‹ Le voleurChapitre 7 sur 65 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, RAYMOND et, presque aussitôt, ISABELLE

RAYMOND. — Ah! jeunes gens. . {S^ interrompant ) Fernand est là?

MARIE-LOUISE. — Xou. Il cloit sc promevov dans le fond du parc.

RAYMOND. — Bon. Vous lie vous sauvez pas, hein ?

RicH.\RD. — Figure-toi, mon vieux, que Maric-Louise et moi nous arous été pris d'une migraine... la même...

R.WMOND. — Mes enfants, il ne sauiait être question de vous éclipser !

MARIE-LOUISE, suppUaut. — S'il vous plaît !

RAYMOND. — Je ne vous retiens ni par convenance ni par égoisme ! J'ai absolument besoin de vous.

MARIE-LOUISE. — Je la connais!

RAYMO.VD. — Précisément, vous ne la coniiaissez pas du tout ! Il s'agit d'une communication urgente et grave.

MARIE-LOUISE. Oui !

RAYMOND. — Urgente et grave.

RICHARD. — C'est qu'il a l'air sérieux, le grand !

liAYMOND. — D'ailleurs, cette communication aura l'avantage de vous intéresser ei, par un côté, elle flattera l' amour-propre de notre petite Marise.

MARIE-LOUISE. — Elle me flattera?

RAY'MOND. — Parfaitement! Ou je m'abuse fort, ou la personnalité de M. Zambault ne laissait pas que de vous paraître énigmatique...

MARiE-TX)UiSE. — Quoi ! Euigmatique?

Que signifie?... Tu me payeras cela. Isabelle!

ISABELLE. — Mais, ma ohérie...

RAYMOND. — Ne vous eu défendez pas, puisque j'admire profondémeîît votre pei-spicacité.

MARIE-LODI9E. — Je lie comprends plus!

En vérité, je ne comprends plus.

RAYMOND. — Eh bien, l'affaire que M. Zambault me proposait et que je de- •^•ais examiner, invention, prétexte! D'ailleurs, M. Zambault ne s'est jamais occupé d'affaires financières et je ne m'étais jamais trouvé en rapports avec lui. Bien mieux, il y a huit jours, je ne le connaissais même pas de nom, et, puisqu'il s'agit de son nom. j'ajoute que M. Zambault ne s'appelle pas 5l. Zambault. Ah!

M.\RiE-LOUiSE, se prenant le front à deux mains. — Arrêtez! Arrêtez! Arrêtez!

RICHARD. — Dis donc, vieux, tu e? bien sûr que tu ne te payes pas notre tête?

RAYMOND. — Je vous douuc ma parole d'honneur que j'exprime la stricte vérité!

RICHARD. — Etrange! Etrange!

ISABELLE. — Enfin, pourquoi ce mystère?

RAYMOND. — Vous allez l'apprendre. Mais procédons avec oixlre. Richard, veux-tu jeter un coup d'œil dans le hall... tu seras gentil! {A Marie-Louise.) Vous êtes certaine que Fernand se promène dans le parc !

M.ARjE-LOUiSE. — Je le pense... il m'a quittée en me déclarant qu'il avait mal à la tête et qu'il allait faire un grand tour.

RAYM0^fD. — Parfait. Je lui fournirai une ver.sion succincte des événements. J'élève mon petit bonhomme dans certains principes et, à tous points de vue, je préfère... Enfin, vous verrez ! asseyez-vous !

ISABELLE, à la blague. — fa^ressi^wiuant, n'est-ce pas?

MARiii-LOUiSE, nu' me jeu. — J« h« vendrais p.>s ma place.

rirnAHD, qvi apporte une chaim à bout de ' 'f;. chantant 5-JW Vair de u Mmn-iin » ;

M' est-ce plvf Zambauit , Que cette, main prewi ?

if^

RAYMONT). — Là! L.à!... Vous y êtes?... Mes chers enfants, je réclame du silence et de rattv?nti(:»n... Afon premier soin sera de vous demander pardon. Nous sommes ici quatre amis qui n'avons jamais eu de secrets les uns pour les autres. Marise et Isa^ belle ont grandi ensemble, Richard et moi ntus sommes de cliers vieux copains de vingt ans. Nos deux ménages ont continué les traditions fraternelles, et pourtant il m'a fallu cacher quelque chose à ma chère Isabelle, à notre petite Marise, à mon bon Richard. J'espère que voms ne m'en tiendrez pas rigueur, lorsque vous KX>nnaîtrez J'enchaîne- D^ent des faits.

RiCH.\RD, avec de petits coups approbateurs sur le dossier de sa chaise. — Très l'ien ! Très bien !

RAYMOND. — Avant de céder la parole à M. X., à l'ex-monsieur Zambault...

ISABELLE. — Tiens' Où est-il passé?

RICHARD. — Il vient de filer mystérieusement...

