‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 61 sur 89 · D - SN · texte numérisé non relu

D - SN

-JOUJOU, MAURICE

MAURICE, entrant à gauche, um peu e!.

souflé..— Bonjour, bonjour, Joujou..…. F:

bien, que pensez-vous de notre signal? . ) : n'ai pas été long à vous rejoindre.

.. -souJou. — Maurice, j’ai.honte de ce que ous faisons là! |

__ eMAU?:CE. — Oh! .Joujou, ne me gâtez __ pas cette minute radieuse; :si vous ‘saviez comme depuis une heure je guette votre chanson avec un peu d'inquiétude et limpa-

AU TE de “ire i« f : i : ”

elle

viez aussi quelle sensation j'ai éprouvée, de jeunesse, de force, d'amour et d'amour de la vie, lorsque j'ai entendu monter à travers la maison vôtre belle voix chaude qui

chantait pour moi! Voyons, Joujou, me’

faites pas vos yeux:tristes, vous chantez la

Périchole divinement, il n’y'a pas de re:

mède à cela...

JOUJOU. — Vous êtes ridicule, Maurice, J'espère-au moins que vous ne venez pas de la chambre de Blanche ?

‘MAURICE. — Maintenant? si. J'étais allé prendre de ses nouvelles et iu: dire bonjour...

Jousou. -— Et vous l’avez quittée comme

ça brusquement, lorsque j'ai commencé à Jouer ? Mais vous êtes insensé !: Blanche s’est certainement ‘aperçue que vous. | MAURICE. — Blanche ne s’est aperçue de rien du tout, je suis sorti de la pièce avec un flegme parfait, "et c’est dans le: couloir seulement que je me suis mis à courir comme un fou.

JouJou. — ‘Enfin Blanche n’est pas sourde: et... 2 MAURICE. — Ma petite. Joujou, je vous

lai dit et répété, dès qu'il s’agit de moi, Blanche ne voit rien, n'entend rien; lévidence même ne la convaincrait pas. D’ailleurs, vous la connaissez depuis longtemps et vous me connaissez aussi, vous savez. bien que je ne voudrais pas lui causer l’ombre d’un chagrin.

JouJou. — C'est que vos imprudences me verrifient; hier soir, quand vous :m’'avez glissé ce billet-là devant touc le:monde, j'ai été si surprise, si effarée... j'ai failli Le l8cher.

MAURICE. — Vrai?

Jousou. — Ne riéz pas! Si ‘je l'avais laissé tomber au ‘milieu du salon, pourtant !

MAURICE. — Eh bien, je l'aurais ÿamassé.

“JOUJOU. — ‘Ah!:je ne résisterai pas à cette ‘existence-là!.…. M’expliquerez-vous

seulement en ‘quel honneur vous ‘m'avez donné cette émotion et pourquoi il m’a fallu chanter la Périchole à neuf heures et demie précises ?

MAURICE. — Pour m'indiquer que ‘vous étiez seule ; avant de vous faire mes’ adieux à la gare, devant tout le monde, je trouvais Sentil de vous avoir dit au revoir en têteä-tête. Vous m'en voulez? |

Jousou. — Non.

‘MAURICE. -— Et puis, j'avais une “autre idée, encore, une idée absurde-qui m’a tenu éveillé une bonne partie de Ha nuit... Je m'étais imaginé que dans le ‘brouhaha du départ, nous pourrions ne pas trouver une

minute pour nous parler et que vous oublie-

riez: certainement l'heure ct je br 44 notre rendez-vous. è gourou. -— Oh! Maurice

me

MAURICE. — Ma parole; rassurez-moi, Joujou, vous n’avez pas oublié?

© gougou. — Comment aurais-je fait pour oublier? L'autre jour, vous m'avez obligée

à réciter ma petite leçôn pendant une “heure.

MAURICE. — Soyez bonne, redites-la une fois. une dernière petite fois.

JouJou. — Mais puisque je me rappelle tout! |

MAURICE. — J’ai si peur... je vous en prie...

JOUJOU, à mi-voix. — Demain à trois heures place de la Nation. |

MAURICE, sévère. — Place de la Nation?

JouJou, reprenant. — À la sortie du Métropolhtain…

MAURICE. — Dans une voiture fermée...

JouJou. — Et avec une grosse voilette!

MAURICE. — Parfaitement, et puis, qu’on

me pende si nous recontrons quelqu'un de connaissance dans ce quartier-là! Eh bien, ma petite Joujou, je suis tranquille à présent, tout à fait tranquille.

JouJoU. — Et moi, je suis affreusement tourmentée; on va trouver invraisemblable que vous partiez ce soir même!

MAURICE. — Tout le monde trouvera cela on ne peut plus naturel; j'attends depuis huit jours, soi-disant, la dépêche qui doit m'appeler à Paris; Blanche m'a même demandé ce matin si elle n'était pas arrivée.

