RACONTEZ-MOI CES DEUX
terrogatoire? Il me semble que je suis de nouveau fiancée.
MAURICE. — Joujou, racontez-moi ces deux anecdotes et plus jamais je ne vous ennuie-
rai; parole! allons, ne vous faites pas prier! Le premier de ces messieurs, comme on dit chez le coiffeur!
gouJou. — Le premier de ces messieurs.
je ne me rappelle plus son nom.
MAURICE. — Son nom m'est bien égal.
Où a-t-il commis la chose?
JouJou. —- Dans mon coupé.
MAURICE. — Tiens! tiens! Il était jeune ou vieux? Il faut vous arracher les mots!
Jousou. — Il était Jeune et avocat, et se-
crétaire, depuis quinze jours, de mon mari.
A un bal où j'étais allée seule, je lavais
prié de me reconduire. J’inaugurais, ce soirlà, une très jolie robe assez décoiletée et je
ne devais 0° être trop désagréable à regar-
der, si j'en juge par ce qui est arrivé. En guise de manteau, j'avais une grande pèlerine très lâche comme on en portait cette année-là. Dans la voiture, mon compagnon a commencé par se tortiller la moustache en silence, et puis, tout à coup, il m'a saisi les mains, il a écarté ma pèlerine, et il s’est mis à m’embrasser les bras tant qu’il a
pu! ; MAURICE. — À travers l’étoffe?
JouJou. — Je vous dis que j'étais en dé-
eolleté. Je ne sais pas ce qui lui avait pris à ce garçon!
MAURICE. — Je le sais, moi... Vous vous êtes débattue!
Jousou. —— Plutôt!
MAURICE. — Vous avez crié?
JouJou. — Pourquoi crier? je lui ai intimé l’ordre de cesser.
MAURICE. — Et lui?
Jousou. -— Il a continué.
MAURICE, — Vous avez fait arrêter la voiture ?
gouJou. — Oh! non! j'ai horreur des
seandales inutiles; ces machines-là, c’est bon pour les femmes qui ont besoin de se réhabiliter.
MAURICE. — Alors, il vous a embrassée pendant tout le trajet?
JOUJOU. — À peu près.
MAURICE. — Vous deviez être furieuse?
Jousou. — Sur le moment j'ai eu surtout envie de rire.
MAURICE. — Ah! vous n’avez pas été plus
révoltée que cela? Au fond, ça vous a peutêtre été agréable qu’il vous embrassit.… Dites, est-ce que ça vous a été agréable, par hasard ?
souJou. — Très agréable!
MAURICE. — Mes félicitations! Et vous Favez revu, ce jeune homme?
JouJou. — Jamais. Le lendemain, je lui
ai envoyé un petit mot pour le prier de résigner ses fonctions auprès de mon mari et de ne plus reparaître chez moi. Il à obtempéré.
MAURICE. — À la Marguerite de Bourgogne, quoi! Et le second embrasseur ?
Jougou. — Oh! Maurice, si on jouait à autre chose? |
MAURICE. — Non, non, non, le second embrasseur ?
JouJou, récitant les yeux au ciel. — Le
second embrasseur, officier de cavalerie, à 2» 1 ,e
opéré, voilà deux ans, lors d’un séjour que
je fis en Normandie.
MAURICE. — Chez votre mère! Je compr :ds à présent! JOUJOU. — Vous ne comprenez rien du
tout. Nous nous connaissons depuis notre enfance, lui et moi, et jamais il n’avait manifesté la moindre velléité de flirt, Ce soir-là, nous nous promenions dans le jardin, en bavardant de choses indifférentes, quand, sans rime ni raison, il arrête au milieu d’une allée et me dit à brûle-pourpoint : « Sa-
ra
un Joujou
vez-vous que je vous aime à la folie! » Ætupéfaite, je lui réponds : « Depuis quelle heure? — Depuis toujours! — Comme vous avez été discret jusqu'ici! » Je ne sais pas s’il a pris mes paroles pour un reproche ou un encouragement, mais je les avais à peine prononcées que j'étais bel et bien...
MAURICE. — [mbrassée?
JOUJOU. — Parfaitement; et que mon agresseur s’enfuyait à toutes jambes.
MAURICE. — Embrassée.… en plein?
JousoU. — En plein... sur la bouche.
MAURICE. — Îl ne se gôênait pas l'officier; c'était un hussard, au moins?
JouJou. — Non, un dragon.
MAURICE. — Ah! oui. Et cette fois-là aussi, ça vous à été agréable?
JOUJOU. — Très agréable!
MAURICE. — Et lui, non plus, vous me Vavez jamais revu?
JOUJOU. — Jamais. Je partaïs de Hendemain.
MAURICE. — Vous allez bien dans la petite bourgeoisie!
JOUJOU. — Il n’y avait de ma faute, je suppose.
Un silence.
MAURICE. — Joujou, vous :avez peut-être
eu tort de ne pas garder pour vous vos petits souvenirs. Tort -ou raison, ça dépend du point de vue. ;
JouJOUu. — Et pourquoi?
MAURICE. — Parce qu'’autrefois, vous me représentiez quasiment une sainte; enfin, je vous considérais à peine comme une femme...
JouJou. — Vraiment!
MAURICE. — Vraiment; dans ce sens que jamais à votre égard, une pensée un.peu...
leste ne me traversait l'esprit... J’avoue que ces derniers temps, une métamorphose 5’0pérait en moi; eh bien, vous venez, en quel- : ques mots, de la rendre complète, la métamorphose..… Depuis un instant, vous êtes redevenue une femme... Oh! mais là, tout à fai
JouJou. — Voyez-vous ça!
MAURICE. — Et comme moi, pendant que vous redeveniez une femme, je n’ai pas:cessé une minute de demeurer un homme...
Jousou. — Maurice, Maurice, vous allez dire des bêtises. | MAURICE. — Je ne sais pas si je vais dire
ta
des bêtises, mais je suis à ça, voyez-vous, à ca de vous faire la plus bouillante des ‘déclarations!
JOUJOU. — Au revoir, à tout à l’heuref
MAURICE, barrant la sortie. — Je vous déplais donc si fort!
JougJou. — Mon petit Maurice, vous me prenez pour Mme X ou Mme Y... Laissez-moi passer.
Je jou... DA
MAURICE. — Vous êtes féroce, JouJou. — Je veux monter m’habiller.
MAURICE
— Eh bien, vous ne monterez pas! Fi
ES bo. — Vous ne désirez nee que je mn Ye change dé robe? SRE
WNNMAURICE. — Vous ne LAON CLEA pas avant QUE 2 je vous aie embrassée.
JOUJOU. Ah! vous allez me ficher la À | paix!
MAURICE. — C’est trop injuste ! Pourquoi = Pofficier de dragons et pas moi ?
ee JouJou. — L'officier n'avait pas eu le