchés, vous savez ! Il y a une heure, je portais encore ma robe d'hier soir...

"richard. — Isabelle, j'ai prié que l'on remît un mot urgent à Ra^inond... Je lui demandais quelques minutes de conversation... Est-oe que...

ISABELLE. — Oui, oui, il va descendre... il s'habille... Je me suis dépêchée... Je tenais à le précéder... à vous parler à tous les deux... Mes eoifants, une folie se prépare. Il faut qu'à tout prix vous détourniez Eaymond du parti auquel il s'est arrêté.

RICHARD. — Quel parti?

ISABELLE. — Voici... Hier soir, après cett-e belle séance, lorsque Havmond et moi nous sommes remontés daais notre chambre, une crise de désespoir a chaviré ce malheureux homme... Il a sangloté... mais saingloté comme un enfant... Il pîeuTait, la tête appuyée sur mon épaule... enfin, un petit enfant... Un peu de calme reconquis, Raymond s'est rendu auprès de son fils. Leur entretien a duré trois heures... trois mortelles heures pendant lesquelles jai attendu mon xnari anxieusement, je n'ai cessé de guetter son pas, son retour!... A la fin, il revient, maître de lui-même en apparence, mais très pâle, parlant d'une voix brève, un peu enrouée, avec des gestes, des tics que je ne lui connaissais pas. Au moins dix fois, il a répété dans un pauvre rire qui faisait mal : '( Bizarre ! très bizarre, on me l'a changé, ou m'a changé mon fils ! » Moi, je no voulais pas interroger avidement, mais, aux quel- (|ues phrases prononcées, j'ai compris que Fernand ne témoignait qu'im très vague repentir, montrait une inconscience effrayante. Ah! ce garçon! Quelle énigme!... Bientôt, Raymond m'a T-riee de me metlre au lit . et do ^e laisser méditer sur la situation. J'ai ro. msé de me coucher. J'ai ouvert un livre et j'ai fait semblant de lire. Raymond s'est abîmé profondément. A je n© sais quelle heure, au petit jour, iî s'est levé tout à coup. il r. sonné pour qu'on éveillât Aubrv, -'^-i ^ocréiairo, j^ur il m'a regardée très

ment, il m" a embrassée, et il m'a annoncé du ton le plus naturel qu'il prenait une dérision^ oalle d exiler Fernand !

RICHARD. — De l'exiler!...

ISABELLE. — Enfin, de l'envoyer au loin*

RICHARD, surpris. — Ah!

ISABELLE. — Oui! Pour très longtemps!

RICHARD, plus posément. — Ah!... (I'ti.

^emps.) Et où Tenverrait-il ?

ISABELLE. — A Rio, OU, plus exactement, à Montef accio !

RICHARD. — A la plantation ?

ISABELLE. — Oui! Raymond n'écoute même pas mes prières. Feniand doit partir sur-le-champ. Il restera là-bas deux ans, jusqu'à sa majoi'ité.

RICHARD, d^un ton réfléchi. — Ah!

ISABELLE. — Vous ne bondissez pas?

RICHARD. — Permettez, ma chère Isabelle, que j'examine...

ISABELLE. — Et toi, Marisc, tu ne dis rien !

MARIE-LOUISE, que rémotion bouleverse, craintive, regardant Bichard. — > Mais, Isabelle, je pense comme toi... Je...

RICHARD, doucement. — Cest bien, je préfère que Marie-Louise n'intervienne paf;.

ISABELLE. — Vraiment, vous m'ahurissez l'un et l'autre! Vous aimez bien Feruiand, cependant ! Il est coupable, il est très coupable... j'en conviens... Mais, sans doute, nous ignoroais certaines circonstances... Et, avant tout, le bonheur de Raymond ! Mon pauvre grand se déchire lui-même, .se mutile... Quand Fernand sera banni de la maison, quand il vivra au diable, à l'autre bout du monde, son père souffrira en dedans comme il a souffert devant moi depuis liier soir!... Non, mes chéris ! je compte sur vous pour jeter bas ce projet qui est lamentable, qui est funeste, qui mènerait à...

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