MON AME
se peupla de jolies femmes et d’éclats de rire et mon mari me répétait ;: « Je veux que ta demeure soit gaie et que tu vives dans la joie... » Et ainsi j'ai pu les voir, les pauvres folles, courir au-devant de son désir et lui apporter leur amour... A ce jeu, beaucoup se sont meurtries, mais leur chagrin ne me vengeait pas, elles guérissaient, elles s’en allaient à d’autres aventures, elles ‘étaient remplacées, et moi, Joujou, moi je restais… (Elle pleure.) Parmi ces femmes, ïl s'est trouvé une amie...
JOUJOU. ‘Une amie?
BLANCHE. — Une amie que je chérissais entre toutes.
gougou. — Non, Blanche, non, ià tu t’abuses! Pas une amie! pas une amie que . tu chérissais!..: Non! non!
MX BLANCHE. #91, Si, tu: la
connais ‘comme moi. | | sougou.— Non Blanche, non, je te jure que tu te trompes!
BLANCHE. —. Je ne me trompe. pas ; cette amie, c'était Germaine.
JouJou. — Germaine ! STE BLANCHE, — Oui, Germaine, qui tantôt
déjeunait dans ma chambre et m’'appelait sa -
grande sœur.
JOUJOU. Germaine! oh! c’est impossi- -ble! pas Bora Réfléchis, Blanche, pas notre petite Germaine!
BLANCHE. — Si tu l’ignores, moi, je le sais. .
JOUJOU. — Eh bien, je ne te crois pas, tu
calomnies; ta souffrance t’a rendue méchante! Cette petite t’aime tendrement.…
BLANCHE. — C’est vrai, elle m'aime bien.
‘Qu'est-ce que -cela prouve? Tu peux me croire, Germaine comme les suivi les phases, je l’ai vue provocante, puis amoureuse, puis triomphante, puis angoissée, et puis, des mois durant, je ne l’ai plus entendue rire et les gens lui ont trouvé mauvaise mine... Joujou, je te le dis, les femmes qui aiment un homme pareil sont punies!
Fatalement, une heure vient pour elles d'être laides et désespérées.
Jousou, fondant en larmes. — Oh! Blan- -che, Blanche, c’est atroce!
BLANCHE. — N'est-ce pas?
JOUJOU, qui s'est laissée glisser du canapé et qui a la tête appuyée sur les genoux de Blanche. — Blanche, je te plains de toute mon âme!
lle pleure éperdument.
BLANCHE. — Pleure, malheureuse Joujou, tu crois pleurer sur ton amie Blanche ét c'est sur toi-même que tu pleures..… Va, je les reconnais ces sanglots, combien de fois 1ls -ont animé ma solitude!
JouJou. — Blanche, pardonne-moi!
BLANCHE. — Chut!
JOuJOU. — Je t'en supplie, pardonnemoi !
BLANCHE. — T'ais-boi, tais-toi!
JouJou. — Ne me refuse pas ton pardon,
tu peux encore me l’accorder, je t’en fais le serment sur toi, sur nous...
BLANCHE. — Tais-toi, Joujou, Dieu merci, je n’ai rien à te pardonner!
JouJou. — Oh:si! oh si!
BLANCHE. — Rien, je le sais. (Un temps.)
Joujou, il faut te relever et sécher tes yeux. {Un temps.) L'heure de ton départ approche, Maurice peut revenir d’un moment à l’autre.
sowvow, se relevant. — C’est vrai.
BLANCHE, lui essuyant Les yeux. — Pau-
tre! pauvre!
JOUJOU, lui prenant la DATA — Ma pe-
autres, . J'ai:
. Vous vous séparetida
tite Blanche, ne que. je. suis redovenne ton amie.
BLANCHE. = Tu is été et ta restes ma.
-seule amie | Mess / | Jousou. — Hélas! hélas! . je songe que si tu ne m'avais pas parlé comme tu lee fait. et BLANCHE, Lui fermant le bouche. Ps Non! :
non! . ee | PPT JOUJOU. — Je suis si heureuse que tüu
m'aies parlé,si heureuse !... Je te promets que ton secret sera bien gardé et puis, écoute, ma chérie, je vais m'en aller tout à nous devions nous retrouver le mois prochain... Kh bien, il vaut mieux que nous ne
nous revoyions pas si tôt... il faut que Je voyage pendant quelques mois ou que Je
passe Phiver en Normandie, chez maman, Je verrai.
que... nfin, tù me comprends?
BLANCHE. — Fais ta volonté.