SCÈNE VIII
JOUJOU, MAURICE
MAURICE. — Touchant exemple d'amour conjugal. Joujou, ne vous balancez pas comme ça, vous me donnez mal au cœur!
JouJou. — Je me balancerai si je veux, c'est mon seul amusement dans la vie.
MAURICE. —— Joséphine Meyran, je vous somme de ne pas...
Jougou, se dressant. — Je vous défends de m appeler Josephine!
MAURICE. — C’est votre nom de baptême, cependant.
JouJou. — Mon nom est Joujou et je vous prie de m'appeler Joujou! |
MAURICE. — Je vous appellerai comme il
vous plaira, à condition que vous ne vous balanciez plus.
souJou. — Ça devient de lesclavage, heureusement que je m'en vais dans quinze jours.
‘ MAURICE. Joujou, ma petite Joujou, vous ne commettrez pas cette vilenie!
JouJou. — Je me gênerai!
MAURICE. — Vous nous lâcheriez avant là fin de la saison... Je ne vous le pardonnerais ‘de ma vie. |
JouJou. —— Mais vous êtes toqué, mon pauvre Maurice, je suis déjà restée un mois de plus qu'il n’était convenu.
MAURICE. — C’est un reproche?
JouJou. — J'ai une mère, vous n'avez pas l’air de vous en douter.
MAURICB. — Si, si, je m'en doute! vous
me parlez que d’ aller la rejoindre.
JOUJOU. C’est assez naturel.
MAURICE. Pardon, une question. Maame votre mère se plaît à la campagne”
sousou. — Elle #y plaît surtout quand elle a sa fille auprès d’elle.
MAURICE. —— Laïssons-là les nuances : elle se plaît à M campagne et moi je My ‘4ssomme.
Jougou. —— Ce n'est vrarment pas la faute de maman!
MAURICE. — Ni la mienne. La santé de mia femme rend cette villégiature indispensable, alors, je me sacrifie.
Jousou. —— C'est beau!
MAURICE. — Oui, c’est beau, car la wie de
‘château “me dégoûte; elle me dégoûte même à un point tel que sans votre présence et nos causeries et nos blagues je me demande comment je l’endurerais.
JouJou. — Je suis bien tranquille, vous devez avoir dans le pays quelque intrigue qui vous occupera abondamment après mon
départ.
MAURICE. — Ah! par exemple, je vous jure que non!
JOUJOU. — Sur quoi?
MAURICE. — Sur n'importe quoi, sur l'honneur.
JouJou. — Vous m'étonnez!
MAURICE. — Comme si je ne vous racontais pas tout! D'abord, avec qui une in-
trigue P
JOUJOU. — Avec quelque châtelaine des environs.
MAURICE. — Elles sont toutes bisaïeules
par ici. (Chantant.) « Amis, je viens d’avoir cent ans! »
Joujou. — Et la jolie Mme Cazenot?