ISABELLE. — Toujours mystérieusement !

RAYMOXu. — Rassurez-vous. Il reparaîtra à point nommé.

RICHARD. — -Ah! tu nous cuisines bien!

RAYMOND. — Avant de céder la parole à M. X., je désire exposer en quelques mots l'événement qui a motivé son intervention. Je commence. Je ne sais à m?, jolie, à ma bonne et charmante femme qu'un défaut tout petit.

ISABELLE. — Bien ! Je suis sur la sellette!

RAYMOKO. — Ma chérie, entre nous, hors de la présence de Fernand, on peut bien le constater, tu es un peu, tu es effroyablement dépensière!

IS-\BELLE. Soit!

RAYMOXD. — Du reste, loin de moi l'intention de te blâmer : je suis trop heureux Cjue le Brésil produise du bon café et que nos revenus te peraiettent de jeter, an peu, l'argent par les fenêtres... Cependant, je dois avouer que, depuis notre installation au château, Isabelle m'effrayait! Il ne se pr-ssait pas de semaine qu'elle ne me remît un ou deux solides chèques à encaisser au bureau. A la fin, je lui en exprimai assez vivement ma surprise. De là, petite querelle, petite brouille. Isabelle était furieuse de n'avoir pas tout à fait raison et elle me battait froid. Quand, soudain, la colère l'inspirant, cette pensée luit en elle que rien ce serait plus facile, pour un voleur, que de la voler.

MARIE-LOUISE. — Oh!

RAYMOND. — Lorsque je touche un chèque pour Isabelle, je rapporte généralement un rouleau de louis, une ou deux Hausses de petits billets et un ou deux gros billets. Isabelle jette pêle-mêle louis ot billets de tous formats, dans le tiroir d'un meuble de son boudoir. (.4 Marie-Louise et à Richard et en montrant Vétune supérieur.) Je pa-le du pe-

tit boudoir, qui, là-haut, sépare vos appartements des nôtres.

MARTE-LOUISE. — Comment, tu enfermci do pareilles sommes dans un...

RAYMOND. — Mon Dicu ! nos domestiquer sont anciens, notre confiance était grande.. c

RICHARD. — Ma parole ! au cliâteau, j'et ferais autant!

RAYMOND. — Avec cctto différence que tv connaîtrais ton encaisse.».

RICHARD. — Hélas !

RAYMOND. — Et qu'Isabelle ignorait complètement le chiffre de la sienne.

ISABELLE. — Qu'est-ce que je prends î

RAYMOND. — Mon enfant aimée, il faut que je raconte avec précision...

ISABELLE. — Mais Certainement!

RAYMOND. — A la vérité, Isabelle fermail toujours le tiroir à clef et dissimulait cette clef dans d'impénétrables cachettes. Mais le meuble, un secrétaire Louis XVI, est d'é}x>que et la serrure paraît vieille et défectueuse. Bref, Isabelle, en proie à de vilains pressentiments, résolut de tenter une expérience. Elle additionna le contenu de soir tiroir, elle inscrivit le total et elle attendit. L'expérience réussit brillamment. Le lendemain, huit cents francs manquaient.

MARIE-LOUISE. — Non 1 ISABELLE. Oui.

RicH.'.RD. — Charmant! Mais qui a pu?

RAYMOND. — That is the question.

MARIE-LOUISE. — Maîs VOUS soupçoQnez quelqu'un?

[isAï^ELLE, avec un geste d'ignoraricc, — Pour ma part...

RICHARD. — Moi, je me m.éfierais du petit valet de cliambre ! le petit Justin!

RAYMOND. — Mes aniîs...

MARIE-LOUISE. — Riky, tu as tort. Tu ne devrais pas accuser sans...

ISABELLE. — Et puis le petit Justin ne pénètre jamais dans la partie du château...

RAYMOND. — Mes amis ! Mes amis...

MARIE-LOUISE, — D 'ailleurs, il n'est pas assez roublard.

RICHARD. — Il a l'air sournois... (1)]

RAYMOND. — Mes amis, n'anticipons pas!

Et laissez-moi continuer. Ma femme m'apprend la joyeuse nouvelle. Nous passons notre sowée* a- vv^tm<t\iiiL'C la coniptabdilé du trimestre écoulé. Et nous nous apercevons ainsi que le montant des sommes dérobées s'élève, au minimum, à vingt mille francs.

MARIE-LOUISE. — Vingt mille francs!

RAYMOND. — Minimum.

RICHARD. — Et tu ne nous as rien dit.

RAYMOND. — Tais-toi. Le lendema«in à notre réveil tu étais parti pour Paris. Je devais, moi-même, m'y rendre, après-midi, te ren^^ntrer au bureau, et je comptais, à ce moment-là, te faire un récit complet, te dé-

fi) Les huit répliques entre crochets presque ensemble et dans un -léger brouhaha.

Isabelle. — Bien 1 jk sus

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