‹ Le voleurChapitre 48 sur 65 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JOUJOU, LE CERTIER

LE CERTiER. — Eli bieii ! Joujou, voici le triste jour de votre départ arrivé.

JOUJOU, joyeusement. — ■ Mais oui, niais oui !

LE CERTIER. — Vous 11' 611 paraissez pas très affectée...

JOUJOU. — Oh ! nous allons tous nous retrouver dans si peu de temps ! Et puis, je ]'aroue, je suis de très bonne humeur aujourd'hui; d'alxj-rd, j'ai reçu quatre lettres.

LE CERTIER. — Ah! votre courrier joue un rôle ?

JOUJOU. — Je vous crois! J'ai horreur de ne pas trouver le matin, des lettres à côté de ma tasse ; il me semble que j'entame une journée creuse, vous ne connaissez pas cette sensation ?...

LE CERTIER. — Heureuscment non, car c'est ma vie qui serait creuse; personne ne m'écrit, à moi.

JOL'JOU. — Pas même votre petite amie?

LE CERTIER, — Je u'ai plus de petite amie.

JOUJOU. — Et la jolie person^ie dont j'ai vu la photographie, vo'as l'avez quittée?

LE CERTIER. — Je l'ai mariée... oui, à mon t-apissier, un brave garçon avec qui elle me trompait depuis longtemps.

JOUJOU. — Xon ! Vous ne m'aviez pas raconté ça, notre oncle. Vous avez eu du chagrin?

LE CERTIER. — Pas le moindre. Cette petite s'ennuyait avec moi, je ne m'amusais pas avec elle, et pour ne pas lui faire de peine, je gardais ce tapissier qui ne fait que des horreurs ; à présent je vais chez un homme qui a beaucoup de goût et je vis liien plus tranquille.

JOUJOU. — Notre oncle, expliquez-moi une chose je vous ai connu successivement des taïj da bonnes amies...

LE CERTIER. — Oh, des tas!

JOUJOU. — ^Fettons plusieurs bonnes aTiiies à qui vous abandonniez généreusement la majeure partie de vos revenus...

LE CERTIER. — Oh! la majeure partie!...

JOUJOU. — Mettons la moitié de vos reî cnus. Tout le moude doit s'imaginer que la f'jciét'é d'une petite dame vous est indisponsablo et pas du tout! vous êtes parfaitement mélancolique, les soirs oîi il vous faut dîner avec votre flamme et parfaitement heureux quand vous pouvez annoncer à vos amis : « Je viens de rompre avec mademoipello Vnc Telle » !

LE CERTIER. — C'est vrai.

JOUJOU. — Alors, je ne comprends pas...

LE CERTIER. Moi , HOU plllS.'.. OU plutôt si, je comprends, mais je canipreuds aiiSbi qi-ie vous ne compreniez pas.

JOUJOU. — Enfin, vous -avez des raisons...

LE CERTIER. — Oui, j'ai des raisons... des raisons à côté... D'abord, jusqu'à quarantetrois ou quarante-quatre ans, il est décent pour un célibataire d'entret-enir un petit collage... C'est bien vu, ça permet aux gens de dire : <( Le Certier, il a une maîtresse, mon cher; il ne s'en cache pas, une petite femme très chic, du reste. » J'ai fait ce sacrifice aux convenances, et puis... et puis...

JOUJOU. — Et puis?

LE CERTIER, résolumeiit. — Il y a autre chose ; voyez-vous, ma petite Joujou, je n'ai jamais eu, moi, ce qu'on peut appeler de grands succès auprès des femmes, je n'en ai même pas eu de petits, non, '.e ne crois pas... je ne nie rappelle pas qu'une femme ait jamais été amoureuse de moi...

JOUJOU. — Allons donc, toutes les femmes vous adorent!

LE CERTIER. — Oui, oui, justcmeîit, elles m'adorent, elles m'ont toujours adoré, ça été mon malheur... Je n'avais pas trente ans que déjà leur adoration m'avait baptisé : (( notre oncle », et, n'est-ce pas, lorsque les femmes appellent un monsieur (c notre oncle », c'est qu'elles n'ont pas très envie de faire l'amour avec lui,

JOUJOU. — Voulez-vous bien vous taire!... D'abord, je ne suis pas du tout de votre opinion, un homme qui inspire de la sympathie réussit à tout ce qu'il veut.

i,E CERTIER. — Quelle erreur, ma pauvre Joujou ! Tenez, Maurice et moi. nous avons toujours été des inséparables, en dépit de mes cinq ou six ans d'aînesse; eh bien, chaque fois que sur notre chemin s'est rencontrée une femme désira'ble et que je désirais, par conséquent, il ne se passait pas quarante-huit heures sans qu'elle se prit pour moi d'une sympathie... mais d'une sympathie!... (( Notre oncle par-ci, notre oncle par-là... Notre oncle, vous êtes tout bonnement en train de devenir mon meilleur ami!... Par exemple, je n'en dirai pas autant de votre caiiiiarade Maurice! avec ses airs de se ficlx?r du monde, il ne me revient pas du tout ! » Je savais trop ce que me réservaient ces paroles-là ; quelques semaines plus tard, j'entendais : (( Notre oncle, je vous aime t.-'iit que je vais vous faire un aveu; vous savez, votre ami Maurice, eh bien, il me semble que je commence h en être un peu anu^ureuse... oh, un tout petit peu! >> Et c'«>;t comme ça flue, l'une après l'autre, elles m'ont pas^ sous le nez... A la fin, j'ai fini par 'm'}" faire... ou presque...

JOUJOU. — Ce Maurice, il est donc si terrible?

LE CERTIER, ovec Jcrruragcment. — Ahl vous ne vous imagi.iez pas !

Un t-emps.

JOUJOU. — Pauvre notre oncle!.. Je ne vois pour vous qu'un moyen de .salut, dans

Joujoiîi

— Non, non, vous

Jo ne voulais pas

A^'ous, ce n'est pas

ces occasions-là, vous devriez vous faire guider, demiuider des conseils... oui, à une femme, à une «imie...

LE cKiiTiER. — Je n'en ai pas.

jorjor. — Voilà un mot qui n'est guère gentil.

LE CERTIER. trOuWc.

ne m'avez pas cou^^ris.

dire ça... Vous, c'est...

la même chose.

joujoi'. — Oui, sans doute, je manque un peu d'expérience pour les affaires galantes, du reste je ne me ])roposais point... Mais j'y pense, il doit y avoir une raison pour que vous me confessiez comme ça toutes vos petites misères... Est-ce que, par hasard, ^'ous' seriez amoureux en ce moment?

LE CERTIER. — Moi ? Eu voilà une idée! Vous ne voudriez pas!... J'ai assez ri! Moi, amoureux! Ah, là, là, quand on m'y reprendra !..,

JOUJOU. — Hubert!

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