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en France le Rhône prenant sa source dans l'Orléanais ou le Maine, et tout notre système orographîque et fluvial rectifié d'après cette transposition, c'està-dire notre plateau central d'Auvergne reporté d'autant vers le nord-ouest, et tous nos autres bassins réduits en proportion directe de cet accroissement d'un fleuve privilégié ; l'on pourra alors se faire une idée de ce qu'a toujours été le Volga sur le sol russe. La longueur exceptionnelle de son cours ajoute d'ailleurs singulièrement aux avantages de sa situation, et en fait non-seulement le roi des fleuves de la Russie d'Europe et de l'Europe entière, mais le met en état de soutenir le parallèle avec les fleuves géants de la Sibérie, où il n'est battu que de quelques centaines de verstes par l'Iéniseï et la Lena, qui s'échappent vers l'océan Arctique. Au lieu des quatre mille verstes de parcours qu'on attribue d'ordinaire à la Lena, le Volga n'en compte que 3,595, mais cette mesure a l'avantage d'être plus exacte, et tous les cours d'eau sont loin d'y atteindre. En effet, 3,595 verstes représentent quelque chose comme la distance de Paris à Moscou, ou quatre fois celle de Paris à Marseille. Quant à la largeur du Volga, devant Saratove, elle est, à l'état normal, de 2, i3o sagènes, un peu plus bas, à Tzaritzine, de 4,000 : or, une sagène équivaut à plus de deux mètres. Au printemps, en aval d'Astrakhan, son delta occupe une largeur de deux cents verstes, soit cinquante lieues, avant de se confondre avec la mer Caspienne. Relativement, la profondeur est moindre ; il est pourtant des endroits où, paraît-il,
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elle dépasse trente mètres. A Tépoque des inondations, le fleuve, à force de s'élever au-dessus de son niveau habituel, devient même capable, pour ainsi dire, de toutes les profondeurs, partant de tous les dangers inattendus qui en dérivent. On raconte que cette année même un bateau à vapeur, à l'ouverture de la navigation, a pu passer sans s'en apercevoir par-dessus un village inondé. A ce moment-là, le Volga n'est plus un fleuve, c'est un océan temporaire qui roule du nord vers le sud les richesses accumulées et les neiges fondues de la Russie d'hiver. Pour un Européen, le Volga est donc bien un fleuve incomparable et un fleuve russe plus intéressant que tous les autres.
Mais ce n'est pas la géographie seule qui doit lui valoir une considération toute particulière, car la géographie, cette fois aussi, a porté ses fruits naturels, et développé, fécondé en tous sens l'importance due par le Volga à sa situation topographique. Au point de vue de l'ethnographie et de l'histoire, rieo de plus intéressant encore pour l'étranger que ce bassin célèbre.
Même aujourd'hui, les bords du Volga forment comme une sorte de musée d'anthropologie comparée, contenant des échantillons vivants, des groupes de la grande famille humaine, qui, s'ils n'ont pas tout à fait disparu, tendent à disparaître partout ailleurs. Le mélange des peuples d'Asie et d'Europe se fait encore sur ses rives comme aux premiers siècles de l'invasion, et il n'est pas étonnant que certains
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géographes aient tongé à substituer le Volga à la chaîne des monts Ourals, et au fleuve-rivière du même nom^ pour poser entre l'Asie et l'Europe une ligne de démarcation plus rigoureuse. C'est, en effet, derrière cette barrière naturelle que la première partie de la grande émigration indo-européenne semble avoir fait volte-face pour arrêter le débordement des hordes qui la suivaient. Les races les plus variées se rencontrent donc le long de cette mer d'eau douce, toujours occu*^ pée à descendre. C'est ïk que s'est opéré l'amalgame, car la fusion définitive ne s'est pas encore faite, des principaux éléments de la branche ouralo-altalque, des tribus finnoises, converties au christianisme grec, des tribus tatares ou turques, ralliées à l'islamisme, enfin des tribus purement mongoles, restées fidèles au bouddhisme et à l'idolâtrie. Les Mordvines, les Tchouvaches, les Tchérémisses, les Permiens, les Yotiakes, les Bulgares, les Bachkires, les Lesghiens, les Khirgizes^ les Zouirianes, les Tatares, les Kal« mouikes, les Kosaques, les Tcherkesses, représentent sur le moyen et sur le bas Volga les derniers débria de toutes ces nationalités, qui se sont heurtées jadis en Russie, et s'y sont usées, pour ainsi dire, par le frottement, jusqu'à la venue d'une race nouvelle qui travaille à les absorber et les absorbera à la longue. Les Tatares avaient d'abord repoussé les Finnois et réduit en éclats leur empire; les Slaves^ à leur tour, ont morcelé et remplacé la puissance des Tatares. Quelques-unes de ces ruines sont mâme de date ré* cente. Le petit Etat tatare de Kazimove n'a été dé-
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truit qu'en 1667. Au sud, les Kosaques et les Kalmouikes vivent à côté les uns des autres de la vie pastorale dans les steppes, tandis que, dans les villes. Persans et Arméniens jettent au milieu de la population russe et orthodoxe un nouveau contingent de mahométans asiatiques. Enfin, du 46® au 52® degré de latitude, la race germanique elle-même, l'élément européen et protestant est représenté par d'assez nombreux spécimens répartis entre diverses colonies de frères moraves ou de colons allemands.
