SCÈNE II
LE CERTIER, puis JOUJOU
LE CERTIER, seul. — Demain! elle s'en va demain! Si je ne lui parle pas aujourd'hui, je suis un homme fichu! {Devant la glace.) Oui, mon vieux, c'est aujourd'hui ou jamais!
Il s'examine minutieusement dans la glace, il se retourne pour l'entrée de Joujou.
JOUJOU. — Bonjour, notre oncle !
LE CERTIER, même sourire qu'à son arrivée. — Bonjour, chère amie, je ne vous dérange pas au moins .^
JOUJOU. — Vous plaisantez !
LE CERTIER. — Je VOUS ai apporté quelques... quelques...
Il jett^e des regards de tous les côtés.
JOUJOU. — C'est votre bouquet que vous cherchez.^ Le voici.
LE CERTIER. — Ah! oui, Tliérèso me l'a pris des mains.
JOUJOU. — J'ai été bien inspirée le jour où j'ai déclaré devant vous que je raffolais des Heurs, depuis lors, mon salon n'en a jamais manqué; j'espère que vous n'avez pas commandé celles-ci à Paris?
LE CERTIER. — A Paris?... Mais non, je les ai choisies ce matin à Nice; pourquoi mo demandez-vous cela?
JOUJOU. — Parce que, hier soir, je pen*sais à un tas de vieilles choses... Vous n» vous souvenez pas de m'avoir offert, il y a... voyons, il y a trois ans et demi, une gerbe que vous vous étiez fait expédier de Paris aux environs de Dijon ?
LE CERTTER. — Ah! oui, à Malvcmey, j© m'en souviens parfaitement, vous partiez pour la Normandie.
JOUJOU. — Oui, c'est le jour en question que j'ai vu Blanche et Maurice pour la dernière fois.
LE CERTIER. — Pas possîble !
JOUJOU. - — Réfléchissez.
LE CERTTER. — Ma foi, VOUS avcz raison, c'est pendant votre absence que l'état de Blanche s'est aggrave subitement.
JOUJOU. — Sans nu'on me prévint !
lE CERTTER. — Oh! ma petite Joujou, je vous en prie, ne ranimons pns cctt» vieille querelle ; votre retour eût inquiéta Blanche, et, du reste, les médecins prescrivi-'en-t d'urgence cette fameuse saison en Algérie...
JOUJOU. — Qui dure depuis trois ans.
LE CERTIER. — C'cst pourtant vrai, troia années ont passé là-dessus tout doucement.
JOUJOU. — Tout doucement. {Un temps.) Il vous a paru vraiment que Blanche ne souffrait pas de sou. exil, qu'elle avait pris
Le Certier.