‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 48 sur 89 · POURTANT · texte numérisé non relu

POURTANT

LE

BIEN SIMP

MAURICE. — Soyez donc sincère et déclarez que mon ménage constitue une exception et que, si vous m’épargnez les ‘reproches, c’est que je n’en mérite pas.

JouJou. — Je trouve que vous en méritez de très graves, Maurice.

MAURICE. — Vous me blâmez de tromper ma femme ?

JouJou. — Je vous en blâmel

MAURICE, — Et pourquoi?

JouJOU. — Parce que c’est mal.

MAURICE. — Seriez-vous bourgeoise, Joujou ?

JouJou. — Si je suis bourgeoise! Mais

dans les moelles, mais dans l’âme! je ne possède que des principes de bourgeoise et qu’un jugement de bourgeoise, il ne faut pas espérer autre chose de moi... Un petite bourgeoise, Maurice, et je m’en trouve très bien !

MAUK1:CE. — Vous m’amusez, Joujou...

vous m’amusez et vous m'intriguez. Quelle drôle de femme vous faites! Depuis le temps que je vous connais, je ne suis pas encore parvenu à vous déchiffrer.

JouJou. — La partition est bien simple, pourtant.

MAURICE. — Oui, à ce qu’on prétend...

Vous savez que ces dames m'ont parlé de vous une bonne partie de l'après-midi.

JouJou. — Ah! mon Dieu! Et qu’ont-elles pu dire?

MAURICE. — Du bien, du bien, du bien;

que vous étiez honnête, honnête, honnête!

JouJou. — Vous autres, vous ‘finires par me faire mal tourner, vous m’'agacez avec mon honnêteté!

MAURICE. — Rassurez-vous, moi, je n’y croIS pas.

JouJou. — Eh bien, mon bon ami, vous

avez vraiment tort; mais là, vraiment! je suis la vertu même, je vous le ‘dis sans fausse honte.

MAURICE. — Au fond, c’est possible.

JouJou. — C’est certain! Qu'est-ce qui vous prend ?P MAURICE. — Il me prend que j'ai pas mal

pensé à vous ces temps derniers; j'ai réfléchi à des tas de choses qui ne m’avaient pas fra;ppé tout d’abord; j’ai raisonné, je me

suis dit : on lui a fait la cour énormément!

JOUJOU. — Pas énormément !

MAURICE. — Allons donc!

JOUJOU. — Je vous assure; ces messieurs

sont si pressés... quand il est bien établi qu’une femme ne tombe pas dans les quinze jours, les amateurs se font d’un rare!

MAURICE. — Il y a peut-être du vrai làdedans; ainsi, moi, je n’ai jamais tenté la

moindre démonstration de votre côté, et c’est évidemment parce que.

JouJOU. — Ne vous excusez pas.

MAURICE. — Tout de même, Joujou, il

s'est trouvé des hommes spous vous prendre la main, pour vous dire : je vous aime?

JoUJou. — Ou quelque chose d’analogue,

bien sûr, il s’en est trouvé; il s’en trouve : toujours.

MAURICE. — Et le plus audacieux s'est peut-être permis de vous embrasser ?

JoOuJOU. — Oui, j'ai été embrassée.

MAURICE. — Pas possible!

JouJou. — Oh! de force, malgré ma résistance.

MAURICE. — Qu'importe la manière,

pourvu que le geste y soit! Vous avez été embrassée!... que ne le disiez-vous? mais c’est capital! (Approchant une chaise du fauteuil de Joujou.) Vous allez me raconter ça!.… si, si, si, chacun son tour! ‘(S’æsseyant.) Alors, vous avez été embrassée ?

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