SCÈNE H
JOUJOU, LE CERTIER
LE CERTISR. — Eh bien! Joujou, voici Ie triste jour de votre départ arrivé.
JouJou, joyeusement. — Maïs oui, mais oui Î
LE CERTIER. — Vous n’en paraissez pas très affectée.
- JouJou. — Oh! nous allons tous nous retrouver dans si peu de temps! Et puis, je
Pavoue, je suis de très bonne humeur .au-
jourd'hui; d’abord, j'ai reçu quatre. lettres. LE CERTIER. — Ah! votre courrier joue un rôle?
JouJou. —— Je vous crois! J’ai horreur de ne pas trouver le matin, des lettres à côté de ma tasse; il me semble que j'entame une
‘Journée creuse, vous ne connaissez pas cette
sensation ?...
LE CERTIER. — Heureusement non, car c'est ma vie qyi serait creuse; personne ne m'écrit, à moi.
JOUIOU. — Pas même votre petite amie?
LE CERTIER. — Jo n'ai plus de petite amie.
JoOuJOU. —— Et la jolie personne dont j'ai vu la photographie, vous l’avez Rues
LE CERTIER. — Je l’ai mariée... oui, à mon tapissier, un brave garçon avec qui elle me trompait depuis longtemps.
Jousou. — Non! Vous ne m’aviez pas ra-
conté ça, notre oncle. Vous avez eu du chagrin?
LE CERTIER. — Pas le moindre. Cette peje ne m’amusais pas avec elle, et pour ne pas lui faire’ de peine, je gardais ce tapissier qui ne fait que à présent je vais chez un homme qui a beaucoup de goût et je vis bien plus tranquille.
: sousou. — Notre oncle, expliquez-moi une chose je vous ai connu successivement des tas de bonnes amies.
TE CERTIER. — Oh; des tas!
JouJOU. —- Mettons plusieurs’ bonnes amies à qui vous abandonniez généreusement la majeure partie de vos revenus.
LE CERTIER. — Oh! la majeure Hole
Jougou. — Mettons la moitié de vos re- “enus. Tout le monde doit s’imaginer que la
2ciété d'une petite dame vous est indispen-
sable et pas du tout! vous êtes parfaite-
ment mélancolique, les soirs où il vous faut
dîner avec votre flamme et parfaitement beureux quand vous pouvez arnoncer à vos
amis : « Je viens de rompre avec mademoi-
selle Une Telle »!
LE CERTIER. — C’est vrai.
JOUJOU. — Alors, je ne comprends pas...
LE CERTIER. — Moi, non plus... ou plucomprends, mais je comprends aussi que vous ne compreniez pas.