‹ Le voleurChapitre 58 sur 65 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

THERESE, puis LE CERTIER

THÉRÈSE, tt la porte de droite et parlant à une personne invisible pour le public. — Oui, madame, monsieur Le Certier a dit au portier qu'il monterait dans deux minutes. {Un temps pour une réplique que le public n'entend pas.) Bien madame. (Un temps.) Oui, madame, je l'attends ici. (Elle ferme la porte, s'avance vers la fenêtre. Passant Je doigt sur le dossier d'un fauteuil.) Quelle

poussière ! Si c'est permis ! Ah ! ils n'en font pas lourd les domestiques dans les hôtels. (Ce disant, eUe s'est assise sur le fauteuil en question.) C'est beau la mer, tout de même! {Contemplation de la nature. On frappe à la porte de gauche doucement d'abord, pui$ un peu plus fort. S}(rsautant.) Entrez!

Paraît Le Certier, il tient un bouquet à la main.

LE CERTIER. — Boujour, clièfe amie, }o ne vous dérange pas, au moins?

THÉRèsE. — Ce n'est pas madame, mousieur... Si monsieur veut se donner 1»

peine...

Joujou

LE CERTiER. — Ail ! c'est VOUS, Tliérèse ?

THÉRÈSE. — Oui, monsieur... madame vous prie de l'excuser, elle vient tout de suite.

LE CERTIER. — Boujour, Tliérèse.

THÉRÈSE. — Bonjojr, monsieur Le Certier. En voilà un beau bouquet! Je connais quelqu'un qui sera content.

Elie prend les fleurs des mains de Le Certier et les met dans un vase.

LE CERTIER. — Madame est sortie?

THÉRÈSE. — Non, non, monsieur, madame est à côt-é avec mademoiselle de Nitchewska .

LE CERTIER. — Qu'est-cc qu6 c'cst que ça, IVr'^ de Nitcliewska?... Une princesse r usse ?

THÉRÈSE. — Oh ! non, monsieur, c'est la manucure.

LE CERTIER, distrait. — Ah! oui... {Un temps.) Eh bien, et le voyage en Engadine?... On y a, renoncé, j'espère.

THÉRÈSE. — Mais pas du tout, monsieur, je ne serais pas surprise que nous partions demain.

LE CERTIER. — Demain !

THÉRÈSE. — Oui, monsieur.

LE CERTIER. — Demain! C'était donc sérieux!... Que'Ile drôle d'idée de s'en aller en plein hiver dans un pays de glaciei's, quand on est si bien ici, au soleil!

THÉRÈSE. — Si bien... Monte-Carlo, c'est amusant pour les gens qui jouent, et madame ne met jamais les pieds dans la salle de jeux.

LE CERTIER. — Il n'y a pas que la salle de jeux... il y a les promenades, la toilette, le théâtre...

THÉRÈSE. — Je ne dis pas, mais monsieur sait comment est madame; ici, ou ailleurs, c'est la même chose ; depuis deux ou trois ans, depuis que madnme s'est mis dans l'idée de voyag'^ les trois quarts de l'année, elle ne se plaît nulle part... On s'installe dans un endroit pour y passer des mois, et on n'y est pas depuis quinze jours que madame commence à s'ennuyer : (( Quel trou! Je prends cet hôtel en grippe ! L'air est mauvais! » et patati, et patata... Et un matin : (( Thérèse, faites les malles, nous partons ». Jamais ça ne manque!... monsieur ne trouve pas ça curieux ?

LE CERTIER. — Si, très curieux.

THÉRK.«E. — Pour ma part, je ne me plains pas, j'adore les déplacements, et puis, madame est si bonne!... Avec elle on irait au bout du monde!

LE CT.RTiER, convaincu. — C'est vrai.

TA vorx DE JOUJOU, ù lu cantonade. — Thérèse ! Thérèse !

THÉRÈSE. — Madame ! Si monsieur veut attendre une petite minute.

Elle sort.

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