SCENE III
Les Mêmes, RAYMOND
RAYMOND. — Pourquoi t'interrompre, mon enfant?
is.ABELLE. — Raymond, j'ai dit à nos amis ta résolution.
RAYMOND. — Je ne te le reprm*lierai certes pas!... Je me disposais à les instruire.
ISABELLE. — Et puisque je ne suis plr.consultée, puisque tu négliges mes avis...
RAY.MONT», tendrement. — Isabelle!
iSAmîLLE. — J'engage énergiquoment ^L^rise et Richard à user de leur pouvoii i )ur que tu reviennes siir cette résolution
ray:\iond. — Ma chru-e femme, coin; ioî:v^ donc que tous les motifs qui existent d'incliner vers l'indulgence, niou ocaur qie lea a ré-
Le \'oleur
pétés et répét-és pendant cette mauvaif^e nuit. Aucun ne prévaut! Tu nraimes, Isiibelle, et tu ne te préoccupes que de mon sort,
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IIEIE-LOUISS. - Quel est qk sem.-.
que de mon bonheur ! Mais moi; sous peine de me comporter en pauvre sire, je dois taire bon marché de ces betises-là, je dois préserver l'avenir de mon fils.
is.vuELLE. — Seulement, tu ne lui tiens pas compte de son passé!
iiAYMOM). — Pardon! Je ne l'oublie pas, ce passé. Fernand mérita longtemps mon immense confiance. Je continue à le prét-endre.
ISABELLE. Tu VOis !
RAYMOND. — Je vois que mon gamin n'est pas armé pour son métier d'homme. Je vois que la première tentation Ta terrassé, qu'au premier jupon il se déshonore, qu'une gredine quelconque l'ensoaxelle. Voilà ce que je vcis !
ISABELLE. — Voilà 06 que tu supposes ! RAYMOND. — Fei'nand ne s'en défe.id même pas ! Pendant ma conversation avec lui, je guettais âprement des sanglots, un éclat-, le remords!... J'ai attendu en vain!... Oh ! on a versé quelques larmes, à cause de mes larmes à moi ! Mon fils voulait bien me plaindre! Mais ce n'était pas de la pitié que je venais chercher! {Imposant silence à sa femme.) Grois-moi ! Croyez-moi! Il faut que je mette des lieues et des lieues entre ce faible gosse et cette fille, entre ce malheureux gosse et Paris, les pièges, les turpitudes de Paris. Demain, un bateau des Messageries part de Pauillac. Eh bien, dans quelques minutes, Fernand quittera la maison et, ce matin même, il prendra le train pour Bordeaux. L'automobile est commandée, les malles sont prêtes. Aubry, qui entreprend sa douzième traversée, accompagne Fernand, me répond de lui, ne le lâchera pas d'une semelle pendant tout le séjour,
ISABELLE. — Raymond, c'est une chose aff leusè !
RAYMOND. — Bien moins affreuse que tu ne l'imagines? On n'en meurt pas, Dieu merci, d'habiter le Brésil! J'y ai passé un tiers de mon existence!.., Richard a fait le voyage cinq fois. Et puis, à quoi bon prolonger un débat cruel? Ici, mon petit court un péril et rien ne m'empêchera de l'y arracher, de l'expédier vers une existence robuste, vers sa régénération ! Richard, tu désirais me parler?
RICHARD. — En effet, je com.ptais précisément t'entret-enir de cette affaire, t'offrir de chercher avec toi une solution. Mais je viens de t' écouter, de t'écout-er attentivement et... je n'ai plus rien à t-e dire.
ISABELLE. — Comment l'entende^vous, Richard ?
RICHARD. — Dans un cas aussi sérieux, un père m'apparaît non seulement comme le seul maître, mais encore comme le seul bon juge.
iSABELi£. — ■ Oh!... Voyons, Marise...
Marie-Louise, terrifiée, presque défaillante, €i que Richard n'a pas quittée des yevus^ se w-t.
RAYMOND, interroniiKint Isabelle, et à Bichard. — Mon vieux, c'est parfait, nous nous comprenons. Et maintenant, à tous trois, j'adresse une prière! Fernand ignore la mesure prise, il ignore même que les doanestiques achèvent d'emballer ses affaires. Je lui ai donné l'ordre de s'installer dès son réveil dans le petit fumoir et de me rejoindre ici il neuf heures. (Regardant sa montre.) Il va venir et apprendre mes intentions. Chers amis, je vous demande de demeurer, de m 'entourer... Aussi bien, il faut que Fernand prenne congé des uns et des autres... et puis, hier soir, vous ave.?; comme moi recueilli ses paroles, et puis... et puis... ces exécutions, je n'en ai vraiment pas l'habitude... Je suis malheureux... assez malheureux... et malgré... malgré tout... je me méfie un peu de moi-même ! Voulez-vous rester ?
RICHARD. — Certainement.
RAYMOND, s^approcliant d^ Isabelle qiii iente ercore de le fléchir. — Chut!... Chut !... c'est ainsi...
MARîE-LoriSE, bas à Bichard. — Richard j'étouffe, j'étrangle... Quel est ce jeu... Tu as donc abandonné ton idée?... Tu ne parleras pas ?
RICHARD, à denn-voix, et impassiblement, i- — Il faut le croire.
MARIE-LOUISE, même jeu. — - Mais alors, pourquoi encourager Raymond? Pourquoi ne pas t'op poser à...
RICHARD, même jeu. — J'ai mes raisons.
MARIE-LOUISE, même jeu. — C'est atroce !... Tu me fais mourir. Tu sais, je sors... je m'en vais... je refuse d'assister à...
RICHARD, même jeu. — Reste ici!
MARIE-LOUISE. — Richard, pour rien au monde... je n'assisterai à...
RICHARD, d\me voue très douce, mais en tenant fortement Marie-Louise par le poignet. — Reste ici.
MARiE-LOUîc-:], près de s'évanouir. — Richard, par charité...
RICHARD, qui articule à peine. — Reste