L'ethnographie a produit aussi sa réaction inévitable sur l'histoire. Nul champ de bataille ne s'est trouvé peut-être plus ensanglanté par les luttes de races que la vallée du Volga. Si les Slaves, gouvernés par Ruricke et ses successeurs, ont eu tout d'abord d'autres points de concentration et d'agglomération civilisatrice, avant de porter le centre de gravité de leur puissance entre le Vojga et TOka, on peut affirmer que cette vaste région, à cheval sur le Volga et rOka, a été le berceau historique de la puissance moscovite, le point de départ d'oîi l'aigle à deux têtes a pris son vol avant de poser ses serres sur la moitié nord de l'Asie et la moitié est de l'Europe. Le souvenir de la république de Novgorode la Grande est sans doute peu de chose auprès de l'empire actuel des grands princes de Moscou, devenus tzars. Ce n^en est pas moins le petit peuple moscovite qui a réussi, par son énergie et sa foi, à repousser vers TAsie les Tatares, et vers le centre jie l'Europe, les Polonais, afin de se refaire enfin une place à lui-même entre
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ces deux puissants ennemis. Les Tataresont été chassés au seizième siècle, les Polonais au dix-septième, et, depuis, la domination russe, sa propagande religieuse, son assimilation politique n ont pas cessé de s'étendre dans toutes les directions, comme les eaux vivifiantes et salutaires sorties d'une source féconde. Le jour oti la capitale fut déplacée, et oîi la souveraineté impériale émigra à Saint-Pétersbourg, ce que j'appellerai la Moscovie ne cessa pas de demeurer le cœur même de la Russie, et la révolte de Pougatchéve fit sentir à la grande Catherine le tort qu'avait eu Pierre le Grand de se rapprocher autant de ses bons amis, les Hollandais, et de ses vieux ennemis, les Suédois. A l'heure actuelle, les provinces du centre sont encore les seules à jouir complètement du bienfait des réformes administratives et sociales mises en vigueur par le plus humain et le plus généreux des tzars, réformes qui donnent au peuple russe une autonomie et une indépendance sincère encore inconnues en pratique par beaucoup de peuples, plus impatients de se gouverner tout à fait eux-mêmes, qu'assez heureux pour y réussir. Louis XVI avait octroyé proprio motu l'indépendance provinciale et le ![emstvo à la France : la première révolution nous les a fait perdre, et les suivantes ne nous les ont pas fait retrouver. Pour en revenir à notre sujet, ne craignons donc pas de le dire : c'est dans la partie moyenne de la vallée du Volga qu'erre depuis des siècles l'âme même, le génie de la vraie Russie. Au point de vue économique et commercial, le
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rôle du Volga en Russie, les services qu'il est appelé à rendre, et qu'il rend chaque année, sont également de premier ordre. Bien plus encore qu'en Espagne et en Grèce, où les torrents desséchés fournissent gratuitement les meilleures ou les seules voies de communication, les fleuves et les rivières russes sont la principale ressource des paysans et des négociants indigènes pour le transport de leurs marchandises. En hiver, le Volga gelé offre même aux traîneaux de la poste une surface à souhait pour la rapidité de la circulation. Dès le printemps, c'est-à-dire aussitôt « les voies sèches » de l'hiver fondues sous l'influence du premier soleil et du dernier dégel, la Russie, privée de son parquet de neige cristallisée et de glace éblouissante, n'a plus d'autres routes frayées, à part quelques grandes lignes postales qui ne sont pas même empierrées, que le lit de ses cours d'eau gonflé du tribut de toutes les neiges et de toutes les glaces de la saison passée. Qu^on juge de ce que devient alors le Volga pour la Russie agricole ou industrielle, lui qui embrasse dans l'ensemble de son bassin jusqu'à vingt de ses gouvernements! Avec ses deux cents affluents immédiats ou médiats, il plonge en quelque sorte au sein des forces vives du pays et les attire à lui de tous côtés par ses ramifications infinies. Une savante canalisation prolonge même plusieurs d^entre elles jusqu'à la mer Baltique, voire jusqu'à la mer Blanche, et il suffît d'une ou deux étapes de charroi pour aller du Volga au Don, et de son affluent la Kama au système hydrologique de la Sibérie. On