‹ Le Volga: notes sur la RussieChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE VOLGA A TVÈRE (l).

Le Volga est le fleuve russe par excellence, la grande artère nationale et commerciale de la Russie européenne. Ce n'est pas assurément que les grands fleuves manquent au territoire russe, et que le Volga n'y trouve, même en Europe, de puissantes et dange>

(i) Nous prévenons le lecteur que nous nous appliquerons, pour tous les noms russes de lieux et de personnes, à serrer du plus près possible l'orthographe, sinon la prononciation, sou~ .vent très-différente, par malheur, des mots russes eux-mêmes. Nous n'ignorons pas que notre effort de transcription exacte nous fera heurter bien souvent des habitudes prises. Mais ces habitudes, qui, d'ailleurs, ne sont pas encore bien profondénient enracinées chez nous, doivent être condamnées comme mauvaises à tous égards. Les ressources de notre alphabet permettent de calquer beaucoup mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici les mots russes dont l'emploi est nécessaire dans notre langue. On peut donc couper court à cette fâcheuse routine d'inexactitude. On aura beaucoup fait pour la géographie et même pour la philologie, lorsqu'on aura cessé de défigurer les noms de lieux et les noms propres.

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reuses rivalités. Le titre de premier cours d^eau de l'empire des Romanove n'est point facile à conquérir. On peut, d'un coup d'œil, s'en rendre compte.

Laissons de côté la Dvina septentrionale qui, avec la Petchora^ relie la partie la moins fertile, mais non pas la moins vaste, de la Russie d'Europe, la Russie polaire, si je puis dire ainsi, aux glaces de la mer Blanche et aux solitudes désolées de l'extrême nord. Ne tenons même pas compte de la Dvina occidentale, ce réservoir de la Baltique, qui, sans doute, ne chemine plus à travers la pauvreté et les pâles horreurs de la nature boréale, ne lui apportant presque rien des bienfaits et de la mystérieuse fécondation de rété| mais qui coule encore à travers une région fort peu riante par elle-même et habitée par des races inférieures^ plus ou moins mâtinées de sang allemand. Vis-à-vis des deux fleuves du sud qui mettent le centre de la Russie en rapport direct avec la mer d'Azove et la mer Noire, par conséquent avec la Méditerranée et l'Atlantique, la préséance du Volga pourrait être mise en question, et la comparaison ne pas pardtre au premier abord écrasante pour ses rivaux. Le Dnièpre, Tancien Borysrtiène des Grecs, aurait assurément des titres fort sérieux à £aire valoir. Non-seulement son parcours dépasse i, 600 kilomètres ; non-seulement un système ingénieux de canaux le met en communication avec la Vistule et le Niémen (i), c'est-à-dire en fait un trait d'union entre

(i) Les Russes i'appelknt Niemane» Mais il y a des vocables trop accrédités désormais en français pour que nous ne noussen*

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la Méditerranée et la Baltique; mais encore c'est sur ses rives qu'a eu lieu le premier contact de la vieille civilisation byzantine et de la jeune barbarie des princes Varègues, ces Normands de la Russie. C'est là que la race slave, éveillée à la vie sociale par ces hardis conquérants venus du nord, s'est proclamée pour la première fois Théritiére de l'empire d'Orient. C'est là enfin que saint Vladimire, au dixième siècle, a trouvé le christianisme et convié son peuple aux ondes du baptême. Mais ces grands souvenirs historiques sont aussi loin de nous que le serait un rêve d'il y a huit cents ans. Ce n'est pas sur les bords du Dnièpre que s*est formée la Russie moderne, et c'est à peine si Kîève même, la ville de saint Vladiimire, ce tombeau vénérable de reliques presque vivantes, a partagé par intervalles sur les rives du I Dnièpre, au milieu des luttes de la Pologne et de la petite Russie, la fortune des princes et du peuple de Moscou dont le caprice de l'histoire l'avait brusquement séparé. Placé sur l'une des lisières de la Russie, le Dnièpre est presque un fleuve frontière : il ne saurait donc passer pour un fleuve national avant tous les autres. Les mérites réels du Don seraient loin de l'emporter sur ceux du Dnièpre, à plus forte raison

tions pas aussi un peu obligés de tenir compte de l'usage, dans une certaine mesure au moins* Cest ainsi que nous omettrons Ve muet qui termine la plupart des substantifs masculins en russe, quand le rétablissement de cet e muet nous paraîtra trop difl&cile, par exemple, dans Taganrog, Don, Astrakhan, Arkhangel, Michel, Ivan, tzar, etc.

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sur ceux du Volga. Malgré son parcours de près de mille verstes, soit environ i ,066 kilomètres, malgré la coquetterie de construction et de situation de quelques-unes de ses villes, telles que Voronèje, par exemple, qui s'étale dans la verdure le long de l'affluent du même nom, malgré la richesse industrielle que la houille promet à la vallée d'un autre de ses affluents, le Donetze, malgré enfin Tadmirable spectacle qu'offre de Rostove Jusqu'à Taganrog sa transformation en mer, le Don, en définitive, n'arrose guère qu'une contrée où les Kosaques sont infiniment plus nombreux que les vrais Russes, et qui, d'après sa dénomination administrative, semble même n'être que le patrimoine de leur armée. D'ailleurs, ce même Don, bien qu'il ressemble à la source d'une immense cascade descendant par trois mers intérieures jusqu'à l'Océan véritable, ne met réellement la Russie en relations qu'avec une faible partie de l'Asie Mineure.

Tout autres sont l'importance et la place prises par le Volga dans la géographie de la Russie. Qu'on jette un instant les yeux sur une carte : le Volga apparaît immédiatement au milieu de toutes les Russies comme un fleuve central, prépondérant, nécessaire, qui, pareil à une chaîne longitudinale^ doucement recourbée à ses deux extrémités, surtout vers l'ouest et vers l'est, met en communication directe et facile la Russie d'Europe et la Russie d'Asie, assez semblable par sa position, comme par sa fonction, à l'épine dorsale d'un animal vertébré. Qu'on se figure

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