# JOUJOU. — Vous voyez, elle se doute de quelque chose! | MAURICE. — Encore! Pauvre Blanche,

vous Jui en attribuez une. perspicacité!

Mais je serais parti avec vous tout à l’heure qü elle n’y aurait vu que du feu... Enfin, pour vous faire plaisir, j'ai raffiné; le télégramme ne me parviendra que cet aprèsmudi, et je pourrai m’exclamer de l’air le plus candide : comme c’est embêtant, quelques heures plus.tôt et je faisais le voyage avec Joujou!

JOUJOU. — En voilà des mensonges!

MAURICE, — De tout petits, et puis, c’est moi qui les commets... À propos, vous êtesvous débarrassée de votre femme de chambre ?

Jousou — Oui, je l’envoie en Lorraine, chez ses parents... Ah! non, ses parents sont

morts... Enfin, elle ‘va passer dix jours en Lorraine.

MAURICE. — Bravo! Admirable! Vive la

Lorraine! Alors c’est bien vrai, Joujou? Il y a du bon! Mon rêve insolent va se réaliser. JouJou. — Vous n’y croyiez pas?

MAURICE. — Si, si, Je voulais y croire, jy croyais comme je crois en Dieu... vaguement... O’était si beau! Mais à présent, j'ai la foi... Tenez, j'entre en extase; je vois des choses... il est trois heures, il y a du so-

leil, la place de la Nation est pleine de bourgeois et de pioupious sympathiques;

J'arrive, personne ne fait attention à mot,

mais ça m'est égal... Tout de suite, près de

l’entrée baroque du Métropolitain, sons l@& garde d’un cocher renfrogné et charmant, J'aperçois un sapin... votre sapin! car seule

une femme, et la femme qu'on aime a pu

choisir un aussi lamentable sapin! Il est ca- mn bossé, il penche, il est sale, il est décati, à

est adorable... De loin, j'y devine votre sil-

houette anxieuse et voilée, et à mesure que

japproche et qu’elle se précise, une grande

douceur descend sur le pauvre être hagard

que je suis depuis le matin... Ne m'en veuil-

lez pas, Joujou, d’être lyrique: c’est très vilain, je le sais, mais quand je pense que dans quelques heures mon martyre aura pris fin...

Jousou. — Votre martyre! Il n’aura pas duré longtemps votre martyre! AS MAURICE. — Pas longtemps! Dix-huit

jours! Il y a dix-huit jours, je les ai comptés, moi, que dans ce même salon, vous m'a

vez souffleté et rendu follement heureux.

JouJou. — Maurice, ne parlez plus de cela; vous finiriez par me faire regretter.

MAURICE, — Regretter quoi? Depuis dix-

huit Jours, vous vous

cruauté bien féminine de m'interdire même

un pauvre baiser, fût-il volé!

JouJou. — Vous me le reprochez?

MAURICE. — Hst-ce que je vous désirerais vraiment si je ne vous le reprochais pas! Et

êtes offert cette

puis le premier baiser, Joujou, est une pe-.

tite étape formidable qu’il est bon de franchir avant toute autre, bien avant... vous avez été trop coquette.

Jougou. — Coquette! J’ai été coquette!

MAÜRICE. — Un peu.

Jougou. — Ah! Maurice, comment osezvous, même en plaisantant, prétendre que …

j'ai été coquette avec vous? Le jour. où vous avez daigné vous apercevoir que j'étais une

femme à convoiter et à prendre, comme les autres femmes, je n’ai pas'résisté une heure : à la joie d’avouer, je me suis donnée plus

tais devenue votre maîtresse; d’ailleurs j'a-

entièrement et plus humblement qué-si J'é-

vais prévu mon sort voilà longtemps, et que

j'avais une seule chance tre indifférence.

Na . 1 2 MAURICE. — Vous l’auriez souhaitée?

Jousou. — Non... Et pourtant depuis des

d’y échapper :

semaines et bien avant mon aveu, quand le soir, au grand salon, j'étais assise, les joues’. brûlantes et les mains froides, près de vous.

qui ne vous doutiez de rien et que je voyais le beau regard tendre de Blanche chercher le vôtre, j'aurais pu mourir de chagrin et

de honte... Cette pensée que nous avions été

toute notre vie deux amies, deux sœurs, et que spontanément, sans tentation, après des années, moi, j'étais

vo

mieux, deux.

devenue

amoureuse de son mari... Mais vous ne pouvez pas me comprendre! Tout cela n’a rien empêché du reste, et à votre premier compli- ?

ment d'amour, j'ai capitulé sans défense,

sans hésitation; c'était fatal. Je n’ai posé. .

qu’une condition, où plutôt je ne vous at

adressé qu’une prière : tant que nous de-

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