‹ Le voleurChapitre 22 sur 65 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

Les Mêmes, FERNAND

FERNAND. — Il est ueuf heures... tu m'arais prié de...

RAYMOND. — Oui. Assicds-toi. (T'n temps.) Mon enfa.nt, nous nous sommes expliqués, toi et moi, longuement, très longuement, suffisamment. Tu n'entendras plus ni semonces, ni reproches. Je veux espérer que le Fernand d'autrefois n'est pas mort tout à fait et que déjà s'éveille en toi un passionné désir de recouvrer ta propre estime. Or, la vraie, la belle réhabilitation consisterait à acquérir

par ton travail et à restituer, petit à petit, la somme dérobée. N'est-ce pas?

FERNAND. Oui.

RAYMOND. — Eh bien, je vais te donner le moyen de ga^'iier ta vie, de gagner cet argent. Oh ! le programme ne te sourira probablement pas, mais en l'acceptant sans murmurer, tu commenceras à te relever à nos yeux. Tu te destinais à la diplomatie. Tu de\Tas renoncer à cette carrière. Tu deviendras u?i industriel comme moi. A dater d'aujourd'hui tu fais partie de notre maison, tu toucheras des appointements. J'espère que tu t'initieras vite et qu'après ton service militaire je pourrai t'octroyer une part de bénéfices, enfin, te prendre comme associé. Je t'ai réservé un avenir assez enviable encore. Seulement, Fernand, tu n'ignores pas que nos principaux intéa'êts, que le centre de nos affaires, se trouvent au Brésil. Tu accompliras donc, comme le font tous nos employés, grands et petits, un stage dans l'Amérique •du Sud. Et puisqu'en ces derniers temps l'atmosphère de Paris ne te réussit pas à merveille, j'ai décidé que tu t'embarquerais immédiatement.

FERNAND. — Immédiatement ?

RAYMOND. — Immédiatement. Je suppose, d'ailleurs, qu'après l'incident d'hier, un délai de quelques jours te paraîtrait plutôt pénible. Il est des regards, des souvenirs que tu tiens certainement à éviter.

FERNAND. — Mais, papa, tu ne...

RAY'MOND. — Enfin, mon cher garçon, quel que soit ton sentiment, il ne te reste qu'à obéir. Le bon Aubry, que tu aimes et qui t'aime, te sera un compagnon fidèle. Il t'attend à la gare d'Orléans. La voiture va t'y conduire et ce soir vous coucherez à bord du paquebot qui...

FERNANT). — Mais, papa, ce n'est pas possible. Ce n'est pas vrai ! Tu ne vas pas ma chasser ainsi !

RAYMONT). — Je ne te chasse pas, Fernand l

FERNAND. — Mais combicu de temps faudra-t-il que je... que je...

RAYMOND. — Tu séjoumeras, comme il est habituel, comme il est nécessaire, un an à Montofaccio et un an à Rio.

FERNÀND, dont le chagrin éclate. — Deux ans! Jfe passerai deux ans sans vous voir, saais te voir !...

R.\YM0ND, ^!// maîtrise son émotion. — Deux ans, oui, Fei-nand.

FERNAND. — Deux aus ! Ce n'est pas possible! Ce n'est pas possible! Deux ans!... 'Son, réfléchis encore!

RAYMOND. — C'est tout réfléchi, et tu te heurtes en vain.

FERNAND. — Mais c'cst é{x>uvantable !. .. Mais tu ne peux pas sérieusement... Non!...

RAYMOND. — Ne me force pas à te donner des raisons. Tu m'as causé une grande douleur, n'y ajoute pas la torture !

FERNAND. — Papa, cherche une autTe '^v-. nition... un châtiment...

RAYMO>n). — Mon but n'est pas de châtier !

FLUNANu. — Ecoute!... Ecoute!... Si je te promets, si je te jure que dans l'avenir...

RAYMOND. — Ahl tais-toi ! xki.s ces mots-là ! Je ne veux pas que tu sois le polisson que l'on met à la porte! Sépare-toi de nous en gaillard qui s'est ressaisi, qui comprend, qui approuve! Plus une parole!... {Prenant Feriiand par les mains.) Au revoir, mon hls ! lionne chance! {Il l'attire à lui, V embrasse, et y très remué.) Au revoir, mon grand gar- CjOii! Devieiis et reviens un brave homme. {Vn court silence. Fernand, comme hébété, ne bouge pas. Energiqucnient.) Allons! Fernand! Allons!... Fais tes adieux à Isabelle, à tes a-mis... Allons...

Un silence.

FERNAND. — Bien, bien... (Un temps.) Bien... (Fresque chancelant il s'approche d'Isabelle.) Au revoir, Isabelle.

-ISABELLE, qui reti&nt à grand'peine ses larmes, V embrassant. — Au revoir, mon cher petit. .

FERNAND. — Au revoir, Richard.

RICHARD. — Au revoir, Fernand.

Ils se serrent la main. Fernand se dirige vers Marie-Louise, qui se raidit pour ne pas tomber. Leurs lèvres remuent, mais l'on ne perçoit aucune parole. Leurs mains se touchent à peine, puis lentement Fernand gagne la porte du hall. Au moment de l'atteindre, il se ravise, revient sur ses pas et tombe à genoux devant son père.

jERNAND. — Papa!... papa, aie pitié de moi !

RAYTtïONB. — Ah! va-t'en! J'ai honte de ton humiliation... Va-t'en! va-t'en! vat'en;.. C'est toi qui es à genoux et c'est moi qui supplie ! Va-t'en !...

Fernand, éperdu, se relève et sort en courant.

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